- il y a 3 mois
Éric Dupond-Moretti, ancien ministre de la Justice et avocat, était l’invité de BFMTV de ce dimanche 28 septembre. Il a été interrogé notamment sur la condamnation de Nicolas Sarkozy et des différentes réactions des personnalités politiques. Il a également évoqué la délinquance des mineurs, les peines planchers mais aussi son possible retour en politique.
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00:00– Bienvenue dans BFM dimanche soir, on est ensemble en direct jusqu'à 20h, tout de suite l'invité de la semaine.
00:11Bonsoir Eric Dupond-Moretti. – Bonsoir M. Fauvet.
00:14– Vous publiez cette semaine, juré craché, le récit des 4 années que vous avez passé au ministère de la Justice,
00:20que vous avez quitté il y a tout juste un an, c'est publié chez Michel Laffont,
00:24vous y gratignez également quelques-uns de vos anciens collègues ministres,
00:28on va en parler si vous voulez bien dans quelques minutes.
00:30D'abord la déflagration Sarkozy depuis sa condamnation à 5 ans de prison,
00:35les réactions se multiplient pour dénoncer une justice injuste, à charge et même un complot,
00:39complot c'est le terme qu'utilise ce matin Nicolas Sarkozy dans les colonnes du journal du dimanche.
00:43Avant de vous entendre, voici quelques-unes de ses réactions.
00:47– Ce qui s'est passé aujourd'hui est d'une gravité extrême pour l'état de droit,
00:54pour la confiance qu'on peut avoir pour la justice.
00:58– Ça me donne le sentiment que la vengeance remplace la justice.
01:03C'est vrai qu'il y a une justice qui a envie de se payer des politiques,
01:06souvent des politiques qui sont quand même plutôt marquées à droite.
01:09– Il y a un coup d'état judiciaire pour moi parce que l'ensemble de ce procès
01:14a violé délibérément la séparation des pouvoirs.
01:19– C'est une espèce de mécanique qui voit une sorte d'association de malfaisants
01:23entre Mediapark, le Parti National Financier
01:27et un certain nombre de magistrats engagés politiquement.
01:31Ça jette une sorte de suspicion quand même sur la neutralité de la justice.
01:35– Je vous ai vu lever les yeux au ciel pendant ces propos.
01:38– Écoutez, je ne sais pas si ces témoins ont lu le jugement.
01:47S'ils ont lu un procès verbal du dossier qui fait plusieurs centaines de milliers de pages.
01:54Que la Sarkozy, sous le choc, s'exprime comme il le veut,
01:58je l'entends, c'est sa liberté de le faire.
02:01Il a toujours dit qu'il était innocent, il est lourdement condamné,
02:04il s'exprime comme vous l'avez entendu.
02:07Mais alors les autres, c'est quand même extraordinaire.
02:10Une association de malfaisants, voilà ce que dit…
02:14– Un coup d'État.
02:15– Un coup d'État.
02:17Et ça aboutit à quoi ça ?
02:19Ça aboutit à ce qu'une magistrate de l'ordre judiciaire de notre pays
02:23soit menacée de mort.
02:26Alors quand on avance des choses de cette nature,
02:30et qu'on le fait de cette façon,
02:32on apporte la preuve, vous m'entendez,
02:36de la haine, du complot,
02:38de l'association, non pas de malfaiteurs,
02:40mais de malfaisants dont parle Madame Marion Maréchal-Le Pen.
02:45Et voilà des gens qui aspirent aux plus hautes fonctions
02:48et qui ne respectent en rien l'autorité judiciaire,
02:53qui garantit quand même, pardon de le dire,
02:56l'État de droit dans notre pays.
02:58Et l'État de droit, ce n'est pas des règles évanescentes,
03:00c'est ce qui vous protège et c'est ce qui me protège de l'arbitraire.
03:03– L'Élysée a réagi il y a quelques instants aux menaces de mort
03:06contre la présidente de ce tribunal.
03:08Les attaques et menaces de mort, dit l'Élysée, sont inadmissibles.
03:11Ce sont les bons mots, vous avez dit la même chose.
03:14– Bien sûr.
03:16Et puis on va se dire les choses très clairement.
03:19Nicolas Sarkozy, à cet instant, est présumé innocent.
03:23– Même s'il va partir en prison dans quelques jours.
03:24– Il est présumé innocent.
03:25– Personne n'arrive à le comprendre,
03:27ou pas grand monde n'arrive à le comprendre.
03:28– Pardonnez-moi, les juges ont utilisé des textes
03:31qui ont été votés par qui ?
03:33Par le législateur, ce n'est pas la justice qui choisit les textes.
03:36– L'exécution provisoire.
03:37– L'exécution provisoire, c'est voté par le législateur.
03:40Bien.
03:42Et il y a plein de gens, aujourd'hui, qui sont sous mandat de dépôt
03:45et qui peuvent dire qu'ils sont présumés innocents.
03:49Jubilard, on est à des années-lumière du procès qui nous occupe,
03:52il est détenu et il dit, et ses avocats disent,
03:55et ils ont raison, il est présumé innocent.
03:57Donc ça, il faut le rappeler.
03:58Et puis Nicolas Sarkozy a un terre-jeté appel.
04:01Et la meilleure façon de contester une décision de justice,
04:06c'est d'utiliser les voies de recours.
04:08Parce que sinon, chaque condamné, chaque condamné pourra dire,
04:12alors mais moi, je suis l'objet d'un complot, c'est de la haine,
04:15c'est insupportable et il n'y a plus de justice dans ce pays.
04:17– Quand vous entendez, Éric Dupond-Moretti, Nicolas Sarkozy,
04:19qui parle de complot quand il dit que les limites de l'État de droit
04:22ont été violées et quand il parle de haine contre lui,
04:25est-ce qu'il participe à ce que vous venez de dire,
04:27c'est-à-dire la défiance face à la justice ?
04:30– Oui, mais Nicolas Sarkozy, il est condamné, il est sous le choc,
04:33humainement ça ne doit pas être très simple.
04:34– Donc lui, il peut dire qu'il y a une haine contre lui de la part des magistrats ?
04:36– Mais les autres viennent là pour raconter quoi ?
04:39Qu'est-ce qu'ils connaissent ?
04:40M. Guénaud, que j'ai défendu d'ailleurs il y a longtemps,
04:44je ne trahais aucun secret professionnel,
04:46il était accusé d'avoir outragé un magistrat qui avait mis en examen Nicolas Sarkozy
04:51dans une autre affaire.
