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00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Bellemare.
00:08Un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Je suis sûr, chers amis, que dans votre entourage, proche ou lointain,
00:15vous connaissez quelqu'un, la plupart du temps c'est une femme,
00:18dont vous dites « Bouh ! Oh, c'est une faiseuse de ragots ! »
00:24Et vous ajoutez immédiatement « Ce sont des ragots sans importance. »
00:29Oh, bien sûr ! Si vous dites d'une personne « Elle se teint les cheveux »
00:34ou « Il joue sa paix au tiercé », c'est effectivement sans importance.
00:39Je veux dire par là que vous n'engagez la vie de personne.
00:42Quelques cancans par-ci par-là entretiennent les aigreurs
00:45et vous ne risquez pas la guillotine si vous vous êtes trompé.
00:50Car si l'on veut faire des ragots, ce qui n'est pas joli-joli, vous en conviendrez,
00:55il faut faire la différence entre le ragot pour le ragot
00:59et le ragot vrai et méchant.
01:04C'est un ragot vrai et méchant, d'un ragot criminel dont je vais vous parler aujourd'hui
01:10et vous verrez qu'il a fait naître une erreur stupide, monumentale.
01:16Oh, pas une erreur judiciaire, non.
01:18Une erreur humaine, une erreur idiote,
01:23une erreur encore jamais vue dans nos dossiers extraordinaires.
01:26Nous sommes en août, 1931, dans un bureau de la police judiciaire à Paris.
01:50« Inspecteur, je veux retrouver ma femme. »
01:55L'homme qui parle est jeune, 27 ans, beau garçon, aux yeux clairs, aux cheveux blonds, tirés en arrière à la jambe arrêt.
02:01Il est nerveux, s'essuie sans arrêt les mains sur son mouchoir roulé en boule.
02:05L'inspecteur lève le nez des visages de l'homme qui vient de l'interpeller sans autre forme de présentation.
02:12Il bougonne, interrogateur.
02:14Elle a disparu.
02:15L'homme hoche la tête.
02:17« Oui, elle est partie, il y a une semaine. »
02:19« Ah bon, elle est partie, pour la même chose. »
02:22« Comment ça, c'est pour la même chose ? »
02:24Bonas, l'inspecteur, tente d'expliquer.
02:26« Si elle est partie, c'est que vous le savez. »
02:30« Quand quelqu'un disparaît, on ne le sait pas, c'est tout. C'est simple. »
02:34« Ah, alors qu'est-ce que je fais ? »
02:37« Mais je n'en sais rien, moi, monsieur. Cherchez-la. »
02:39« Signalez l'abandon du domicile conjugal, ça peut toujours servir. »
02:44Sans oser insister, l'homme s'en va.
02:47Il s'appelle Norbert.
02:49Il est marié depuis quatre ans.
02:51Il est chauffeur dans une usine depuis tôt.
02:54La semaine dernière, en rentrant de l'usine, il a trouvé sur la table, en guise de dîner,
02:57un petit mot de la main de sa femme qui disait ceci.
03:00« J'en ai marre, je pars avec les enfants. Ne me cherche pas. N'oublie pas la note du gaz, Lucie. »
03:06La note du gaz.
03:07Et elle est partie.
03:09Comme s'il suffisait de refermer une porte pour ne plus aimer les gens.
03:14« Norbert sait qu'elle est partie retrouver un homme, il en est sûr. Mais qui ? »
03:18Ces derniers temps, elle faisait des sourires à n'importe qui.
03:21Il ne l'a jamais surprise en flagrant délit, comme on dit,
03:23mais quand le petit est né le mois dernier, Norbert lui a trouvé un drôle de petit visage,
03:29tout différent du sien et de celui de son frère.
03:33Il est sûr que le bébé n'est pas de lui.
03:36Sûr ?
03:37Eh, de qui est-il ?
03:39De celui qu'elle est allée retrouver, c'est évident.
03:42S'il est plutôt beau garçon, Norbert, il faut bien le dire, n'est pas très, très, très intelligent.
03:49Mais ce n'est même pas pour cela que sa femme l'a quitté.
