00:00François-Guillaume, quand vous avez été, François-Guillaume Laurin, quand vous avez appris ce casque, quelle a été votre réaction immédiate ?
00:07J'ai été évidemment sidéré parce que je l'avais vu en plus il n'y a pas très très longtemps, donc je me représentais bien les lieux.
00:13Je me suis rappelé que Génie était passée par là quand elle a fui les Tuileries en 1870 et elle était passée par le Louvre, elle était déjà passée par la galerie d'Apollon.
00:23Donc 155 ans plus tard, c'est quelque chose d'autre d'elle qui est partie, qui est sortie par la fenêtre.
00:30Parce que dans le bilan, en fait, il y a la moitié qui appartenait à elle.
00:37Donc ça nous rappelle un peu le dernier grand moment, en fait, joaillé de l'État.
00:46C'était le dernier moment où la France pour révaliser avec l'Angleterre.
00:54En fait, il y a un match avec Victoria qui se passe à cette époque-là.
00:57Et pour l'exposition universelle de Paris, en 1855, toutes les commandes là sont faites par Napoléon pour Génie, pour des choses qu'elle va quasiment d'ailleurs jamais porter à part le diadème.
01:11La couronne, on ne l'a jamais vue sur un tableau, jamais non plus.
01:14C'était Asbine ?
01:16Non, ce n'était pas Asbine, c'était aussi pour s'inscrire, pour Napoléon III, vous savez, il avait besoin de légitimité.
01:22On était en République ?
01:23Pas encore.
01:23Enfin, on était avec le Second Empire.
01:26On était le Second Empire, et puis qui amenait ensuite à la République, on ne sait pas quoi.
01:29Donc, il s'inscrivait en fait dans les pas de son oncle, tout simplement aussi, qui avait fait pas mal de bijoux pour Joséphine et pour Marie-Louise, et puis leur royauté.
01:38Donc, il cherchait une légitimité.
01:41Cette période de l'histoire est quand même fantastique, et je parle...
01:44Il y a les profs de lettres, Ophélie Roth.
01:46Oui, j'ai passé par l'école du Louvre aussi.
01:47Mais elle connaît bien quand même l'histoire de l'art et l'histoire tout court.
01:51Là, effectivement, je suis allé trop vite, on n'était pas encore en Troisième République, parce qu'il y a eu quand même quelques petits événements assez foireux d'ailleurs entre-temps.
01:59Notamment Sédan.
02:01Notamment Sédan, mais est-ce qu'on était, est-ce qu'à l'époque, quand on était dans cette petite interstice impériale, est-ce qu'on se disait que ça allait être pérenne ?
02:15Ah oui, l'Empire est construit, ils ont un fils, et d'ailleurs, comme vous évoquiez Sédan, il est question d'abdication pour le fils.
02:25Donc, il y avait l'idée d'une pérennité.
02:28Mais ce qui est intéressant, c'est que, bon, le XIXe, ça bricole beaucoup, ça remonte beaucoup, ça fait beaucoup de pastiche au niveau architectural et au niveau des pierres.
02:37Par exemple, la broche qui a disparu, c'est celle-là qui a le plus de valeur dans tout ce qui a disparu,
02:43parce qu'on était allé chercher des diamants de Mazarin, qui sont les plus anciens qu'on est de la couronne,
02:53qui avaient été donnés à Louis XIV par Mazarin.
02:55On remonte des choses qui sont passées par Marie-Antoinette, qui sont passées par Napoléon Ier.
03:00Donc, on bricole un peu.
03:04Quand vous pensez que ces pierres-là peuvent être retaillées aujourd'hui pour les écouler mieux, c'est quand même infernal.
03:11Il y a des milliers de diamants.
03:12C'est une question que j'ai oublié de poser à Lorenz Boehmer, justement, c'était prévu, et puis j'ai oublié de lui poser.
03:16On ne va peut-être pas essayer de le rappeler, mais voilà.
03:19Vous avez des milliers de diamants.
03:21Ce qui caractérise le Second Empire, c'est la quantité.
03:24Le Second Empire, c'est assez tape à l'œil.
03:27Même au niveau mobilier, d'ailleurs.
03:28Donc, c'est assez clinquant.
03:32Et ils mettent, je crois que sur la broche et sur le diadème, il y a 3000 petits diamants.
03:39Donc, ils ont de quoi faire, là, pour écouler.
