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  • il y a 3 mois
La décision de faire incarcérer Nicolas Sarkozy est-elle sacrilège ?

Retrouvez « L'édito politique de Patrick Cohen » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique

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Transcription
00:01La Grande Matinale sur France Inter
00:04C'est l'édito politique de Patrick Cohen avec cette question.
00:10Patrick, la décision de faire incarcérer Nicolas Sarkozy est-elle sacrilège ?
00:15L'époque est sacrilège.
00:16Pendant que les joyaux de la Couronne se font la malle dans le lieu même,
00:20la galerie d'Apollon où Louis XIV a pris le surnom de Roi Soleil,
00:24premier choc, la France s'apprête à emprisonner un ancien président,
00:27ce qui n'est arrivé dans aucun autre pays d'Europe à aucun de ses ex-dirigeants.
00:31Nicolas Sarkozy derrière les barreaux, même pour quelques semaines,
00:33c'est aussi un choc, quoi qu'on pense de l'homme et les méfaits qui lui ont valu condamnation.
00:38Un président ne devrait pas finir comme ça.
00:40Mais pourquoi ? Est-ce qu'il n'est pas un prévenu ordinaire ?
00:42C'est la question centrale.
00:43A l'évidence, un ancien chef d'Etat n'est pas un citoyen comme un autre
00:47parce qu'il a été le premier des Français qu'il porte une part de l'histoire et de l'image du pays.
00:51Pour avoir insisté ici même au lendemain du jugement sur la qualité du condamné,
00:55l'ancienne juge Eva Jolie m'a accusé dans La Croix de faire preuve de violence de classe.
01:01Diantre, j'évoquais simplement la nécessité pour convaincre du bien-fondé d'envoyer un ex-président en prison
01:06d'une démonstration éclatante qui ne laisse pas de place aux doutes et aux polémiques
01:10en regrettant que ce ne fût pas le cas.
01:13Car si Nicolas Sarkozy n'est pas un citoyen ordinaire,
01:16il demeure bel et bien un justiciable ordinaire,
01:19ce qui hélas n'est pas tout à fait son état d'esprit.
01:22Et qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
01:23L'inversion accusatoire en dénonçant un complot mené contre lui,
01:27en affirmant, je cite, que « toutes les limites de l'état de droit ont été violées ».
01:31Nicolas Sarkozy ne se contente pas de critiquer une erreur judiciaire, ce qui est son droit.
01:36Il incrimine la justice et l'institution dans son ensemble.
01:39Propos réellement sacrilèges de la part d'un ancien garant de l'indépendance de la justice.
01:44Rappelons ici qu'il n'a pas été reconnu coupable sur la base d'un procès d'intention,
01:47mais pour un pacte de corruption dont le tribunal estime avoir rapporté la preuve par des rendez-vous,
01:52des écrits, des flux financiers.
01:54Et, je cite le jugement, pour avoir laissé ses plus proches collaborateurs et soutiens politiques
01:58sur lesquels il avait autorité et qui agissaient en son nom,
02:01obtenir de l'argent pour sa campagne.
02:03Enfin, et même si cela fait débat,
02:05l'exécution du jugement avec mandat de dépôt
02:07est la règle qui s'impose à des milliers de délinquants
02:10pour des faits bien moins graves que l'affaire libyenne,
02:13justiciables comme les autres.
02:15Nicolas Sarkozy dit qu'il va profiter de ce temps en cellule pour écrire un livre.
02:19En s'inspirant, lit-on dans la tribune dimanche du Comte de Montecristo
02:22et des lettres écrites par Alfred Dreyfus à l'île du Diable.
02:26Rassurons-le, il n'aura ni les 14 ans de cachots d'Edmond Nantes au château d'Yves,
02:30ni les 4 ans de supplices du capitaine accusé de trahison,
02:33mais tout de même, Dreyfus, symbole ultime de l'injustice,
02:37du complot d'Etat et de la haine antisémite.
02:40Comment oser cette comparaison ?
02:42Pour le coup, oui, sacrilège à l'histoire de France.
02:45Patrick Cohen, merci.
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