04:53Il a finalement été relaxé.
04:55Bon, ce n'est pas la première fois qu'il critique âprement la justice,
04:59mais on est en train aujourd'hui de tout mélanger.
05:01Par exemple, on interdit aux juges d'avoir des opinions politiques.
05:05Mais enfin, pourquoi vous voudriez...
05:07– Alors là, vous faites référence au fait que la présidente du tribunal
05:10qui a condamné Nicolas Sarkozy avait participé il y a 15 ans
05:14à une fronde contre Nicolas Sarkozy, à une fronde des magistrats ?
05:17Non, je fais d'abord référence à ce que Mme Le Pen a raconté.
05:21Parce que vous avez le droit d'avoir des opinions politiques,
05:24et je pense que vous en avez, et moi aussi.
05:25Vous avez raison de me dire ça.
05:27Les magistrats peuvent aussi avoir des opinions politiques,
05:30ils ne sont pas des sous-citoyens.
05:31– Ils peuvent être syndiqués ?
05:32– Bien sûr, mais moi j'ai connu de très grands juges
05:35qui appartenaient au syndicat de la magistrature,
05:38de très mauvais juges qui appartenaient à ce syndicat,
05:40et je rappelle d'ailleurs, mais ça personne ne le rappelle,
05:43qu'il y a eu un syndicat d'extrême droite,
05:45l'association professionnelle des magistrats,
05:48qui était à la fois présidée par M. Thérail,
05:50qui a été condamné pour des propos antisémites,
05:53et ensuite par M. Fenech, qui est aujourd'hui commentateur sur Séniose.
05:57– Et qui a été député les Républicains ou UMB, exactement.
06:00– Oui, quand il était député.
06:03Mais tout cela pour dire que ce n'est pas parce qu'un magistrat
06:06a des opinions politiques qu'il est un pourri.
06:09Et le grand magistrat, c'est celui qui sait faire la part des choses.
06:12Et moi j'affirme que la grande majorité des magistrats
06:16savent faire la part des choses.
06:17Et puis encore un mot, la mauvaise foi ne se présume pas.
06:21Ce n'est pas parce que la décision ne vous convient pas
06:23qu'il faut dire que le juge est un pourri.
06:25et c'est à la mode cette contestation de tout ce qui est état de droit.
06:31Parce qu'il n'y a pas que le judiciaire,
06:33on conteste le Conseil constitutionnel, tous les jours à maintenant,
06:37on conteste le Conseil d'État.
06:40Mais qu'est-ce qui tient finalement,
06:41et qu'est-ce qui résiste dans notre pays à cette critique,
06:45qui est une critique absolument invraisemblable,
06:47et qui n'est fondée sur aucune preuve ?
06:49Monsieur, si on a la preuve qu'un juge envoie un homme en prison pour 5 ans,
06:54ce qui est quelque chose de très lourd,
06:57et qu'il le fait à raison de la haine qui est la sienne,
07:01alors on utilise tous les recours contre ce juge.
07:05Mais on ne lance pas comme ça, à la cantonnade,
07:08c'est la haine qui fait que.
07:09Et Mme Le Pen...
07:10Pardon, je précise vos propos.
07:11Nicolas Sarkozy, ce matin dans le JDD,
07:13ne demande pas la tête de la présidente du tribunal.
07:16Elle dit, il dit simplement,
07:17il aurait peut-être été préférable qu'elle ne me juge pas,
07:21vu les antécédents qu'elle avait avec moi.
07:23Est-ce que ces avocats ont demandé à ce que ce magistrat se déporte ?
07:26Est-ce qu'ils ont déposé une requête en suspicion légitime ?
07:30Moi, je n'ai pas entendu parler de ça.
07:32Mais il y a ce qu'a dit le président Sarkozy,
07:35mais il y a ce qui a été dit par Mme Le Pen aussi.
07:38Quand démarre son procès, elle dit, j'ai confiance dans la justice.
07:42Et puis au fur et à mesure que les charges s'accumulent,
07:45elle n'a plus confiance dans la justice.
07:46Et quand elle sort du procès, elle dit, c'est un déni démocratique.
07:51Et ses sbires montent sur tous les plateaux pour raconter ça.
07:54Moi, je vais vous rappeler quelque chose quand même, monsieur.
07:57Moi, j'ai été acquitté.
07:58J'ai été poursuivi et acquitté.
08:00Le Rassemblement national...
08:01Poursuivi, on va en parler tout à l'heure,
08:03devant la Cour de justice de la République.
08:04Le Rassemblement national avait demandé ma démission.
08:06Et vous aviez tenu, vous aussi, des propos sur le parquet national financier.
08:09On va en parler.
08:10On y viendra.
08:11Qui étaient des attaques très claires.
08:13Mais de façon très précise et avec un certain nombre de preuves.
08:16Mais laissez-moi terminer là-dessus.
08:18Mme Le Pen, donc, pousse des cris d'orfraie.
08:21Et puis vous vous rendez compte que les parlementaires
08:23qui ont été condamnés à ses côtés,
08:25pour certains d'entre eux, n'ont pas interjeté appel, monsieur.
08:28Ce qui signifie qu'ils acceptent la décision
08:30et qu'ils sont donc, aux yeux de la justice de notre pays,
08:33définitivement coupables.
08:35Il faut quand même le rappeler, ça.
08:36Alors, moi, je veux bien...
08:37Là aussi...
08:38Alors là, la critique portait sur le fait que la Présidente
08:41avait dit, dans un autre cadre,
08:44qu'elle avait souhaité devenir magistrate
08:47et que sa vocation, elle la tenait,
08:49d'un reportage qu'elle avait vu
08:51et qui était consacré à Mme Eva Jolie.
08:53Mais vous vous rendez compte de la dinguerie, quand même.
08:55Bon, pour être très clair,
08:56vous ne demandez pas l'interdiction
08:57de la possibilité de se syndiquer pour les magistrats.
09:01Ce que j'ai fait, lorsque j'étais garde au déceau,
09:03c'était demander au Conseil supérieur de la magistrature
09:06que l'expression syndicale soit restreinte d'une certaine façon.
09:11C'est-à-dire ?
09:12Je vais vous le dire.
09:13Quand le syndicat de la magistrature
09:14préfère les émeutiers de Sainte-Solines
09:17aux policiers républicains,
09:19je trouve qu'ils nous font un mal de chien
09:21parce qu'ils donnent à penser
09:23que toute la justice est politisée,
09:25ce qui n'est pas le cas.