03:42Sébastien Ligné, qu'est-ce que ça vous inspire ?
03:44Moi, c'est drôle, mais j'ai très rapidement pensé à l'image de la France à l'international, en fait, dans cette histoire.
03:48Parce que le Louvre, plus qu'une vitrine de la France pour les Français, c'est une vitrine pour l'international.
03:54C'est plus de 70% de visiteurs étrangers chaque année, plus que de visiteurs français.
03:59Et quand on se balade un petit peu sur les sites d'information étrangers, on a très rapidement un petit peu honte, en réalité, de ce qui s'est passé.
04:07Parce que ça s'inclut aussi, plus généralement, dans l'image abîmée de notre capital à travers le monde.
04:14C'est-à-dire que quand on parle aussi de l'état déplorable de la Tour Eiffel, par exemple.
04:18Quand on parle, même en termes de population et d'environnement, avec les vendeurs à la Sauvette.
04:24Quand on parle de l'état déplorable de la rue de Rivoli, qui est devenue une espèce de ZAD à cœur ouvert,
04:29alors que c'était une des rues les plus prestigieuses de Paris.
04:31Quand on parle de l'organisation assez cataclysmique autour du château de Versailles ou du Sacré-Cœur.
04:38En réalité, c'est toute cette capitale-là qui est en train de...
04:41En fait, on a l'impression qu'on se réveille un petit peu de ce fantasme-là.
04:43C'est-à-dire qu'on a très longtemps fantasmé notre propre capitale.
04:46Et vous savez, il y a ce fameux syndrome de Paris qui est expérimenté chaque année
04:50par plusieurs centaines de touristes, notamment asiatiques,
04:53qui en fait ont une image complètement de rêverie de Paris.
04:57Et quand ils débarquent pour la première fois dans la capitale,
04:59la réalité est tellement loin de ce qu'ils avaient imaginé
05:03qu'en fait, certains touristes asiatiques, notamment, font des malaises quand ils débarquent à Paris.
05:07Et moi, ça m'a fait penser à cela.
05:08C'est aussi la déchéance de notre État et de notre capitale et de notre patrimoine le plus puissant.
05:15Ophélie Roch.
05:16Moi, j'ai pensé tout de suite au vol de la Joconde qui avait eu lieu en 1911.
05:20Parce que ce qu'il faut savoir, c'est qu'en fait, lors de ce vol,
05:22quand on a réussi à la récupérer en 1913,
05:26tout le dispositif, si vous voulez, de sécurité du musée date de ça.
05:30C'est-à-dire que c'est parce qu'il y a eu ce vol-là qu'en 1913,
05:33on a décidé en fait de mettre en place les mesures.
05:35Donc, vous imaginez qu'il n'y a pas eu vraiment de vrais plans nouveaux depuis 1913.
05:39Alors, bien sûr, il y a eu des aménagements,
05:41mais il n'y a pas eu, si vous voulez, de plans de grande envergure.
05:43Le musée du Louvre, c'est quand même 120 millions de frais de fonctionnement par an
05:48et seulement 20 millions chaque année qui est dédié en fait à la sécurité.
05:52Donc, c'est vraiment rien du tout.
05:53C'est-à-dire qu'on voit bien, d'ailleurs, quand vous vous promenez un petit peu dans les coulisses,
05:58quand vous vous promenez même dans les salles,
05:59qu'en effet, il y a plein plein de choses, comme vous le disiez justement tout à l'heure.
06:02On respecte les lambris, on respecte le bâti, ça c'est très très bien.
06:06Mais en effet, le problème, c'est qu'on a finalement des musées qui sont un petit peu des passoires sécuritaires.
06:13Et d'ailleurs, ce n'est pas le seul musée, là, on en a parlé,
06:15parce qu'en effet, déjà, il y avait quelque chose de très rocambolesque dans cette effraction.
06:20Mais par exemple, il y a encore, en septembre, il y a eu deux musées.
06:24Le Musée National d'Histoire Naturelle, à Paris,
06:28où ils ont quand même pris pour 600 000 euros de pépites d'or.
06:30Et le Musée National Adrien Duboucher, de Limoges,
06:34où en fait, il y a eu 6 millions de vols avec de la porcelaine, des choses comme ça.
06:386 millions d'euros de vols, c'est ça ?
06:396 millions d'euros de vols pour deux plats, en fait, en céramique et un vase ancien.