03:52C'est parce qu'elle a un amant, bien sûr, que cet amant est le père de son dernier enfant, c'est vrai.
03:57Mais surtout, parce que depuis quelque temps, Norbert n'est plus vraiment son mari et qu'elle ne l'aime plus.
04:03Et Norbert, qui n'est pas très, très intelligent, n'a rien compris.
04:06Tout ce qu'il sait, c'est qu'elle est partie, qu'elle l'a abandonnée comme un chien dans cette maison lugubre où le bénage n'est pas fait depuis une semaine.
04:14Alors il est allé à la police demander de l'aide.
04:17Mais si la police se mettait à chercher toutes les femmes qui n'aiment plus leur mari et font leur valise un beau matin, où irait-on ?
04:23On la renvoyait à ses problèmes.
04:25Il n'y a plus qu'à se débrouiller tout seul.
04:27Puisque c'est comme ça, puisque tout le monde le laisse tomber, eh bien il va faire lui-même son enquête.
04:34Les voisins savent sûrement quelque chose, les voisines surtout.
04:40Dans cette rue ouvrière depuis tôt, les maisons se touchent et tout le monde sait ce que fait tout le monde.
04:45Alors il commence sa tournée.
04:47De voisine en voisine, il tombe sur une certaine commère dont la passion, puisqu'elle ne travaille pas,
04:55et de surveiller la rue du matin au soir, assise sur une chaise derrière sa fenêtre.
05:03Il y a comme ça des gens que leur propre vie intéresse peu parce qu'elle est médiocre
05:09et qui vivent de la vie des autres, du moins des bribes, qu'ils peuvent saisir.
05:18La mère Cornée est dans ce cas.
05:20Lorsqu'elle voit arriver Norbert, c'est tout juste, si elle ne se frotte pas les mains de satisfaction à l'avance.
05:29Quel bonheur ! Pardonnez-moi l'expression, chers amis, mais quel bonheur !
05:34Un cocu qui s'avance pour la mère Cornée, le malheur des autres, est une joie indicible.
05:39Norbert est entré, il salue Mme Cornée et, sur un ton qu'il s'efforce de faire paraître dégagé, demande « C'était pour demander si vous n'aviez pas vu ma femme. »
05:52« Votre femme ? Non, pourquoi ? »
05:56« Bien, on s'est un peu disputé l'autre jour, elle est partie avec les enfants et je n'ai plus de nouvelles, alors je commence à m'inquiéter. »
06:02« Oh, mon pauvre monsieur ! Elle vous a quitté, hein ? Ah, cette jeunesse ! »
06:07« Oh ! Vous savez, je la voyais bien faire, seulement, ce n'était pas mes affaires, n'est-ce pas ? »
06:13« Vous savez si elle est partie avec quelqu'un ? »
06:16« Ah, ça non ! Ah, ça non, je ne l'ai pas vu partir avec quelqu'un. Mais... »
06:20« Elle a peut-être été le retrouver. »
06:23« Qui ? Qui ça ? »
06:25« Ah, je ne sais pas si je dois vous dire, moi. Vous savez, ce n'est pas mes affaires. »
06:32« Ah, et puis tiens, je vous vois si malheureux. »
06:35« C'est le typographe. »
06:38« Vous savez, le grand brun. »
06:41« Ah, mon pauvre ami, il y a un moment que ça dure. Depuis l'année dernière. »
06:45« Il a un mauvais genre. J'ai bien vu leur manège. »
06:49Norbert est devenu blanc.
06:52« Le typographe. »
06:55« Ce gars qu'il a rencontré l'année dernière, c'est vrai. Ils sont allés quelques fois au cinéma ensemble. »
07:00« Mais il y a longtemps qu'il ne l'a pas revu. »
07:03« Le seul opard. »
07:05« Alors c'est à lui que ressemble le petit dernier. »
07:10« Ah, c'est bien possible, y a de ça. »
07:13La vieille qui a vu Norbert changer de couleur essaie de rattraper un peu le choc qu'elle vient de lui donner.
