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  • il y a 4 mois
Ce sera l’un des moments forts de l’année politique qui démarre : les élections municipales, en mars 2026. Entre les agressions d’élus et la baisse drastique des budgets, y a-t-il une crise de l’engagement ?

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Transcription
00:00Ce sera l'un des moments forts de cette année politique qui démarre.
00:02Les municipales auront lieu en mars prochain dans un contexte de tensions budgétaires
00:07et puis de tensions tout court aussi.
00:09On a beaucoup parlé cet été de l'agression d'un maire dans l'Isère
00:12sur fond de désaccord avec l'un de ses administrés.
00:15Alors y a-t-il une crise de l'engagement ?
00:16Et le lien entre les élus et les citoyens est-il abîmé ?
00:20C'est le grand entretien de la matinale.
00:22Bonjour Martial Foucault.
00:23Bonjour.
00:23Vous êtes professeur des universités, chercheur au Cevipof
00:26et vous avez mené juste avant l'été une grande enquête sur la démission des maires.
00:31Et nos autres invités en sont justement une forme d'illustration.
00:34Yvan Lubraneski, bonjour à vous.
00:36Bonjour.
00:36Vous êtes vice-président des maires ruraux de France
00:38et en 2023 vous avez démissionné de votre mandat de maire des Molières,
00:43commune qui se situe dans l'Essonne.
00:44Bonjour à vous également Marico.
00:46Bonjour.
00:46Vous étiez vous la maire de Tiloie-les-Martiennes dans le Nord, 500 habitants.
00:49On avait beaucoup parlé en 2020 de votre élection
00:52puisque vous aviez été la première femme transgenre à devenir maire en France.
00:55Vous avez vous jeté l'éponge il y a quelques mois.
00:59Qu'est-ce qui vous a poussé à cette décision ?
01:02J'avais justement détaillé dans ma lettre de démission les motifs.
01:06En fait, c'est une accumulation de motifs.
01:08Et la goutte d'eau qui a fait un petit peu déborder le vase,
01:12c'est ce harcèlement que j'ai subi pendant deux ans de quelques administrés
01:15qui fait que j'ai perdu la majorité au Conseil.
01:18Donc je me suis dit, rester une année juste pour faire des affaires courantes
01:22dans un climat de haine, c'est plus possible, c'est mortifère.
01:26Donc autant passer à autre chose.
01:28Mais c'est le contexte, c'est pas tant la charge de votre mandat qui était en cause.
01:34C'est une accumulation.
01:35Il y a d'abord le statut du maire qui est déplorable.
01:38Vous travaillez à McDo, vous gagnez plus votre vie.
01:40Vous avez moins d'emmerdes.
01:42Donc il y a déjà ça.
01:43Moi, je suis travailleuse indépendante à haut revenu.
01:46J'ai divisé mes revenus par 10 quand je suis devenu maire.
01:49Je pensais travailler à mi-temps.
01:50Je me suis rendu compte que ce n'était pas un mi-temps, ce n'était pas un plein-temps.
01:53C'était plus qu'un plein-temps.
01:5424 heures sur 24, 7 jours sur 7.
01:57J'ai réussi à peu près à réserver mon dimanche pour essayer de souffler un peu.
02:02Donc il y avait une accumulation.
02:04Après, le travail est très difficile puisque parfois, c'est un monde orwellien.
02:09C'est abscon ce qu'on fait dans les mairies.
02:11On vous demande des obligations irréalistes, etc.
02:14On vous donne des injonctions contraires.
02:17Il faut faire de la mutualisation, regrouper.
02:19Mais vous n'avez pas le droit de faire du favoritisme.
02:23Donc ce qu'on fait, on mutualise.
02:25Donc on est toujours, comme je disais au préfet, on a toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête sur ce que je vais faire.
02:30Est-ce que je vais me faire aligner ?
02:31Donc tout ça, ça s'ajoute.
02:33Le manque de moyens aussi, c'est de plus en plus compliqué.
02:36Il faut de l'ingénierie.
