Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 semaines
Chaque week-end, l’émission pilotée par François Gapihan avec à ses côtés Laurent Valdiguié, consultant police/justice BFMTV, traite d’un événement majeur de la semaine, ainsi que d’autres affaires qui sont revenues sur le devant de la scène.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:0013h30, soyez les bienvenus si vous nous rejoignez dans l'affaire suivante.
00:03Il y a un mois tout juste, la meurtrière de Lola, 12 ans, devenait la première femme en France à être condamnée à la peine maximale.
00:09La perpétuité incompressible. Depuis ce verdict, les proches de Lola, sa mère, son frère, ne se sont quasiment pas exprimés.
00:16Delphine et Thibaut Davier nous ont accordé un long entretien cette semaine.
00:19Chez eux, interview réalisée avec Stan Guéhenneux, Lucie Mamone, Romain Smith et Quentin Roland pour l'affaire suivante.
00:27Delphine, Davier, Thibaut, Davier, bonjour.
00:30Merci à tous les deux d'avoir accepté de nous recevoir chez vous à Lilaire, dans le Pas-de-Calais.
00:36Un mois tout juste après le verdict, comment allez-vous Delphine ?
00:41Ça va, soulagée. Une partie de moi est soulagée, en sachant que la chose sera toujours enfermée jusqu'au bout de sa vie.
00:51Mais après, il faut un jour après l'autre, c'est ce qu'on se dit.
00:55Il faut attendre petit à petit que ça s'atténue, mais c'est encore compliqué.
01:01Vous, Thibaut, un mois après le verdict, comment vous digérez, si je puis dire, la conviction ?
01:06Au début, c'était dur, parce que j'avais toujours les images en tête de tout ce qui s'était dit.
01:14Et là, je commençais à être soulagé car elle n'a pas pu faire appel.
01:18Du coup, on ne va pas pouvoir revivre ça.
01:19Et après, il y a toujours une partie de moi qui me dit que ça ne ramènera pas ma sœur, dans tous les cas.
01:27Vous le disiez, vous l'évoquiez, il y a quelques jours, par la voix de son avocat,
01:32Dabia Benkired a annoncé qu'elle ne ferait pas appel de sa condamnation.
01:37Elle est donc désormais condamnée définitivement à la prison à vie.
01:41Il n'y aura pas de nouveau procès.
01:43Quand vous avez appris qu'elle ne ferait pas appel, quelle avait été votre première réaction ?
01:48Vous avez été étonnée ?
01:50Oui, quand même, parce qu'en sachant qu'elle aime parler d'elle,
01:54on s'était dit, elle va faire appel.
01:58Donc on craignait un petit peu ceci.
02:00Mais à la fin, au bout des dix jours, on se dit, ça y est, c'est fini.
02:05On ne parlera plus d'elle.
02:06Je n'ai plus envie qu'on parle d'elle.
02:08Elle ne le mérite pas, pour nous, pour moi.
02:10Vous vous disiez, à ce moment-là, avant de savoir qu'elle ne ferait pas appel,
02:13que vous ne pourriez pas affronter un nouveau procès, revivre ces jours d'héros ?
02:17Ça aurait été compliqué.
02:19Ça aurait été très compliqué de revivre six jours intensifs, comme on a vécu, oui.
02:25Dabia Benkired pourra faire une demande de libération conditionnelle
02:29après 30 ans de réclusion criminelle.
02:31La procédure, je le précise, pour obtenir ce type d'aménagement de peine
02:35est extrêmement stricte.
02:37Néanmoins, elle pourrait, sur le papier, sortir de prison un jour.
02:44Qu'est-ce que cette perspective, très hypothétique, suscite chez vous, Delphine ?
02:51Je le vivrais très mal si un jour, elle serait dehors, oui.
02:55Je ne serais pas bien.
02:57Même si, au bout de 30 ans, j'en aurais quand même...
03:01Je ne serais peut-être plus là, dans 30 ans, mais je ne serais pas bien.
03:07Non.
03:08Je n'aimerais pas qu'elle sorte.
03:09Enfin, je ne pense pas qu'elle sortira.
03:11Je ne pense pas.
