00:00Europe 1 Soir, 19h21, Pierre de Villeneuve.
00:04Toujours avec Victor Hérault de Valeurs Actuelles et Joseph Macéz-Caron.
00:08Et nous accueillons la sénatrice de Paris, porte-parole du groupe Les Républicains au Sénat.
00:11Bonsoir Agnès Evren.
00:12Bonsoir.
00:13Merci d'être avec nous en direct sur Europe 1.
00:15Comment est-ce que vous avez vécu ce moment politique ?
00:17Avec beaucoup de gravité parce que l'heure est vraiment grave pour la France.
00:22On est dans un état d'urgence budgétaire avec un mur de dettes et de déficits.
00:27Je le rappelle, 6% de déficit, c'est le double de la règle budgétaire européenne et 3200 milliards de dettes.
00:33Et un Premier ministre qui essaie tout simplement de colmater les brèches,
00:36puisque l'objectif y compris de ce projet de loi de financement de la sécurité sociale,
00:39c'était d'inscrire la trajectoire budgétaire dans une réduction à 5% de déficit en 2025.
00:45Et il n'y avait pas d'autres moyens ?
00:47Et qu'est-ce qu'on a eu ? Un spectacle d'irresponsabilité.
00:50Hélas, le mariage de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon pour faire tomber ce gouvernement.
00:55Alors que pour la première fois depuis 14 ans, on a eu une commission mixte paritaire.
00:59Donc 7 députés et 7 sénateurs qui ont enfin réussi à se mettre d'accord sur la protection sociale.
01:05Là, on parle du quotidien des Français.
01:07Mais alors si la CMP s'est mise d'accord, pourquoi avoir engagé un 49-3 ?
01:11Pour une raison très simple.
01:13C'est que Michel Barnier a voulu mettre les 577 députés face à leur responsabilité.
01:18Parce qu'encore une fois, l'heure est grave.
01:20Et on voit bien, puisque toutes les lignes rouges qui étaient annoncées par Marine Le Pen
01:25ont obtenu satisfaction de la part de Michel Barnier.
01:28Et donc l'enjeu, vous savez, il est très simple.
01:30Pas toutes d'après Marine Le Pen.
01:31L'objectif, il est limpide.
01:32L'objectif, c'est tout simplement de faire tomber Michel Barnier
01:36pour derrière obtenir une démission d'Emmanuel Macron.
01:39Mais le problème, c'est qu'en fait, ils vont créer 6 mois d'instabilité politique
01:43puisqu'il n'y a pas de dissolution possible avant le mois de juillet.
01:46Et ils n'auront pas non plus ni Jordan Bardella à Matignon, ni d'élections législatives.
01:52Donc en fait, on se rend compte, hélas, et c'est triste pour les Français,
01:55que des petits calculs politiciens ont pris le pas sur l'intérêt du pays.
02:00Et ça, je le regrette profondément.
02:02Parce qu'encore une fois, je le redis, on a travaillé jour et nuit sur cette commission mixte paritaire.
02:06Il y a eu des concessions qui ont été faites, et il faut le redire.
02:09Agnès Séverine, ce scénario d'une démission éventuelle du Président de la République,
02:14on s'engage quand même dans quelque chose de très fictionnel, pour l'instant.
02:17Oui, mais en l'occurrence, c'est le calcul politicien qui a été fait,
02:19et par Jean-Luc Mélenchon, et par Marine Le Pen.
02:22Parce qu'ils savent très bien qu'en fait, ils n'accèderont au pouvoir
02:24que s'il y a un chaos institutionnel et un chaos économique.
02:28Or, on voit bien l'intérêt de ce PLFSS, c'est que si tout s'arrête demain,
02:33s'il n'y a plus de budget, en effet, c'est le budget 2024 qui va être reconduit,
02:36il faudra faire voter une loi spéciale.
02:38Mais là, c'est la loi de programmation militaire qui sera arrêtée,
02:42avec une amputation de 3 milliards de budget,
02:48alors qu'on parle de la souveraineté de la France,
02:50avec l'arrêt de la loi de programmation sur l'agriculture,
02:54qui là aussi, il y a une crise existentielle des agriculteurs,
02:57avec l'impôt qui va être augmenté pour 17 millions de Français.