02:37On ne peut pas se la payer.
02:37Je vais vous prendre un exemple.
02:39Je vais mettre une climatisation dans la salle maternelle pour les petits.
02:43Donc un budget max à 20 000 euros.
02:46On m'a demandé une étude des murs dont le bureau d'études me facturait 5 000 euros d'études des murs juste pour une subvention que je n'aurais peut-être pas.
02:54Donc voilà, ça devient complètement délirant.
02:59Donc tout ça, ça s'accumule et plus d'un moment...
03:02On a bien compris, l'accumulation est fait des choses.
03:04Ça pose bien le débat qui sera le nôtre pendant ce grand entretien.
03:08Une dernière petite chose, le comportement qu'on voit au niveau national, c'est devenu l'incivilité, le manque de respect à tous les niveaux.
03:14Nous, dans les villages l'euro, on subit ça aussi.
03:16Yvan Lubreneski, est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait sévère que dresse Maricot du statut du maire aujourd'hui ?
03:22Est-ce que c'est un peu ce que vous avez vécu vous aussi ?
03:25Oui, le contexte est difficile.
03:27Alors moi, c'est des raisons personnelles pour reprendre un petit peu de vie professionnelle.
03:31Parce que je me suis un peu laissé manger par le bénévolat, par passion.
03:34Mais aussi, quand on regarde son compte bancaire, des fois, il faut réagir.
03:39Vous dites bénévolat, mais c'est rémunéré en fait, la fonction de maire ?
03:42Elle est très très mal indemnisée.
03:44Elle est très très mal indemnisée.
03:45Quand on dit à nos concitoyens qu'on a 1200, 1300, 1400 euros par mois, ils tombent de l'armoire.
03:52Parce que pour eux, c'est un statut finalement.
03:54Le maire, pour eux, il se dit que ça gagne autant que le médecin ou le pharmacien dans la commune.
03:59Et bien non, pas du tout.
04:00On est des smicards de la République en fait.
04:03Et on est assez mal indemnisés.
04:06Il va y avoir des dispositions prochainement qui vont remonter un petit peu l'enveloppe indemnitaire.
04:14Mais ça reste très très timide.
04:17Mais vous êtes resté au conseil municipal en revanche ?
04:19Je suis resté au conseil municipal.
04:20Je suis même en train de me réengager maintenant que j'ai stabilisé un peu mieux ma vie professionnelle.
04:26Que j'ai constaté aussi finalement que sur mes premières années de mandat, en 2014-2015,
04:29j'avais aussi une activité salariée à côté.
04:33Ça ne m'a pas empêché d'être dans le moment où on a pris le plus d'initiatives dans la commune.
04:37Mais pour revenir au contexte, Marie Coe a totalement raison.
04:43On sait très précisément quels sont aujourd'hui les éléments de contexte qui sont bloquants pour les maires.
04:50La capacité d'agir localement, c'est la première chose.
04:54La deuxième chose, c'est la question du statut de l'élu.
04:58Et la troisième, qui viendrait peut-être même plus tôt en deuxième et dont elle a parlé,
05:03c'est la question de la simplification.
05:08On nous complique les choses.
05:10Et d'ailleurs, c'est incroyable parce que ça fait des années que les gouvernements successifs
05:15travaillent à simplifier les choses pour les entreprises.
05:17Et pour nous, ils les compliquent.
05:19Alors qu'en pensez-vous, Martial Foucault, de ces deux cas qui sont à la fois des cas particuliers,
05:23mais qui semblent être un peu représentatifs des grandes thématiques,
05:28que vous aviez justement brossés dans votre enquête parue au printemps ?
05:32Oui, ils ne sont pas si particuliers.
05:36Je crois que ça correspond à ce qu'on peut observer.
05:38C'est-à-dire, à la fois un phénomène au cours de ce mandat, depuis 2020,
05:43cette vague de démissions qui n'a jamais été aussi importante dans l'histoire que l'on peut documenter de la vie municipale.
