"Le compte n'y est pas" dans la lutte contre le narcotrafic, déplore ce mardi sur France Inter le maire de Marseille, Benoît Payan, à quelques heures de la visite d'Emmanuel Macron. Le chef de l'État est attendu à Marseille, un mois après l'assassinat de Mehdi Kessaci.
Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Benjamin Duhamel sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50
00:04Il est 7h49 sur Inter et Benjamin Duhamel, votre invité, est le maire de Marseille.
00:11Bonjour Benoît Pagnon.
00:13Bonjour Benjamin Duhamel.
00:14Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter en direct de Marseille.
00:17Alors que dans quelques heures vous accueillerez Emmanuel Macron dans votre ville.
00:21Une visite évidemment dominée par la question du narcotrafic plus d'un mois après l'assassinat du frère Damien Kessassi, militant engagé contre le trafic de drogue.
00:28Et le président de la République qui a déclaré dimanche, l'État gagnera cette nouvelle bataille.
00:34Et on a un petit peu l'impression d'entendre ce genre de propos à chaque visite présidentielle.
00:38C'est la méthode couée ou vous y croyez Benoît Payan ?
00:42D'abord on ne peut jamais baisser les bras face aux trafiquants, face aux narcotrafiquants.
00:46Ça n'a aucun sens de baisser les bras et se dire que la bataille est perdue d'avance.
00:51C'est finalement accepter que la mainmise des narcotrafiquants sur le pays, sur la ville ou sur le continent est définitive.
00:58Or, et il y a quelque chose de contre-intuitif dans ce que je vais vous dire, il y a des résultats.
01:03Il y a des résultats concrets contre le narcotrafic.
01:05Il n'y a jamais eu autant de narcotrafiquants en prison mis en examen.
01:09Les assassinats, même si je ne veux pas établir à l'antenne ce matin une comptabilité morbide,
01:13sont passés de 50 à 20 et puis à 10 cette année.
01:17C'est 8 de trop bien évidemment.
01:19Néanmoins, ce qui s'est passé avec l'assassinat de Médic Kessassi il y a un mois pile,
01:23c'est quelque chose qu'on n'avait pas connu.
01:25C'est-à-dire, vous en avez débattu sur votre antenne, c'est un crime d'avertissement.
01:29C'est un défi qui est posé à l'État.
01:31Un crime d'avertissement, Benoît Payan, des salariés d'Orange qui sont obligés de quitter leur entreprise
01:37parce qu'ils sont inquiets même s'ils sont progressivement en train de revenir sur leur lieu de travail.
01:41Vous avez vraiment l'impression que les choses s'améliorent ?
01:43Non mais attendez, d'abord on peut ergoter comme ça de qu'est-ce qui se passe, ce qui ne se passe pas.
01:49Est-ce que Marseille est devenue New Jack City ?
01:52Si vous voulez, on peut s'amuser à faire ça, ça ne fonctionnera pas avec moi.
01:55En effet, il y a des problèmes de sécurité et je n'ai cessé de réclamer des moyens supplémentaires.
02:00C'est une grande ville Marseille.
02:02Marseille, c'est deux fois et demi Paris, en surface, c'est cinq fois Lyon.
02:05Et cette nuit, Benjamin Duhamel, il y avait à peu près 39 policiers nationaux qui patrouillaient dans la ville.
02:12Donc vous voyez, on n'est pas vraiment à l'étiage.
02:14On a besoin d'avoir une présence policière, mais pas que, on a besoin d'une présence de l'État.
02:19L'État, c'est évidemment la police, la gendarmerie, la justice, mais c'est aussi les services publics.
02:24C'est une ville qui pendant des années et des années a été, gouvernement de droite et de gauche confondus d'ailleurs,
02:32a été finalement un peu regardée de loin.
02:35C'est un peu la belle endormie du sud du pays, au bord de la Méditerranée, où il y a l'OM et le soleil.
02:40Et puis pour le reste, ils se débrouilleront bien et on verra bien.
02:43Et donc, on a eu quoi ?
02:45On a eu une ville qui a pris un milliard d'euros de retard sur la question de la rénovation urbaine,
02:51un milliard de retard sur la question des transports, des écoles dans la Méditerranée.
02:54Mais juste sur la question du narcotrafic, qu'est-ce que vous allez demander au président de la République ?
02:59On entendait tout à l'heure dans le journal de 7h30,
03:01juste on entendait le témoignage de cette femme, Soraya, dans les quartiers Nord,
03:04qui disait, à chaque fois que le président vient, on l'entend,
03:06et puis ensuite, il repart.
03:09Ça ne sert à rien qu'il vienne, si ce n'est pas pour nous annoncer des choses concrètes.
03:12Qu'est-ce que vous allez lui demander ?
03:14Benjamin Duhamel.
03:15D'abord, je ne suis pas ici pour être le porte-parole du président de la République.
03:18Je crois que vous l'avez bien compris.
03:19Ce n'est pas le porte-parole, je vous demande ce que vous allez lui réclamer, justement.
03:23Je lui ai déjà réclamé, notamment la création du PNACO en 2021.
03:28Ça a fait rire tout le monde, y compris, alors ce n'était pas vous,
03:30sur l'antenne de France Inter, comme sur l'antenne de France Inter,
03:35où tout le monde est monté au créneau en disant, c'est n'importe quoi,
03:38on a l'arsenal qu'il faut, on n'a absolument pas ce qu'il faut.
03:40Donc, évidemment, je continuerai de lui réclamer le PNACO à Marseille.