07:17« Or, j'ai peut-être eu tort de vous dire la vérité. J'aurais pas dû. »
07:21« Vous n'allez pas lui chercher des ennuis, au moins. »
07:23Norbert s'est repris.
07:24« Non, non, ne craignez rien. »
07:27« Je m'en doutais, d'ailleurs. Vous savez, c'est simplement pour avoir des nouvelles des enfants. Il me manque tellement. »
07:34À Sénéret, la vieille femme lui offre un verre de vin et se met à discuter sur la légèreté féminine, avec un tact aussi léger que ses 80 kilos qu'elle traîne péniblement d'un coin de la pièce à l'autre.
07:44Norbert s'en va ruminer pendant des semaines l'information si complaisamment donnée par la commère.
07:50« Comment faire pour être sûr ? »
07:54« Il faut qu'il soit sûr, pourtant. »
07:57« Il décidera après de ce qu'il fera. »
08:01Un soir, il rencontre dans un bar son copain René.
08:03C'est un maigrichon tuberculeux de 20 ans, chômage depuis quelques jours.
08:08Il y a quelques temps encore, il gagnait sa vie en présentant au Veldive le tourbillon de la mort à bicyclette.
08:13Ça marchait bien, mais il est trop malade pour continuer.
08:15Ce soir, il n'a plus un sou, sa logeuse l'a mis à la porte, il ne sait plus où dormir.
08:21René dit trompe-la-mort et dans la dèche.
08:24Norbert, qui n'est pas très très très intelligent, je vous l'ai dit, a pourtant une idée lumineuse.
08:29Contre le gîte et le couvert, il va employer René trompe-la-mort et en faire son détective personnel et l'explique.
08:37« Tu n'auras qu'à le suivre partout, sans te faire voir, et tu me feras un rapport tous les soirs.
08:42Je veux savoir si ma femme est chez lui, et si elle n'est pas chez lui, tant que je trouvais son adresse, d'accord ? »
08:48Trompe-la-mort et d'accord, bien sûr.
08:50La bonne aubaine que voilà, nourrie, logée, pour se balader toute la journée.
08:54Et voilà notre fin limier sur la piste de l'amant, minable détective pour un travail minable.
09:02Ah, si seulement, chers amis, si seulement la police s'en était mêlée.
09:06Si la vieille comère avait été à faune, mais avec des scies.
09:09Je ne vous raconterai pas ce dossier extraordinaire, car la suite des événements va vous le prouver.
09:21Les récits extraordinaires de Pierre Delmar, un podcast européen.
09:26Je vous le rappelle, Norbert, Marie trompée, fait suivre l'amant de sa femme par son copain René dit trompe-la-mort.
09:32L'épouse a disparu depuis le 10 août, et nous sommes en octobre 1931.
09:37Rien. Conscientieusement, trompe-la-mort, ça quitte de sa mission.
09:40Il fait le guet à la porte de l'hôtel meublé où habite l'amant, le suit jusqu'à son travail, au restaurant, au café, et fait son rapport tous les soirs.
09:48Rien. Si c'est lui l'amant, il le cache bien.
09:52Louis Touré est pratiquement toujours seul.
09:55C'est un beau garçon, grand, brun, au front large et toujours souriant.
09:58Deux faussettes puis creusent les joues en permanence, il travaille au journal officiel comme typographe.
10:03Il part le matin, déjeune dans un bistrot, et le soir, regagne l'hôtel des artistes où il habite à Saint-Denis, une petite chambre de célibataire.
10:12Sur la photo qui est là, dans notre dossier, il a posé, gentiment, souriant, l'air heureux, décontracté.
10:17L'enquête de Trompe-la-Mort n'ayant rien donné, le 13 octobre au matin, Norbert s'est présenté à l'hôtel des artistes et a demandé
10:27« Je voudrais voir Louis Touré, s'il vous plaît. »
10:31La propriétaire l'a regardée d'un air soupçonneux et a répondu
10:34« N'est pas là. Pas vu hier. C'est pourquoi. »
10:39« Oh rien. C'est un ami, vous lui direz que je suis passé. »
10:42Puis il a dégarpi sans même laisser son nom.