05:51Je rappelle près de 2200 démissions de maires depuis ce mandat.
05:56C'est deux fois plus que le mandat précédent.
05:59Et lui-même avait enregistré deux fois plus de démissions que le mandat 2008-2014.
06:04Les raisons invoquées à la fois par Mariko et Yvan Lubranavski sont...
06:09C'est intéressant parce que peu d'éléments ici mettent en évidence que les maires démissionneraient,
06:17que les maires seraient insatisfaits dans la relation avec à la fois leurs administrés,
06:22même si, comme vous l'avez évoqué, le cas très médiatisé cet été du maire de l'Isère qui a subi des violences.
06:28Mais globalement, moi les maires que j'ai pu enquêter mettent très rarement en avant
06:34un manque de reconnaissance de la part des citoyens de leur commune.
06:38En revanche, il y a, je dirais, un bilan très sévère tiré par les maires
06:44d'un manque de reconnaissance de la part de l'État.
06:46Et ce qu'évoquait à l'instant M. Lubranavski, c'est cette idée de la complexification de la fonction.
06:54Au fil du temps, on voit les choses qui sont plus compliquées.
06:56Et notamment, moi j'ai pu observer un domaine qui génère beaucoup de tensions
07:01et parfois même de frustrations, ce sont tous les sujets autour de l'urbanisme.
07:05Dans la vie d'une commune, accorder un permis de construire,
07:08accorder une extension, changer le plan d'aménagement de la commune,
07:12ça, ça provoque parfois beaucoup de tensions au sein même d'un conseil municipal.
07:16Parce que, moi, l'étude mettait en avant quelque chose qui m'a également beaucoup surpris
07:20à l'issue de ce travail d'enquête,
07:23c'est qu'un tiers des démissions sont liées à des tensions au sein du conseil municipal.
07:28Alors, on peut dire que le désaccord, c'est le signe d'une bonne démocratie,
07:33c'est le pluralisme qui est vivant au sein d'un conseil municipal,
07:36mais il provoque aujourd'hui davantage de démissions que, je dirais, de bons fonctionnements.
07:42Et puis, il y a des raisons qui sont peut-être secondaires,
07:46mais elles prennent de l'importance.
07:47C'est la question, effectivement, de la conciliation d'une vie professionnelle
07:52et la fonction de maire.
07:53Je rappelle que près d'un maire sur deux aujourd'hui en France
07:56a une activité professionnelle en parallèle.
07:58Et beaucoup d'entre eux pensent dès le départ
08:00pouvoir organiser leur vie en maintenant une activité professionnelle.
08:05Or, ils se rendent très très vite compte que la fonction est très chronophage.
08:08Et ce qui provoque aussi parfois de vraies interrogations,
08:11des réflexions sur l'après-mandat.
08:13Comment vont-ils pouvoir retrouver une activité professionnelle
08:16comparable à celle qu'ils ont choisi de quitter ?
08:19Et puis enfin, des sujets de santé.
08:21Pas simplement la santé physique, mais aussi des sujets de santé mentale.
08:25Moi, j'ai été frappé d'observer qu'au cours de ce mandat,
08:27beaucoup de maires ont décidé de quitter leur fonction
08:33parce qu'il y avait une charge mentale très très forte.
08:37On parle beaucoup du burn-out, mais c'est un véritable surmenage
08:40qui les conduit finalement à faire la part des choses
08:43et préférer se préserver plutôt que de devoir affronter des problèmes psychologiques.
08:48On va en parler de l'après, on va parler de l'urbanisation aussi
08:51parce qu'il y a eu des hauchements de tête dans le studio
08:53lorsque vous avez évoqué ce point.
08:56Martial Foucault, je voudrais revenir sur la reconnaissance
08:59qui est un point intéressant, justement le lien avec les administrés.
09:04Yvan Lubraneski, vous avez fait deux mandats quasiment en intégralité.
09:06Est-ce que vous avez vu justement qu'il y avait peut-être plus de demandes
09:10de la part de vos administrés, des habitants de votre commune ?