06:46Mais ce que vous dites à propos de la sécurité,
06:48c'est d'ailleurs écrit dans la grande dépêche de l'agence France Presse,
06:51qui cite une spécialiste française de la Renaissance,
06:54et qui dit ceci, de la Renaissance italienne.
06:56Elle dit, le 26 mai 2024, à 13h49,
07:00j'ai pu m'approcher d'un fragment de retable peint par Raphaël,
07:03une tête d'ange, jusqu'à le toucher, ce que je n'ai pas fait,
07:07sans qu'aucune alarme ne se déclenche,
07:09ni qu'aucun agent, ni conservateur ne m'interpelle.
07:11Qu'est-ce que ça vous inspire, François-Guillaume Lorrain ?
07:14À part de la tristesse et de l'exaspération ?
07:16Peut-être de l'inquiétude, tout simplement, pour ce qui peut arriver encore.
07:19Parce que là, c'est quand même un coup dur.
07:23Mais bon, là, les diamants de la couronne,
07:27c'est quelque chose aussi, vous parliez du Louvre,
07:30mais à l'intérieur du Louvre, il y a les diamants de la couronne,
07:32qui sont aussi un symbole dans le symbole.
07:35Et là, c'est au bas mot, quasiment tout le XIXe siècle,
07:41pratiquement, qui a disparu.
07:42Il reste encore un petit peu de Marie-Louise, un peu de Napoléon, c'est tout.
07:45Heureusement, il reste le régent, il reste le sensi,
07:51enfin, toutes les grandes fesses, la couronne de Louquins.
07:53Mais ça peut recommencer ailleurs.
07:55Ce que vous dites, me rappelle ce qu'on disait tout à l'heure en conférence de rédaction,
07:58notamment avec Julien Brigol et d'Inclinant-Chef,
08:00qui disaient, mais pourquoi est-ce qu'il n'y a pas une pièce forte,
08:04comme dans les bijouteries, justement.
08:07On était avec Laurence Boehmer.
08:09Pourquoi est-ce que ce n'est pas au centre du musée,
08:11sans fenêtre, sans rien, sans...
08:13C'est quand même aberrant qu'il y ait une fenêtre
08:15qui donne sur la couronne de génie.
08:19Parce que la construction du musée est faite aussi comme ça.
08:22C'est une construction particulière, le Louvre.
08:23C'est un espèce d'énorme U, finalement.
08:26Donc vous avez forcément...
08:27Un super U ?
08:28En termes de forme.
08:30Donc de fait, vous avez forcément des accès vers l'extérieur.
08:34Et vous prenez par exemple la Joconde,
08:36qui reste, on va dire, la pièce maîtresse du Louvre.
08:37Alors, la Joconde est en effet conservée à un lieu très stratégique.
08:42Mais vous ne pouvez pas la faire, vous n'avez pas les moyens.
08:44Mais elle est seule, d'ailleurs, dans sa salle.
08:46Exactement.
08:46Non, il n'y a pas seule.
08:48Mais c'est la seule qui est isolée.
08:49Enfin, ça dépend.
08:49Elle est isolée dans un caisson.
08:51C'est la seule oeuvre, en effet, isolée.
08:52Moi, je me souviens, quand j'étais allé avec mes enfants,
08:54elle était vraiment un peu...
08:56C'est la logique aussi du musée, depuis des décennies,
08:59qui consiste en fait à s'ouvrir complètement au public.
09:03En fait, c'est tout pour le public,
09:04tout pour permettre, autoriser, faciliter les flux.
09:09Et donc, ça a été, depuis quelques décennies,
09:13la philosophie du musée,
09:14qui n'est en fait pas du tout une philosophie sécuritaire,
09:17qui est au contraire une philosophie ouverte sur le monde.
09:20Donc ça, on en paye.
09:21Enfin, avec les espèces sécuritaires,
09:24et Laurence Brümer, on en parlait,
09:25il disait qu'on est en porte-à-faux
09:26avec aussi l'architecture,
09:29qui fait qu'après, ça a dénaturé.
09:31Et puis, on a les ABF,
09:32les architectes du monde de France,
09:34les monuments historiques,
09:35qui s'en mêlent,
09:36qui disent, vous ne pouvez pas mettre de barreaux.
09:38C'est intéressant, ce choc de l'histoire avec le présent.
09:41C'est des projets d'Hubert Robert, en fait.
09:43Quand ils ont décidé de faire du Louvre un musée,
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