03:12Je ne l'espère pas.
03:13Vous y pensez, vous, des fois ?
03:15Que peut-être, elle pourrait, un jour, dans longtemps, sortir de prison.
03:19Ça n'est pas complètement exclu.
03:23Déjà, je n'espère pas, parce qu'elle ne mérite pas de revoir la lumière du jour.
03:28Et pour moi, ça reste une personne dangereuse.
03:32Ça veut dire, la laisser enfermer en prison, c'est quand même, pour moi,
03:35sauver plusieurs personnes plus faibles qu'elle.
03:38Du coup, ça a été quand même un soulagement quand on a entendu qu'elle ne sortira pas de prison, normalement.
03:49La perpétuité réelle, la peine à laquelle elle a été condamnée, et qui est désormais définitive,
03:54selon certains avocats qui ont réagi après le verdict,
03:57c'est une peine de mort qui ne dit pas son nom.
03:59Une façon pour eux de regretter, finalement, que cette peine existe.
04:03En tout cas, ça ressemble à un regret, à une critique.
04:05C'est, pour vous, une peine de mort déguisée, pour vous aussi ?
04:12Non, pour moi, de toute façon, elle ne mérite plus de sortir.
04:17Elle ne mérite pas d'autre pas que d'être entre quatre murs.
04:23Donc, non, pour moi, c'est une peine de mort.
04:27Non, pour moi, non.
04:29Et après, je ne suis pas pour la peine de mort.
04:32Si vous voulez savoir, je ne suis pas pour ça,
04:34parce que, pour moi, il faut qu'elle mérite d'être enfermée.
04:38Donc, pour moi, la peine de mort, c'est trop rapide.
04:41Donc, du jour au lendemain, voilà, c'est fini, on n'en parle plus.
04:44Ben non, non, il faut qu'elle fasse sa vie et ses jours là-bas.
04:50Le 24 octobre, fin d'après-midi, le verdict est donc rendu.
04:55Peine maximale, perpétuité incompressible.
04:57Quand il tombe, ce verdict, vous êtes encore dans la salle d'audience,
05:00vous ressentez quoi, sur le moment ?
05:04Vous réagissez comment ?
05:05Sur le moment, je m'effondre dans les bras de mon fils,
05:09en lui disant, on l'a eu, on l'a eu.
05:13Donc, contente du verdict et contente qu'en France,
05:18il y a des peines qui existent et qu'il faut les appliquer.
05:22Donc, oui, je suis très contente de ce qui a été dit et de ce qui a été fait.
05:27Même réaction pour vous, Thibaut, au moment où le verdict est rendu ?
05:30Ben oui, parce que j'ai toujours eu peur qu'ils ne mettent pas cette peine
05:35et qu'ils mettent en dessous et qu'elle pourrait sortir un jour.
05:38Et du coup, voir qu'ils ont vraiment mis la peine maximale
05:41et que tous les jurés ont dit oui à toutes les questions
05:46que le président avait écrites,
05:49ça m'a vraiment mis un soulagement.
05:52Ça m'a fait beaucoup de bien.
05:54La justice a été rendue.
05:56Oui.
05:57C'est ce que vous vous disiez quand le verdict a été rendu.
06:00Vous vous le dites toujours aujourd'hui, avec un mois de recul.
06:02Oui, toujours, toujours.
06:04Je suis satisfaite de leurs décisions, des jurys, du président,
06:08de tout ce qui a été fait pour Malola.
06:12En sortant de la salle d'audience, il y a ce moment extrêmement poignant
06:16devant toutes les caméras qui étaient réunies.
06:19Vous laissez vraiment exprimer votre émotion.
06:21Oui, c'est rare.
06:22C'était très touchant.
06:26Dites, c'est rare.
06:27C'est très rare de ma part, oui.
06:29Je n'ai pas l'habitude de m'effondrer comme ça.
06:33Mais là, je pense que les nez ont...
06:35Tout est parti.
06:36Il fallait que ça sorte.
06:38Donc, c'est sorti.
06:39C'est très rare que je m'effondre comme ça, surtout devant des inconnus, encore.
06:45Même devant ma famille, je ne le fais pas.