09:26– Mais là, c'est compliqué ce que vous dites.
09:28Vous dites qu'ils doivent limiter leur expression,
09:29mais on ne limite pas la possibilité de se syndiquer.
09:31– Non.
09:32– Donc, un magistrat, ça ferme sa gueule, ça démissionne.
09:34– Mais, pardon, il y a des tas de journalistes
09:37qui ont des opinions politiques
09:39et qui savent faire la part des choses.
09:41Et, excusez-moi, monsieur,
09:43mais on ne peut pas a priori décréter
09:47que la mauvaise foi est la règle.
09:49ça ne fait pas partie des règles cardinales
09:53qui sont les nôtres.
09:54Maintenant, c'est vrai que dans l'expression
09:56qui est celle des syndicats,
09:58nos compatriotes ont parfois…
10:00Quand ils regardent le mur des cons,
10:02ils ont raison d'avoir peur.
10:03Et c'est bien dommage d'avoir fait le mur des cons.
10:05Voilà ce que je dis.
10:06– Nicolas Sarkozy dit que l'officier de police judiciaire
10:09qui était chargé de l'enquête sur lui
10:11likait les publications de Mediapart
10:13sur les réseaux sociaux.
10:14Il dit également,
10:15« J'observe que chacune de mes convocations judiciaires
10:17était annoncée par Mediapart
10:18avant même que je sois dans le bureau
10:20des enquêteurs ou des juges.
10:21Est-ce qu'il y a un problème, Mediapart ? »
10:23– Alors, monsieur,
10:25je vais redire un certain nombre de choses.
10:27Moi, je ne suis pas un acteur de ce dossier.
10:29Je ne le connais pas.
10:31– Je vous pose la question différemment.
10:32Est-ce qu'il est normal
10:33qu'un officier de police judiciaire
10:34like des articles…
10:36– Non, mais je vais y répondre.
10:37– Alors qu'on enquête sur ce sujet.
10:38– Je vais y répondre.
10:39Il y a suffisamment de commentateurs
10:41des décisions de justice
10:43qui ne connaissent ni la règle de droit
10:45ni le dossier lui-même.
10:47Des torqués madins,
10:49il y en a partout.
10:50– Vous, le droit, vous connaissez.
10:51Le dossier, pas, mais le droit,
10:52il y a assez peu de doute là-dessus.
10:53– Le droit, je connais un peu.
10:55Et je vois qu'un certain nombre
10:56de chaînes d'opinion continue,
10:59critiquent en permanence
11:01la justice et, en particulier,
11:03son laxisme présumé.
11:04Sauf, sauf, c'est les temps derniers.
11:07Bon.
11:07Alors, tout cela m'inquiète un peu.
11:09On parle d'une décision de justice
11:10quand on la connaît,
11:12quand on sait ce qu'il y a dans le dossier.
11:14Mediapart, moi, vous le savez,
11:15ce n'est pas ma tasse de thé.
11:17Ce sont des journalistes militants.
11:19Quand j'ai été relaxé
11:20pour vous dire comment ils sont objectifs,
11:23ils ont dit que la Cour de justice
11:24de la République
11:24était un furoncle démocratique.
11:27Voilà ce qu'a dit M. Harfi.
11:29Et on pourrait passer des heures
11:30sur Mediapart.
11:31D'ailleurs, je leur consacre dans le livre
11:33quelques bonnes pages.
11:35– Oui, mais je reviens simplement
11:36à un officier de police judiciaire
11:38qui like des articles de Mediapart.
11:39Pour vous, on peut être à la fois
11:42un très bon enquêteur
11:43et vivre sa vie sur les réseaux sociaux
11:46de manière parfaitement indépendante.
11:47– Monsieur, excusez-moi,
11:48j'ai été gardé ça.
11:49Vous voudriez, là, maintenant,
11:51que je commente les agissements supposés
11:54d'un officier de police judiciaire
11:58qui aurait été enquêteur dans le dossier.
12:02Pardon, ce n'est pas mon rôle.
12:04– Et si c'est vrai ce que vous dites,
12:07si c'est vrai, je ne doute pas
12:09que le président Sarkozy,
12:11avec ses avocats qui sont d'excellents avocats,
12:15dira à la Cour d'appel.
12:16La Cour d'appel, vous savez pourquoi
12:17c'est fait une Cour d'appel ?
12:18– Pour faire appel.
12:19– C'est pour faire appel.
12:20Et c'est pour rectifier.
12:21– Comme son nom l'indique.
12:22– Voilà.
12:22Et ça signifie que les juges de première instance
12:24peuvent se tromper.
12:25Mais entre se tromper et prendre une décision
12:29parce que l'on est un haineux,
12:32et entre parenthèses, c'est une décision collégiale,
12:35il y a une nuance qui ne peut pas vous échapper.
12:37Parce que sinon, il n'y a plus, dans ce pays,
12:40dans cette grande démocratie, d'État de droit.
12:43– Je voudrais, Éric Dupond-Moretti,
12:44vous montrer deux réactions parmi beaucoup d'autres
12:46à la condamnation de Nicolas Sarkozy.
12:48Celle tout d'abord, côté insoumis de Manon Aubry,
12:52qui a tweeté, vous en avez assez,
12:53de cette bande de racailles, allusion à des propos
12:55tenus par Nicolas Sarkozy au moment de l'époque du Karcher.
12:59On va vous en débarrasser.
13:00Et deuxième message, cette fois d'un communiste,
13:02Yann Brossat, un quinquennat à l'Élysée,
13:05un quinquennat à la santé.
13:06Ça vous fait sourire ?
13:07Ça vous énerve ?
13:08– C'est scandaleux, ce type de propos.
13:10Enfin, franchement.
13:11Mais si vous attendez que la France insoumise
13:14apaise les choses et soit dans la nuance…
13:15– Yann Brossat, c'est le Parti communiste.
13:17– Oui, enfin, écoutez, c'est le même style,
13:20c'est le même genre de propos.
13:21– On ne tire pas sur un homme condamné, c'est ça le principe ?
13:23– Mais non, mais non.
13:24Il est présumé innocent Nicolas Sarkozy, ça on peut le dire quand même.
13:27Et comme Marine Le Pen d'ailleurs.
13:30Et il va comparaître devant la Cour d'appel,
13:32il fera valoir les droits qui sont les siens
13:35et qui sont ceux de toute personne condamnée en première instance dans ce pays.