03:00Donc voilà, tout ça pour des calculs politiciens, je le redis.
03:03Il y a des agendas personnels de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen,
03:06et c'est dommage pour la France.
03:07Victor Heraud, de Valères Actuelles.
03:08Je crois que l'enjeu pour Marine Le Pen était aussi de démontrer cette réalité intangible,
03:12qui est qu'on ne peut pas aujourd'hui faire à l'Assemblée Nationale
03:15sans le Rassemblement National, qui est quand même, il faut le rappeler,
03:18le premier groupe de l'Assemblée Nationale.
03:21Maintenant, quand vous dites que le RN a obtenu toutes les satisfactions,
03:24c'est faux, il en restait une et une seule,
03:26qui était l'indexation des retraites.
03:27Moi, ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi Michel Barnier,
03:29pardonnez-moi l'expression, se couche sur tout le reste,
03:32pour finalement ne pas se coucher sur l'indexation des retraites,
03:34et donc perdre, alors qu'il pouvait soit, dès le départ,
03:37dire je ne me coucherai pas face à Marine Le Pen,
03:39soit aller au bout de la logique et dire, écoutez, je donne tout à Marine Le Pen.
03:42Mais parce qu'encore une fois, il y a une ambition de réduire le déficit à 5% en 2025,
03:46et vous avez raison.
03:47Moi, je pars du principe qu'aujourd'hui,
03:49tout le monde découvre le poids politique du Rassemblement National.
03:51Evidemment non, c'est le premier groupe à l'Assemblée Nationale,
03:54c'est 11 millions d'électeurs,
03:55et c'est le parti qui est arrivé en tête au premier, au second tour des élections.
03:59Et donc, évidemment qu'il faut faire des concessions,
04:01évidemment qu'il faut discuter avec Marine Le Pen.
04:03Honnêtement, si on ne discute ni avec le NFP, ni avec Marine Le Pen,
04:06on discute seulement avec Gabriel Attal, ça n'a aucun sens.
04:08Il a fait cet effort-là, et il l'a dit dès le départ, c'était sa méthode et sa philosophie.
04:12Je parle à tous les groupes qui sont représentatifs de la démocratie parlementaire.
04:17Électricité, non mais attendez, surtaxation de l'électricité, c'est combien ?
04:21C'est 3 milliards.
04:22Il a fait cette concession.
04:23Allègement des charges, il a baissé de 4 milliards à 1,6 milliard.
04:26Il a fait cette concession.
04:28Il a fait également les concessions sur le déremboursement des médicaments,
04:31c'est 600 millions d'euros.
04:34Il reste en effet l'indexation des retraites, vous savez combien ça coûterait ?
04:377 milliards.
04:39Puisqu'en fait, l'indexation dès le mois de janvier, c'est 7 milliards.
04:42Est-ce qu'on peut raisonnablement accepter aujourd'hui
04:45de prendre des risques sur le creusement, j'allais dire, de notre déficit ?
04:51Les marchés financiers nous regardent.
04:53Ayons un peu le mot responsabilité, intérêt du pays, éthique, raisonnable,
04:57ce sont des mots qui sonnent bien quand même en politique.
04:59Vous qui connaissez bien Michel Barnier,
05:01vous savez que c'est quelqu'un d'opiniâtre, de déterminé,
05:04sans doute de loyal.
05:06Est-ce que si le président Macron décide de renommer Michel Barnier
05:13une fois qu'il a été destitué, est-ce qu'il l'ira ?
05:16Écoutez, très honnêtement, je pense que Michel Barnier d'ailleurs il l'avait dit,
05:20je ne me suis pas roulée par terre pour être un matignon.
05:22L'enjeu c'est pas la carrière de Michel Barnier, l'enjeu c'est l'intérêt du pays.
05:26Oui mais vous ne me répondez pas.
05:27Mais non, je ne vous réponds pas parce qu'honnêtement, encore une fois,
05:30l'enjeu c'est le budget de la France, l'enjeu c'est la réduction des déficits,
05:34l'enjeu c'est que les marchés financiers nous regardent
05:37et attendent de la France un esprit de responsabilité.