10:44C'était le 13 octobre.
10:49Le lendemain, à 14, la propriétaire de l'hôtel des artistes inquiète de ne pas revoir son client,
10:55un client sérieux pourtant qui paie comptant chaque semaine,
10:59se décide à signaler sa disparition au commissariat de Saint-Denis.
11:02Un brigadier consensueux prend sa déclaration en note et ouvre une fiche de recherche, une de plus.
11:08Tant de gens disparaissent comme ça, du jour au lendemain, sans laisser d'adresse.
11:12Il espère que dans une semaine ou deux, il pourra la classer.
11:16Probablement un locataire qui a quitté l'hôtel à la cloche de bois.
11:20Mais une semaine après, la direction du journal officiel signale de son côté
11:24que le typographe Louis Touré ne s'est pas présenté à son travail depuis le 12 octobre.
11:29Or, c'était un ouvrier sérieux qui ne manquait jamais.
11:31Alors, un inspecteur se voit attribuer le dossier et entreprend une enquête de routine.
11:37Les collègues du travail, la patronne de l'hôtel, le restaurant habituel.
11:41Et il met les pieds partout, le fin limier trompe la mort, avait mis les siens et y avait laissé des traces.
11:48Petit à petit, de renseignement en renseignement, il arrive jusqu'à Norbert.
11:52Avant de l'interroger, il se renseigne.
11:56Et tiens, tiens, tiens, voilà un client intéressant qui a signalé la disparition de sa femme
12:02par une lettre au procureur de la République.
12:05Y aurait-il là-dessous une histoire de tourteron envolée ?
12:09Convoqué, Norbert répond sagement aux questions de l'inspecteur.
12:13Vous connaissez Louis Touré ?
12:14Oui, enfin, c'est-à-dire que...
12:17Il y a longtemps que je ne l'ai pas vue.
12:19Vous connaissez votre femme ?
12:20Un peu, oui, je crois.
12:23Dites-moi, vous avez signalé la disparition de votre femme il y a deux mois.
12:27Vous ne l'avez pas revue depuis ?
12:29Si.
12:30J'ai eu de ses nouvelles le mois dernier.
12:32Elle m'a quitté pour aller vivre avec un autre, mais...
12:36J'ai récupéré mon fils aîné.
12:39Comment s'appelle l'autre homme avec qui elle vit ?
12:43Thomas Alexandre.
12:46Déçu, l'inspecteur tente une affirmation au flanc, comme ça, pour voir.
12:48Louis Touré était l'amant de votre femme avant Thomas Alexandre ?
12:57Toujours sagement, Norbert répond.
12:59Oui.
13:01Mais la dernière fois que je l'ai vue, il m'a dit que c'était fini depuis longtemps.
13:04D'ailleurs, c'est lui qui m'a donné l'adresse de ma femme.
13:07Il me l'a écrit.
13:08J'ai la lettre à la maison.
13:10Vous comprenez ?
13:11Je voulais surtout récupérer mon fils.
13:14Mais où est-il, votre fils ?
13:15Chez mon beau-frère et ma belle-sœur, ils le prennent pour que je puisse travailler.
13:22Norbert, une fois reparti, l'inspecteur réfléchit.
13:26Il n'a pas aimé les yeux vagues du témoin et la voix plate qu'il avait pour répondre.
13:31Il a trop l'habitude des menteurs pour laisser partir celui-là sans chercher plus loin.
13:37Seulement, M. Thomas Alexandre existe bel et bien,
13:40et il vit bel et bien avec la femme de Norbert et son petit dernier.
13:45Alors ?
13:46Alors l'inspecteur va voir la famille et il apprend des choses intéressantes par le beau-frère.
13:53Quand il m'a amené l'enfant, il m'a dit
13:54« Je connais l'adresse de ma femme, c'est Louis Touré et son amant qui me l'a donnée.
13:59Oh, il a bien été obligé de parler.
