- il y a 4 mois
François Ruffin, député “Picardie Debout” de la Somme, était l’invité du Face-à-Face de ce mercredi 24 septembre. Il a été interrogé notamment sur la taxation des plus riches, sur la taxe Zucman et sur la rencontre entre Sébastien Lecornu et les syndicats.
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00:00Générique
00:008h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour François Ruffin.
00:15Bonjour.
00:15Merci d'être dans ce studio ce matin. Vous êtes député, député debout de la Somme.
00:21Vous aviez été connu au départ pour un de vos films qui s'appelait Merci Patron
00:25et vous aviez, sur les routes de la Somme, été aussi à la rencontre d'un certain nombre d'ouvriers
00:30dont les jobs avaient été délocalisés, les usines avaient été délocalisées.
00:34Votre film s'appelait Merci Patron. Est-ce que vous diriez Merci Patron
00:37si le patronat est mis à contribution et accepte de payer les taxes sur les très hauts patrimoines,
00:43y compris professionnels ?
00:44Moi je dirais Merci Patron. Oui, si jamais les actionnaires, les milliardaires dans notre pays
00:49payaient leur juste part. Vous savez, aujourd'hui, on vit dans un pays où les milliardaires
00:54payent deux fois moins d'impôts en proportion que leurs secrétaires et que les infirmières.
00:59Est-ce que c'est normal ? Est-ce que vous trouvez ça normal ?
01:01Donc, il s'agit là de relever l'imposition des plus grandes fortunes de notre pays
01:07dont le patrimoine a été multiplié par 14 en 30 ans.
01:11Vous savez, en une année de crise Covid, les 500 fortunes de notre pays
01:14ont vu leurs fortunes quasiment doubler.
01:18Plus 236 milliards d'euros pendant une année où les Français étaient confinés,
01:22où pour certains ils mouraient, où l'économie était arrêtée, où c'était les aides à domicile,
01:28où c'était les infirmières qui tenaient le pays debout, qui s'est enrichi ces 500 fortunes-là.
01:34Eh bien, il est légitime qu'elles le rendent.
01:36Est-ce que c'est pour vous un risque quand même sur l'outil de production ?
01:42Vous faites partie de ceux qui se sont toujours intéressés à la question des usines,
01:46des outils de production, de la localisation de tout cela.
01:49Ils disent, si vous nous taxez le patrimoine professionnel et non pas particulier,
01:55alors c'est un risque sur les emplois.
01:56Je vais vous dire, je n'ai pas envie de rentrer même dans la question des moyens à mettre en œuvre.
02:00Il y en a toute une série.
02:01Un, oui, retour d'un impôt de solidarité sur la fortune.
02:04Deux, on relève la flat tax, l'impôt sur les dividendes.
02:08Trois, on taxe les grandes transmissions au-delà de 100 millions d'euros, par exemple.
02:12Quatre, la fin des sociétés écrans.
02:14Les sociétés écrans, c'est par ce biais-là que, par exemple, Bernard Arnault touche l'an dernier 3 milliards d'euros de dividendes
02:21et ne paye pas 1 euro d'impôt.
02:23Précisément, vous dites Bernard Arnault, ce matin, et c'est notre journaliste Anne-Sorah Dubois qui le dit sur BFM TV,
02:30elle a eu un proche du Premier ministre qui lui a dit cette phrase, je cite,
02:34« La question n'est pas de savoir si Bernard Arnault va payer, la question c'est de savoir comment. »
02:38Comment ? Je vous ai énoncé une série de moyens, mais je vous redis, il passe par une série de holdings
02:43qui se trouve à Jersey, qui se trouve au Luxembourg, qui se trouve sur les îles Caïmans dans des paradis fiscaux
02:48pour ne pas payer un certain nombre d'impôts.
02:51Ça, les États-Unis l'ont interdit, pays du capitalisme, depuis 1934, c'est interdit aux États-Unis.
02:57Il s'agit de faire de même en France et que tout ça soit normalement taxé et qu'on ne se pate pas par un certain nombre de filiales.
03:03Vous savez qu'on est en Union Européenne ?
03:05Je suis tout à fait conscient qu'on est en Union Européenne.
03:07Qu'il y a donc une liberté totale de mouvement, à la fois des marchandises, mais aussi des particuliers.
