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Tandis que le FBI surveillait Robert Oppenheimer, figure centrale du projet Manhattan, qui visait à mettre au point la bombe atomique américaine, ses confrères livraient tranquillement des informations à l’URSS. Focus sur une affaire d’espionnage qui a contribué à déclencher la guerre froide.
De 1942 à 1946, le projet "Manhattan" est mené dans le plus grand secret afin de mettre au point la première bombe atomique de l’histoire. Tout au long du processus, les Américains tentent de contrer toute fuite d’information. Robert Oppenheimer, célèbre directeur scientifique du laboratoire de Los Alamos (Nouveau-Mexique), est étroitement surveillé par le FBI depuis les années 1930, en raison de ses affinités communistes. En revanche, rien ne freine son proche collaborateur Klaus Fuchs, physicien allemand naturalisé britannique, qui parvient à transmettre des données sensibles à l’URSS. C’est également le cas de deux Américains : Theodore Alvin Hall, physicien travaillant sur la bombe à implosion, et Oscar Seborer, technicien et ingénieur, identifié comme espion il y a seulement une dizaine d’années.
Climat de défiance
En 2023, le film Oppenheimer réalisé par Christopher Nolan contribuait à faire largement connaître les coulisses de la naissance de la bombe atomique, en explorant les dilemmes moraux vécus par le scientifique et les imbrications entre avancées techniques et responsabilités éthiques. Nourri de nombreux témoignages et d’images d’archives, ce documentaire met quant à lui en lumière l’injustice vécue par Oppenheimer qui, sans jamais avoir trahi son camp, se vit interdire l’accès aux secrets atomiques en prévision d’une audition, en 1954, en plein maccarthysme, alors que plusieurs espions avérés ne furent jamais inquiétés ou ne furent démasqués que sur le tard. Quatre-vingts ans après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, ce film dévoile les dessous d’une célèbre affaire d’espionnage, révélant comment le climat de méfiance et la surveillance exercée par les deux camps ont influencé le développement de la bombe atomique et contribué à instaurer l’équilibre de la terreur. Retour sur un affrontement clé qui a précipité le début de la guerre froide.
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ÉducationTranscription
00:00:00Robert Oppenheimer, l'homme qui a construit la bombe.
00:00:18C'est l'histoire d'une course contre la montre.
00:00:23« Sans Oppenheimer, ça aurait pris trois ou quatre ans. »
00:00:34Scientifique reconnu et objet de soupçon, Oppenheimer était dans le viseur des services de renseignement américains et étrangers.
00:00:41« Si les nazis avaient eu la bombe les premiers, l'issue de la guerre aurait été différente. Et voilà comment le projet de bombe est né. »
00:00:58Discrédité dans son propre pays, Oppenheimer était rongé par le doute.
00:01:02« J'ai été demandé si, dans les années à venir, il sera possible de tuer 40 millions d'américains dans les 20 milliers d'américains par l'utilisation des bombes atomiques en une nuit. »
00:01:21« J'ai peur que l'answer à cette question est oui. »
00:01:24Los Alamos, dans le Nouveau-Mexique.
00:01:51C'est ici qu'est née la bombe qui a changé le monde pour toujours.
00:01:55Aujourd'hui encore, des chercheurs modernisent ici l'arsenal nucléaire américain.
00:02:14« À Los Alamos, les travaux préparatoires pour le laboratoire ont commencé en décembre 1942.
00:02:27Les scientifiques ne s'y sont installés qu'à partir d'avril 1943.
00:02:34On pensait alors que le laboratoire et les équipements seraient suffisants.
00:02:38Mais on se trompait. Le complexe s'est agrandi jusqu'à la fin de la guerre.
00:02:45Il est devenu bien plus important qu'on ne l'avait prévu initialement. »
00:02:50« En l'espace de quelques mois, la toute première ville laboratoire au monde voit le jour.
00:03:00On y rassemble les meilleurs scientifiques internationaux des États-Unis.
00:03:04Mais personne ne doit le savoir.
00:03:06Il s'agissait de réunir les experts de différentes disciplines.
00:03:22Chimie, physique, génie des explosifs.
00:03:25Et de les faire travailler ensemble.
00:03:34Leur mission, concevoir la première bombe atomique du monde.
00:03:55Après des semaines de recherche, le directeur scientifique du programme est nommé Robert Oppenheimer,
00:04:04professeur de physique quantique à l'Université de Berkeley.
00:04:10Le général Leslie Groves, responsable militaire du projet, est convaincu de tenir l'homme de la situation.
00:04:17Il est ambitieux, polyvalent et capable de synthétiser des phénomènes complexes.
00:04:21Une décision courageuse, car Oppenheimer est soupçonné d'être communiste.
00:04:27Ce soupçon le poursuivra toute sa vie et lui vaudra la surveillance des services secrets.
00:04:36A l'origine, les scientifiques qui doivent participer au projet Manhattan sont dispersés aux quatre coins du pays.
00:04:44Mais Oppenheimer a l'idée de rassembler tous les domaines de recherche au Nouveau-Mexique.
00:04:48Il a découvert cette région à l'adolescence au Nouveau-Mexique.
00:04:51Il a découvert cette région à l'adolescence.
00:05:05Ayant contracté la tuberculose, ses parents, des bourgeois new-yorkais, l'envoient en convalescence dans les montagnes rocheuses.
00:05:12C'est une expérience qui l'a transformée.
00:05:26C'est une expérience qui l'a transformée.
00:05:40Il est tombé amoureux du Nouveau-Mexique et de la culture des cow-boys.
00:05:44Il est devenu très bon cavalier.
00:05:51Et jusqu'à la fin de sa vie, il a essayé de passer au moins l'été au Nouveau-Mexique.
00:06:03Oppenheimer découvre Los Alamos par hasard lors de ses longues promenades à cheval.
00:06:22Oppenheimer découvre Los Alamos par hasard lors de ses longues promenades à cheval.
00:06:28Les scientifiques sont accueillis à Santa Fe, la capitale de l'État, sans vraiment savoir ce qui les attend.
00:06:34Los Alamos est un endroit très étrange, perché sur un haut plateau, au milieu de nulle part.
00:06:49C'est un lieu extrêmement isolé, entouré de barbelés, d'agents de sécurité et de gardes armés.
00:06:57Les chercheurs étaient tenus au secret le plus strict.
00:07:02Il arrivait que l'alimentation en eau ou le réseau électrique tombent en panne.
00:07:07Mais c'était des épreuves que la plupart acceptaient face à l'urgence de la guerre.
00:07:16En quelques mois, le centre de recherche nucléaire sort de terre.
00:07:22À la demande express d'Oppenheimer, les scientifiques sont accompagnés de leur famille.
00:07:27Au départ, on pensait que le projet emploierait une centaine de scientifiques, plus le personnel auxiliaire.
00:07:37Finalement, un millier de chercheurs et environ 8000 personnes sont venues vivre et travailler à Los Alamos.
00:07:43Ça impliquait un tas de travaux et de problèmes.
00:07:46Par exemple, l'hiver, les chemins de terre se transformaient en bourbiers.
00:07:49Un site discret, facile à clôturer et éloigné de la côte, Los Alamos paraît idéal pour la recherche nucléaire.
00:08:02Craignant malgré tout la fuite d'informations confidentielles sur la construction de la bombe,
00:08:11le FBI et le ministère de la guerre introduisent clandestinement de nombreux agents.
00:08:16Le FBI examine soigneusement le passé de tous les chercheurs.
00:08:26Peu d'entre eux obtiennent le badge blanc qui donne accès à toutes les zones.
00:08:30Robert Oppenheimer est de cela.
00:08:42Malgré une surveillance rigoureuse, il n'y a pas que des scientifiques innocents à Los Alamos.
00:08:48D'autres pays s'intéressent vivement au projet, à commencer par l'Union soviétique.
00:08:52Mais qui donc est Robert Oppenheimer, cet homme de 39 ans, considéré comme l'un des plus grands physiciens nucléaires des États-Unis ?
00:09:22Il est né en 1904 à New York.
00:09:35Son père a émigré d'Allemagne.
00:09:39Sa famille venait d'un petit village du nom d'Oppenheim.
00:09:44Sa mère est née à Baltimore, mais elle a des origines allemandes.
00:09:48Ses parents étaient donc tous les deux des juifs de langue allemande.
00:09:55À l'époque, les Allemands constituent le groupe d'immigrés le plus important des États-Unis.
00:10:01Nombre d'entre eux sont juifs, comme la famille de Robert Oppenheimer.
00:10:04Son père est marchand d'étoffes.
00:10:08Sa mère peint, mais n'a pas d'activité professionnelle.
00:10:12Il a grandi dans un cocon de l'Upper West Side, où la famille occupait un appartement de 10 pièces.
00:10:19Ils avaient un cuisinier, une femme de ménage et un chauffeur.
00:10:26Ils étaient plutôt fortunés.
00:10:28Et ils avaient bon goût.
00:10:32Ils possédaient dans leur collection quelques Van Gogh et quelques Picasso.
00:10:39Donc, le jeune Robert a baigné dans un milieu extrêmement privilégié.
00:10:46Robert Oppenheimer est un enfant étrange et très intelligent.
00:10:52Il n'est qu'avec des adultes, qui sont eux-mêmes très séduits par son intelligence.
00:10:56Quand il rentre à l'école, il ne sait pas comment faire avec les élèves, avec ses camarades de classe.
00:11:03Il ne sait pas faire, il ne sait pas leur parler.
00:11:05Et comme il ne sait pas leur parler, il est assez vite ostracisé et peut-être même carrément harcelé.
00:11:11Et puis, voilà, pendant une colonie de vacances, il va être vraiment en très grande difficulté.
00:11:21À New York, Robert Oppenheimer fréquente l'école de la New York Society for Ethical Culture,
00:11:26une organisation fondée par le fils d'un rabbin sur des principes humanitaires et laïques.
