Skip to playerSkip to main content
  • 2 months ago

Category

🗞
News
Transcript
00:00Dans le reste de l'actualité, journée de manifestation et de grève générale.
00:04Aujourd'hui à Madagascar, la Grande-Île est touchée par un mouvement de contestation depuis le 25 septembre.
00:10Un mouvement qui dénonçait au départ les coupures incessantes d'eau et d'électricité.
00:14Aujourd'hui c'est devenu une contestation plus large du pouvoir en place.
00:18Et on en parle avec Catherine Fournay-Guérin, géographe, professeure de géographie à Sorbonne Université
00:23et membre de l'unité de recherche Médiation.
00:25Bonjour, merci d'être avec nous.
00:28Avant de revenir sur la journée d'hier, lors de laquelle le Président a organisé un dialogue avec différents acteurs de la société,
00:35est-ce que vous pourriez nous expliquer comment il est né ce mouvement de contestation et comment il s'est transformé ?
00:40Merci de votre invitation.
00:43Le mouvement de contestation, ça a été beaucoup dit, s'inscrit dans la lignée de mouvements internationaux, notamment le Népal.
00:48Ce qui me semble intéressant de remarquer, c'est qu'en même temps c'est un mouvement profondément endogène
00:53et qui reprend des habitudes de révolte populaire à Madagascar.
00:59Et peut-être que l'analogie la plus forte, c'est le mouvement de 1972 qui avait conduit à la chute du Président de la République à l'époque
01:05et avec lequel il me semble qu'il y a énormément de parentés actuelles.
01:09Donc à la fois, bien sûr, une circulation internationale, mais vraiment des particularités liées à Madagascar.
01:15Il a commencé avec les étudiants, cette fois-ci ?
01:17Alors, il semble qu'il ait commencé avec les étudiants, d'après ce que la presse a rapporté de fait.
01:22Ce que montrent vraiment toutes les vidéos que l'on peut observer, c'est qu'il y a d'un côté des manifestations
01:26qui partent du site de l'université dans la capitale, donc de fait organisées en partie par les étudiants,
01:32mais il y a également d'autres mouvements et on voit très bien dans la presse qu'il y a des jeunes qui ne sont pas des étudiants,
01:37qui sont très pauvres et qui viennent de quartiers populaires et qui également participent au mouvement.
01:42Donc je pense que c'est un mouvement qui est beaucoup plus large que seulement les étudiantes.
01:45Les étudiants justement à Antananarive, ils dénoncent leurs conditions de vie, le manque d'entretien des universités.
01:52Je vous propose de vous faire une idée en écoutant le récit d'Alexandra Quarini.
01:58En périphérie d'Antananarive, le campus universitaire d'Ancato 2 accueille des étudiants en provenance d'une vingtaine de régions du pays,
02:07attirés par la renommée de l'enseignement.
02:09Mais une fois sur place, les espoirs de cette jeunesse en quête de savoir sont rapidement déçus.
02:20Sanitaire hors d'usage, fuite, surpopulation, un quotidien fait d'insalubrité face auquel les jeunes habitants en sont réduits au système.
02:32Ils n'ont pas perdu leur sens de l'humour, mais ces étudiants sont malgré tout en grande souffrance.
02:38Il y a toujours des impacts moralement, psychologiquement, mais les jeunes malgaches savent très bien s'adapter.
02:52Les jeunes malgaches savent s'adapter, mais aussi se révolter.
02:57Depuis des années, les étudiants dénoncent leurs conditions de vie.
03:00En 2024, de nouveaux bâtiments ont été érigés dans la cité U.
03:05Mais après seulement quelques mois d'utilisation, les installations flanchent.
03:10De vivre avec les coupures d'électricité ici et surtout de vivre dans l'ignorance des dirigeants.
03:20C'est dur.
03:20Un sentiment d'abandon partagé par beaucoup d'étudiants.
03:25En première ligne, de la contestation entamée le 25 septembre dernier à Madagascar.
03:32On voit que leurs conditions sont déplorables à ces étudiants.
03:35De fait, oui, c'est rare qu'on voit de telles images, alors que la situation est de la même sorte depuis des décennies.
03:42Des conditions absolument indignes, auxquelles s'ajoutent des conditions également très défavorables,
03:47à la fois pour les étudiants, mais aussi pour leurs enseignants.
03:49Et tout le personnel qui travaille dans les universités, il y a ce qu'on appelle des années blanches,
03:52c'est-à-dire où il n'y a pas d'examen, des longues grèves de la part des enseignants,
03:56des arriérés de paiement de salaire des professeurs, du personnel administratif.
03:59Et ça ne concerne pas que l'université, ça concerne l'ensemble de la fonction publique.