13:41Mais on ne va pas passer ni par l'anathème,
13:44ni par la critique scandaleuse à l'encontre de magistrats
13:48qui se retrouvent aujourd'hui physiquement menacés.
13:51– Qui est des crétins, des cérébrés pour aller menacer de mort la Présidente ?
13:55Franchement, c'est très inquiétant.
13:57On est en France ici.
13:58– J'entends votre réserve et votre prudence sur le fait
14:01de ne pas participer au débat actuel sur la hauteur de la peine de Nicolas Sarkozy.
14:06Je voudrais tout de même, simplement en tentant de reposer quelques faits,
14:09Éric Dupond-Moretti, vous entendre avec votre expérience, encore une fois,
14:12de quatre années passées à la France.
14:14– Vous m'avez invité, monsieur, pardonnez-moi, monsieur Faubel,
14:16je veux bien tout ce que vous voulez, mais vous m'avez invité
14:19parce qu'avec votre ancien patron, enfin, vous vous êtes croisé.
14:22– C'était pas mon patron, Marc-Olivier Fogel, avec qui vous signé.
14:24– Enfin, il était patron de cette grande maison.
14:26Nous avons, ensemble, fait ce livre.
14:30Sur ce livre, on évoque toutes les difficultés,
14:33notamment la syndicalisation, la politisation,
14:36la justice avec laquelle, moi, je ne suis pas toujours très très tendre,
14:40mais c'est nommément que je ne le suis pas,
14:43parce que la justice, c'est une œuvre humaine,
14:45donc c'est parfois merveilleusement humain et parfois terriblement humain.
14:48– Et on va y venir, si vous permettez.
14:49– Mais on ne va pas passer toute l'interview.
14:50– On va y venir dans une minute, notamment,
14:51parce que dans ce livre, Éric Dupond-Moretti,
14:53vous émettez des réserves sur l'exécution provisoire.
14:55Dans une minute, on y vient.
14:57Simplement, sur la peine de Nicolas Sarkozy,
14:58cinq ans de prison ferme.
15:00– Non mais c'est terrible, monsieur, je vous avais dit
15:02que j'avais un certain nombre de réserves légitimes.
15:06Moi, je ne me cache pas derrière mon petit doigt,
15:07je dis plutôt les choses de façon cache.
15:10Je vous ai tout dit là-dessus, on ne va pas poursuivre.
15:13Stop, on ne va pas poursuivre.
15:14Sur l'exécution, je vous ai déjà répondu,
15:16mais vous ne m'avez pas entendu.
15:17Je vous ai dit que c'est le législateur
15:20qui a permis au juge de décerner un mandat de dépôt
15:25et de décerner un mandat de dépôt différé
15:28avec exécution provisoire.
15:29Ce n'est pas la justice qui a fait ça.
15:31Eh bien, allez voir, si vous voulez alimenter le buzz,
15:34quels sont les députés qui ont voté ces textes.
15:37Et moi, j'ai dit, en propos de Marine Le Pen,
15:39pour anticiper sur ces questions,
15:41je n'aurais pas soutenu, je le dis très clairement,
15:45et Dieu sait que Marine Le Pen n'est pas mon ami,
15:51je n'aurais pas soutenu, si j'avais été garde des Sceaux
15:54et si le texte était venu à l'époque où j'étais garde des Sceaux,
15:58l'exécution provisoire.
15:59Parce que je trouve que ça vient d'une certaine façon
16:02entraver le bénéfice de la présomption d'innocence.
16:06Uniquement sur les questions d'inéligibilité
16:08où vous estimez qu'il faut revoir ce dispositif d'exécution provisoire ?
16:11L'exécution provisoire, ce n'est pas quelque chose que je trouve formidable.
16:17Qui est aujourd'hui quasiment la règle, en tout cas une majorité de condamnations,
16:2158% des condamnations à 50 prisons fermes ou plus
16:24se font avec exécution provisoire.
16:26Ce qui ignore sans doute beaucoup de Français.
16:28Oui, bien sûr. Oui, c'est vrai.
16:30Oui, ce n'est pas un cas unique.
16:32Beaucoup de justiciables ont à connaître du mandat de dépôt
16:36et de l'exécution provisoire.
16:39Vous aussi, je le disais, vous critiquez les magistrats dans votre livre.
16:42Vous voyez, on va en parler.
16:43Vous dites par exemple que François Mollins avait donné des consignes autour de lui
16:47pour que surtout personne ne vienne travailler avec vous au ministère.
16:51Vous rappelez les propos de la présidente de l'USM,
16:54syndicat de la magistrature, qui a dit que votre nomination
16:57était une déclaration de guerre.
16:59Vous expliquez aussi que certains magistrats refusaient de vous saluer
17:02ou même de se lever quand vous arriviez dans une pièce.
17:05À vous lire, c'est quasiment une secte la magistrature.
17:07Non, non, pas du tout.
17:09Des petits pois ?
17:09Non, non, non.
17:10Sûrement pas.
17:12Ça, c'est tellement facile.
17:14Vous voulez mettre dans ma bouche, je le dis pour les téléspectateurs,
17:17des mots qui ont été utilisés par Nicolas Sarkozy.
17:20Il se plaît du manque de diversité dans la position.
17:23M. Feuvel, moi, les mots que j'utilise,
17:25j'ai la chance d'avoir quelques mots de vocabulaire à ma disposition,
17:30ce sont les miens.
17:31Alors, on va redire les choses.
17:33François Mollins a effectivement dit à l'une de mes conseillères magistrates
17:36que je voulais recruter de ne pas venir.
17:39Voilà.
17:40Je tiens son nom à votre disposition.
17:42– Parce que vous n'étiez pas de son monde, parce que vous étiez avocat ?
17:44– Parce qu'il voulait être garde des Sceaux.
17:47– Et parce que l'on me reprochait d'avoir dit un certain nombre de choses sur ce corps.
17:52J'avais égrené ces qualités et elles sont nombreuses.
17:55J'avais dit aussi qu'il y avait du corporatisme et de l'entre-soi et qu'il fallait s'en débarrasser.
18:01Bien.
18:02La présidente de l'Union syndicale des magistrats, Mme Parizeau,
18:06dix minutes après ma nomination, a dit que c'est une déclaration de guerre.
18:12Pardon, je n'invente rien.