00:11:32L'idée est d'agir avant de croire.
00:11:39Autrement dit, les actes sont plus importants que les convictions personnelles.
00:11:45Agis de manière à faire émerger ce qu'il y a de mieux chez les autres et pour toi-même.
00:11:49C'est notre règle d'or.
00:11:51L'objectif qu'il faut poursuivre pour tirer le meilleur des autres.
00:11:55Le fait qu'Oppenheimer soit passé par cette école signifie qu'il a vraiment reçu une éducation progressiste et humaniste
00:12:06qui ne reposait pas sur le modèle classique de l'apprentissage par cœur.
00:12:10L'accent était mis sur l'éveil et l'engagement social.
00:12:20Cet enseignement façonne sa vision idéaliste du monde qui lui attirera bien des ennuis plus tard.
00:12:32Après le lycée, le jeune Robert étudie la chimie à Harvard pendant trois ans.
00:12:37Il hésite longtemps entre la littérature et les sciences naturelles,
00:12:40finit par choisir la physique et part pour Cambridge en Angleterre.
00:12:44Brillant théoricien, il n'est pas à l'aise avec les expériences pratiques et se heurte pour la première fois à l'échec,
00:12:53ce qui le plonge dans une grave dépression.
00:12:56En plein désarroi, il tente d'étrangler son ami d'enfance et d'empoisonner la pomme de son professeur.
00:13:05Je pense qu'il avait besoin de traverser une crise pour mûrir.
00:13:14Ça l'a amené à s'intéresser à la condition humaine et plus seulement au monde physique.
00:13:23Et je crois que son amour pour les romans d'Ernest Hemingway ou les poèmes de T.S. Eliot ont fait de lui un meilleur scientifique.
00:13:35Ça a stimulé son imagination et ça lui a permis d'interroger différemment la physique quantique lorsqu'il l'a découverte.
00:13:47Pour sa thèse, il rejoint en 1926 Max Born à Göttingen, alors épicentre de la révolution quantique.
00:14:02Son travail pose non seulement les bases de la bombe atomique, mais aussi celles de nombreuses technologies qui dominent notre monde moderne.
00:14:12Oppenheimer est un scientifique surdoué. En 1927, il entreprend d'expliquer ce qu'est une molécule au moyen de la physique quantique.
00:14:21Il résume son raisonnement en cinq pages, ce qui lui paraît amplement suffisant.
00:14:26Son directeur de thèse, Max Born, en fait un article de 30 pages plus accessible.
00:14:32Il rencontre les grands noms de sa discipline. Albert Einstein, Niels Bohr, Werner Heisenberg, Paul Dirac, tous futurs prix Nobel.
00:14:44Il constate que les échanges entre scientifiques donnent d'excellents résultats. C'est cet esprit d'équipe qu'il favorisera plus tard à Los Alamos.
00:14:52C'était une communauté de scientifiques qui se connaissaient bien. Ils publiaient à l'international, ils se retrouvaient à des congrès et depuis la fin des années 1930, tous savaient qu'on concevait et expérimentait ici un projet totalement nouveau.
00:15:10Mais certains confrères deviennent de dangereux rivaux. Werner Heisenberg se met au service des nazis et joue un rôle de premier plan dans le projet d'uranium de l'armée de terre allemande.
00:15:24Oppenheimer rentre aux États-Unis à la fin des années 1920.
00:15:31Dans les lettres qu'il écrit à son frère Frank, il parle sans cesse de son désir de retourner au Nouveau-Mexique.
00:15:42Il a décidé de s'installer en Californie pour être près du Nouveau-Mexique et de l'Ouest qu'il aimait tant.
00:15:59Donc il est allé à Berkeley. Au début, il était le seul professeur de physique à avoir de l'expérience en physique quantique.
00:16:10Il a créé le département et il a passé des années à tenter de convertir les étudiants à cette nouvelle science.
00:16:17Les années 1930 sont considérées comme l'âge d'or de l'Université de Berkeley, qui parvient à attirer de nombreux scientifiques renommés.
00:16:28Au début, les étudiants d'Oppenheimer ont du mal à suivre ces raisonnements complexes.
00:16:44Mais au fil des mois, il devient un professeur apprécié, au point que certains de ses étudiants, séduits par sa personnalité, se mettent à imiter sa démarche maladroite et à fumer la pipe.
00:16:59L'été, il occupe en parallèle une chaire au Caltech de Pasadena, au nord-est de Los Angeles.
00:17:05Lors de ses séjours sur place, il est hébergé dans la dépendance de son mentor, Richard Tolman, et de sa femme Ruth, avec qui il n'aura plus tard une relation amoureuse.
00:17:18À Berkeley, Oppenheimer publie un nombre considérable d'essais révolutionnaires qui lui auraient sûrement valu le prix Nobel.
00:17:30Mais il a la fâcheuse habitude de passer à un nouveau sujet avant même d'avoir épuisé le précédent.
00:17:36Et surtout, il s'intéresse de près à la politique.
00:17:40Oppenheimer rentre aux États-Unis dans un climat de troubles et de conflits sociaux.
00:18:07En 1934, les dockers se mettent en grève dans les ports de la côte ouest.
00:18:12Des affrontements éclatent avec la police et font plusieurs morts.
00:18:21Oppenheimer s'enthousiasme pour les idées du New Deal et cherche à se rapprocher des syndicats.
00:18:27Il s'engage en faveur des minorités et notamment de la communauté noire.
00:18:32Dans les années 30, après la crise économique mondiale, un vent de renouveau souffle sur le pays.
00:18:40Lorsqu'il crée le centre de physique quantique à Berkeley, Oppenheimer voit une chance de mettre en pratique ses idéaux progressistes.
00:18:47Comme beaucoup de ses contemporains, Robert Oppenheimer était partisan du New Deal.
00:19:01Sur le plan politique, c'était un pur produit des années 1930.
00:19:06A l'époque, quand on ne prenait pas parti pour les antifascistes, pour les puissantes organisations syndicales ou pour une politique de réforme forte,
00:19:14c'est qu'on n'avait ni cœur ni intelligence.
00:19:18Or Oppenheimer avait les deux.
00:19:20Après la mort de son père, le physicien consacre une partie de son héritage aux bourses pour les étudiants.
00:19:28Il verse également 3% de ses revenus à des associations d'aide aux scientifiques allemands menacés par les nazis.
00:19:34La guerre civile espagnole renforce l'adhésion des milieux étudiants à l'international communiste.
00:19:44À l'époque, le communisme n'était pas encore stigmatisé.
00:19:50Il apparaissait comme une solution évidente aux yeux des gens qui se demandaient comment lutter contre les problèmes liés à la dépression et les inégalités croissantes dans le pays.
00:20:00C'était un refuge pour tous ceux qui vivaient tout ça comme une grosse tempête.
00:20:11Rien ne prouve qu'Oppenheimer ait été membre du Parti communiste.
00:20:15Mais son frère Frank et sa femme Jackie y adhèrent officiellement en 1936.
00:20:19Ses étudiants sont communistes, son frère est communiste, sa belle-sœur est communiste, son épouse est une ancienne communiste, donc il est surveillé et écouté tout le temps.
00:20:42La propriétaire d'Oppenheimer et beaucoup de ses amis et collègues sont également acquis au socialisme.
00:20:49C'est à cette époque que le FBI commence à s'intéresser aux scientifiques.
00:20:52Un de ses amis semble particulièrement suspect, Aacone Chevalier, professeur de littérature française.
00:21:10Donc avec Aacone Chevalier, Robert Oppenheimer va participer au meeting du Parti communiste.
00:21:25Ils vont s'engager dans le syndicat des enseignants.
00:21:30Ils vont participer financièrement aux caisses de grève, etc. Et ça aussi, ça va vraiment les lier.
00:21:39Lors d'un de ces meetings, le FBI relève les plates d'immatriculation de tous les participants, y compris celles d'Oppenheimer.
00:21:46Des années plus tard, en décembre 1943, alors qu'il est déjà engagé dans les préparatifs de la bombe atomique et tenu au plus strict secret professionnel,
00:22:03Il invite chez lui son ami Aacone Chevalier et sa femme.
00:22:16Chevalier sait vaguement qu'Oppenheimer est impliqué dans un projet secret.
00:22:25Il lui suggère de partager des informations avec leurs alliés russes.
00:22:30Oppenheimer répond bien sûr instantanément que ce serait de la trahison.
00:22:40Et il met fin à la conversation.
00:22:45Le plan des services secrets soviétiques d'obtenir directement des informations auprès d'Oppenheimer échoue.
00:22:52Mais bien qu'il ait refusé de collaborer, cette tentative d'enrôlement sera plus tard retenue contre lui.
00:22:58Pendant six mois, il s'est gardé de signaler cette conversation au service de sécurité.
00:23:10Et au cours de plusieurs entretiens, il a tenté de noyer le poisson pour protéger son ami Aacone Chevalier.
00:23:17Il a essayé de brouiller les cartes dans ce qu'il a appelé plus tard une histoire à dormir debout.
00:23:26Mais ça lui a causé des problèmes.
00:23:29Les services de sécurité en ont conclu qu'Oppenheimer dissimulait des informations et inventait des histoires.
00:23:37Aux yeux du FBI, Oppenheimer présente un autre risque.
00:23:47Aux yeux du FBI, Oppenheimer présente un autre risque. Il aime les femmes politiquement engagées.
00:24:05Lors d'une soirée en 1936, il rencontre Jean Tatlock, étudiante en médecine et fervente communiste.
00:24:15Il était là. Dès qu'elle est arrivée, elle l'a vue.
00:24:18Il était entouré d'un groupe de professeurs en train de parler avec son charme habituel.
00:24:23Et puis il l'a vu lui aussi.
00:24:24Tous les deux étaient ce genre de personnes qui attiraient l'attention dès qu'ils entraient dans une pièce.