04:03Donc là, le coup de projecteur est mis sur leurs conditions,
04:06mais ce sont des conditions qui sont connues depuis des décennies à Madagascar.
04:11Je le disais tout à l'heure, le président Malgache a organisé hier une après-midi de rencontres.
04:17Qu'est-ce qu'il a promis ? Sur quoi ça a débouché ?
04:20Alors, c'est deux questions différentes. Sur quoi ça a débouché ? A priori, rien.
04:24Beaucoup de gens n'en attendaient sans doute pas grand-chose.
04:27Notamment au niveau des universitaires, mes contacts sur place m'ont dit
04:32que seulement les présidents se sont déplacés parce que leurs fonctions
04:35nécessitaient qu'ils répondent à l'invitation,
04:38mais que beaucoup d'enseignants-chercheurs n'ont pas considéré
04:40que c'était nécessaire de se déplacer.
04:43Le président a promis sa démission dans un an.
04:46S'il y avait toujours des coupures d'électricité,
04:49je pense que d'abord les gens souhaitent sa démission plutôt d'une part
04:52et que personne n'y croit d'autre part.
04:54Enfin, de ce que j'ai entendu, c'est la seule chose qu'ils auraient promis.
04:57Est-ce que le mouvement de grève, cette journée de grève et de mobilisation,
05:01elle a été suivie à Madagascar ?
05:03Très suivie ?
05:04Dans les détails, je ne peux pas vous dire.
05:06De grève, je n'en sais rien.
05:07En revanche, de manifestation, ça, oui.
05:09On le voit vraiment dans à la fois les reportages et sur les réseaux sociaux.
05:15Notamment, ce dont on ne se rend pas forcément compte,
05:16c'est que la circulation est très difficile,
05:18à la fois motorisée mais également piétonne.
05:20C'est-à-dire que les gens me disent que c'est difficile de circuler d'un quartier à un autre,
05:24qu'il y a des petits barrages dans certains quartiers,
05:27à certains endroits, éventuellement mobiles.
05:29Donc, de fait, ce qui se passe, c'est que beaucoup de gens ne peuvent pas aller travailler.
05:32Alors, ils ne sont pas en grève, mais ils ne peuvent pas se rendre sur leur lieu de travail.
05:35Beaucoup de transports en commun ne fonctionnent pas non plus.
05:38Donc, de facto, beaucoup d'entreprises sont fermées.
05:41On m'a raconté, par exemple, des entreprises qui travaillent
05:43dans les technologies de l'information et de la communication.
05:46Une entreprise a fermé son site et a déplacé les ordinateurs
05:50et les a installés dans la maison d'une dirigeante
05:53où, là, elle loge également le personnel.
05:57Est-ce que ce mouvement de contestation, il peut encore s'étendre
06:00ou est-ce qu'il est déjà en train de s'essouffler ?
06:02On lit partout dans la presse qu'il est en train de s'essouffler depuis quelques jours.
06:05Alors, c'est pareil, je ne suis pas sur place
06:06et puis je pense que c'est très difficile à prévoir.
06:09Cependant, si je me place, d'une part, du point de vue de l'histoire longue de Madagascar,
06:12je ne pense pas que ça va s'essouffler.
06:13Ça peut durer très longtemps. Les Malgaches sont très endurants
06:16et finalement, le fait que ces révoltes n'apparaissent que maintenant
06:20montre bien qu'ils sont endurants puisque ces problèmes sont absolument récurrents
06:24et pour certains, permanents, depuis des décennies, d'une part.
06:27Donc, l'histoire longue nous montre que les gens sont effectivement très endurants
06:31et ont beaucoup de capacités de mobilisation s'ils le souhaitent, d'une part.
06:35D'autre part, il n'y a pas que dans la capitale qu'il y a des manifestations.
06:39Il y en a également dans les grandes villes en dehors, notamment dans la grande ville du Nord,
06:44Diego Suarez ou Antiranan, par exemple.
06:47Donc, là aussi, l'information remonte.
06:50Ça passe moins par des canaux internationaux parce qu'il n'y a pas d'envoyés spéciaux sur place.
06:56Mais la presse Malgache rapporte qu'il y a vraiment un mouvement.
06:59Donc, moi, je ne suis pas en mesure de dire s'il s'étend ou non,
07:01mais je serais surprise, disons, qu'il s'arrête, connaissant la capacité de mobilisation
07:07et voyant l'ampleur, là, vraiment, du mécontentement des jeunes et pas seulement des jeunes.
07:14Les jeunes sont effectivement en première ligne, mais l'ensemble de la société est mécontente.
07:18Et la France, elle continue de soutenir le président actuel ?
07:21Il semblerait, oui, depuis son installation au pouvoir en 2009, c'est le cas.
07:26Merci beaucoup, Catherine Fournay-Guérin, d'avoir accepté notre invitation.
07:29Je vous remercie beaucoup.
07:31On peut...
Be the first to comment
Add your comment

Recommended