09:13Est-ce qu'on en demande toujours plus finalement aux maires ?
09:16On est dans un mouvement du monde qui est individualiste.
09:21Ça n'échappe à personne.
09:24Et donc, il faut se battre contre ça.
09:27Nous, on a fait beaucoup d'efforts dans notre commune
09:29pour impliquer les habitants, pour aller les chercher,
09:33par divers moyens, par simplement mettre un petit mot
09:35dans le bulletin municipal et dire venez nous aider,
09:38venez contribuer.
09:39On a essayé de diffuser cela.
09:43Et on s'est pas mal, on est arrivé à un niveau assez important
09:49sur 2000 habitants, quasiment 200 personnes impliquées
09:52dans la vie municipale aux alentours de 2019.
09:56Derrière 2020, il ne faut pas oublier, il y a le Covid.
09:58Et il y a un mouvement qui touche aussi les associations d'ailleurs,
10:03de recul du bénévolat, parce que les gens reviennent beaucoup
10:06sur la sphère familiale et professionnelle justement,
10:09et ont du mal à revenir dans du commun.
10:12Même si, effectivement, ces derniers mois,
10:15certaines études que M. Foucault ou d'autres ont pu voir
10:20ou travailler montrent qu'il commence à y avoir un frémissement.
10:23Donc ça, c'est assez positif.
10:25C'est-à-dire qu'on sent qu'il y a beaucoup de gens
10:28qui sont prêts à se réinvestir un petit peu dans du commun.
10:31Mariko, quelle est votre expérience de ce point de vue-là ?
10:35Vous avez parlé effectivement des cas très particuliers
10:37de harcèlement dont vous avez été victime.
10:39Mais sur l'immense majorité de vos administrés,
10:41comment ça s'est passé ?
10:42Je suis assez d'accord avec ça, dans le sens où
10:45le fonctionnement d'une commune est un fonctionnement
10:47qui a été pensé dans le passé.
10:49C'est-à-dire que la démocratie se faisait au sein du conseil municipal
10:51qui déclenchait les projets, le maire administrait.
10:54Enfin, il y avait toute une logique.
10:56Aujourd'hui, les gens, c'est des consommateurs.
10:58Ils commandent un truc sur Amazon et le lendemain,
11:00ils vous demandent de boucher un trou dans une route,
11:02ils ne comprennent pas que ce n'est pas fait dans l'année.
11:05D'abord, il faut un budget, il faut l'argent, etc.
11:08Donc, ils ne comprennent pas, ils sont dans la frustration.
11:11Et puis après, il y a une frustration générale.
11:12On vient se décharger sur le maire parce qu'on connaît son bureau,
11:15on peut facilement avoir un rendez-vous.
11:16Et là, tout le mal de vivre du citoyen se décharge.
11:20Et puis après, effectivement, on a des gens aujourd'hui
11:22qui sont beaucoup plus impliqués dans leur vie professionnelle.
11:26On a beaucoup de néo-ruraux qui viennent habiter la campagne,
11:28ils cherchent du résidentiel.
11:29Il ne faut pas les emmerder, c'est tout.
11:30Mais leur vie, la vie à la ville en journée,
11:33ils viennent juste pour dormir.
11:34Donc, ils ne s'impliquent pas dans la vie du village.
11:36Donc, tout ça, effectivement, c'est des...
11:38Moi-même, j'ai essayé de créer une dynamique
11:40et en fait, ça a été très, très difficile.
11:42Et je trouvais des gens très compétents qui pouvaient aider la commune.
11:45Et puis, ils me disaient, ah oui, non, mais c'est super,
11:47mais moi, je ne me mets pas là-dedans.
11:48Quand je vois comment ça se passe sur les réseaux sociaux,
11:50je ne veux pas prendre des coups.
11:51Donc, aujourd'hui, ça fait même fuir des gens.
11:55Est-ce qu'il y a un problème, Martial Foucault,
11:56une méconnaissance finalement d'incompréhension mutuelle ?