06:47Donc, oui.
06:49Il fallait que mon corps, il fallait qu'il lâche.
06:52Vous avez laissé exploser, si je puis dire, tout ce que vous avez contenu,
06:57notamment pendant une semaine, pendant ces six jours d'audience, en fait.
07:00C'est ça.
07:01C'est ça.
07:02Tout est sorti.
07:04Il fallait que ça sorte.
07:05Il faut que ça sorte.
07:06On me le conseille.
07:07Mais des fois, ça reste trop ancré en moi.
07:11Voilà.
07:12Et en particulier, pendant ces six jours...
07:14C'est ça.
07:14D'un procès, d'une dureté à laquelle, j'imagine, vous attendiez, vous étiez préparée.
07:22Vous avez vécu de quelle manière ce procès ?
07:27Après, oui.
07:29Moi, je travaille beaucoup sur moi-même.
07:31J'ai toujours ma psy, aussi, qui me suit depuis trois ans.
07:34Et qui m'a aussi aidée à pouvoir combattre ces six jours à l'avance, on va dire.
07:41Donc, je pense qu'elle m'a beaucoup aidée sur ce sujet-là.
07:44Et je pense que c'est ce qui m'aide, aussi.
07:46Ma famille était là, aussi.
07:48Donc, toute ma famille.
07:49Et ça aide beaucoup d'avoir ses proches à côté de soi.
07:51Oui.
07:52Comment vous l'avez vécu, vous, Thibault, ce procès ?
07:55C'était aussi difficile que vous l'imaginiez ?
07:58Est-ce que la préparation à ce procès a permis d'atténuer un peu cette souffrance pendant le procès ?
08:06Comment vous l'avez vécu ?
08:07Moi, en préparation, je ne suis pas suivi.
08:10Du coup, moi, c'était juste moi et moi-même.
08:16Parce que je n'aime pas trop être suivi par un psy ou quoi.
08:21Et après, comment je l'ai vécu ?
08:24Dès le premier jour, on a vu la couleur.
08:26Ça commence d'un coup, avec les images, la reconstitution.
08:35Et du coup, oui, après, dès le premier jour, j'ai eu peur d'aller au second jour pour revoir ça.
08:44Donc, vous vous êtes dit, je ne vais pas pouvoir continuer à être présent à ce procès par moment.
08:52Et peut-être après les premières journées, avec des moments qui ont dû être abominables, même si on vous l'avait dit, le fait de le vivre, c'est quand même autre chose.
09:00Il y a eu des moments comme ça, dans le procès, vous avez eu des doutes sur est-ce que je reste ?
09:04Est-ce que je m'en vais ?
09:05Jamais ?
09:05Jamais.
09:06Non.
09:06Il fallait que je reste.
09:08Ah ouais ?
09:08Non.
09:09Il fallait que je sois là du début à la fin.
09:11Oui.
09:12Vous avez tout affronté.
09:13Oui.
09:13Vous avez tout, c'est un terme que vous utilisez, vous avez tout assumé.
09:17Oui.
09:18Les photos.
09:20Les photos.
09:22Et le regard.
09:24C'est ça.
09:25De ce monstre, de cette chose.
09:27Ce sont vos mots, Delphine.
09:28Ce sera les miens, oui.
09:29Vous l'avez regardé droit dans les yeux.
09:31Oui.
09:31Vous aussi, Thibaut.
09:32Oui.
09:33Pendant ce procès.
09:34Qu'est-ce que vous y avez vu ?
09:36Rien.
09:36Dans ces yeux-là.
09:37Rien.
09:38Un vide.
09:39Rien.
09:40Pas de sentiments.
09:41Pas de peine.
09:44Rien.
09:44Enfin, on n'en déduit rien de son regard, en fait.
09:47Elle ne nous a jamais regardés vraiment à nous.
09:49Nous, elle ne nous a pas fixés.
09:52Alors, est-ce qu'elle n'osait pas ou je ne sais pas.
09:54Mais le premier jour, quand on lui a demandé de dire, c'est mon fils qui lui a demandé,
10:00mon droit dans les yeux, toute la vérité, rien que la vérité, il n'y avait rien dans
10:04son regard.