00:24:32En parallèle de ses études, Jean Tatlock est journaliste au Western Worker, l'organe du Parti communiste.
00:24:43Il est tombé amoureux de cette femme.
00:24:46Elle était très active politiquement.
00:24:48Elle était même membre du Parti communiste en Californie.
00:24:52Et elle poussait Robert Oppenheimer à s'engager en politique, à s'impliquer davantage dans le monde qui l'entourait.
00:25:03Oppenheimer avait eu des relations avec une demi-douzaine de femmes, pour reprendre ses mots.
00:25:08Mais Jean Tatlock sera son grand amour.
00:25:10Les agents du FBI prennent le couple en filature, font surveiller l'appartement de Jean Tatlock et mettent son téléphone sur écoute.
00:25:22Ils voient Oppenheimer accompagner la jeune femme à des réunions du Parti communiste destinées à recruter des scientifiques de Berkeley.
00:25:34Lors de ces soirées, Oppenheimer fait plusieurs dons en espèces.
00:25:37En principe, ces fonds doivent soutenir les combattants communistes dans la guerre d'Espagne, mais leur destination réelle échappe à tout contrôle.
00:25:48Par deux fois, Oppenheimer demande la main de Jean.
00:25:52Elle refuse, de peur d'étouffer dans l'institution du mariage.
00:25:55C'est alors qu'une autre femme entre dans la vie du physicien, Kitty.
00:26:08Catherine Wissering-Punning, née à Recklinghausen dans la Ruhr, prétend être la nièce du roi des Belges.
00:26:14On lui trouve en réalité d'autres liens de parenté.
00:26:18Kitty était allemande. Elle avait un cousin, Wilhelm Keitel, qui était chef de l'état-major de la Wehrmacht, et un autre qui était général de corps d'armée.
00:26:32C'était donc des liens incroyables, auxquels le FBI ne s'est pourtant jamais intéressé.
00:26:39À 29 ans, elle est déjà veuve deux fois. Son premier mari, Joe Dalet, un communiste américain, est tombé pendant la guerre civile espagnole.
00:26:55Kitty est elle aussi communiste et distribue des tracts pour le parti.
00:26:59Kitty accompagne quelques temps Oppenheimer dans sa petite maison des montagnes du Nouveau-Mexique.
00:27:12Lorsqu'elle tombe enceinte, elle divorce de son troisième mari et épouse Oppenheimer dès le lendemain.
00:27:26Le jeune couple est étroitement surveillé par le FBI.
00:27:46De nature impulsive, Kitty réagit parfois vivement à cet espionnage permanent.
00:27:50Il lui arrive même de montrer sa poitrine aux agents du FBI qui font le guet devant la maison.
00:28:03Après la naissance de Peter, son premier enfant, il apparaît que le rôle de mère ne lui tient pas particulièrement à cœur.
00:28:09Un ami du couple accueille le nourrisson pendant plusieurs semaines.
00:28:16Il s'agit de Haakon Chevalier, le professeur communiste qui tentera deux ans plus tard de recruter Oppenheimer comme un formateur soviétique.
00:28:25En 1938 déjà, Oppenheimer avait entendu parler des purges staliniennes par deux amis physiciens qui rentraient d'un séjour en URSS.
00:28:43Bouleversé, il a pris ses distances avec les communistes lorsque l'Allemagne et l'Union soviétique ont signé le pacte de non-agression en 1939.
00:28:53Mais pour le FBI, il restera un gauchiste radical à surveiller.
00:29:08En septembre 1939, Niels Bohr, le mentor d'Oppenheimer, publie un article révolutionnaire sur la fission nucléaire.
00:29:28La même semaine, la Seconde Guerre mondiale éclate.
00:29:40Le 7 décembre 1941, les États-Unis entrent dans le conflit après l'attaque de Pearl Harbor.
00:29:46Ils s'appuient sur les découvertes de Niels Bohr pour construire la bombe atomique.
00:29:51Robert Oppenheimer est nommé directeur scientifique du projet Manhattan.
00:30:03Il convainc l'armée américaine de rassembler les scientifiques à Los Alamos, où il est responsable de l'organisation de la vie civile.
00:30:10Il fait venir des connaissances et des amis, comme le physicien allemand Hans Bethe et son ancien étudiant Robert Serber, qui devient l'un de ses plus proches collaborateurs.
00:30:22Le FBI exige de renvoyer Robert Serber et sa femme chez eux, au motif qu'ils sont bourrés de convictions communistes et que ce sont des radicaux notoires.
00:30:35Il fait également venir son frère Frank à Los Alamos.
00:30:45Frank Oppenheimer était un très bon physicien expérimental.
00:30:53Mais les services de sécurité ne voulaient pas de lui à cause de son passé communiste.
00:31:00Finalement, il a été autorisé à venir à Los Alamos. Il a participé activement à la préparation de la première explosion atomique.
00:31:17Suspicieux, les services de renseignement surveillent les fréquentations d'Oppenheimer.
00:31:21Mais il a le soutien du responsable militaire du projet Manhattan, Leslie Groves.
00:31:34Après être parvenu à terminer la construction du Pentagone en un temps record, ce dernier a été promu général et affecté à Los Alamos.
00:31:43On le voit ici superviser le travail des chercheurs dans une scène reconstituée.
00:31:50Le général Groves est le supérieur hiérarchique direct de Robert Oppenheimer.
00:32:03Les deux hommes entretiennent une relation ambivalente.
00:32:20Je ne dirais pas que le général Groves faisait confiance à Oppenheimer.
00:32:27Du moins, pas totalement.
00:32:31Puisque dans le cadre du projet Manhattan, on faisait suivre Oppenheimer.
00:32:35Et on avait mis son téléphone sur écoute pour s'assurer qu'il ne divulguait pas d'informations à l'extérieur.
00:32:41Mais Groves savait qu'Oppenheimer était brillant et capable de diriger une opération techniquement compliquée.
00:32:53Leslie Groves défend Robert Oppenheimer, surtout face au chef du contre-espionnage à Los Alamos, Boris Pache,
00:33:00qui a fait de la surveillance du directeur scientifique une affaire personnelle.
00:33:04Régulièrement, il l'interroge sur la tentative de recrutement menée par Ahakon Chevalier pour le compte des services secrets soviétiques.
00:33:19Au début, Oppenheimer essaie de couvrir Chevalier, mais il finit par donner son nom.
00:33:25Son hésitation sera considérée bien des années plus tard comme une tentative de trahison.
00:33:32« Ça lui a attiré des ennuis. L'appareil de sécurité de Los Alamos a augmenté la pression et renforcé sa surveillance. »
00:33:47L'intéressé dira à propos de cet espionnage permanent « Le gouvernement a dépensé plus d'argent pour mettre ma ligne téléphonique sur écoute que pour me payer à Los Alamos. »
00:34:01Le chauffeur et garde du corps d'Openheimer est un agent du FBI.
00:34:09Ses assistants aussi travaillent pour les services de renseignement.
00:34:13Ils l'acceptent pour ne pas compromettre le projet.
00:34:16Le 14 juin 1943, le FBI le surveille aussi lorsqu'il rend visite à ses anciens étudiants de Berkeley, dont quelques communistes, et quand il passe la nuit avec sa maîtresse Jean Tatlock.
00:34:43Quelques mois plus tard, elle meurt d'une surdose de médicaments.
00:35:03Elle est retrouvée par son père la tête dans la baignoire. Aujourd'hui encore, rien ne prouve qu'il s'agit réellement d'un suicide.
00:35:10Robert Oppenheimer n'est pas seulement surveillé par les services secrets américains.
00:35:25L'URSS s'intéresse de près à l'avancement du projet Manhattan et envoie plusieurs espions au Nouveau-Mexique.
00:35:32Les soviétiques donnent au projet Manhattan le nom de code Enormous et leurs espions reçoivent des pseudonymes.
00:35:43Tout comme les personnes qu'ils doivent recruter, notamment les frères Oppenheimer.
00:35:50Robert Oppenheimer avait reçu un pseudonyme, lequel était Chester.
00:36:06L'expression qui est utilisée en anglais par les deux auteurs en parlant de Robert Oppenheimer, c'est « the elusive target », donc la cible insaisissable.
00:36:15En d'autres termes, les services de renseignement soviétiques ont essayé à plusieurs reprises de trouver la faille, de trouver le moyen pour recruter Oppenheimer, mais en vain.
00:36:30Le plus connu des espions soviétiques est le physicien d'origine allemande Klaus Fuchs.
00:36:47Étant communiste, il quitte l'Allemagne en 1933 pour échapper à la Gestapo.
00:36:53En Angleterre, il devient l'assistant de Rudolf Peierls, qui a également fui les nazis.
00:37:04« En 1940, en Grande-Bretagne, Rudolf Peierls et Otto Frisch ont posé cette question clé.
00:37:11Si on parvenait à fabriquer de l'uranium 235, combien en faudrait-il pour produire une explosion ?
00:37:17Ce qui les a étonnés et effrayés, c'est qu'il en fallait une toute petite quantité, l'équivalent d'un pomme-l'eau.
00:37:25Ça signifie qu'on pouvait transporter la bombe dans un seul avion.
00:37:30Et ils ont compris que si les nazis avaient cette arme en premier, la guerre se finirait autrement.
00:37:37Et voilà comment le projet de bombe a commencé. Il a commencé en Grande-Bretagne.
00:37:41La Grande-Bretagne lance un programme d'armes nucléaires sous le nom de MAUDE.
00:37:56Même si les Britanniques savent que Fuchs est communiste, il est très peu surveillé parce qu'il ne montre pas de signe d'engagement politique.
00:38:03Et le MI5, le service de renseignement de sa majesté, ne dispose que de 36 agents en 1939.
00:38:10En juin, le pacte de non-agression entre Hitler et Staline est rompu.