11:59Les maires ont le sentiment de ne pas être entendus,
12:01de ne pas être compris dans les difficultés de leur quotidien.
12:04Et puis, les administrés ont le sentiment que ça ne va pas assez vite.
12:07Oui, mais je dirais que ce n'est peut-être pas le nœud le plus gorgéen
12:10aujourd'hui dans les relations de cette démocratie municipale,
12:14dont je pense qu'elle n'est peut-être pas aussi en danger
12:16que certains pourraient le penser.
12:20La relation entre les maires,
12:22et j'élargirais l'équipe municipale et les citoyens,
12:26oui, elle donne lieu parfois à des moments d'incompréhension
12:29de part et d'autre.
12:30Ça vient d'être évoqué, oui, on observe
12:32une montée du consumérisme municipal
12:34sur des demandes de plus en plus larges
12:38et parfois inatteignables.
12:41Mais moi, j'observe plutôt que la relation s'est crispée
12:44aujourd'hui entre les maires et l'État.
12:47Et quand je dis l'État, à la fois l'exécutif,
12:49les différents gouvernements,
12:51où il y a une volonté de la part de l'État
12:54de contrôler davantage l'action,
12:57la capacité d'agir des maires.
12:59Et c'est assez surprenant,
13:02parce qu'on a célébré il y a quelques années
13:04les 40 ans de la décentralisation en France,
13:08et on a inventé un modèle unique, je dirais, en Europe,
13:12la centralisation dans la décentralisation.
13:15Et ça, ça provoque effectivement beaucoup d'incompréhensions
13:19et j'irais même de contestations.
13:22On a pu assister à plusieurs mouvements de maires
13:24sur les questions budgétaires,
13:26mais aussi sur les questions réglementaires.
13:28J'ajouterais un point qui a été évoqué sur l'engagement
13:31de la part des administrés ou des citoyens.
13:34Ce qui a été dit, effectivement,
13:35j'ai pu l'observer dans plusieurs communes.
13:37Je ferais peut-être une différence entre les communes de petite taille.
13:40Je rappelle quand même qu'en France,
13:42c'est 90% des communes de moins de 3 500 habitants
13:47représentent seulement 30% de la population.
13:51Donc on a aussi cette disproportion
13:54entre le nombre de communes
13:56et là où les Françaises et les Français résident.
13:59Sur l'engagement,
14:00je crois que tout à l'heure,
14:02le mot de frémissement a été évoqué.
14:05Moi, je confirme,
14:05c'est-à-dire que je vois plutôt le verre à moitié plein
14:07parce que l'an prochain pour les élections municipales,
14:12si je devais arrondir,
14:13mais on aura presque un million de citoyens français
14:16présents sur les listes électorales,
14:19signe de leur engagement dans la vie de leur commune.
14:22Oui, c'est beaucoup quand même.
14:23C'est un chiffre notable.
14:24Sur un corps électoral de près de 50 millions,
14:27c'est unique au monde.
14:29Seule la France est capable,
14:30certes en raison du grand nombre de communes,
14:32mais d'avoir un citoyen sur 50
14:35prêt à s'engager.
14:36Mais cet engagement,
14:37il ne doit pas être simplement facial.
14:39Ce que les deux maires indiquaient tout à l'heure,
14:42c'est qu'ensuite,
14:43il faut pouvoir mobiliser le temps d'une mandature 6 ans,
14:46ces maires,
14:47ces conseillers municipaux,
14:49éviter l'absentéisme.
14:51Moi, j'observe un absentéisme
14:52assez important dans les conseils municipaux.
14:56Et parfois aussi,
14:57un désaccord qui devient,
14:58au sein d'une même majorité dans des petites communes,
15:01un désaccord entre le maire
15:02et certains conseillers municipaux.
15:04Ce qui fait dire à beaucoup de maires interrogés
15:07que parfois,
15:08ils ont peut-être commis une erreur de casting
15:10au moment de la constitution de ces listes.
15:13C'est un moment important dans la constitution de ces listes.