10:05Rien du tout.
10:05Vous aussi, vous avez tenu, Thibaut, à affronter son regard.
10:10En tout cas, vous, elle a regardé.
10:12Si elle ne vous a pas regardé, vous, vous l'avez regardé.
10:15C'était vraiment délibéré.
10:16C'était une volonté ferme de votre part.
10:18Il fallait que je la regarde parce qu'en quelque sorte, c'est ma sœur.
10:23La dernière personne qu'elle a vue, c'est elle.
10:28Du coup, il fallait que je vois vraiment à quoi elle ressemble, ses sentiments ou quoi.
10:34Et après, pendant tout le long du procès...
10:35Des sentiments, pardon, vous en avez perçus ?
10:37Non.
10:38Chez cette femme, cette jeune femme.
10:40Pendant tout le long du procès, je n'ai pas eu un seul moment où j'avais l'impression
10:45qu'elle était dégoûtée d'être là.
10:48Juste, elle était là et point barre.
10:50Même pendant...
10:50Vous auriez préféré de la colère, quelques formes de sentiments que ce soit, plutôt que
10:56ce rien, comme vous dites ?
10:58Peut-être même pas.
10:59Je n'attendais rien d'elle, en fait.
11:01D'accord.
11:01Donc, moi, je n'attendais rien en retour de sa part, tout compte fait.
11:06Donc, non, peut-être autre chose, ça ne m'aurait pas non plus...
11:09Voilà.
11:10Lors de sa dernière prise de parole, à la fin, à la toute fin du procès, d'Abiyah Benkired
11:15a demandé pardon.
11:18Vous souriez, Delphine.
11:20Est-ce que vous pensez pouvoir le lui accorder un jour ?
11:23Non.
11:24Non.
11:25Ça, je ne peux pas.
11:27Non.
11:28C'est pas...
11:28Non, je ne pourrais pas.
11:30Ce n'est pas pardonnable.
11:31Il n'y a pas de mots, il n'y a pas de...
11:34C'est tellement cruel ce qu'elle a fait que je ne pourrais jamais la regarder et lui
11:39dire « je te pardonne ».
11:41Non, je ne peux pas.
11:44Moi, pareil.
11:45Ce n'est même pas un mot qui me reste dans la tête.
11:50Le pardon, pour elle, je n'en ai aucun.
11:52Vous aviez demandé la vérité.
11:54Vous, vous aviez demandé la vérité.
11:55Vous ne l'avez pas obtenue.
11:56C'est-à-dire qu'elle n'a pas livré de véritable réponse sur le processus qui l'a fait passer à l'acte
12:02quand vous disiez au tout début qu'une part de vous était soulagée.
12:08Et c'est lié à ça, notamment ?
12:09Au fait que vous n'avez pas eu toutes les explications que vous attendiez pendant ce procès ?
12:12On ne saura vraiment jamais la vérité à 100% de sa part parce qu'elle a tellement changé et changé de version que...
12:22Je pense que non, on ne saura jamais le pourquoi.
12:24Pourquoi ? Pourquoi Lola ? Pourquoi nous ? Pourquoi ?
12:28On n'aura jamais la réponse.
12:30Malheureusement, on ne l'aura pas.
12:32Et ça reste un regret où vous avez tourné la page même de cela ?
12:37Ça reste dans ma tête.
12:38Ça reste dans vos têtes ?
12:38Oui.
12:39Je me poserai toujours la question.
12:42Pourquoi elle l'a suivie ?
12:43Pourquoi elle l'a choisie, elle ?
12:46Pourquoi...
12:48Tout ça, tout ça, on ne sait pas.
12:50Elle ne l'a jamais dit.
12:51Et puis comme elle a changé de version tout le temps, on ne saura jamais vraiment le fameux.
12:58Je ne pense pas.
12:59Et pour cette absence d'explication concrète, parfois, est-ce que vous vous accrochez à une hypothèse ?
13:07Je ne sais pas, vous me dites, de toute façon, il n'y a rien à comprendre.
13:10Un tel geste, un tel acharnement, il n'y a rien à comprendre, non ?
13:13Non, je ne pense pas.