00:38:24Le premier ministre, Winston Churchill, déclare dans un discours à la radio nationale
00:38:32« L'Union soviétique, les Russes, sont maintenant nos amis. Nous les aiderons autant que nous pourrons. »
00:38:41J'imagine Klaus Fuchs quand il entend ça.
00:38:45Le premier ministre de son nouveau pays d'adoption l'enjoint de fournir toute l'aide possible aux Russes
00:38:52et par chance, il travaille justement à un projet qui pourrait rebattre les cartes de la guerre
00:38:58et potentiellement apporter la victoire aux alliés.
00:39:03Dès lors, Klaus Fuchs livre aux Russes des informations confidentielles sur le projet de bombe atomique britannique.
00:39:11La Grande-Bretagne, qui est la cible de bombardements allemands, se trouve en grande difficulté financière.
00:39:30Elle ne peut plus poursuivre ses travaux sur la bombe A.
00:39:34Les Américains stagnent aussi dans leurs recherches,
00:39:36jusqu'au jour où Enrico Fermi réussit à créer le premier prototype d'un réacteur nucléaire à Chicago.
00:39:50Soucieux de devancer l'Allemagne nazie dans la construction d'armes nucléaires,
00:39:53Churchill et Roosevelt signent le 19 août 1943 l'Accord de Québec,
00:40:00dans lequel ils s'engagent à mettre au point ensemble la bombe atomique.
00:40:03C'est ainsi que Rudolf Payers et l'espion Klaus Fuchs se retrouvent à New York pour participer au projet Manhattan.
00:40:20Klaus Fuchs a un nouveau contact qu'il voit notamment à Central Park.
00:40:32Il s'agit de Harry Gold, qui répond au pseudonyme de Raymond.
00:40:36Issu d'un milieu modeste de Philadelphie, il peut terminer ses études de chimie grâce à l'aide du Parti communiste,
00:40:43envers lequel il se sent redevable.
00:40:48En outre, il pense qu'il n'y a pas d'antisémitisme en Russie, alors que sa famille en a souffert aux États-Unis.
00:40:55C'est déjà un espion expérimenté au moment où il rencontre Klaus Fuchs pour la première fois.
00:41:00Klaus Fuchs est lui aussi envoyé à Los Alamos.
00:41:19Il devait avoir des soupçons sur Klaus Fuchs, parce qu'il savait qu'il avait des penchants communistes.
00:41:25Un officier du MI5 a écrit une lettre à un homme du nom de Michael Perrin,
00:41:34qui était en charge de la délégation britannique impliquée dans le projet Manhattan.
00:41:39Dans cette lettre, il conseillait de ne pas informer les Américains des penchants communistes de Klaus Fuchs.
00:41:45Si ce courrier avait été connu du général Groves, les Britanniques auraient été mis sur la touche.
00:41:54À Los Alamos, le FBI croit à tort que le MI5 a effectué des recherches approfondies.
00:42:01Les services de renseignement britanniques savent que Klaus Fuchs est communiste,
00:42:06mais comme cette information provient de la Gestapo, il ne lui donne pas suite.
00:42:09Klaus Fuchs devient bientôt l'un des collaborateurs les plus importants du projet Manhattan.
00:42:18Il est désormais directement sous les ordres du KGB et porte un nouveau nom de code, Charles.
00:42:27Klaus Fuchs avait toutes les informations en tête.
00:42:40Il menait toutes ses expériences lui-même et avait la situation parfaitement en main.
00:42:45Il n'avait pas besoin d'emporter des notes avec lui.
00:42:48Il sortait, s'arrêtait quelque part sur la route de Santa Fe, rédigeait toutes les notes,
00:42:52rencontrait Harry Gold et les lui remettaient.
00:42:54Klaus Fuchs rencontre à plusieurs reprises Harry Gold à Santa Fe en toute discrétion.
00:43:06Enfreignant toutes les règles de l'espionnage et à la demande du KGB,
00:43:10Harry Gold sert aussi d'intermédiaire à David Greenglass.
00:43:16David Greenglass était un machiniste qui avait travaillé une quinzaine de jours à Oak Ridge
00:43:19avant de venir à Los Alamos en 1944.
00:43:23Là, il a été chargé de fabriquer des matières hautement explosives pour les armes à implosion.
00:43:27David Greenglass est recruté par Julius Rosenberg, le mari de sa sœur Etel.
00:43:36Comme Oppenheimer, Rosenberg est issu d'une famille juive new-yorkaise.
00:43:50Et dans les années 1930, il entre lui aussi en contact avec le parti communiste auquel il adhère en 1942.
00:43:57Durant une courte période, il est employé civil de l'armée américaine.
00:44:01Après avoir été licencié en raison de ses activités politiques,
00:44:06il ouvre un petit atelier de réparation de machines qui lui sert de couverture pour espionner au profit de l'Union soviétique.
00:44:16À l'été 1945, David Greenglass remet à Julius Rosenberg un croquis grossier et 12 pages de notes détaillées sur la bombe à implosion.
00:44:26Mais les experts jugent plus importantes les informations transmises aux soviétiques par le plus jeune des scientifiques du projet Manhattan, Ted Hall.
00:44:41Il n'avait que 18 ans quand il est venu à Los Alamos pour travailler sur la masse critique de l'arme à l'uranium.
00:44:53Il a aussi mené des expériences sur la bombe à implosion.
00:44:58Ce chercheur surdoué prend lui-même contact avec l'Union soviétique car il lui paraît dangereux qu'un seul pays dispose de la bombe.
00:45:05Au début, le KGB se méfie de lui, mais ses informations se recoupent avec celles de Fuchs et Greenglass.
00:45:15Il devient dès lors l'un des plus précieux agents des soviétiques.
00:45:20Ted Hall, un jeune scientifique de Los Alamos, était un prodige, un homme brillant qui fournissait des renseignements à l'Union soviétique.
00:45:28Son nom de code était Mlad.
00:45:33Petit jeune.
00:45:41Le 6 mai 1945, Ted Hall rencontre son intermédiaire à Albuquerque et lui transmet des informations sur la quantité d'uranium-235 nécessaire à la fabrication d'une bombe atomique.
00:45:59Moins d'un mois plus tard, le 2 juin 1945, le KGB réalise son plus beau coup.
00:46:06À 16 heures, sur un pont de Santa Fe, Klaus Fuchs remet le dessin détaillé de la bombe atomique à son contact, Harry Gold.
00:46:13Toutes ces informations se retrouvent au laboratoire numéro 2 de Moscou, où Julie Harriton, surnommé l'Openheimer Russe, travaille à la construction de la bombe soviétique.
00:46:28À 300 kilomètres à l'est de Moscou, l'Union soviétique érige sur le modèle américain un site de recherche secret sur les armes nucléaires, baptisé Arzamas XVI et surnommé Los Arzamas.
00:46:42Je suis allé en Russie pour la première fois en février 1992 et j'ai rencontré l'Openheimer russe.
00:46:52Il s'appelait Yuli Borissovitch Rariton.
00:46:55La première chose qu'il a tenu à me dire, c'est « Nous savions comment fabriquer une bombe. Nous savions tout ».
00:47:04J'ai répondu « Elle ressemble beaucoup à la nôtre. Sauf votre respect, professeur Rariton, pourquoi n'avez-vous pas testé la vôtre ? »
00:47:14Et il a dit « Eh bien, professeur Ecker, nous savions que votre bombe fonctionnait et nous voulions rester en vie. Alors nous avons testé la vôtre. »
00:47:25En clair, si Yuli Rariton et ses collègues avaient échoué, ils auraient sans doute été exécutés sur ordre de Staline.
00:47:39Grâce aux informations de ces espions, l'Union soviétique talonne les États-Unis dans la course à la bombe atomique.
00:47:49Mais ni le FBI, ni les scientifiques de Los Alamos ne sont au courant.
00:47:54Ces derniers travaillent sans relâche sur la bombe.
00:48:09L'un des plus proches collaborateurs d'Oppenheimer est Edward Taylor, un physicien qui a fui la Hongrie.
00:48:15« Taylor voulait prendre la tête du département théorique du laboratoire qui devait participer à la conception des armes.
00:48:25Mais Oppenheimer a nommé à la place Hans Bethe parce qu'il le jugeait plus compétent qu'Edward Taylor pour diriger un projet aussi difficile et complexe. »
00:48:36À l'inverse d'Oppenheimer, Edward Taylor mise sur la construction de la bombe à hydrogène, qui aurait selon lui une force destructrice nettement plus importante.
00:48:47Après la guerre, il accablera son ancien chef Oppenheimer, l'accusant d'avoir tenté de saboter la fabrication de la bombe H.
00:48:54En mars 1945, les rapports des services secrets américains indiquent que, contrairement à ce qu'on craignait, les Allemands ne sont pas en mesure de construire une bombe atomique.
00:49:07Le général Groves révèle alors aux scientifiques que, depuis le début, il s'agissait avant tout de créer une arme de dissuasion contre les Russes.
00:49:15« C'est très intéressant. À Los Alamos, la ville secrète, il y avait 6 000 personnes, dont plusieurs milliers de scientifiques. Et un seul d'entre eux a décidé de partir. »
00:49:32Seul Josef Rothblatt démissionne en signe de protestation.
00:49:37En 1973, il recevra le prix Nobel de la paix pour son engagement contre les armes nucléaires.
00:49:42Oppenheimer retient les autres en affirmant que la bombe empêchera toute guerre à l'avenir.
00:49:52En mai 1945, les Allemands capitulent. L'Amérique est en fête.
00:49:58À Los Alamos, on n'en continue pas moins de travailler d'arrache-pied sur la bombe atomique.
00:50:03Le gouvernement américain veut à tout prix démontrer sa force face à l'Union soviétique avant la conférence de Potsdam.
00:50:09Le général Groves insiste donc pour que le calendrier soit respecté.