15:14Voilà,
15:15qui sont,
15:15qui est crucial dans la vie d'une mandature.
15:18Vous êtes vice-président
15:19de l'association des maires ruraux de France,
15:21Yvan Lubraneski.
15:21Est-ce que tout ça,
15:22vous en parlez,
15:24vous en débattez,
15:24vous y réfléchissez ?
15:25Est-ce qu'il y a des pistes,
15:26déjà des solutions,
15:27que vous auriez envie de mettre sur la table
15:29pour justement qu'on n'aboutisse pas à une grande démission
15:33dont on semble parfois avoir un peu le début ?
15:36C'est au cœur de l'action de l'association des maires ruraux de France
15:39d'essayer justement de faire en sorte
15:42que cette décentralisation,
15:44elle soit assumée.
15:45Comme l'a dit M. Foucault,
15:48il y a une espèce de schizophrénie.
15:51Et d'ailleurs,
15:52un langage de l'État
15:54qui est souvent très caressant
15:57pour les maires.
15:59Et puis en fait,
16:00sur le terrain,
16:00il n'y a pas longtemps,
16:02j'entends un maire
16:03qui a trouvé un jeu
16:04sympa à mettre
16:06dans la cour de son école.
16:09Il reçoit
16:10quelques jours après
16:14une injonction de la trésorerie
16:16lui disant
16:16mais on ne payera pas ce jeu
16:18puisque c'est une compétence intercommunale
16:20et qu'il ne fallait pas prendre cette initiative.
16:23Et donc,
16:24on passe du temps
16:25à s'empêtrer dans des choses comme ça.
16:28Et les politiques
16:28ont un autre discours,
16:32un discours sur la subsidiarité
16:34mais finalement,
16:35on n'arrive pas facilement
16:37à la mettre en oeuvre.
16:38Et pour revenir sur la question
16:39du pouvoir d'agir,
16:40il y a aussi la coupure
16:43du lien fiscal.
16:47Et au moment du mouvement
16:48des Gilets jaunes,
16:50ça a été énormément abordé
16:51dans les débats.
16:52Les gens voulaient de la traçabilité.
16:54Les gens voulaient savoir
16:54qu'est-ce qu'on fait
16:55de leur impôt.
16:57Et en fait,
16:57toutes les réformes
16:59fiscales font qu'aujourd'hui,
17:01on ne sait pas trop
17:02où va l'argent.
17:03Et on peut se trouver
17:04dans la situation
17:05pour le nid de poules
17:07dont parlait Maricot
17:08qui se trouve devant
17:09l'habitation
17:10de telle ou telle personne.
17:11Des gens qui vont payer
17:12des impôts,
17:13des fois beaucoup,
17:14en fonction de leur revenu
17:15déjà pour commencer,
17:16et qui vont dire
17:17je suis allé en mairie
17:18et le maire me dit
17:19qu'il n'a pas d'argent.
17:21Donc,
17:22voilà,
17:22comment on fait
17:23si c'est l'État
17:24qui décide
17:25ce qu'il va donner
17:26aux communes ?
17:30Et pour mieux faire face
17:31justement à toutes
17:31ces difficultés
17:32que vous venez de décrire,
17:33est-ce que vous avez
17:33le sentiment,
17:34Maricot,
17:34qu'il aurait fallu
17:35être davantage accompagné,
17:37davantage formé peut-être ?
17:38Quelle leçon
17:38vous tirez maintenant
17:39avec le recul
17:40de votre début de mandat ?
17:44Vous touchez un point important,
17:45c'est la formation des élus.
17:46Donc,
17:46effectivement,
17:47l'État dit
17:47les élus,
17:48il faut les former,
17:49etc.
17:49Je leur dis
17:50quand est-ce que
17:50vous voulez qu'on se forme ?
17:52Parce que pendant ce temps-là,
17:52le siège de maire
17:53est vacant.
17:54Avec quel argent ?
17:55Quand vous êtes commune,
17:56on revient toujours.
17:57On revient.