05:39Donc moi je ne peux pas répondre parce qu'aujourd'hui
05:41c'est la prérogative constitutionnelle du Président de la République,
05:44mais ça peut apparaître comme une provocation que de renommer Michel Barnier.
05:48Joseph Messiaen-Scarron.
05:49Et Bruno Rotaillot.
05:51Et pourquoi pas ?
05:52Parce qu'aujourd'hui c'est vrai qu'il est, comment dire,
05:55il apparaît comme un des piliers de ce gouvernement
05:57et il répond parfaitement à toutes les préoccupations
06:00de fermeté et d'autorité attendues par les Français.
06:03Vous savez, ce n'est pas un hasard s'il y a 11 millions d'électeurs
06:05qui ont demandé aujourd'hui plus de fermeté
06:07sur tous les sujets régaliens en fait.
06:11Ce serait un bon moyen de couper l'herbe sous le pied de Marine Le Pen.
06:14D'autant qu'il paraît qu'Emmanuel Macron, peut-être que vous pouvez le confirmer,
06:18considère que Bruno Rotaillot est respectueux de la fonction présidentielle.
06:22Ah mais complètement.
06:24Vous savez, il est d'une droiture assez exceptionnelle.
06:27D'ailleurs, il l'a démontré.
06:28Mais je pense que ça gênerait profondément Marine Le Pen.
06:31Parce que du coup, en quelque sorte, il occupe le terrain de Marine Le Pen.
06:35Et c'est ça qui risque de conduire à une nouvelle censure.
06:38Mais il faut vraiment arrêter avec les calculs politiciens.
06:40Je le redis, aujourd'hui la France ne va pas bien.
06:43Quand on regarde, on est le champion,
06:46la France est la championne du monde des impôts, de la dépense publique.
06:50Il a eu le courage politique.
06:53On ne découvre pas ça sous Emmanuel Macron.
06:56Oui, on ne le découvre pas.
06:57Ça fait 50 ans que la France vit au-dessus de ses moyens.
06:59Elle dépense plus que ce que l'on gagne.
07:01Depuis 1975, qui a été le dernier budget à l'équilibre.
07:03Il fallait qu'il y ait un Premier ministre qui ait le courage politique
07:06d'annoncer 60 milliards d'économies.
07:08Vous savez, c'est inédit cette histoire.
07:10Est-ce que le courage politique n'aurait pas été également
07:12de procéder à un certain nombre de privatisations ?
07:14C'est-à-dire, par exemple, Orange ?
07:15Parce que là, pour le coup, les milliards, on les aurait trouvés.
07:18Oui, enfin, attendez.
07:20C'est une proposition libérale.
07:22Je suis désolé d'avoir une proposition libérale.
07:24C'est la thèse d'Yves-Thibault Silgui qui a écrit un livre là-dessus.
07:26Ça n'est pas un gros mot.
07:28Il va privatiser à l'aéroport de Paris aussi.
07:30Il a construit ce budget en 15 jours.
07:32Vous savez, il y a aujourd'hui, ce que les commentateurs oublient,
07:35c'est qu'aujourd'hui, le centre de gravité du pouvoir s'est déplacé vers le Parlement.
07:38Puisqu'il n'y a pas de majorité.
07:40Et donc, il est tout à fait normal qu'il soit arrivé en disant
07:43qu'il y a deux tiers de réduction de dépense et un tiers d'augmentation des recettes.
07:46Sauf que ça a été totalement défiguré.
07:48Vu que le RN et la LFI, en commission des finances,
07:50avaient augmenté de 35 milliards d'euros les impôts.
07:52Comme si on n'en avait pas assez en France.
07:54Merci Agnès Évreny.
07:56Un autre nom qui circule, c'est celui de Sébastien Lecornu également.
07:58Vous savez, en général, c'est pas très bon signe quand les noms circulent.
08:01Mercato, mercato.
08:03Ça y est, ça commence.
08:058h moins 5, dans un instant le journal de 20h.
08:07Et nous recevrons Arnaud Bénédetti,
08:09rédacteur en chef de la revue Politique et Parlementaire,
08:11pour faire la synthèse de tout ça.
08:13A tout de suite sur Europe 1.