00:50:22Oppenheimer baptise l'essai « Trinity », titre d'un poème du XVIe siècle de John Dawn,
00:50:27qui parle du désarroi humain et du désir de délivrance.
00:50:29Le tout premier essai nucléaire a lieu le 16 juillet 1945, la veille de la conférence de Potsdam.
00:50:47Lors de la réunion des alliés au château de Tzitzilienhof,
00:51:03Staline ne paraît pas spécialement étonné quand Truman l'informe du succès de l'essai.
00:51:08Bien plus tard, les Américains apprendront qu'il avait été mis au courant par ses espions.
00:51:12Si l'Allemagne nazie est vaincue, son allié, le Japon, refuse de capituler sans condition.
00:51:26Le gouvernement américain décide d'y larguer la première bombe atomique.
00:51:30Certains ont proposé de larguer la bombe dans la baie de Tokyo
00:51:52ou de faire exploser le sommet d'une montagne au Japon.
00:52:00Mais Oppenheimer et les autres, en particulier les généraux,
00:52:10étaient convaincus qu'ils ne pouvaient produire l'effet psychologique souhaité
00:52:14qu'en ciblant une ville toute entière.
00:52:26Ces préparatifs font douter Oppenheimer.
00:52:29Il voulait s'assurer que l'arme aurait l'impact le plus meurtrier,
00:52:42le plus dévastateur possible.
00:52:46Mais la même semaine, en privé,
00:52:51il s'inquiétait pour ces pauvres gens.
00:52:53C'était un homme très compliqué qui pouvait avoir des sentiments très contradictoires.
00:53:03Bien que le Japon soit déjà à genoux,
00:53:06une bombe à l'uranium-235 est lancée sur Hiroshima le 6 août 1945.
00:53:11Trois jours plus tard, l'armée soviétique aurait envahi l'archipel.
00:53:21C'est pourquoi on débat aujourd'hui encore pour savoir si l'utilisation de cette bombe
00:53:25constitue un crime de guerre.
00:53:26Il n'y avait pas de justification militaire.
00:53:45Les forces armées japonaises étaient déjà vaincues et sur le point de capituler.
00:53:49Les Américains voulaient envoyer un signal,
00:53:55moins à Tokyo qu'à Moscou d'ailleurs,
00:53:57en montrant qu'ils possédaient désormais l'arme la plus puissante
00:54:02et que c'était eux qui allaient définir les rapports de force en Asie après le conflit.
00:54:10De ce point de vue, ça n'a pas été le dernier acte de la Seconde Guerre mondiale,
00:54:14mais le premier acte de la guerre froide.
00:54:19Trois jours plus tard, une bombe au plutonium est larguée sur une autre ville japonaise,
00:54:28Nagasaki.
00:54:29Ce sont les seules bombes atomiques jamais utilisées dans une guerre.
00:54:55Dès 1943, les États-Unis lancent le projet Venona à Arlington Hall.
00:55:16Des cryptanalystes, en majorité des femmes,
00:55:19sont chargées de déchiffrer les communications secrètes
00:55:21entre Moscou et ses agents aux États-Unis.
00:55:27En décembre 1946, ils font une avancée décisive.
00:55:31C'est à ce moment-là, à partir de 1946, que le chiffre américain avec le projet Venona
00:55:41va être véritablement important et vital.
00:55:45Le premier document, le premier cryptogramme qui vraiment va faire avancer un peu le FBI,
00:55:54ça va être un cryptogramme datant de décembre 1944,
00:55:59dans lequel il y a une liste de scientifiques, pas seulement américains d'ailleurs,
00:56:05mais de scientifiques qui participaient au projet Manhattan.
00:56:09Il faudra malgré tout attendre encore plus de trois ans
00:56:12pour que les services secrets de l'armée et le FBI
00:56:15découvrent qui, parmi les scientifiques de Los Alamos,
00:56:19a espionné pour l'Union soviétique.
00:56:21Klaus Fuchs est de ceux-là.
00:56:26Il reste pourtant à Los Alamos jusqu'en 1946.
00:56:32Du point de vue des Britanniques, il espionnait pour eux.
00:56:36À vrai dire, il espionnait pour tout le monde.
00:56:39Mais à ce moment-là, il travaillait pour les Britanniques
00:56:41qui voulaient savoir ce qui se passait à Los Alamos.
00:56:44Un an plus tard, quand il est retourné en Grande-Bretagne
00:56:46pour devenir directeur de la physique théorique à Arwell,
00:56:49il a apporté toutes les connaissances qu'il avait acquises à Los Alamos
00:56:53sur la fabrication de la bombe.
00:56:56Il était donc l'interlocuteur ultra-confidentiel
00:56:59sur la construction ultra-confidentielle de la bombe atomique britannique.
00:57:02Beaucoup des scientifiques qui planchent à Arwell
00:57:08sur le programme nucléaire britannique seront plus tard anoblis.
00:57:14Fuchs aurait sans doute été anobli lui aussi.
00:57:17Il serait devenu, Lord Fuchs de Arwell, le baron rouge.
00:57:21Après avoir été démasqué par les Etats-Unis,
00:57:26Klaus Fuchs s'est arrêté en Angleterre le 2 février 1950
00:57:29et jugé à Londres.
00:57:31«Als ich zum Prozess geführt wurde,
00:57:37das Letzte war eine Treppe hinauf,
00:57:39die ich noch klar vor mir sehe,
00:57:42die genau führte zu dem abgezäumten Anklagestand.
00:57:48Der Verteidiger fragte mich,
00:57:53wissen Sie, was die Höchststrafe ist?
00:57:55Ich sage, sie sind ja, die Todesstrafe.
00:58:01Und das noch der Mänen.
00:58:03Die Todesstrafe sind 14 Jahre.
00:58:06Ich merke, weil es noch einmal ein Schock,
00:58:09dass jemand, der abgespracht, dich abgeschlossen hat,
00:58:12dass ihm plötzlich gesagt wird,
00:58:14du wirst weiterleben.
00:58:19L'Union soviétique était encore une alliée
00:58:21à l'époque où Klaus Fuchs lui a fourni des renseignements.
00:58:24Son action est donc considérée comme un crime
00:58:27et non comme une haute trahison.
00:58:31Après neuf ans de prison,
00:58:33il est expulsé à Berlin-Est.
00:58:35Un événement qui fait la une des journaux en RDA.
00:58:41Klaus Fuchs révèle le nom de code
00:58:43de son agent de liaison
00:58:44sans connaître sa véritable identité.
00:58:47Les Américains le recherchent activement
00:58:49et finissent par remonter jusqu'à Harry Gold.
00:58:54Harry Gold est l'un des agents
00:59:02qui s'était assuré
00:59:03que les informations confidentielles
00:59:05de Los Alamos
00:59:06parviendraient au service secret soviétique.
00:59:14À son tour,
00:59:15Harry Gold livre l'homme
00:59:16qui lui avait remis les croquis
00:59:17de la bombe à implosion à Albuquerque,
00:59:19le mécanicien David Greenglass.
00:59:29David Greenglass,
00:59:31Mrs Rosenberg's brother,
00:59:32confessed theft of the secrets
00:59:34while stationed at the Los Alamos
00:59:35atomic project.
00:59:37He later became the government's chief witness
00:59:39in the prosecution of the Rosenbergs.
00:59:41David Greenglass dénonce sa sœur Ethel
00:59:45et son mari Julius Rosenberg.
00:59:48Tous deux sont traduits en justice,
00:59:50bien que les services secrets soient convaincus
00:59:52qu'Ethel n'a pas grand-chose à voir
00:59:53avec les activités d'espionnage de son époux.
00:59:56Même si beaucoup de gens
01:00:04militent pour leurs grâces,
01:00:05notamment des célébrités
01:00:06comme Albert Einstein,
01:00:08Simone Signoret,
01:00:09Yves Montand et le pape Pie XII,
01:00:11les Rosenbergs sont exécutés.
01:00:20Les procès verbaux déchiffrés
01:00:22par les services secrets américains
01:00:24mènent au nom de code God's Hand,
01:00:26derrière lequel se cache
01:00:27l'ingénieur militaire
01:00:28Oscar Seborer.
01:00:31Selon les témoignages,
01:00:32c'est lui qui a remis
01:00:34la formule de la bombe A
01:00:35aux soviétiques.
01:00:38On sait peu de choses
01:00:39sur cet homme.
01:00:41Après ses études,
01:00:42il part pour Oak Ridge
01:00:43où on extrait
01:00:44et on enrichit l'uranium
01:00:46pour la construction de la bombe.
01:00:48En décembre 1944,
01:00:50il s'installe à Los Alamos
01:00:52pour travailler au système
01:00:53de détonation de la bombe.
01:01:00Lorsque les espions russes
01:01:01sont démasqués,
01:01:02il parvient à s'enfuir
01:01:03en Union soviétique
01:01:04avec sa famille.
01:01:05Il ne s'est jamais fait prendre.
01:01:15Au moment où le FBI
01:01:17a découvert qu'il avait espionné,
01:01:19il s'était déjà réfugié
01:01:20en Union soviétique.
01:01:24En 1964,
01:01:26il reçoit l'ordre de l'étoile rouge
01:01:27pour service rendu.
01:01:28Un autre espion soviétique
01:01:33restera longtemps épargné,
01:01:35Ted Hall.
01:01:37Il est interrogé,
01:01:38mais n'avouera jamais.
01:01:41Le FBI a fini par l'arrêter,
01:01:43mais certainement par manque d'éléments.
01:01:47Ils n'ont pas pu conduire la procédure
01:01:49jusqu'à là où ils auraient
01:01:51souhaité la conduire.
01:01:54Une fois décrypté,
01:01:56les messages secrets soviétiques
01:01:57fournissent des preuves accablantes
01:01:59sur les activités d'espionnage
01:02:01de Ted Hall.