03:12Quelques jours sur BFM TV, je recevais un patron qui, à un moment, avait dû effectivement payer sur sa production.
03:19Il dit « Je suis parti en une semaine ».
03:20Il avait deux enfants qui étaient scolarisés, il avait sa vie en France.
03:24Il dit « Je suis parti en une semaine ». Il était parti en l'occurrence en Belgique.
03:27Est-ce que vous trouvez normal de vous dire que, potentiellement, vous avez un certain nombre de patrons
03:32qui, ici, consomment, payent des impôts, créent des emplois, qui pourraient partir en une semaine ?
03:38C'est échiffré, Madame de Malherme, par le Conseil d'analyse économique qui est rattaché à Matignon.
03:44C'est 0,003% des Français les plus riches qui partiraient en cas de retour d'un impôt sur le patrimoine.
03:52Oui, mais c'est précisément cela que vous voulez taxer.
03:54C'est-à-dire que la taxe Zuckman, par exemple, c'est vraiment les très petits nombres de foyers.
04:00Je vous redis, 0,003% des Français les plus riches.
04:05Vous commencez où, les plus riches ?
04:06Dans le 0,1%.
04:08Donc, 0,03% des 0...
04:10Voilà, donc, c'est extrêmement marginal, aujourd'hui, ceux qui partiraient.
04:15Ça veut dire 99,997% des Français les plus riches qui resteraient dans notre pays.
04:22Ça, c'est la première chose.
04:23Ensuite, simplement, est-ce que vous trouvez normal qu'il y ait cette menace qui soit en permanence brandie ?
04:28Que, oui, à peine François Mitterrand arrive à l'Élysée, qu'on a Bernard Arnault qui fuit, à l'époque, aux États-Unis.
04:36On a François Hollande qui revient et qui propose de relever l'impôt sur les patrimoines.
04:41Mais faut-il les en empêcher ?
04:42Thomas Piketty, hier, dit « mais on peut geler leurs avoirs et les arrêter à l'aéroport ».
04:45Mais je suis tout à fait favorable à ce qu'il y ait des mesures contraignantes qui soient mises sur ceux qui, finalement, choisissent de ne pas appartenir à la patrie, vous savez.
04:53Mais ça veut dire quoi, des contraintes ? Ça veut dire quoi ? C'est-à-dire les empêcher de quitter le pays ?
04:56Je vais vous le dire. Normalement, c'est le préambule de notre Constitution qui dit que l'impôt doit être payé en raison de nos facultés.
05:07C'est-à-dire que les facultés des plus riches sont...
05:09Proportionnellement.
05:09Eh bien, là, on est dans l'inversement proportionnel.
05:12Je vous le redis, les milliardaires de notre pays payent deux fois moins d'impôts en proportion que leurs secrétières ou que les infirmières.
05:19Je vous repose la question. Vous avez dit « je suis pour qu'on les contraigne ». Comment ?
05:24Les États-Unis, qu'est-ce qu'ils font ?
05:26Même quand on quitte le pays, on continue à être imposé aux États-Unis.
05:30Et ça, pendant toute la vie. Donc, on peut continuer à imposer.
05:33Et d'autre part, tous ces gens, mais qui sont peu nombreux, en vérité,
05:38la masse des patrons, eh bien, ils se disent « je vais contribuer à l'école et à l'hôpital et à l'intérêt national ».
05:46Mais ceux qui menacent en permanence de fuir, de partir, je veux dire, oui, il faut des mesures contraignantes.
05:53Pourquoi pas une privation des droits civiques ?
05:56On est là dans le choix qu'ils font de ne pas appartenir à la communauté nationale.
06:02Mais je vous le redis.
06:03Et l'idée de geler leurs avoirs ?
06:05Geler leurs avoirs, tout à fait. Mais je vous le redis.
06:08Je ne veux pas qu'il y ait une confusion.
06:10Nationaliser leur patrimoine ?
06:12Écoutez, si jamais ils font le choix de ne pas appartenir à la communauté nationale,
06:19c'est un choix qu'ils font. Ils font le choix de faire sécession.
06:23De faire une sécession d'avec la communauté, comme l'ont fait à la Révolution française,
06:29les aristocrates qui ont choisi à cette époque-là de fuir à Koblenz.