18:16Donc moi, je mets en cause, je mets en cause de façon nominative
18:19et je ne mets pas tout le monde dans le même sac.
18:24Loin s'en faut.
18:25– Je poursuis la lecture de votre livre, Éric Dupond-Moretti,
18:28sur le PNF, le parquet national financier,
18:31le même qui était à l'œuvre dans le procès Sarkozy.
18:33Vous aviez eu affaire à lui, vous, lorsque vous étiez avocat,
18:37le PNF avait épluché vos relevés téléphoniques
18:41pour savoir si vous étiez ou non la taupe
18:43qui informait Nicolas Sarkozy ou son équipe
18:46du fait qu'il était lui-même sur écoute.
18:49Vous aviez dénoncé, là je vous cite,
18:51une enquête barbousarde et une république des juges.
18:54– Alors, d'abord c'est le PNF en 2014.
18:57– Oui, mais c'est le même PNF.
18:58– Ah, pas tout à fait.
18:59– Les patrons ont changé.
19:00– Les patrons ont changé, mais ce n'est pas rien.
19:02– Une enquête barbousarde.
19:03– Non, non, attendez, parce que Mme Oulette…
19:05– L'ancienne patronne du PNF.
19:06– L'ancienne patronne, l'enquête administrative que j'ai ordonnée,
19:10ce qui m'a valu d'être poursuivi,
19:11parce que c'est pour ça que j'ai été poursuivi, hein, vous savez,
19:13parce que j'ai ordonné une enquête administrative.
19:16– Exactement.
19:17– Et l'enquête administrative a dit que…
19:18– Tout le monde a été blanchi, hein, les trois magistrats
19:19ont été blanchis de fautes disciplinaires,
19:21et vous-même vous avez été blanchi,
19:23même si la Cour de justice de la République…
19:25– Vous mélangez tout, monsieur.
19:26Non, attendez, moi j'ai ordonné une enquête administrative.
19:29Cette enquête administrative à propos de Mme Oulette
19:32dit qu'elle a manqué à tous ses devoirs de magistrats.
19:35Attendez, à tous ses devoirs de magistrats.
19:38Donc là, elle comparaît devant le Conseil supérieur de la magistrature,
19:40et le Conseil supérieur de la magistrature dit
19:42ces attaques, ces…
19:45– Les écoutes ?
19:46– Non, non, ces difficultés déontologiques,
19:48écoutez bien la formule,
19:50n'atteignent pas l'intensité suffisante
19:52pour constituer une faute disciplinaire.
19:54C'est-à-dire que circuler, il n'y a rien à voir.
19:56Voilà pour le PNF de l'époque.
19:59Et pourquoi je dis Barbouzard ?
20:01Je dis Barbouzard parce que la jurisprudence m'a donné raison.
20:04Toute la jurisprudence.
20:05– Parce que le PNF a demandé à pouvoir éplucher vos relevés téléphoniques.
20:09– À l'époque, et à l'époque, j'ai dit un certain nombre de choses.
20:12C'est vrai.
20:14– Vous regrettez aujourd'hui ou pas ?
20:15– Mais non, mais non, de façon nominative, je l'ai dit.
20:21Mais je n'ai pas fait une espèce d'amalgame.
20:22– Donc il n'y a pas de barbouze aujourd'hui au PNF ?
20:26– Monsieur, j'ai parlé de barbouzerie d'abord.
20:29– Enquête Barbouzard.
20:31– Enquête Barbouzard.
20:32Alors regardez les facturations détaillées d'un journaliste,
20:37d'une magistrate et d'une dizaine d'avocats
20:40sans aucune possibilité légale de le faire.
20:44Et ça, ça a été reconnu.
20:45Oui, c'était une barbouzerie à mes yeux.
20:49J'ai déposé une plainte pour ça.
20:51Dès que je suis devenu ministre, je l'ai retiré.
20:54Mais ça, ça remonte à des années en arrière.
20:56Donc monsieur, ne faites pas l'amalgame entre ce que j'ai dit,
21:00ce que j'assume, sur un certain nombre de magistrats
21:03que je désigne clairement, nominativement,
21:07et je dis un certain nombre de choses que je démontre.
21:10– François Mollins, monsieur, puisque vous avez évoqué
21:13le grand procureur général près de la Cour de cassation.
21:16François Mollins me poursuit, me poursuit,
21:19parce que j'ai ordonné une enquête.
21:22C'est lui, c'est lui, vous m'entendez,
21:25qui m'a demandé d'ordonner cette enquête.
21:27Et il y a deux témoins qui le disent,
21:30et pas n'importe lesquels, qui sont venus d'ailleurs témoigner
21:32devant la Cour de justice de la République.
21:35Donc, excusez-moi, moi je ne dis pas Mollins est un haineux,
21:38je dis voilà ce que Mollins a fait,
21:40et voilà pourquoi j'ai quelques raisons
21:44d'être un peu fâché à son encontre.
21:47– Ce procès devant la Cour de justice de la République
21:50s'est donc soldé pour vous par une relaxe.
21:52Est-ce que vous en êtes sorti abîmé ?
21:55– Alors, 30 000 articles, 30 000, pour évoquer mon affaire,
22:00et une petite dizaine, petite dizaine, monsieur,
22:04pour être, pour dire les choses,
22:07qui respecte ma présomption d'innocence.
22:10Et alors, Mediapart par exemple, il est allé, hein,
22:13à la présomption d'innocence, ils ne savent pas trop ce que c'est.
22:15Mais ce n'est pas les seuls d'ailleurs.
22:16Oui, je suis sorti de là, c'était difficile, oui.
22:21– Est-ce qu'à quel point ?
22:23– C'était difficile.
22:24Écoutez, quand vous tapez ça pendant des années,
22:28puisqu'ils sont venus perquisitionner chez moi,
22:29au ministère, au mois de juin 2021,
22:35et ça a duré jusqu'en 2023,
22:37l'hiver 2023, moment de marlaxe, difficile à porter.
22:41– Il y a un moment où vous vous êtes dit, j'arrête ?
22:42– Non, pas j'arrête, parce que c'eût été leur donner raison,
22:45d'ailleurs, Molins, dans son livre, a dit que j'aurais dû démissionner.
22:49Et tous les amis de Mme Le Pen ont dit exactement la même chose d'ailleurs.
22:52Vous voyez, il y a présomption d'innocence et présomption d'innocence.