14:01Je lui avais mis mon revolver sur le ventre. »
14:04Et le beau-frère ajoute
14:05« Quand je lui ai dit qu'il était fou de faire des choses pareilles
14:08et que Touré allait le dénoncer, il m'a répondu
14:09« T'en fais pas ! Je lui ai fait peur une bonne fois pour toutes. »
14:14L'inspecteur est reparti pensif.
14:17Est-ce que par hasard cet imbécile de Norbert
14:18ne se serait pas trompé d'amant ?
14:22Est-ce que par hasard, il n'aurait pas tué Louis Touré,
14:25amant périmé depuis plus d'un an, au lieu de l'autre ?
14:29Ça a l'air idiot comme ça, mais on en voit tellement dans la police.
14:32Et oui, lorsqu'on a perquisitionné au domicile de Norbert,
14:38on trouva bien la lettre écrite de la main de Touré,
14:40mais sur le même papier à lettres que celui de Norbert
14:43et posté le jour même de la disparition du typographe.
14:47On trouva aussi dans la cour une voiture avec une paire de chaussures
14:51ne lui appartenant pas.
14:53Je vous le disais, Norbert n'était pas très très intelligent.
14:57Il mit cinq jours pourtant avant de s'effondrer
14:59et de révéler où se trouvait le corps du malheureux Touré
15:01et le nom de ses complices, car il avait deux complices.
15:06Au petit matin du 3 décembre 1931,
15:08une armée de policiers et de scaphandriers
15:10se retrouvèrent sur les bords de la Seine à Herblay,
15:13en un lieu dit « le trou aux anguilles ».
15:16Deux hommes s'enfoncèrent dans l'eau boueuse
15:18jusqu'à dix mètres de profondeur.
15:20Au bout de deux heures de patience et pénibles efforts,
15:25ils récupéraient une sorte de rouleau de grillage,
15:28bourré de briques, à demi enfoncés dans la vase.
15:32La remontée commença.
15:34Une nuée de journalistes et de reporters
15:36des actualités cinématographiques étaient là.
15:39On projeta dans les salles de spectacle
15:40quelques jours plus tard cette séance de repêchage morbide
15:43et dans l'une de ces salles, soudain, une femme se mit à crier.
15:46Elle s'effondra, terrassée par une crise cardiaque.
15:51C'était la grand-mère de Louis Touré.
15:53Elle n'était pas au courant
15:54et le choc fut trop brutal.
15:58Norbert, lui, sur le film, détourne la tête.
16:02Il ne peut pas regarder ce qu'il a fait.
16:05C'est vraiment trop bête.
16:08Il n'avait pas voulu croire
16:09ce que son fin limier de trompe-la-mort-le-bien-nourri
16:12lui avait rapporté.
16:14Alors, il était allé voir Louis Touré
16:16et l'avait attiré chez lui
16:18sous un prétexte quelconque.
16:20Une partie de carte avec ses deux copains.
16:22Trompe-la-mort et Fernand,
16:24le propriétaire de la voiture, trouvait chez lui.
16:27À peine arrivé,
16:29Norbert pointa un revolver sur le ventre du typographe.
16:32Fini la rigolade.
16:34Dis-moi où est ma femme.
16:36Louis Touré avait éclaté de rire.
16:37Tu es pas fou, non ?
16:39Mais il n'y a rien eu entre ta femme et moi.
16:41À peine un petit flirt de rien du tout.
16:43Allez, enlève ce truc.
16:44Allez, je te dirai avec qui elle est.
16:46Me raconte pas de salade.
16:48Tu dis ça parce que tu as peur.
16:50Dis-moi où elle est, sinon je vais te torturer
16:51jusqu'à ce que tu parles.
16:53Mais Louis, la conscience tranquille,
16:55riez en essayant de calmer Norbert.
16:57Écoute, ta femme, elle est avec Thomas.
16:59Je connais l'adresse.
17:01Je te l'écrirai si tu veux.
17:02M'enlève ce truc.
17:03Tu vas faire des bêtises si tu continues.
17:05Je vais t'expliquer.