13:14Vous voudriez quand même avoir...
13:16Oui, j'aurais aimé quand même.
13:17Au fond de moi, oui.
13:18J'aurais aimé avoir des réponses plus claires, plus nettes.
13:23Et je me poserai toujours au cerveau avec la question, pourquoi Lola l'aurait suivie ?
13:28Après, c'est une très grande manipulatrice.
13:32Donc Lola était très gentille aussi, il se disait oui aussi.
13:36Donc elle a sûrement voulu l'aider et en contrepartie, voilà ce qui s'est passé derrière.
13:41Qu'est-ce que vous dites aux gens qui, et ils sont très nombreux, ces meufs de votre dignité, de votre force ?
13:55Vous avez impressionné ? Vous vous impressionnez même ?
13:58Oui.
13:58Vous en avez conscience ?
13:59Non, parce que...
14:01Alors, je n'aime pas les compliments.
14:04C'est peut-être bête, mais je n'aime pas recevoir des compliments.
14:07Je ne sais pas pourquoi, c'est comme ça.
14:11Je suis naturelle.
14:13Je ne veux pas expliquer le pourquoi du comment.
14:17J'ai été éduquée comme ça, mes enfants sont éduqués pareil.
14:20Donc voilà, on espère qu'il fallait le faire pour Lola.
14:26Être comme on est, de tous les jours.
14:29Votre naturel, vous l'avez, si je puis dire, augmenté.
14:33On regarde ce que vous estimiez de voir à votre fille, c'est un peu ça, en fait.
14:38C'est ça, voilà.
14:39Il fallait combattre, être fort pour Lola, être fort aussi pour mon mari, qui n'est plus là non plus.
14:46Joanne.
14:48Donc, ouais, on a vécu tellement de drames aussi dans notre famille.
14:53Ça renforce peut-être, pour ma part, peut-être que j'ai un caractère aussi comme ça.
15:00Donc, ouais, il fallait se battre.
15:04Une immense dignité aussi, au passage, au regard de la dimension politique de ce meurtre sordide,
15:14d'Abiya Benikéret, étant algérienne, sous OQTF au moment des faits.
15:17Vous êtes devenue, malgré vous, symbole d'un combat.
15:21Vous avez toujours rejeté les tentatives d'exploitation politique.
15:24Oui, on n'est pas politique et on ne le saura jamais.
15:27Et ça, je veux qu'on respecte notre choix, parce qu'on n'a rien à faire là-dedans.
15:34C'est leur combat, eux, ce n'est pas le nôtre.
15:36Voilà, tout simplement.
15:37C'est tentant, parfois, c'est une question, c'est tentant, parfois, de se laisser aller, si je puis dire,
15:45à des choses qu'on peut ressentir dans ses tripes, de la colère à la haine.
15:52Vous parliez tout à l'heure de la peine maximale à laquelle elle a été condamnée.
15:57La peine de mort n'existe plus en France.
15:59Est-ce que, parfois, vous, Thibaut, êtes un jeune homme, un jeune adulte,
16:03est-ce que, parfois, c'est des choses qui vous traversent l'esprit ou pas du tout ?
16:07Sur la peine de mort.
16:09Sur une volonté, parfois, de vengeance et sur la peine de mort.
16:15Par exemple, est-ce que c'est quelque chose qui vous a traversé l'esprit
16:18au regard de ce que vous avez vécu ?
16:21Pour être honnête, j'avais juste envie de lui sauter dessus
16:27dès que je l'ai vu arriver dans la salle.
16:29Après, je ne l'ai pas fait parce qu'on reste humain
16:34et on avait envie que ce procès se fasse dans les règles, on va dire.
16:40Et après, comment dire ?
16:45Ouais, non, en tout cas, ça n'aurait servi à rien
16:48de franchir ce mur qui était entre elle et nous.
16:53Ça aurait fait plus de mal, déjà, à nous.
16:57Et ça aurait remis une mauvaise image
17:01que nous, en tout cas, on veut apporter.
17:07Vous êtes fière de votre fils ?
17:08Très.
17:09Je vois votre regard.
17:11Oui.
17:12Je suis très fière de lui.