22:56– Il y a un ministre dans votre livre,
22:59Juré craché, contre qui vous avez la dent assez dure,
23:03c'est Gérald Darmanin, c'est votre successeur, Gérald Darmanin.
23:06Vous lui reprochez notamment de critiquer certaines décisions de justice.
23:09Il n'a pas le droit de dire ce qu'il pense ?
23:12– Je pense que quand on égarde des seaux,
23:15on ne critique pas les décisions de justice.
23:17– On doit, au contraire, garantir l'indépendance de la justice.
23:24Ce qui ne signifie pas, monsieur, que…
23:26Vous voyez, c'est là toute la nuance.
23:28Ce qui ne signifie pas que toutes les décisions de justice soient parfaites.
23:31Certaines sont critiquables.
23:33Mais le corollaire de l'indépendance,
23:35c'est que de temps en temps, il y a des décisions qui ne vont pas bien
23:37et qu'on a du mal à comprendre.
23:40– Je vous donne un exemple.
23:42Il y a des types qui rentrent dans une mairie,
23:44ils piquent le portrait du président de la République.
23:46Ils sont relaxés.
23:48Au motif qu'ils seraient dans un état de nécessité.
23:52Et là, quand vous lisez ça, vous dites
23:54mais c'est de la dinguerie l'état de nécessité.
23:56C'est une maman qui vole des denrées alimentaires
23:58pour nourrir son enfant parce qu'elle n'a pas les moyens de le faire.
24:00– Vous voulez dire que ça s'est arrivé quand vous étiez garde des seaux ?
24:02– Oui.
24:02– Et vous êtes retenu ?
24:03– Vous ne dites rien, qu'est-ce que vous voulez dire ?
24:06Vous voulez dire au juge, mais vous n'avez pas le droit de juger comme ça.
24:08Et alors là, vous portez atteinte à sa liberté juridictionnelle.
24:11Donc il vaut mieux de temps en temps
24:12des décisions qu'on a du mal à comprendre.
24:15– Donc il n'est pas assez ministre et trop candidat, Gérald Darmanin ?
24:18– Je dis qu'il n'aurait pas dû.
24:21Et il y a un certain nombre de choses qui ne me plaisent pas.
24:23Et pourquoi j'ai été amené à exprimer ça ?
24:26Parce que quand il arrive à la chancellerie, il dit
24:27je vais faire la révolution.
24:30Je vais y mettre du bon sens maintenant.
24:32C'est le big bang.
24:34Mais moi je dis, on a travaillé ensemble main dans la main.
24:37Main dans la main.
24:38Pendant quatre ans à la sécurité des Français.
24:40– Il vous a répondu Gérald Darmanin, vous avez sans doute lu sa réponse.
24:42– Éric Dupond-Moretti, il vous dit, en effet, je plaide coupable.
24:46Je sous-titre pour les gens qui n'auraient pas suivi le ping-pong entre vous cette semaine.
24:50Il répond, en effet, je plaide coupable.
24:52La sécurité des Français, c'est ma priorité.
24:54Pour cela, je remets de l'ordre avec fermeté, sans naïveté ni excès.
24:58Sous-entendu, ceux qui étaient avant moi étaient laxistes.
25:01– Et le président de la République.
25:02– Ce n'est pas le président, mais moi je vous le dis.
25:05– Ça s'adresse plutôt à vous.
25:06– Moi je vous le dis, écoutez, moi j'ai été ministre de la Justice un peu plus de quatre ans.
25:10Je crois que j'ai été le plus long garde des Sceaux,
25:13à l'exception de Jean Foyer et de Robert Badinter,
25:15mais à l'époque c'était un septennat, j'ouvre cette parenthèse, je la referme.
25:20Oui, c'est aussi la politique pénale voulue par le président de la République.
25:24Puis il n'y a pas que ça, il y a la suppression du sursis.
25:26Enfin, ça c'est stupéfiant.
25:28Et ça ce sont des choses, ce sont des promesses de nuit qui ne verront pas le jour.
25:31– Les peines minimales pour les agresseurs de policiers,
25:33ça aussi ça fait partie des peines qu'il ne mettra pas en place ?
25:35– Écoutez-moi, les peines planchées, je vais vous dire,
25:38elles ne sont constitutionnelles dans ce pays
25:40que si le juge a le droit d'y déroger.
25:43– Donc c'est du vent.
25:45– Donc c'est du vent.
25:46Et ces peines planchées, ces vieilles soupes qu'on nous resserre depuis des lustres,
25:52en réalité, elles ont existé dans notre législation
25:56et elles n'ont apporté aucune amélioration.
26:00Si vous me dites que la délinquance a baissé
26:03pendant que Nicolas Sarkozy était président de la République
26:07et que les peines planchées étaient appliquées,
26:12eh bien moi, je vous dis que non.
26:13Donc ça ne sert à rien.
26:15Et à chaque fois, on revient sur ces vieux trucs.
26:16On n'a rien inventé de neuf.
26:18Puis je vais vous dire quelque chose.
26:19S'il suffisait de cogner, de cogner encore et de cogner plus fort
26:23pour éradiquer la délinquance,
26:26il y a, monsieur, des siècles que nous le saurions.
26:28On va se rappeler deux secondes bientôt, là, c'est le neuf,
26:32de l'héritage de Robert Badinter.
26:35Et de ce qu'il a dit.
26:36Parce que Robert Badinter ne s'est pas exprimé comme ça à l'emporte-pièce.
26:40Il avait lu tous les grands criminologues.
26:42Et j'évoque aussi dans le livre la délinquance des mineurs.
26:46Et je dis qu'on est passé à côté d'un certain nombre de choses.
26:50Vous dites durcir les peines, ça ne fera jamais baisser la délinquance ?
26:52Mais durcir les peines, regardez les causes.
26:55Les causes, pourquoi il y a cette délinquance des mineurs ?
26:59Accès à la pornographie dès l'âge de 11 ans, monsieur, sur les réseaux sociaux.
27:04Les réseaux sociaux, les jeux ultra-violents, les stups qui ont une teneur.
27:08Je vais vous agacer, mais je vais vous dire que vous êtes dans la culture de l'excuse.
27:11Non !
27:12C'est parce qu'on regarde du porno qu'on va taper des policiers.
27:14Je sais que ça va vous agacer.
27:15Ah oui, il y a de quoi.
27:17Avouez qu'il y a de quoi.
27:18Là, on n'est pas dans la vulgarisation, mais presque dans la vulgarité.
27:21Pardon de vous le dire comme ça.