17:06Dans un coin de la pièce, il y avait
17:09Trompe-la-Mort, le fin limier
17:11qui ricanait bêtement et attendait
17:13fier de voir son copain jouer les durs
17:15comme au cinéma.
17:17Derrière la porte, Fernand faisait le guet.
17:19Norbert les sentait
17:20qui attendait sa décision.
17:23Il ne l'allait tout de même pas laisser tomber
17:24et discuter avec ce type.
17:25Avouer qu'il s'était trompé.
17:27Impossible maintenant qu'il avait monté ce camando.
17:29Il fallait jouer jusqu'au bout.
17:31D'ailleurs, l'autre lui racontait peut-être des histoires
17:34pour sauver sa peau, qui sait.
17:37Alors il prit une feuille de papier,
17:38un crayon, l'étendit à Louis
17:40qui, souriant un peu gêné,
17:42écrivit sous sa dictée
17:43« Ta femme se trouve à Paris, rue Médéa,
17:46chez Thomas Alexandre »
17:48et il signa.
17:50Mais ce n'était pas à lui, Norbert,
17:54qu'on allait en compter.
17:56Alors il ligota Louis Touré sur une chaise
17:58et commença la torture promise.
17:59Il lui mit un grand torchon sur la tête
18:01qui l'entoura d'une grosse ficelle autour du cou
18:03et il se mit à serrer
18:04en le harcelant rageusement.
18:06« Tu vas parler, dis, tu vas parler !
18:08Où est-ce que tu la retrouves ?
18:10Il y a longtemps que ça dure, hein ? »
18:11Et il serrait de plus en plus.
18:13Un peu suffoqué, mais toujours optimiste,
18:16Louis Touré riait toujours en s'étranglant,
18:18croyant à une mauvaise farce
18:19qui n'allait pas durer.
18:20« D'accord, Norbert, d'accord,
18:21je suis un salaud si tu veux,
18:23je mérite la mort,
18:24mais ne sers pas si fort. »
18:26Il riait encore, probablement.
18:28Lorsque la corde serra un peu plus fort,
18:32brisant la carotide.
18:34Quand les trois justiciers
18:36se sont aperçus que Touré était mort,
18:39ce fut un peu la panique.
18:40Puis il trompe la mort, dit,
18:42« T'en fais pas, je connais un coin,
18:44on le retrouvera pas.
18:45Il ira nourrir les anguilles. »
18:48Et Louis Touré,
18:49soigneusement roulé dans du grillage,
18:51lesté de briques,
18:52avait coulé dans la nuit
18:53dans le trou aux anguilles,
18:55pour rien,
18:56par erreur.
18:59Par cette voie contre cinq,
19:00les jurés condamnèrent Norbert
19:01à la peine de mort.
19:03Il signa immédiatement
19:04sa demande de pourvoi en cassation.
19:06Trompe la mort, lui,
19:08n'eut que cinq ans
19:08de travaux forcés,
19:09et Fernand obtint gracieusement
19:11dix-huit mois de prison
19:12pour recel de cadavres.
19:13Quant à la mère Cornée,
19:17la faiseuse de ragots
19:18dont je vous parlais
19:19au début de cette histoire,
19:22elle passe à presque inaperçu
19:23aux assises.
19:25C'est que, voyez-vous,
19:26l'on n'a pas encore trouvé
19:27le moyen d'inculper
19:28les faiseurs de ragots,
19:30et c'est bien dommage.
19:31Vous venez d'écouter
19:52les récits extraordinaires
19:54de Pierre Bellemare,
19:55un podcast
19:56issu des archives d'Europe 1.
19:59Réalisation et composition musicale,
20:01Julien Tarot.
20:03Production, Estelle Lafon.
20:05Patrimoine sonore,
20:07Sylvaine Denis,
20:08Laetitia Casanova,
20:09Antoine Reclus.
20:11Remerciements à Roselyne Bellemare.
20:13Les récits extraordinaires
20:15sont disponibles sur le site
20:16et l'appli Europe 1.
20:18Écoutez aussi le prochain épisode
20:20en vous abonnant gratuitement
20:22sur votre plateforme d'écoute préférée.
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