Skip to playerSkip to main content
  • 5 weeks ago

Category

🗞
News
Transcript
00:00Diana Van Diyom, bonjour.
00:01Bonjour.
00:02Pourquoi y a-t-il beaucoup de femmes battues qui ne portent pas plainte ?
00:06Alors, cette question est difficile à répondre.
00:08En même temps, c'est facile parce qu'on sait qu'on est dans des sociétés patriarcales
00:12et que le pouvoir est centré autour de la domination des hommes qui détiennent le pouvoir.
00:17Et du coup, tout le processus qui doit aboutir à ce que les femmes portent plainte
00:22ou qu'elles aient accès à la justice est très, très difficile.
00:26Parce que déjà, socialement, c'est très compliqué pour une femme de dénourcer
00:29un mari violent, de dénoncer un époux qui est violent.
00:33Parce que tout simplement, dans l'inconscience populaire,
00:35il est même bien vu pour une femme qui supporte la violence qu'une femme qui dénonce.
00:40Et parce que nos familles, de manière générale, dans toutes les communautés,
00:43ce qui est la norme, c'est de pouvoir supporter l'insupportable.
00:47Parce qu'une femme qui va aller porter plainte contre son mari va être stigmatisée.
00:52Donc, elle sera victime de femmes.
00:53Elle sera victime d'être violentée, mais elle sera aussi stigmatisée au sein de sa propre famille,
00:57même souvent, et au sein de sa belle famille, de la communauté, de la société,
01:02d'avoir osé porter plainte contre son mari.
01:04Et bien sûr, la réponse aussi de l'État est là.
01:07C'est-à-dire que nos structures, que ce soit la police, que ce soit un peu partout,
01:10on est dans des structures où le poids social, il est là.
01:13Donc souvent, ce sont des plaintes qui ne sont pas prises au sérieux.
01:16Souvent, les femmes se découragent même avec les va-et-vient qu'il faut faire.
01:19C'est-à-dire qu'il faut aller chercher telle chose, il faut aller chercher telle réquisition,
01:22il faut aller à tel commissariat.
01:24Les femmes se découragent si elles ne sont pas accompagnées par les associations
01:27ou les organisations qui font la prise en charge.
01:30Et pour les femmes qui ont le courage de porter plainte,
01:32est-ce qu'il y a un barrage ensuite de la part des policiers qui n'enregistrent pas leurs plaintes ?
01:37Alors, le problème, c'est comment on accueille les femmes, comment on les écoute,
01:40comment on les met à l'aise pour qu'elles ne se sentent pas déjà avec un petit
01:44ou même un gros poids de culpabilisation.
01:47Parce qu'on sait qu'au niveau social, ce sera compliqué,
01:49elles seront stigmatisées, elles seront pointées du doigt
01:52pour avoir porté plainte contre un maligné violent.
01:56Donc, que ce soit la police, que ce soit toutes les institutions,
01:58elles doivent être formées sur comment accueillir,
02:01comment prendre en charge les victimes de violences.
02:04C'est pour cela qu'on demande à chaque fois aux femmes,
02:06quand elles veulent porter plainte,
02:08qu'elles se fassent accompagnées par les organisations
02:10qui ont l'habitude de prendre en charge les femmes qui sont victimes de violences.
02:14Maintenant, au niveau judiciaire, sur l'accès à la justice,
02:17je prends l'exemple de la Mauritanie.
02:18Il y a énormément de plaintes contre les violences sexuelles,
02:21mais rares sont les plaintes qui aboutissent.
02:24Ça, c'est la première des choses.
02:25Mais l'autre chose aussi, et pas des moindres,
02:27une femme qui est victime de viol a une chance sur deux
02:30de se retrouver en prison,
02:31si elle n'arrive pas à prouver qu'elle a été victime de viol.
02:34Et bien sûr, le problème, c'est que niveau juridique,
02:36on a tellement envie de juridique,
02:38on a un arsenal juridique qui ne définit même pas c'est quoi le viol.
02:41Il n'y a aucun article qui définit c'est quoi le viol en Mauritanie.
02:43Alors, vous parlez de la Mauritanie.
02:45Pour que les tribunaux puissent sanctionner les coupables,
02:48il faut que le code pénal de leur pays le permette.
02:50Est-ce qu'il y a des pays africains
02:51où le crime de harcèlement et de violence sexuelle
02:54est inscrit dans le code pénal ?
02:56Oui, il y a même des pays qui sont allés un peu plus loin,
02:59par exemple le Sénégal,
03:00où le viol a été criminalisé.
03:02Donc ça, c'est un très grand pas.
03:03Il y a des pays où le code pénal reconnaît,
03:05comme il y a des pays où ils ont tout l'arsenal juridique,
03:08toutes les conventions qu'il faut,
03:10toutes les droits qu'il faut.
03:11Le problème, c'est l'applicabilité.
03:12C'est d'avoir que les femmes sachent, en fait,
03:14quelles sont les démarches à faire pour avoir accès à la justice,
03:17qu'elles se fassent accompagner,
03:18mais surtout la question de l'impunité.
03:20Parce qu'il y a tellement des cas de violence
03:22où c'est souvent des non-lieux que les femmes, en fait,
03:24ont l'impression qu'on peut aller sur des démarches juridiques
03:27pendant une année, deux ou même plus,
03:29sans pour autant avoir de la justice.
03:31Quels sont les pays où les lois existent
03:33et où elles sont appliquées ?
03:34Ah, ce sera difficile de donner un exemple
03:37comme ça du pile au poil,
03:39mais je sais que les lois d'un pays et d'un autre,
03:41ça varie.
03:42Je ne dirais pas que tel pays est champion
03:43en application de la loi,
03:45mais je sais que, par exemple,
03:46le fait qu'au niveau du Sénégal,
03:48le viol soit criminalisé,
03:49c'est déjà une très bonne évolution.
03:51On espère qu'au niveau de la sous-région,
03:53qu'on aura des lois aussi fortes
03:56que, par exemple, au niveau du Sénégal.
03:57Et ce que vous dites, Diana Bandium,
03:59c'est que le viol n'est toujours pas criminalisé
04:02dans votre pays, la Mauritanie ?
04:03Non.
04:04En Mauritanie, on n'a même pas de projet de loi
04:06sur les violences faites aux femmes.
04:07Et je disais qu'il n'y a aucun article
04:08qui définit c'est quoi le viol.
04:10Donc, criminalisé, encore moins.
04:12Diana Bandium, je vous remercie.
04:14Merci beaucoup.
Be the first to comment
Add your comment

Recommended