06:32Certains aristocrates qui sont partis à Koblenz.
06:34François Ruffin, vous me refaites le coup à chaque fois que je vous reçois pour me parler de la Révolution.
06:37Là, je vous parle de ce qui se passe.
06:39C'est le moment fondateur de notre République.
06:42Tout à fait, j'en suis bien d'accord, mais il faut écouter les deux lectures.
06:44En l'occurrence, quand vous dites qu'on gèle leurs avoirs, pourquoi pas ?
06:49Concrètement, vous seriez prêts à geler les avoirs ?
06:52Voire même, quand je vous pose la question de nationaliser, vous ne dites pas non ?
06:56Je dis que tout ça peut être débattu à l'Assemblée nationale et ça fera d'excellents débats.
06:59Ce n'est pas à moi d'en décider aujourd'hui dans votre studio.
07:02Mais oui, cette question-là, comment on fait pour que ces personnes qui, je le redis, ne sont pas les patrons ?
07:09Vous savez, dans patrons, moi, je ne veux pas qu'on confonde comme poisson, il y a les requins et il y a les sardines à l'intérieur.
07:14Et la masse...
07:15C'est exactement ce que je vous disais sur les aristocrats, il ne faut pas caricaturer.
07:18Et vous n'aimez pas les caricatures, François Ruffin.
07:20Et la masse des patrons, aujourd'hui, ils disent comme le patron des entreprises de proximité, il faut taxer les dividendes, il faut taxer les biens financiers.
07:29Donc voilà, il y a un accord qui est très large.
07:31Donc on a quelques personnes qui ont une grande visibilité parce qu'ils possèdent un certain nombre de médias et donc qui s'expriment très largement avec à grand bruit.
07:40Mais ce sont une infime minorité dans notre pays.
07:43Mais vous savez, ce qu'on dit là, aujourd'hui, en France, c'est un débat qui est international.
07:48C'est le FMI qui dit maintenant, il est temps de taxer les plus riches partout.
07:51Pourquoi ? Parce qu'en fait, depuis 40 ans, il y a ce qu'on appelle...
07:57On avait une fiscalité qui s'est déplacée des bases mobiles vers les bases immobiles.
08:03Les bases mobiles, c'est quoi ? C'est les capitaux.
08:05Ce sont les grandes sièges et sociétés.
08:07Comme elles menacent de fuir, on les taxe moins.
08:09Et la fiscalité se déplace vers qui ?
08:11Elle se déplace vers ceux qui ne vont pas bouger, ceux qui ont femmes, enfants, maison, mari, ici.
08:18Et qui, du coup, vont payer.
08:19Ça se passe par la TVA, ça passe par les impôts locaux, ça passe par les taxes sur les petites entreprises.
08:24Je voudrais juste aller au bout de ce que vous dites.
08:28Un, il faut effectivement trouver ce nouveau moyen de les mettre à contribution.
08:32Et s'ils n'acceptaient pas le deal, en quelque sorte, s'ils tentaient de fuir, pour reprendre votre mot, alors pourquoi pas des punitions, voire même un gel des avoirs, voire même une nationalisation ?
08:44Je veux quand même que les choses soient claires.
08:45Ça fait partie, vous dites, à un moment, il faudra mettre ces armes-là sur la table.
08:48En tout cas, il faudra qu'il y ait des sanctions.
08:50Il y a des sanctions qui doivent être prises.
08:52Et je vous le redis, les États-Unis font quelque chose de très simple.
08:54Même quand les gens s'en vont, ils continuent de les taxer, et ils continuent de les taxer à vie.
08:59Donc c'est une mesure simple, qui peut être, à mon avis, assez consensuelle.
09:02Lançons des sondages là-dessus, si vous le souhaitez.
09:04Mais en revanche, maintenant, je pense que sur cette question-là, sur la sécession que font les grandes fortunes...
09:11Vous avez entendu Patrick Martin, le patron du MEDEF, qui dit, on va refuser cela, et surtout, on fera même un meeting.
09:20C'est-à-dire, les patrons eux-mêmes, désormais, font des meetings comme les politiques.
09:25Écoutez, moi, ce que j'espère, c'est que Patrick Martin va lancer une grève des milliardaires et une grève des actionnaires.