17:13Il a mûri d'un coup.
17:15Et je le trouve très fort également.
17:18Oui.
17:19Et je lui dis bravo.
17:21Je ne le dis pas tous les jours.
17:22Il le sait, mais il le sait ce que je pense.
17:24Et je suis fière de mon fils.
17:27Depuis le procès, depuis le verdict particulier,
17:29qu'est-ce qui a changé pour vous ?
17:30Qu'est-ce qui a changé en vous, même, je dirais, Delphine ?
17:34Moi, pas grand-chose.
17:39Je suis toujours suivie.
17:42Après, non, je n'ai pas changé plus que ça.
17:45Je penserais toujours la même chose.
17:49Après, peut-être des gens pensent que j'ai changé,
17:52mais peut-être que moi, je ne le vois pas comment je peux changer.
17:56Parce que des fois, on ne se rend pas compte comment on peut être et comment…
17:59Bien sûr.
18:00Mais comme vous disiez tout à l'heure, il y a une part de moi qui est soulagée.
18:04Oui.
18:05Ça, c'est l'effet, l'effet verdict.
18:07C'est ça.
18:07La justice qui a été rendue, qui est passée, c'est une part seulement de vous qui est soulagée.
18:14C'est ça.
18:14L'autre part sera toujours triste et une partie de moi-même, oui, qui est partie avec Lola.
18:23Comme je dis, ma mini-moi, je l'ai toujours dit.
18:25On a été très fusionnels.
18:28Donc, cette partie-là, oui, me manquera tout le temps.
18:30Tout le temps.
18:31Et on a du mal à s'en remettre, oui.
18:33Sur ça, en tout cas.
18:35C'est le temps qui atténue…
18:38Je ne sais pas si le temps peut atténuer.
18:42Parce que des fois, je me dis que ce n'est pas réel.
18:43Des fois, je me dis que c'est réel.
18:45Dans ma tête, c'est encore un peu ambigu, on va dire.
18:48Encore aujourd'hui ?
18:49Voilà, encore aujourd'hui, oui.
18:51Malgré le procès…
18:52Malgré le procès.
18:52Qui a rendu très réel.
18:55Et des fois, je vais penser d'un seul coup, je vais repenser à tout ça.
18:58Et ça va m'arriver de faire des crises d'angoisse, oui.
19:01Mais je ne le montre pas.
19:03On est ici à Lillère.
19:04Oui.
19:05Dans le Pas-de-Calais.
19:06Là, vous êtes née.
19:08Moi, je suis née, oui.
19:09Dans le Pas-de-Calais.
19:10Je suis une vraie sti, moi.
19:12Depuis le meurtre, vous avez déménagé.
19:17Voilà.
19:17Vous n'habitez plus Paris.
19:18Non.
19:19Vous vous dites que vous avez changé de vie, d'une certaine manière, à travers ce déménagement.
19:25Oui, on a changé de vie, complètement.
19:28Parce qu'on a tout perdu.
19:30Moi, j'ai perdu mon travail.
19:34Lui, ses amis, son lycée.
19:36Enfin, on perd tout.
19:37Tout s'effondre.
19:39Et on se dit, il faut se relever.
19:42Donc, oui, je suis revenue dans ma ville natale, on va dire.
19:46Et je suis très bien ici.
19:48Et je suis très bien entourée.
19:49Par les amis, la famille.
19:51Donc, oui, on est bien là.
19:52On est bien.
19:53Un retour aux sources, d'une certaine manière.
19:54C'est ça.
19:55Je crois que vous avez, c'est dans le Pas-de-Calais, que vous avez donné naissance à Lola.
19:59Et à Thibaut.
20:01À Thibaut, puis à Lola.
20:02Là, là, c'est ça.
20:03Dans ce sens-là.
20:03Oui, oui.
20:04Je voulais absolument accoucher dans le Pas-de-Calais.
20:06Voilà.
20:07Et j'en ai fait, oui, des ch'tis, du coup.
20:09Plus ou moins, entre guillemets.
20:10Et donc, c'était réconfortant de revenir ici.
20:14Moi, je me sens bien ici.
20:16Dans ma ville natale, je me sens bien.