27:22Je ne dis pas que c'est parce qu'on regarde de la pornographie que...
27:27Je dis que c'est parce que l'on regarde de la pornographie qu'on peut avoir un certain nombre de difficultés relationnelles avec l'autre sexe.
27:35Par exemple, je dis qu'il y a les stups, là.
27:38Je dis qu'il y a les mots, monsieur...
27:39La culture de l'excuse, je vais vous dire, dans les milieux favorisés, c'est 2000 mots.
27:44Chez les ados, hein.
27:45Dans les milieux qui ne sont pas favorisés, c'est 300 à 500 mots.
27:49Et si vous relisez un linguiste comme Bentolila, il vous dit, après les mots, il y a les coups.
27:56Et si vous ne disposez pas de suffisamment de mots pour vous exprimer, alors on bascule vers la violence.
28:03Tout ça, c'est une réalité.
28:05Tout ça, on le sait, les criminologues l'ont dit.
28:07Donc, il y a tout ce travail à faire.
28:09Mais on a choisi de dire, aujourd'hui, parce que les temps, peut-être, sont sécuritaires,
28:15et que beaucoup appellent cela, notamment sur une chaîne d'opinion concurrente de la vôtre.
28:22Tous les jours, on entend ça.
28:24Tous les jours, on entend ça.
28:25Il faut frapper plus, il faut cogner plus.
28:28Eh bien, monsieur Lisée, je consacre quelques lignes dans ce livre à toutes ces questions.
28:37Elles sont extraordinairement difficiles, et elles ne peuvent pas être, comment dirais-je, regardées sans nuance.
28:44Et ce qui nous manque aujourd'hui, c'est la nuance.
28:47Sauf erreur de ma part, vous venez de faire référence à une chaîne qui s'appelle CNews.
28:50Je peux me tromper, mais j'ai cru la reconnaître.
28:52Vous l'avez reconnu.
28:53Est-ce que vous dites, comme la patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte, que c'est une chaîne d'extrême droite ?
28:58Oui, monsieur, je dis que c'est une chaîne d'extrême droite.
29:01D'ailleurs, Marine Le Pen l'appelle ma chaîne.
29:03C'est une chaîne, si j'ose dire, d'évangélisation.
29:06C'est une chaîne d'extrême droite, oui.
29:08Où l'on entend des choses qui sont d'un racisme totalement, totalement débridé.
29:16Je donne d'ailleurs dans le livre quelques vrais exemples de ça.
29:20Une fois qu'on a dit ça, vous dites quoi ?
29:22L'ARCOM doit sévir, ou après tout, c'est une chaîne privée, elle fait ce qu'elle veut ?
29:26Le racisme étant un délit et pas une opinion.
29:29Oui, le racisme, c'est pas une opinion.
29:33C'est un délit.
29:34Mais j'ai pris l'exemple, j'en prends un certain nombre,
29:36mais quand Pascal Praud fait le lien entre les punaises de lit et les migrants,
29:42alors il le fait bien, parce qu'il est malin.
29:44Il dit, mais je pose la question.
29:47Ah non, non, je dis pas que les migrants ont les punaises de lit, non.
29:51Non, non, je pose la question.
29:52J'ai quand même bien le droit de poser une question.
29:54Et là, il se retourne vers les chroniqueurs de son plateau.
29:58J'ai dit récemment que c'était des fachos payés
30:02pour être d'accord avec lui.
30:03Et tout le monde est d'accord.
30:04Il n'y en a pas un qui dit, mais enfin, vous vous rendez compte de ce que vous...
30:07Je vous donne un autre exemple.
30:08Il ne vous a pas attaqué après ces propos ?
30:09Non, non, il ne m'a pas attaqué, mais qu'il le fasse.
30:12Si, si, il ne m'a pas attaqué.
30:14Tous les jours, j'ai ma dose, moi, sur Seigneur, vous savez, tous les jours.
30:17Et là, sans doute, avec les propos que vous tenez...
30:19Oui, oui, on va reprendre un autre exemple.
30:21Comme ça, ils auront de quoi raconter des choses.
30:24Il dit un jour, le type qu'on n'arrive pas à expulser,
30:28qui fait l'objet d'une OQTF,
30:29Alors, on va dire pour nos téléspectateurs que
30:32il y a différents types d'OQTF.
30:35Le jeune étudiant qui vient, il arrête ses études.
30:37Il avait demandé à venir pour faire des études.
30:39Il les arrête, peut-être, au QTF.
30:41Et puis, après, il y a des gens dangereux.
30:43Il y a tout.
30:45Le type qui fait l'objet d'une OQTF
30:47qu'on n'arrive pas à expulser,
30:49prison à vie, dit Pascal Praud.
30:51Mais, monsieur,
30:52on s'arrête deux minutes, là.
30:55Prison à vie ?
30:57Mais c'est ça qu'on nous propose.
31:00Bon.
31:00Et puis, tous les jours, tous les jours, tous les jours, tous les jours,
31:03on s'arrête sur un crime, sur deux crimes.
31:06Et moi, j'avais dit, quand je suis devenu ministre,
31:08dix jours après, j'ai dit,
31:11il y a de l'insécurité,
31:13j'étais assez bien placé pour le savoir,
31:14j'étais avocat 36 ans,
31:16mais aussi un sentiment d'insécurité,
31:19notamment nourri par les chaînes
31:20d'information continue
31:22ou d'opinion continue.
31:23Et c'est vrai, monsieur,
31:24qu'un crime décliné 50 fois
31:26dans la même journée,
31:27dans nos têtes,
31:28dans la vôtre, dans la mienne,
31:29ça finit par faire 50 crimes.
31:32Mais ils ont des morts de part.
31:33Pendant quatre ans,
31:34quatre ans, j'ai entendu,
31:36entendez-moi bien,
31:37pendant quatre ans, j'ai entendu,
31:38pour Dupond-Moretti,
31:39il n'y a que de l'insécurité.
31:40Un sentiment d'insécurité.
31:42Voilà.
31:44Voilà comment on peut tricher
31:45avec la réalité.
31:46– Éric Dupond-Moretti,
31:47tout ça, on le retrouve dans votre livre
31:48« Jurer, cracher »,
31:49notamment, je voudrais qu'on dise
31:50un mot de vous,
31:50si vous le permettez.
31:51Ça fait un tout petit peu plus d'un an
31:53que vous n'êtes plus ministre.
31:55Si demain ou après-demain
31:57ou à la fin de la semaine prochaine,
31:58puisqu'apparemment, ça va tomber là,
32:00Emmanuel Macron ou Sébastien Lecornu
32:01vous passent un coup de fil en disant
32:02« Éric, est-ce que tu es prêt à y retourner ? »
32:05Je ne sais pas si vous tutoyez le chef de l'État.
32:06Vous y retournez
32:07ou vous êtes un grand brûlé de la politique
32:09et vous ne dites plus jamais ça.
32:10– Non, non, je ne suis pas un grand brûlé
32:11de la politique,
32:12mais là, maintenant,
32:14si le président de la République
32:15et Sébastien Lecornu
32:18me demandaient d'y aller,
32:20je dirais non.
32:20– Pourquoi ?
32:22Vous avez déjà donné.
32:22– Parce que, d'abord,
32:25j'ai autre chose à faire.
32:26Là, j'ai fait ce livre.
32:28Ce livre, vous savez,
32:29c'est l'engagement d'un citoyen
32:32libre
32:35qui peut exprimer beaucoup de choses.
32:37Et pourquoi j'ai fait ça aussi ?
32:38Parce que je me suis rendu compte
32:40à quel point les gens,
32:41ils ne savaient pas ce que c'était
32:41qu'un travail ministériel.
32:43– Vous écoutez, on a l'impression
32:45que vous avez étouffé pendant 4 ans.
32:46– Non.
32:47– De ne pas pouvoir parler librement de tout.
32:49C'était un corset autour de vous.
32:51– Mais non, mais lorsque votre liberté
32:54est une liberté surveillée, bien sûr,
32:56vous ne pouvez pas dire n'importe quoi,
32:58n'importe comment aujourd'hui non plus, d'ailleurs.
33:00Il faut faire attention à ce qu'on raconte,
33:01particulièrement quand on est ministre.
33:03Mais moi, je constate que les gens ne savent pas
33:05ce que c'est que la politique,
33:09au sens noble du terme…
33:11– Que vous racontez aussi dans le spectacle
33:13qui est en tournée en ce moment.
33:15Ça s'appelle « J'ai dit oui ».
33:16– Oui.
33:17– Il y a plusieurs dates prévues dans les séries.
33:19– Et j'essaie d'expliquer pourquoi.
33:20Il y a une dissension là entre les gens,
33:24entre le peuple et leurs élites
33:26et les dirigeants politiques.
33:27Ça s'analyse, ça se regarde.
33:29Là encore, avec une nuance qui nous manque beaucoup
33:33par ces temps si particuliers.
33:37– Après le livre, après le spectacle,
33:39est-ce que vous allez redevenir avocat ?
33:41– Oui, sans doute.
33:42– Oui ?
33:42– Je retente pas de chance.
33:44– Retentez votre chance, oui.
33:45– Je vous ai posé la question sur le coup de fil
33:45d'Emmanuel Macron il y a quelques instants.
33:47Si un jour Nicolas Sarkozy vous demande d'être son avocat ?
33:50– Monsieur…
33:51– Il y a des choses que vous ne ferez plus ?
33:53– Mais non, mais monsieur, écoutez-moi.
33:55– Non, vous voudriez…
33:57Et vous, votre avenir là, il est…
34:00Vous savez exactement ce que vous allez faire
34:01la semaine prochaine, dans un mois, dans six mois.
34:04– Dans la semaine prochaine, j'espère, oui.
34:04– Voilà, si vous quittez BFM.
34:06Est-ce que vous iriez sur CNews ?
34:07– C'est moi qui pose les questions,
34:09c'est ma chance sur ce plateau.
34:10– Oui.
34:11– Mais en même temps, c'est ma façon de vous répondre.
34:13– Il y a des choses que vous ne ferez plus comme avocat ?
34:15Les grands procès médiatifs, vous n'en voulez plus ?
34:17– Non, mais monsieur, moi, j'ai toujours été un homme libre.
34:20J'avais dit que je ne serais jamais ministre.
34:21– C'est raté.
34:23– C'est totalement raté.
34:25Jamais l'avocat de Nicolas Sarkozy,
34:26je pourrais vous réinviter dans quelques années.
34:28– Monsieur, soyez gentil.
34:30Le président de la République m'a proposé d'être ministre.
34:33J'ai accepté, j'ai dit oui.
34:35Et j'ai dit oui, comme ça, j'ai dit oui.
34:38Bon, et je ne le regrette pas.
34:39Parce que ce travail ministériel m'a passionné.
34:43Bon, maintenant, qu'est-ce que je vais faire ?
34:45Qui je vais défendre ?
34:46Je ne sais pas, monsieur, je ne sais pas.
34:49D'abord, avant de répondre à cette question,
34:50on est loin d'être dans la situation que vous évoquez.
34:54Alors, j'entends pour le boss, c'est sympa,
34:56si Nicolas Sarkozy, vous, etc.
34:59– Vous pourriez me dire, je peux défendre n'importe qui,
35:01c'est mon job.
35:02Être avocat, on peut défendre des gens dont on est très éloigné.
35:04– Mais non, mais vous me parlez…
35:05– Vous n'auriez plus mal de ça ?
35:06– Mais, monsieur, moi j'ai toujours dit
35:08que je défendais des hommes, pas des causes.
35:10Je n'ai pas refusé de défendre des hommes
35:14dans ma longue carrière d'avocat.
35:16Mais me poser la question, là, maintenant, comme ça,
35:18c'est pour faire le boss.
35:19– Parce qu'on appelle chez vous le putaclic,
35:21vous aimez ça, les journalistes ?
35:22– Allez, hop, ça c'est pour moi.
35:24Merci, Éric Dupont-Maurice.
35:25– Mais je vous en prie.
35:25– Ça s'appelle Jurer, cracher, entretien avec Marc-Olivier Fogiel.
35:28Ça sort chez Michel Laffont.
35:29Votre spectacle également sera à Bordeaux la semaine prochaine,
35:33à Arras le 8 octobre et à Montréal le 15 octobre.
35:37Merci beaucoup d'être venu sur le plateau de BFM dimanche soir.
35:40signale également à 20h30 que nous recevrons tout à l'heure
35:43le porte-parole de la chancerie pour revenir justement
35:45sur les attaques contre la présidente du tribunal
35:48qui a condamné Nicolas Sarkozy avant-hier.
35:51Merci beaucoup Éric Dupont-Maurice.
35:53– Sous-titrage ST' 501
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