17:58Donc,
17:58au final,
17:58vous ne le faites pas,
17:59alors vous vous formez.
18:00Alors moi,
18:00j'ai une capacité
18:01à m'auto-former,
18:02voilà,
18:03ça ne me pose pas de problème.
18:04Mais on se rend compte,
18:05par exemple,
18:05que les conseillers municipaux
18:06ne connaissent pas leur rôle
18:08et croient que leur rôle,
18:10c'est le rôle du maire
18:12et demandent au maire
18:13de faire le rôle
18:13du conseil municipal.
18:14C'est-à-dire,
18:15tout ce qui est budget,
18:16tout ce qui est
18:16de la responsabilité
18:17du conseil municipal,
18:19ils ne le font pas
18:19parce qu'ils ne sont pas disponibles,
18:20parce qu'ils n'y comprennent rien,
18:22etc.
18:22Donc,
18:22on leur propose un budget
18:24qui n'a pas forcément
18:26été négocié,
18:26donc on a proposé des options.
18:28On dit,
18:28oui,
18:28mais c'est toi qui décides tout.
18:29Je dis,
18:29non,
18:30vous ne faites rien,
18:31donc proposez.
18:32Et donc,
18:33il y a une espèce d'inversion.
18:34Par contre,
18:34les conseillers vont s'interroger
18:35de pourquoi vous avez acheté un banc,
18:37pourquoi vous avez changé une porte,
18:38alors que ça,
18:39c'est de la fonction du maire
18:40d'administration courante.
18:41Donc,
18:41ils se mêlent
18:42des fonctionnaires
18:43de ce que fait le maire
18:44et ne font pas leur travail
18:46parce qu'ils pensent,
18:47je dis,
18:47c'est pas un club de bridge ici,
18:49c'est une mairie,
18:50il y a des règles,
18:51il y a des ordres du jour,
18:52il y a des trucs.
18:53Eux,
18:53ils veulent remver
18:53la bande de copains,
18:54on décide comme ça.
18:55Non,
18:55ça ne marche pas comme ça.
18:56Pour terminer d'un mot,
18:57Marie-Cou,
18:57est-ce que vous regrettez
18:58cette expérience de maire ?
18:59Non,
18:59je ne regrette pas,
19:00c'était une expérience intéressante,
19:03ça m'a ouvert énormément de portes,
19:04j'ai découvert un autre monde,
19:06et puis maintenant,
19:07je vais passer à une autre expérience,
19:10à d'autres projets,
19:12certainement plus rémunérateurs,
19:13certainement moins gras,
19:14mais bon,
19:15non,
19:15je ne regrette pas du tout.
19:16Même question,
19:16Yvon Libraniski ?
19:18Non seulement,
19:18je ne regrette pas,
19:19mais je suis en train
19:20de me réengager.
19:22D'ailleurs,
19:22ce serait intéressant
19:23de connaître la date précise
19:25au mois de mars,
19:25puisque ce n'est pas encore
19:27dans la loi,
19:28ce qui prouve,
19:29une fois de plus,
19:30que l'État est de son côté,
19:33les communes de l'autre,
19:34nous,
19:34on est dans le concret,
19:35on attend des choses précises,
19:37et puis,
19:38en fait,
19:38sur beaucoup de sujets,
19:39on navigue à vue,
19:40on est totalement à leur merci.
19:42On a entendu vos difficultés,
19:43on a entendu aussi
19:44le frémissement,
19:45et puis le verre à moitié plein,
19:46et cet engagement
19:47qui est le vôtre.
19:48Merci à tous les trois.
19:49Merci.
19:49Martial Foucault,
19:51chercheur au Cevipof,
19:52Mariko,
19:53ex-maire de Thillois-les-Martiennes
19:54dans le Nord,
19:55et Yvon Lubraniski,
19:56qui vous êtes le vice-président
19:57de l'Association des mers ruraux de France.
19:59Merci d'être passé
20:00par le studio de France Inter.
20:01Merci.
20:02Merci.
20:03Merci.
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