09:31Parce que, vous voyez, quand les infirmières font grève, quand les pharmaciens font grève, quand les conducteurs de train font grève, ça se sent tout de suite.
09:39Là, qu'est-ce qu'on va sentir quand il y aura une grève des milliardaires et des actionnaires ?
09:42Rien. Il n'y aura rien qui se passera.
09:44C'est dire que leur utilité à la société est quand même limitée.
09:48Ils ne produisent rien pour vous ?
09:50Directement, non, ils ne produisent rien.
09:52Donc, maintenant que Patrick Marquettin organise des défilés de Cadillac, très bien.
09:57Mais, vous savez, pour moi, je le redis, il ne faut pas confondre.
10:02Je vois le jeu de M. Patrick Martin qui se prétend le mouvement des entrepreneurs,
10:06et qui, en vérité, monte au créneau quand ce sont les 500 fortunes de notre pays qui sont aujourd'hui concernées.
10:13Quand est-ce que Patrick Martin est monté au créneau et a organisé un meeting ?
10:17Quand il y avait l'électricité qui bondissait, qui faisait que c'était tous les artisans, tous les commerçants, tous les industriels qui se retrouvaient en difficulté à cause de leur facture d'énergie.
10:27Ça ne s'est pas produit.
10:28Donc, là, on a finalement un MEDEF qui tombe le masque et qui révèle qui il défend vraiment.
10:35Il ne défend pas tous les entrepreneurs du pays.
10:38Il défend les plus grandes fortunes du pays.
10:40Vous savez, et moi, je veux que ça soit clair, pour moi, il ne doit pas y avoir un euro d'impôt supplémentaire sur les TPE, sur les PME, sur les entreprises de taille intermédiaire.
10:50Pourquoi ? Parce que c'est là que se crée la richesse.
10:52La richesse, elle se crée là.
10:53Quand on donne un million d'euros d'aides publiques aux grandes firmes, ça crée 0,6 emplois.
10:58Quand on donne un million d'euros d'aides publiques aux TPE, PME et aux OTI, ça crée 13 emplois, 20 fois plus.
11:04Donc, je dis, il faut bien distinguer à l'intérieur.
11:08Le CAC 40, c'est moins 200 000 emplois en 10 ans.
11:11Moins 200 000 emplois.
11:12C'est eux qui ont été gavés d'aides.
11:14C'est eux qu'on a aidés avec des cadeaux fiscaux.
11:16Et à l'arrivée...
11:17Et à l'inverse, dites-vous, les autres entreprises...
11:20Vous aurez entendu d'ailleurs Michel Picon, le patron de l'UDEP, qui sont les entreprises de l'artisanat et du commerce,
11:25qui, lui, est plutôt favorable à l'idée de taxer davantage les dividendes.
11:29Je voudrais vous parler aussi de ce qui se passe dans l'usine Stellantis de Poissy,
11:32qui a annoncé hier à ses 2000 salariés qu'ils allaient être au chômage technique pendant trois semaines à l'arrêt total.
11:40Ce n'était pas arrivé depuis plus de 15 ans.
11:43Que faire aujourd'hui ?
11:44D'abord, je pense aussi, bien sûr, aux salariés de Stellantis,
11:48qui, non seulement ont trois semaines de chômage, mais ont en vérité une inquiétude sur l'avenir de leur usine.
11:52Je pense aux sous-traitants qui dépendent très largement de cette très grosse usine qui reste en Ile-de-France.
11:59Vous savez, moi, il y a six mois, j'ai tiré la sonnette d'alarme.
12:03J'ai dit quoi ? J'ai dit, on a les États-Unis qui ferment leurs frontières aux produits chinois.
12:09Qu'est-ce qui va se passer ?
12:10Eh bien, la Chine va déverser ses produits sur l'Union européenne.
12:14Et qu'est-ce qui se passe ?
12:16En un an, c'est plus 10%.
12:18Plus 10% d'importations chinoises.
12:20Et donc, tout simplement, avec bon sens, j'ai dit, il nous faut des protections.
12:24Il nous faut des taxes aux frontières.
12:26Il nous faut des barrières douanières.
12:27Il nous faut des quotas d'importation.
12:29Rien n'a été mis en œuvre par l'Union européenne.
12:31Eh bien, il se produit ce qui était prévisible.
12:34C'est-à-dire un déversement de produits chinois.
12:36Et alors, dans certains secteurs, c'est plus 100%, ça a doublé.
12:40Dans d'autres, dans le transport, c'est plus 10%.
12:42Lorsque vous voyez des marques, alors là, on passe aux textiles, comme Pinky,
12:46qui font un accord avec Chine, mais qui disent, soit on fait ça, soit on meurt.
12:51Malheureusement, vous savez, il y a quelques temps, quand je disais, il nous faut des protections,
12:56j'étais seul.
12:58Vous savez, je suis posé à question des taxes aux frontières, des barrières douanières.
13:02Aujourd'hui, ce sont tous les patrons.
13:04C'est le patron.
13:05Mais Pinky, c'est aussi des emplois.
13:06Ils disent, si je fais ça, je survis.
13:08Si je ne fais pas ça, je meurs.
13:09NAF est mort.
13:10Mais qu'est-ce qu'il faut faire ?
13:11Eh bien, il faut faire que les produits Chine et Ténu ne débarquent pas en France librement.
13:17Et ça, c'est à l'Union Européenne de le décider.
13:20Et on a une Union Européenne qui, là-dessus, attend.
13:22Mais qu'est-ce que vous dites aux consommateurs ?
13:2370% de plus de ventes de Chine, de Tému, c'est des consommateurs, ce sont des électeurs,
13:30ce sont des Français qui y trouvent leur compte.
13:32Vous savez, je...
13:34Vous allez les empêcher aussi de...
13:36Vous allez leur dire qu'ils ne respectent pas le contrat civique et qu'ils n'ont plus le droit d'acheter ces produits ?
13:40Je pense qu'il y a dans le consommateur du citoyen.
13:44Mais ce n'est pas au consommateur de décider avec son chariot ou avec la manière dont il achète en ligne.
13:51Non.
13:51Ce n'est pas au consommateur de choisir ce qu'il veut ?
13:53Vous savez, si on avait laissé les consommateurs choisir, il y aurait encore le travail des enfants.
13:59Si on avait laissé les consommateurs choisir au XXe siècle, il n'y aurait pas de congés payés.
14:03Mais est-ce que ça veut dire, François Ruffin, que vous dites ce matin, en fait, que vous allez décider, vous, de ce qu'on a le droit d'acheter ou pas ?
14:08Pas moi.
14:09Vous savez, les Français.
14:10Si on interroge les Français comme citoyens et qu'on leur dit, voilà, il y a cette invasion de produits chinois,
14:17est-ce que vous pensez qu'on doit s'en protéger ou pas ?
14:20Est-ce que vous pensez qu'on doit identifier 100 produits ?
14:22Mais vous croyez qu'on ne leur dit pas ?
14:23100 produits.
14:24Eh bien, dans les sondages, ils sont largement favorables.
14:27Ils sont largement favorables.
14:28Oui, mais dans les sondages, ils trouvent ça super.
14:29Mais ensuite, quand ils doivent payer leurs marchandises et faire leurs courses, il y a quand même une question de pouvoir d'achat.
14:34C'est pour ça que je vous dis, Madame de Malherme, que c'est le citoyen qui est, pour moi, au-dessus du consommateur,
14:40et je dirais même au-dessus du travailleur, qui doit décider.
14:43Et le citoyen, quand on l'interroge sur les mesures qui doivent être prises en place collectivement,
14:48et non pas individuellement devant son écran d'ordinateur ou en poussant son chariot,
14:53le citoyen, collectivement, il dit « maintenant, il nous faut une protection ».
14:56François Ruffin, quand je vous écoute depuis le début de cette interview,
14:59les plus riches vous dites « on peut nationaliser, on peut éventuellement même geler leurs avoirs ».
15:04Les plus modestes, vous leur dites « non, en fait, vous faites mal vos courses, vous n'avez rien compris,
15:09c'est moi qui vais décider pour vous de ce que vous avez le droit de mettre dans votre chariot ».
15:12Madame de Malherme, vous pouvez détourner ça comme vous voulez.
15:15Je vous redis, ce n'est pas moi qui en décide.