20:18Parlier des conséquences du meurtre de Lola, pour vous, Delphine, pour vous, Thibaut,
20:24aussi, ça nous amène à la question des dommages collatéraux.
20:29Une telle abomination, après une telle horreur, celle de perdre un enfant, surtout dans ces conditions.
20:35Notamment le lien, sur le lien avec les autres.
20:38Leur empathie, mais parfois aussi.
20:40Alors, pitié.
20:42Ça, c'est quelque chose dont on n'a pas forcément conscience quand on n'est pas concerné.
20:46Et vous, Delphine, vous le vivez au quotidien, j'imagine.
20:48Ce changement du lien avec les autres, depuis ce qui vous est arrivé.
20:53Moi, j'apprécie parce que les gens que je côtoie et ma famille respectent que je n'ai pas envie d'en parler.
21:01Quand j'ai envie, voilà, je vais le faire.
21:03Sinon, s'ils voient que j'en parle pas, en fait.
21:08C'est très, très rare que je vais évoquer le sujet en famille ou entre amis.
21:13Et tous les gens respectent.
21:16Ils ne me posent pas de questions.
21:17Ils ne me regardent pas en pitié.
21:19Et ça, je préfère.
21:21Vous n'êtes pas que la mère de Lola, comme si c'était inscrit sur votre front et que vous ne représentiez que ça.
21:30Je mets des guillemets, évidemment.
21:31Je suis une femme aussi.
21:33Je suis maman.
21:34Je suis une femme.
21:35Oui, j'ai un peu plusieurs rôles.
21:39Mais je n'aime pas qu'on me prenne en pitié.
21:42Ça, je ne voudrais pas.
21:44Je n'aimerais pas que quelqu'un dans la rue dise « Oh, regarde, c'est la pauvre maman. »
21:50Ben non, non.
21:51Il ne faut pas dire ça.
21:52J'ai des beaux enfants.
21:53Voilà.
21:55Et ça, je suis fière de mes enfants, oui.
21:57C'est la question d'avancer, de comment avancer après un tel drame.
22:06Vous dites « Je suis une maman, je suis une femme. »
22:09Il y a la vie sentimentale aussi.
22:10C'est ça.
22:12Il faut avancer.
22:13Il faut essayer jour après jour de…
22:16On se lève.
22:17On se dit un jour après l'autre.
22:20Moi, actuellement…
22:21On se lève, on se relève.
22:22On se lève.
22:23Petit à petit, quand même, vous diriez-vous ?
22:24Petit à petit, voilà.
22:25Des fois, je n'ai pas envie de me lever.
22:27Voilà.
22:28Mais je lui dis « Non, il faut y aller.
22:30Il faut se battre. »
22:32Et ouais.
22:33Donc, je le fais.
22:34Thibaut, c'est pareil.
22:35Vous êtes très fort.
22:36Vous êtes comme votre mère.
22:37Elle disait il y a quelques instants.
22:38Sur vous aussi, évidemment, ça a eu des conséquences.
22:41Le fait de voir, au-delà du drame, bien sûr, du meurtre,
22:45changer de ville, perdre ses amis,
22:50refaire une vie, se refaire un entourage, d'une certaine manière.
22:53Ça, vous estimez, avec le temps qui passe,
22:56est-ce que vous réussissez plutôt bien à le faire ?
22:59C'est quand même un cataclysme dans une vie.
23:01Vous êtes jeune.
23:03Au début, ça a été très compliqué.
23:06Car du coup, on était chez ma mamie.
23:09Oui.
23:09Et moi, je restais dans ma chambre.
23:12Je ne bougeais pas.
23:13Je m'enfermais dans ma bulle.
23:16Et après, on a commencé à déménager dans plusieurs endroits.
23:20Et là où on s'est retrouvés ici,
23:23j'ai rencontré du coup ma copine,
23:26qui maintenant m'aide beaucoup dans ma vie.
23:30Franchement, je suis très content de l'avoir rencontré à ce moment-là.
23:38Et après aussi, ma mère m'aide beaucoup.
23:42Et tous nos proches qui sont ici, notre famille,
23:46ils sont vraiment formidables, en tout cas avec nous, au quotidien.