01:02:02Mais le FBI veut à tout prix
01:02:04éviter de divulguer
01:02:05que ses experts
01:02:05ont déchiffré les codes.
01:02:07Il le laisse donc filer.
01:02:09Ted Hall ne sera officiellement
01:02:11démasqués qu'en 1995,
01:02:13quatre ans avant sa mort.
01:02:15Mais il y a prescription.
01:02:17Ted Hall a déclaré avant sa mort
01:02:20que s'il avait espionné
01:02:21pour les soviétiques,
01:02:23c'était pour s'assurer
01:02:23qu'une nation ne détienne
01:02:25pas seule des armes atomiques.
01:02:28Il voulait éviter l'émergence
01:02:29d'un monopole
01:02:30avec le risque possible
01:02:31de voir apparaître
01:02:32un monde nucléaire unipolaire.
01:02:41Dans le cadre du projet Venona,
01:02:50les États-Unis parviennent
01:02:51à déchiffrer
01:02:51plus de 300 noms de codes.
01:02:54Seules une centaine d'entre eux
01:02:55peuvent être attribués
01:02:56à des personnes.
01:03:02Presque tous les espions
01:03:04font la même déclaration
01:03:05que Ted Hall.
01:03:06Ils ont simplement voulu empêcher
01:03:08qu'un pays seul
01:03:09possède la bombe.
01:03:10De fait, aucun d'eux
01:03:12n'a agi pour l'argent.
01:03:16Robert Oppenheimer
01:03:17et beaucoup de ses collègues
01:03:18estiment également
01:03:19que les conséquences
01:03:20d'un monopole nucléaire
01:03:21seraient désastreuses.
01:03:22Après le lancement de la bombe atomique,
01:03:43Oppenheimer est nommé directeur
01:03:44du prestigieux Institute for Advanced Study
01:03:47de Princeton.
01:03:47Il devient ainsi
01:03:49le supérieur hiérarchique
01:03:51d'Albert Einstein,
01:03:52venu y travailler
01:03:53dès 1933
01:03:54pour échapper aux nazis.
01:04:01Oppenheimer s'installe
01:04:02avec sa famille
01:04:03à Princeton.
01:04:03C'est alors un héros national
01:04:12au sommet de sa gloire.
01:04:14à Hacone Chevalier
01:04:26va écrire une lettre
01:04:27qui est très belle
01:04:28à son ami Robert Oppenheimer
01:04:30en lui disant
01:04:30« Tu es certainement
01:04:31l'homme
01:04:32le plus célèbre
01:04:33aujourd'hui
01:04:34et je sais
01:04:35que tu dois en souffrir. »
01:04:38En octobre 1945,
01:04:40Oppenheimer rend visite
01:04:41pour la première fois
01:04:42au nouveau président américain
01:04:44Harry Truman.
01:04:47Ce dernier veut confier
01:04:48le contrôle
01:04:49de la bombe
01:04:49à l'armée.
01:04:50Oppenheimer
01:04:51s'y oppose.
01:04:57Durant cet entretien,
01:04:58Oppenheimer
01:04:59en est venu assez vite
01:05:00à lui expliquer
01:05:01qu'il estimait
01:05:02porter une lourde responsabilité.
01:05:03Il en a parlé
01:05:05de lui-même.
01:05:07Je crois que j'ai du sang
01:05:08sur les mains.
01:05:10Après l'entrevue,
01:05:12Truman a dit
01:05:12à ses conseillers
01:05:13« Je ne veux plus jamais
01:05:15voir ce pleurnichard
01:05:15dans mon bureau. »
01:05:18Oppenheimer
01:05:19conseille au gouvernement
01:05:20américain
01:05:21de déclarer
01:05:21les mines d'uranium
01:05:22propriété internationale
01:05:24et de renoncer
01:05:25à son monopole nucléaire.
01:05:27La Maison Blanche
01:05:28ignore ses recommandations.
01:05:30« Si il y a
01:05:31un autre
01:05:31guerre mondiale
01:05:32de civilisation
01:05:35de civilisation
01:05:35de civilisation
01:05:35de civilisation
01:05:36may go under.
01:05:38We need
01:05:39to ask ourselves
01:05:40whether we're
01:05:41doing all we can
01:05:43to avert that.
01:05:45We need,
01:05:46I think,
01:05:46to learn
01:05:47to understand
01:05:48the realities
01:05:51of life abroad,
01:05:52not so much
01:05:54in terms of slogans
01:05:55as in terms
01:05:57of the lives
01:05:58of men.
01:06:00In our response
01:06:01to these realities,
01:06:03there is hope
01:06:04for peace.
01:06:15Oppenheimer
01:06:16s'aventure
01:06:16sur un terrain
01:06:17politique dangereux.
01:06:18Au moment même
01:06:21où l'appareil
01:06:22militaire américain
01:06:23dépense
01:06:23toujours plus
01:06:24d'argent
01:06:24pour acquérir
01:06:25toujours plus
01:06:26d'armes
01:06:26de ce type
01:06:27et les intégrer
01:06:29dans son arsenal,
01:06:31il dit
01:06:32non,
01:06:33il faudrait réfléchir
01:06:34aux moyens
01:06:35d'interdire
01:06:36ces armements
01:06:36et de mettre
01:06:38en place
01:06:38des contrôles
01:06:39internationaux.
01:06:40Le chef du FBI,
01:06:47Edgar Hoover,
01:06:48fait surveiller
01:06:49de plus en plus
01:06:49étroitement
01:06:50le scientifique.
01:06:57Son téléphone
01:06:59a été mis
01:07:00sur écoute.
01:07:01Des micros
01:07:02ont été installés
01:07:03chez lui.
01:07:04Des agents
01:07:05du FBI
01:07:05fouillaient même
01:07:06parfois sa poubelle.
01:07:07il était constamment
01:07:11observé
01:07:12à la loupe.
01:07:18Par la présente,
01:07:22nous confirmons
01:07:22l'autorisation
01:07:23délivrée par téléphone
01:07:24le 22 décembre
01:07:251953
01:07:26d'installer
01:07:27un dispositif
01:07:28de surveillance
01:07:29technique
01:07:29au domicile
01:07:30de la personne
01:07:31à Holden Lane,
01:07:32Princeton,
01:07:33New Jersey.
01:07:36C'est la preuve
01:07:37qu'ils ont mis
01:07:38sur écoute
01:07:38tous ces lieux
01:07:39de résidence
01:07:40et de travail.
01:07:44Les Oppenheimer
01:07:45s'accommodent
01:07:46de cette situation,
01:07:47mais il arrive
01:07:48que Robert décroche
01:07:49un tableau du mur
01:07:50et retire le micro
01:07:51caché derrière.
01:07:51« La première bombe
01:08:07à l'autorisation »
01:08:08« Grâce à ces espions,
01:08:12l'Union soviétique
01:08:13a pu faire exploser
01:08:14sa première bombe atomique
01:08:15dès le 29 août 1949.
01:08:18À l'aide de films
01:08:20édulcorés,
01:08:21le Bureau
01:08:21de la Défense Civile
01:08:22prépare la population
01:08:23américaine
01:08:24à une éventuelle
01:08:25guerre nucléaire.
01:08:26If a doorway
01:08:29is right at hand,
01:08:30use it.
01:08:31If the nearest shelter
01:08:32is more than
01:08:32a couple of steps away,
01:08:33fall to the ground
01:08:34immediately.
01:08:35Flying glass
01:08:36and debris
01:08:37are immediate danger,
01:08:38so stay where you are
01:08:39until you're sure
01:08:40it's safe to move.
01:08:42If you are at home
01:08:44when a surprise
01:08:44attack occurs,
01:08:45crawl beneath a table
01:08:46if it is very near
01:08:47or drop to the floor
01:08:49with your back
01:08:50to the window.
01:08:50La découverte des espions atomiques
01:09:10attise le Red Scare,
01:09:12la peur des rouges,
01:09:13aux États-Unis
01:09:14et déclenche une croisade
01:09:15contre les communistes,
01:09:17véritable ou supposée.
01:09:18Cette campagne
01:09:23est en grande partie
01:09:23mise en scène
01:09:24par le sénateur
01:09:25Joseph McCarthy
01:09:26qui organise
01:09:27des auditions publiques.
01:09:30Dans l'une d'elles,
01:09:31le chef du FBI
01:09:32Edgar Hoover
01:09:33déclare
01:09:33le communisme
01:09:35en réalité
01:09:35n'est pas
01:09:36un parti politique.
01:09:38C'est un chemin
01:09:38de vie,
01:09:39un chemin de malignement
01:09:40de vie.
01:09:42Il révèle
01:09:42une condition
01:09:43akin to disease
01:09:44qui spread
01:09:45comme une épidémie.
01:09:46Tous éveillaient
01:09:50des soupçons
01:09:50qu'ils aient été
01:09:52membres du parti
01:09:53communiste ou pas,
01:09:55sympathisants
01:09:55ou antifascistes,
01:09:57qu'ils aient soutenu
01:10:00les républicains
01:10:01dans la guerre
01:10:01civile espagnole
01:10:02ou pas.
01:10:05Ils étaient tous
01:10:06soupçonnés
01:10:07de préférer
01:10:07un modèle
01:10:08de société
01:10:08anti-américain.
01:10:11Autrement dit,
01:10:12de remettre
01:10:13en question
01:10:13la glorification
01:10:14du marché
01:10:15des régulés.
01:10:20Robert Oppenheimer
01:10:20est lui aussi interrogé,
01:10:23notamment au sujet
01:10:23de son frère Frank.
01:10:25Il n'a pas défendu
01:10:31son frère
01:10:31publiquement.
01:10:34Il ne l'a pas
01:10:36attaqué
01:10:36ni dénoncé.
01:10:38Il n'a pas
01:10:39empiré
01:10:40les choses.