15:17Ça sera à l'Assemblée nationale d'en décider, ça sera au Parlement européen.
15:20Je ne dis pas vous tout seul, François Ruffin, mais ça veut quand même dire que désormais,
15:23le consommateur n'aura pas…
15:25Alors le consommateur, ok, vous dites « il est en dessous du citoyen ».
15:27Enfin, je veux dire, c'est quand même quelqu'un qui va faire ses courses,
15:30qui choisit, qui décide et qui n'est pas plus bête qu'un autre.
15:33Vous savez, je ne suis pas plus bête qu'un autre quand je vais dans un supermarché,
15:36mais je choisis en regardant les prix et pas en regardant toutes les étiquettes,
15:40regarder comment ça a été produit et je l'ignore, d'accord ?
15:43Mais si on dit, si on y avait l'information pour les consommateurs en disant « voilà,
15:47ça a été produit par des enfants en Chine ou au Vietnam,
15:50ça a été sous-payé de cette manière-là »
15:52et que chaque fois qu'il prenait un produit, on le lui rappelait,
15:54tout comme sur les paquets de cigarettes, on a ce qui vous arrive en matière de cancer.
15:58Est-ce qu'ils ont arrêté de consommer des cigarettes ?
16:00Moins, pour certains, mais je vous le redis, c'est une conception,
16:04en effet, madame de Malherbe, de la politique, de penser
16:08est-ce que c'est le chariot qui décide ?
16:13Est-ce que c'est la commande en ligne qui décide ?
16:15Ou bien est-ce qu'à l'intérieur de nous, on a quelque chose qui est au-dessus,
16:19qui pense au-delà de son intérêt particulier,
16:21qui pense à l'intérêt général et à l'intérêt national ?
16:24Donc la liberté de choix est moins importante pour vous
16:29que les décisions qui doivent être prises collectivement
16:31et qui doivent s'imposer à chacun.
16:32La liberté de choix, c'est la liberté de choix avec des règles communes
16:35qu'on a établies ensemble et qui viennent dire que voilà,
16:38quand, par exemple, là, je porte une résolution
16:42avec des députés de manière transpartisane à l'Assemblée nationale
16:45sur le Mercosur, on peut dire, alors ça va être au consommateur
16:48de choisir s'il achète ou pas du bœuf venu du Brésil.
16:51Eh bien, je dis, non, je dis, il doit y avoir des règles.
16:55Et les règles, c'est-à-dire, on ne veut pas du bœuf brésilien
16:58parce qu'il est nourri aux hormones,
16:59parce qu'il est fait avec des antibiotiques,
17:01parce qu'à l'intérieur, il y a du paraquat
17:03qui est une molécule qui a été interdite en l'Union Européenne.
17:05Et je précise d'ailleurs que vous serez aux côtés de la FNSEA
17:07dans son combat aussi, qui est votre combat,
17:11contre le Mercosur, et il y aura une grande mobilisation vendredi.
17:13Et donc, les questions de santé, d'environnement,
17:17de commerce juste, de faire qu'on maintient une industrie
17:20dans notre pays, ça doit être décidé par des citoyens.
17:23Et ça doit être décidé en pensant à l'intérêt général
17:26et à l'intérêt national.
17:28– Est-ce qu'on pourrait aller, si on tire votre fil,
17:30jusqu'à se dire, on a le droit de consommer tant par an ?
17:33– Non, ne tirez pas des fils comme ça.
17:36Vous savez, il s'agit d'établir des règles communes.
17:39Donc, on établit une règle commune
17:40qui n'est pas à un niveau de consommation.
17:43Est-ce qu'on considère normal que, par exemple, là,
17:47Ursula von der Leyen va signer des traités
17:50avec l'Indonésie pour l'importation d'huile de panne,
17:53qui va conduire à davantage de déforestation ?
17:56Bon, est-ce qu'on est d'accord avec ça
17:58ou est-ce qu'on n'est pas d'accord avec ça ?
17:59Et ce n'est pas seulement le citoyen,
18:02quand il achète sa pâte à tartiner,
18:04qui en décide.
18:04C'est aussi les citoyens européens,
18:08collectivement, qui décident des mesures qu'ils prennent.
18:11Est-ce qu'on veut encore de l'acier dans notre pays ?
18:15Il nous faut un plan acier.
18:16Ou alors, on décide que c'est le citoyen
18:18qui, quand il achète sa voiture,
18:20a choisi s'il voulait de l'acier européen
18:22ou de l'acier indien.
18:23Non, il doit y avoir la possibilité
18:25que ce soit au-dessus,
18:27qu'il y ait une vision de l'intérêt national
18:29et de l'intérêt général.
18:31Sébastien Lecornu,
18:32qui est donc Premier ministre depuis 15 jours,
18:34il n'y a toujours pas de gouvernement en vue,
18:35mais il reçoit aujourd'hui l'intersyndical,
18:39tous ensemble, à 10h30,
18:41qui veulent lui proposer trois choses,
18:42notamment une réouverture
18:44de la question de la réforme des retraites,
18:46la question de la fiscalité
18:48et puis la question du rapport au travail.
18:51Ils demandent à être entendus tous ensemble,
18:53mais ils recevront aussi les patrons cet après-midi.
18:56Ils disent que si ça n'avance pas,
18:58il y aura une nouvelle date.
18:59Vous étiez dans la rue le 18.
19:02Est-ce que vous seriez à nouveau dans la rue ?
19:03Est-ce que vous appelez à ce qu'il y ait
19:04une nouvelle mobilisation ?
19:06C'est au syndicat de décider
19:08s'il y a une nouvelle mobilisation.
19:09Je ne me substitue pas à eux.
19:11En revanche, je pense qu'on a un pays
19:13qui aujourd'hui est bloqué par en haut.
19:14On a un pays qui est bloqué
19:16par les dirigeants
19:19qui, finalement, ne veulent pas changer.
19:22Qui nous a mis dans ces ornières-là ?
19:25Emmanuel Macron, président de la République,
19:28qui, d'une part,
19:29nous a mis dans la crise fiscale
19:30en baissant les impôts tous azimuts
19:32sur les grandes sociétés,
19:33sur les grandes fortunes.
19:34qui nous a mis dans la crise démocratique
19:37en refusant, quand il y a eu le mouvement
19:38des Gilets jaunes,
19:39le référendum d'initiative citoyenne.
19:41Qui nous a mis dans la crise sociale
19:43en décidant, tout seul,
19:45contre le reste du pays,
19:47de faire la retraite à 64 ans.
19:49– Ce que vous attendez
19:49des un an et demi qui restent ?
19:51– Ce que j'attends,
19:52c'est que le président de la République,
19:54mais vous savez,
19:54ça demanderait quelque chose
19:56qui est de l'ordre du miracle,
19:58de l'épiphanie,
19:59revienne à la raison,
20:00à une lucidité,
20:01qu'ils essayent de faire
20:02communauté avec son pays
20:03et qui, sur les trois points
20:05que j'ai mentionnés,
20:06reviennent sur son propre héritage
20:08et disent, bon,
20:09sur la fiscalité,
20:10oui, faire des dizaines,
20:11des centaines de milliards d'euros,
20:13creuser le déficit
20:14comme jamais à la pelleteuse
20:16pour faire des cadeaux
20:17aux plus riches
20:18et aux grandes sociétés.
20:19Et en plus,
20:20ça ne marche même pas
20:21puisque la part de l'industrie
20:22dans notre pays
20:23est passée sous la barre
20:24des 10%.
20:25Qu'il y ait des mesures démocratiques,
20:27je le redis,
20:27le référendum d'initiative citoyenne
20:29qui donne la possibilité
20:30aux citoyens de s'investir
20:32et, par exemple,
20:33de poser la question
20:34de est-ce qu'on limite
20:35ou pas les collégiens
20:36et les ténus
20:36et que ce soit les citoyens
20:38qui en décident
20:39en allant voter
20:40lors d'un référendum,
20:41par exemple.
20:42Vous donnez le choix
20:43aux citoyens.
20:44On est au cœur
20:45de cette interview.
20:46Merci, en tout cas,
20:46François Ruffin.
20:47Vous êtes député
20:48debout de la Somme
20:48d'avoir répondu
20:49à mes questions.
20:50Il est 8h53
20:51sur AMC et BFM TV.
20:52Merci à vous.
20:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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