23:51Il y a de la lumière quand même.
23:53Oui.
23:53Non.
23:56Oui.
23:58Nous, on est une famille unie, soudée.
24:01Donc, pour moi, ça m'aide beaucoup.
24:05Et les amis aussi.
24:07J'ai des amis qui, pour moi, font partie de ma famille aussi.
24:10C'est ma famille de cœur.
24:13Notamment les gens du cropping.
24:17Voilà.
24:17Et mes amis d'enfance, du coup, que je revois,
24:20que j'apprécie beaucoup.
24:24Donc, tout ça, ça aide, je pense, aussi à se lever tous les jours.
24:28Le mot bonheur, ça vous parle ?
24:30Moi aussi.
24:31Ça vous parle ?
24:32Oui, quand même.
24:32Quand même.
24:34On rigole.
24:36On essaie de s'amuser quand même au maximum.
24:40Pour ne plus trop penser, peut-être.
24:42Et vous y arrivez ?
24:43Oui.
24:45Oui.
24:46Oui.
24:47Vous êtes croyante ?
24:48Oui.
24:49Vous parlez à Lola ?
24:51Vous échangez avec Lola ?
24:52J'ai lu que vous voyez quelqu'un qui vous rapproche de votre fille.
24:58C'est ça.
24:59Oui.
24:59Ça fait depuis le début que je vois cette personne
25:03qui parle à Lola à travers...
25:07Voilà.
25:07Donc, je peux lui parler à travers elle, on va dire.
25:10Et à mon mari aussi.
25:12Donc, après, mon fils me prend un peu pour une folle des fois, là-dessus.
25:16Mais, voilà.
25:18Moi, j'y crois beaucoup.
25:20Et ça me fait du bien, ouais.
25:23Ouais, ouais.
25:23Et c'est quelqu'un en qui je peux avoir confiance,
25:27parce que c'est une dame qui fait partie de la famille de mon mari.
25:32Donc, du coup, c'est pas quelqu'un qui va se moquer de moi, on va dire.
25:38Donc, oui, j'y crois et je veux y croire.
25:41Ouais.
25:42Et vous lui parlez à Lola et elle vous parle ?
25:45Voilà, oui.
25:48Et comment vous ressortez de ces moments-là ?
25:50Des fois, c'est compliqué quand je ressors.
25:53Ouais, quand je m'en vais, je me dis, c'est réel, c'est pas réel.
25:56Mais j'y crois.
25:58Ouais, parce qu'il y a des choses où cette dame qui m'a dite
26:04que personne ne pouvait savoir.
26:06Donc, je me dis, oui, elle me parle à travers elle
26:11et j'attends toujours un signe.
26:15J'espère l'avoir un jour, ce signe.
26:17Oui, Thibaut, ce lien avec votre petite sœur,
26:21vous le maintenez de quelle manière ?
26:25On a bien compris que vous ne vous réfugiez pas.
26:28Non, mais...
26:30Moi, je ne suis pas du tout croyant.
26:32J'étais comme mon père.
26:34Mon père, il était pareil.
26:37On croit, on va dire, qu'en ce qu'on voit.
26:40Mais après, moi, ce qui m'unit à ma sœur
26:43et à mon père aussi, c'est le sport.
26:47Le sport, ça m'aide beaucoup à extérioriser.
26:53On va dire, ça me guérit un peu.
26:56Et...
26:57C'est le sport votre psy ?
26:58Ouais, c'est ça.
26:59C'est le sport qui fait toute ma vie sur ça.
27:04Le basket.
27:04Ouais.
27:06Merci.
27:07Merci Delphine Davia, merci Thibaut Davia.
27:09Merci à vous.
27:09Merci de nous avoir fait confiance
27:11et de nous avoir réussi ici, chez vous, aujourd'hui.
27:13Merci à vous.
27:15Voilà, entretien exceptionnel de Delphine et Thibaut Davia,
27:18la mère et le frère de Lola,
27:19retrouvés, bien entendu, sur le site
27:21et sur l'appli de BFM TV.
27:23Sous-titrage Société Radio-Canada
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations