1 Grand Dieu, depuis que je vous sers Et que je veux être fidèle, L'homme et quasi tout l'univers Me fait une guerre cruelle, Hâtez-vous, prêtez-moi la main Pour vaincre le respect humain 2 Pauvre pécheur, tenu captif Par des qu'en-dira-t-on frivoles, Tâche d'être bien attentif Et bien docile à mes paroles, Puisque la seule vérité Peut te donner la liberté 3 O quelle injure au Créateur De craindre plus sa créature, De respecter moins sa grandeur Qu'un ver de terre qui murmure, Et de préférer un vrai rien A ce seul et souverain bien 4 Je servirais bien Dieu, dis-tu, Mais je crains monsieur ou madame; J'embrasserais bien la vertu, Mais j'appréhende qu'on me blâme; Seigneur, je serais votre ami Sans le monde, votre ennemi 5 Je vous servirai, mon Jésus, J'irai partout à votre suite, Pourvu qu'on ne me traite plus De dévot ou bien d'hypocrite; Si je suis approuvé de tous, Je veux de bon coeur être à vous 6 Mondain, voilà de grands mépris D'une majesté souveraine; Voilà pourtant ce que tu dis Quand le respect humain t'entraîne A transgresser sa sainte loi, A renoncer même à la foi 7 Dieu cherche la fidélité, A toute chose il la préfère, Il accorde à sa fermeté Ce qu'il refuse à l'ordinaire. Ce n'est qu'aux dévots éprouvés Qu'il fait des dons très élevés 8 A qui vaincra, dit le Seigneur, A qui me restera fidèle Je communique ma douceur, Ma grâce et ma gloire éternelle. Loin de moi tout esprit mondain, Que je ne vois qu'avec dédain 9 Nous voyons trop tard aujourd'hui Notre prudence criminelle, Puisqu'elle ne nous a servi Que pour notre perte éternelle Oh! respect humain malheureux, C'est toi qui nous mets dans ces feux 10 Chacun criera sur son malheur: Le fils d'avoir suivi son père, Le frère d'avoir cru sa soeur, La fille d'avoir cru sa mère, Et tous d'avoir suivi l'erreur Au lieu de Jésus leur Sauveur. 11 Quoi! ceux dont la vie autrefois Nous paraissait une folie Sont enfants de Dieu, sont des rois Ornés d'une gloire infinie? Malheureux, à quoi pensions-nous D'avoir pris des sages pour fous? 12 Dans l'enfer, que de malheureux Voyant les vérités entières Voudraient bien, s'il dépendait d'eux, Donner aux vivants des lumières, Et leur crier: Ne croyez pas Ce que nous croyions ici- bas! 13 Hélas! l'homme nous a séduits Par ces maximes condamnables, Et nous avons tous pris la nuit Pour des lumières véritables, Nous avons pris pour des raisons Ce qu n'était que des poisons. 14 Si tu ne vois, homme insensé, Combien ce piège est fin et traître, A la mort tu seras forcé, Mais trop tard, de le reconnaître. Ces gens que tu respectes tant Périront tous en cet instant.
Écris le tout premier commentaire