01:10:44Mais il n'a pas
01:10:44pris officiellement
01:10:45la défense
01:10:46de Frank
01:10:46et des autres
01:10:47qui s'étaient engagés
01:10:48politiquement
01:10:49dans les années 30,
01:10:51comme antifascistes
01:10:52avant l'heure,
01:10:53pour ainsi dire.
01:10:53En conséquence,
01:10:59Frank doit
01:10:59comparaître
01:11:00devant une commission
01:11:01des activités
01:11:02anti-américaines.
01:11:04Il fait
01:11:04une fausse déclaration
01:11:05sur son passé
01:11:06communiste
01:11:06et perd son emploi.
01:11:08Il travaillera
01:11:09comme agriculteur
01:11:10pendant 10 ans.
01:11:12Ils vont demander
01:11:13à des gens
01:11:13d'enquêter
01:11:14sur Robert Oppenheimer
01:11:14et de trouver
01:11:15tout ce qu'ils peuvent
01:11:16trouver
01:11:16sur la déloyauté
01:11:18du physicien.
01:11:20Au début
01:11:24des années 50,
01:11:26Oppenheimer
01:11:26fait plusieurs voyages
01:11:27en Europe
01:11:27avec sa femme.
01:11:30Voici un courrier
01:11:31adressé par le FBI
01:11:32au service
01:11:33de communication.
01:11:35L'individu
01:11:36est arrivé à Paris
01:11:37vers le 26 août,
01:11:39a ensuite pris
01:11:40l'avion
01:11:40pour Copenhague
01:11:41vers le 28 novembre,
01:11:44est rentré
01:11:45à Paris
01:11:46vers le 2 décembre,
01:11:47puis est retourné
01:11:49en Angleterre
01:11:50vers le 4,
01:11:51apparemment
01:11:51en route
01:11:52vers les États-Unis.
01:11:53A l'évidence,
01:11:55il était constamment
01:11:55surveillé.
01:11:59À Paris,
01:12:00Oppenheimer
01:12:00rend visite
01:12:01à son ami
01:12:01Aacon Chevalier
01:12:03qui avait tenté
01:12:04de le recruter.
01:12:06Tentative vaine,
01:12:07mais désormais
01:12:07utilisée
01:12:08pour remettre
01:12:08en cause
01:12:09sa loyauté.
01:12:12Donc,
01:12:12quand Robert Oppenheimer
01:12:14rend visite
01:12:15avec Kitty
01:12:16à leurs amis
01:12:17Chevalier,
01:12:18il est tout à fait
01:12:19innocent
01:12:19de ce qui se trame
01:12:20aux États-Unis
01:12:21contre lui.
01:12:25En 1952,
01:12:27le président Truman
01:12:28fait exploser
01:12:29la première bombe
01:12:30à hydrogène,
01:12:31une arme au sujet
01:12:31de laquelle
01:12:32Robert Oppenheimer
01:12:33s'était opposé
01:12:34à Edward Taylor
01:12:35quelques années plus tôt.
01:12:36Fin 1952,
01:12:50Dwight Eisenhower,
01:12:51surnommé Icke,
01:12:52un général
01:12:53de la Seconde Guerre mondiale,
01:12:55succède à Truman.
01:12:56Il place
01:12:57Louis Strauss
01:12:58à la tête
01:12:59de la Commission
01:12:59à l'énergie atomique.
01:13:02Louis Strauss
01:13:03était l'ennemi juré
01:13:04de Robert Oppenheimer.
01:13:10C'était son plus
01:13:11grand adversaire politique.
01:13:16Ironie de l'histoire,
01:13:17Louis Strauss
01:13:19était président
01:13:20du conseil
01:13:20d'administration
01:13:21de l'Institute
01:13:22for Advanced Study.
01:13:24C'est donc lui
01:13:25qui avait nommé
01:13:25Oppenheimer
01:13:26directeur de l'Institut.
01:13:27Mais ils étaient
01:13:32comme l'huile et l'eau,
01:13:34incompatibles.
01:13:35Ça ne prenait pas.
01:13:40L'animosité
01:13:41entre les deux hommes
01:13:42remonte à Princeton.
01:13:45Oppenheimer
01:13:45s'était alors moqué
01:13:46à plusieurs reprises
01:13:47de ce président
01:13:48sans titre universitaire.
01:13:54Louis Strauss
01:13:56veut neutraliser Oppenheimer
01:13:57parce qu'il juge
01:13:58ses convictions politiques
01:13:59dangereuses.
01:14:01À cette fin,
01:14:02il collabore étroitement
01:14:03avec le FBI.
01:14:07Dès 1953,
01:14:09il s'entretient
01:14:09avec Hoover
01:14:10au siège du FBI
01:14:11pour préparer
01:14:12l'audition d'Oppenheimer
01:14:13devant la Commission
01:14:14à l'énergie atomique.
01:14:17Robert Oppenheimer
01:14:18va recevoir un courrier
01:14:19de la Commission
01:14:21à l'énergie atomique
01:14:22lui demandant
01:14:22de se rendre
01:14:23à un rendez-vous
01:14:25le 23 décembre 1953
01:14:28pour parler
01:14:30de choses
01:14:32qui semblent
01:14:33compromettantes.
01:14:35Quand il va arriver
01:14:36à la Commission
01:14:37à l'énergie atomique,
01:14:38on va lui remettre
01:14:39une lettre,
01:14:40une lettre
01:14:40écrite par le manager
01:14:42de la Commission
01:14:43à l'énergie atomique,
01:14:45Nichols,
01:14:46qui met en avant
01:14:47la déloyauté possible
01:14:50de Robert Oppenheimer,
01:14:51l'espionnage potentiel
01:14:53de Robert Oppenheimer
01:14:54et en tout cas,
01:14:55l'impossibilité
01:14:57pour la Commission
01:14:58à l'énergie atomique
01:14:59de le garder.
01:15:01Donc,
01:15:01c'est une lettre
01:15:02de licenciement.
01:15:04Le FBI remet au procureur
01:15:06près de 700 pages
01:15:07de dossiers
01:15:08et notamment
01:15:08des comptes rendus
01:15:09d'écoute illégales.
01:15:11Les avocats
01:15:12d'Oppenheimer
01:15:12n'en ont pas connaissance.
01:15:14Leur bureau est mis
01:15:15sur écoute par le FBI
01:15:16avant et pendant
01:15:17le procès.
01:15:24L'audition,
01:15:26qui tourne
01:15:26au procès-spectacle,
01:15:27dure six semaines.
01:15:30Dix ans plus tard,
01:15:31le dramaturge
01:15:32Einar Kippart
01:15:33reconstituera le procès
01:15:34pour la télévision allemande.
01:15:37Il s'agit en apparence
01:15:38de priver Oppenheimer
01:15:39de l'accès
01:15:39à des informations
01:15:40secrètes
01:15:41sur les armes atomiques.
01:15:43Mais le véritable objectif
01:15:45est de détruire
01:15:45sa réputation scientifique.
01:15:51Oppenheimer
01:15:52était un patriote
01:15:53dévoué à son pays.
01:15:55Il aimait une femme
01:15:56qui ne l'aimait pas
01:15:56en retour.
01:15:57Et cette femme,
01:15:58c'était les États-Unis.
01:16:05Edward Taylor,
01:16:06qui n'a pas pardonné
01:16:07à Oppenheimer
01:16:08son opposition
01:16:08à la bombe H,
01:16:10l'incrimine,
01:16:11tout comme
01:16:11quelques autres témoins.
01:16:17Pour reprendre
01:16:18les mots
01:16:19d'Edward Taylor,
01:16:20le but était
01:16:21de défroquer
01:16:22Oppenheimer
01:16:23dans sa paroisse,
01:16:24pour que sa voix
01:16:30ne soit plus crédible.
01:16:31Louis Strauss,
01:16:35le président
01:16:35de la commission,
01:16:36instrumentalise
01:16:37la presse
01:16:38à ses fins.
01:16:41Puis,
01:16:41Louis Strauss,
01:16:42qui tire les ficelles
01:16:45en coulisses,
01:16:47reçoit l'ensemble
01:16:48des procès-verbaux
01:16:49de l'audition secrète.
01:16:51et il décide
01:16:54de les divulguer
01:16:55au New York Times,
01:16:58ce qui défraie
01:17:00la chronique
01:17:00dans le pays
01:17:01tout entier.
01:17:03Tout le procès
01:17:06d'Oppenheimer,
01:17:09toutes les accusations
01:17:09contre lui,
01:17:12les soupçons
01:17:13d'espionnage
01:17:13pour le compte
01:17:14des soviétiques,
01:17:16le fait qu'on lui ait
01:17:17retiré l'habilitation
01:17:19de sécurité,
01:17:19les détails
01:17:21de sa vie privée,
01:17:23sa liaison
01:17:24avec Gene Tatlock,
01:17:27tout cela
01:17:27a été publié
01:17:28et a fait
01:17:29d'Oppenheimer
01:17:30un paria.
01:17:32Même à l'université,
01:17:34il n'était plus
01:17:35le bienvenu.
01:17:37On craignait
01:17:38qu'il soit
01:17:39effectivement
01:17:39un espion.
01:17:42Kitty Oppenheimer
01:17:43souffre
01:17:44de la révélation
01:17:45publique
01:17:45des relations
01:17:46extra-conjugales
01:17:47de son mari.
01:17:49Elle sombre
01:17:49dans l'alcoolisme
01:17:50et manque même
01:17:51un soir
01:17:51de mettre
01:17:52le feu
01:17:52à la maison.
01:18:00À la fin
01:18:01de l'audition,
01:18:02Oppenheimer
01:18:03perd l'accès
01:18:03aux instances
01:18:04de contrôle
01:18:05de la bombe
01:18:05qu'il a lui-même
01:18:06créée.
01:18:07« Dès le début,
01:18:12c'était un coup
01:18:13monté
01:18:13et Oppenheimer
01:18:18n'avait aucune chance
01:18:19de s'en sortir
01:18:19parce qu'il faut
01:18:22être équipé
01:18:22psychologiquement
01:18:23pour faire face
01:18:24à une telle
01:18:24mesquinerie.
01:18:26Il était bien
01:18:28trop subtil
01:18:29et honnête
01:18:30pour se rabaisser
01:18:31à ce niveau. »
01:18:34À l'issue du procès,
01:18:36Oppenheimer
01:18:36est un homme brisé.
01:18:42« Je ne suis pas optimiste,
01:18:46mais je m'en tiens
01:18:47une histoire. »
01:18:50Le physicien
01:19:05ne sera réhabilité
01:19:06qu'en 1963,
01:19:08à l'âge
01:19:08de 59 ans,
01:19:10en recevant
01:19:10des mains
01:19:10du président américain
01:19:12Lyndon Johnson
01:19:13le prix Enrico Fermi.
01:19:16Il continuera
01:19:17cependant
01:19:17d'être surveillé
01:19:18jusqu'à la fin
01:19:19de ses jours.
01:19:20« Mon vie
01:19:33a devenu
01:19:34un livre ouvert.
01:19:36Ce n'était pas
01:19:37vraiment pas.
01:19:39Ce qui m'a
01:19:40apporté
01:19:41n'est jamais
01:19:43évoquée.
01:19:44Peut-être
01:19:44que beaucoup
01:19:45n'est pas
01:19:45known,
01:19:46certainement
01:19:47que beaucoup
01:19:47n'est pas
01:19:47réveillé. »
01:19:49Oppenheimer
01:19:50passe les dernières
01:19:51années de sa vie
01:19:52sur l'île
01:19:52de St. John
01:19:53dans les Antilles.
01:19:56« Il s'est rendu
01:19:58une première fois
01:19:59à St. John
01:20:00dans les îles
01:20:01vierges
01:20:01et il est tombé
01:20:02amoureux
01:20:03de l'endroit.
01:20:04Il a acheté
01:20:05un petit
01:20:05lopin de terre
01:20:06sur la plage
01:20:06et a construit
01:20:07une cabane
01:20:08très spartiate.
01:20:10Mais même
01:20:11cet été-là,
01:20:12alors qu'il naviguait
01:20:13avec sa famille
01:20:14dans les îles vierges,
01:20:15il était
01:20:16surveillé
01:20:17par le FBI.
01:20:22Nous avons
01:20:22ces documents
01:20:23du FBI
01:20:24qui indiquent
01:20:25qu'on craignait
01:20:25qu'un sous-marin
01:20:26soviétique
01:20:27surgisse
01:20:28dans l'océan
01:20:28à proximité
01:20:29du yacht
01:20:30d'Oppenheimer
01:20:30et le capturent,
01:20:33qu'il passe
01:20:34dans le camp
01:20:34soviétique
01:20:35et soit
01:20:36emmené
01:20:37à Moscou.
01:20:40Jusqu'à la fin
01:20:41de sa vie,
01:20:42Oppenheimer
01:20:42sera rongé
01:20:43par le doute.
01:20:45Long ago,
01:20:47j'ai dit
01:20:48once
01:20:49que,
01:20:50en un sens
01:20:51que les physiciens
01:20:53avaient connaissait
01:20:54sin.
01:20:56Et je n'ai pas
01:20:57vu que
01:20:57les deaths
01:21:00qui ont été
01:21:00causées
01:21:01comme un résultat
01:21:01de notre travail.
01:21:03Nous avons
01:21:03l'intrigué
01:21:04de penser
01:21:05que nous savions
01:21:05ce qui était
01:21:06bon pour l'homme.
01:21:08Et je pense
01:21:11qu'il a fait
01:21:12un marque
01:21:13sur beaucoup
01:21:14de ces
01:21:14qui étaient
01:21:16responsablement
01:21:16engagés.
01:21:18Ce n'est pas
01:21:19le business
01:21:19naturel
01:21:20d'un scientifique.
01:21:24En 1967,
01:21:26Oppenheimer
01:21:27meurt
01:21:27d'un cancer
01:21:28de la gorge.
01:21:28de la gorge.
01:21:30de la gorge.
01:21:31de la gorge.
01:21:32de la gorge.
01:21:33de la gorge.
01:21:33de la gorge.
01:21:34de la gorge.
01:21:35de la gorge.
01:21:39Sa veuve Kitty emménage chez un ami de longue date, Robert Sorber.
01:22:09L'espion russe Klaus Fuchs devient un scientifique renommé en RDA.
01:22:25Il faudra attendre décembre 2022 pour que le gouvernement de Joe Biden annule la révocation de l'habilitation de sécurité de Robert Oppenheimer.
01:22:39Avec le recul, comment évaluer le rôle que les services secrets ont joué dans la mise au point de la bombe atomique ?
01:22:47De leur propre aveu, les bureaux de renseignement de l'Ouest ont perdu la bataille contre le KGB, entre autres parce qu'ils se sont entravés mutuellement.
01:22:56Grâce au travail de ces espions, l'Union soviétique, elle, a pu construire plus rapidement sa propre bombe.
01:23:02On peut se demander combien de temps l'espionnage a fait gagner aux soviétiques pour construire la bombe.
01:23:13On ne le sait pas exactement.
01:23:15Mais après 1992, j'en ai parlé aux Russes.
01:23:19Et globalement, ils avaient le sentiment que ça n'avait permis de gagner que quelques années, peut-être deux ans.
01:23:25Sur ces sites, l'Union soviétique réalise des essais nucléaires jusqu'en 1990, sous la direction de Yuli Raritan, l'Oppenheimer russe, qui a même droit à un timbre à son effigie.
01:23:40L'Oppenheimer russe a dit « Ma motivation est de faire en sorte qu'il n'y ait pas de monopole. Il croyait que le monde serait ainsi plus sûr. »
01:24:00Militairement, l'Union soviétique rattrape les États-Unis, qui voient leur rêve de dominer le monde grâce à l'atome voler en éclats.
01:24:10En coulisses, le dialogue est souvent bien différent que sous le feu des projecteurs.
01:24:20La plupart des gens ne pouvaient pas imaginer que les physiciens nucléaires russes et américains se connaissaient et travaillaient parfois ensemble.
01:24:33À vrai dire, on se connaissait bien, parce qu'on faisait souvent des allers-retours.
01:24:40Et c'était vraiment important que les scientifiques et les ingénieurs se rencontrent, parce qu'ils voyaient un risque, une menace collective en ce qui concerne la sécurité de l'arsenal nucléaire.
01:24:54Pourtant, les États-Unis et l'Union soviétique se lancent dans une course aux armements, contre laquelle Oppenheimer a toujours mis en garde.
01:25:06Ils ne croyaient pas que la supériorité nucléaire garantirait la paix.
01:25:10L'histoire lui a donné raison.
01:25:11Cette bombe atomique, finalement, va créer ce qu'on a appelé l'équilibre de la terreur.
01:25:23Ce moment que Robert Oppenheimer définit en disant que maintenant, ils sont deux scorpions enfermés dans une bouteille, donc prêts à se tuer l'un à l'autre.
01:25:31Donc, ce moment de fixation, on va dire, de cristallisation de l'arme atomique devient la gestion du monde et des guerres futures.
01:25:43Pendant la guerre froide, les deux superpuissances continuent d'espionner l'arsenal nucléaire de l'autre.
01:25:59Le rêve d'Oppenheimer de voir tous les pays contrôler ensemble la bombe atomique s'effondre.
01:26:04En 1968, l'Union soviétique, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis font une avancée majeure.
01:26:28La France et la Chine adhèrent au traité en 1992.
01:26:31Mais la course aux armements se poursuit de plus belle.
01:26:36Dans un contexte où chaque camp soupçonne l'autre du pire, on est incité à créer sans cesse de nouvelles armes, toujours plus puissantes et plus sophistiquées.
01:26:46Et on peut très facilement mobiliser le potentiel militaire dont on dispose.
01:26:50Résultat, les phases de préalerte n'ont jamais été aussi courtes qu'aujourd'hui.
01:26:54Aujourd'hui encore, dans le monde entier, on proteste contre la course aux armements nucléaires, sans grand succès.
01:27:07Désormais, huit pays disposent de la bombe atomique, dont le Pakistan, l'Inde et la Corée du Nord.
01:27:13Israël n'a jamais confirmé officiellement posséder cette arme.
01:27:18L'Iran est en passe de devenir à son tour une puissance nucléaire.
01:27:21Les présidents russes et américains portent toujours sur eux leur code de tir nucléaire.
01:27:28Et la situation politique mondiale semble plus explosive que jamais.
01:27:31Toutes les mises en garde d'Oppenheimer se sont révélées justes.
01:27:42Il n'y a plus d'échange entre les scientifiques, plus d'échange entre les physiciens nucléaires.
01:27:49Entre les armées russes et américaines, c'est le silence radio.
01:27:51Ce sont autant d'éléments extrêmement déstabilisants face à la menace de ces armes de destruction massive imprévisibles.
01:28:05On en est arrivé à un stade où on tremble de peur à l'idée que le pire puisse se produire.
01:28:12Sauf qu'on n'a plus de levier pour l'éviter.
01:28:21Le contrôle des armes nucléaires que Robert Oppenheimer appelait de ses voeux
01:28:28est un objectif qui n'a jamais paru aussi éloigné.
01:28:31J'ai été demandé si il y a une espèce d'échange de la sécurité de la nation.
01:28:37En gardant un secret de la connaissance de ce qui s'est passé dans le fait de la bombe.
01:28:43Je suis peur qu'il n'y ait pas de cette espèce d'échange.
01:28:46Je pense que la seule espèce d'échange de notre sécurité future doit être dans une collaboration
01:28:51basée sur la confiance et la bonne faith avec les autres membres du monde.
01:29:01Sous-titrage Société Radio-Canada
01:29:31...
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