03:44Et croyez-moi, ça ne me fait pas plaisir de réclamer un PNACO à Marseille.
03:48Ce n'est quand même pas la meilleure image du monde.
03:49Mais je veux être réaliste.
03:50Oui, il faut un PNACO.
03:52Il faut une police judiciaire spécialisée.
03:54En fait, les narcotrafiquants, n'imaginez pas qu'ils soient dans la ville.
03:58Les narcotrafiquants, les chefs, ne sont pas en bas des cités.
04:02On peut faire venir 1500 policiers, c'est très bien dans une opération d'importance.
04:06Et ça peut avoir son effet, mais ça a son effet un jour, deux jours.
04:10Il faut des effectifs stables de police judiciaire pour remonter les pistes de blanchiment.
04:15De quoi on parle ? De plusieurs milliards d'euros.
04:17Donc, vous considérez que le compte n'y est pas en l'État ?
04:21Le compte n'y est pas parce que la doctrine de l'État depuis un an,
04:26et j'ai l'impression que les choses sont en train finalement de rebouger dans le bon sens,
04:31a été complètement bouleversée.
04:33Depuis un an, on a vu une doctrine du ministère de l'Intérieur
04:36qui n'a pas mis le paquet comme le paquet aurait dû être mis sur le narcotrafic.
04:41Et pourtant, on a eu des policiers de la PJ qui ont continué de travailler.
04:45On a probablement le meilleur procureur de la République en matière de narcotrafic.
04:49Mais on voit évidemment que les choses ne se passent pas à Marseille aujourd'hui.
04:52Encore un mot sur le narcotrafic.
04:55Ce qui avait été souligné après l'assassinat du frère d'Amin Kessassi,
04:58c'est le silence de personnalités marseillaises, des rappeurs, du monde du sport.
05:02Lundi, Amin Kessassi lui-même a dit
05:04« Ils ont raté un coche, leur responsabilité doit être pointée, je les appelle à s'exprimer ».
05:08Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
05:09Est-ce qu'au-delà d'une visite présidentielle,
05:11vous appelez le monde culturel, littéraire, sportif marseillais
05:15à s'exprimer davantage sur la question du narcotrafic ?
05:17D'abord, on voit bien qu'au-delà du narcotrafic,
05:20le monde intellectuel dans son ensemble,
05:22qu'il soit culturel ou qu'il soit littéraire,
05:24se désengage de la politique et ne s'y intéresse pas.
05:26Il faut dire que les politiques ne les intéressent pas.
05:29Ça dépend des sujets.
05:31Là, est-ce que ce n'est pas plutôt une nomère ?
05:32Pardonnez-moi, mais quand on voit le niveau des politiques,
05:36on n'a pas trop envie d'entrer dans le débat.
05:38Là, on pourrait considérer qu'en effet,
05:41ce n'est pas vraiment politique
05:42et qu'il y a une forme d'aquabonisme ou de lassitude.
05:45Et donc, il faut que toute la société civile,
05:49et évidemment les artistes, les journalistes,
05:51les intellectuels, les écrivains...
05:53Donc, Jules, Soprano, il faudrait les entendre
05:55sur la question du narcotrafic.
05:56Non seulement, on ne va pas les pointer du doigt.
05:58Moi, je ne suis pas là pour dire aux uns et aux autres
06:01avec un doigt accusateur et sous injonction,
06:04Jules, tu vas parler, Soprano, tu vas parler.
06:06Les gens, ils font un peu comme ils veulent.
06:08En tout cas, vous voyez bien qu'il y a des tentatives d'intimidation.
06:11Donc, vous voyez qu'il y a des...
06:15Enfin, si vous voulez, on peut entrer dans ce genre de débat.
06:17Mais encore une fois, les gens font ce qu'ils veulent.
06:20Je vous dis dans leur ensemble que je ne vais pas les...
06:23Dans leur ensemble, ils devraient parler.
06:25Je ne suis pas là pour les pointer du doigt.
06:26Moi, je ne suis pas...
06:27Peut-être que vous, vous l'êtes.
06:27Moi, je ne suis pas directeur de conscience, Benjamin Duhamel.
06:30Je pense qu'en effet, certains devraient parler,
06:34comme des politiques d'ailleurs,
06:35qui se sont montrés extrêmement silencieux,
06:38comme des gens qui n'osent pas vraiment se lever face au narcotrafic,
06:42comme des gens qui sont aux responsabilités
06:44et qui ont peut-être plus de responsabilités que Jules ou que Soprano,
06:48qui sont restés sur cette question extrêmement silencieux,
06:51ou comme les gens qui me disent de me taire,
06:52ou comme les menaces de mort que je reçois
06:54et qui sont d'ailleurs très peu traitées par l'État.
06:57Mais on pourrait en reparler si vous voulez.
06:58C'est-à-dire, vous êtes en danger ?
07:00Vous avez le sentiment que l'État ne vous protège pas assez ?
07:03Moi, je ne me sens pas en danger.
07:04Je vous dis simplement que j'ai reçu près de 400 menaces de mort
07:09sur ces deux derniers mois.
07:11Heureusement que j'ai la police à Marseille.
07:12Pour le reste, il semblerait que certaines personnes
07:15aient été interpellées.
07:16Je ne sais pas qui, je ne sais pas quand, je ne sais pas comment.
07:19Donc, on a aussi besoin...
07:21Je suis maire de la deuxième ligne de France.
07:22Mais c'est des menaces qui ne sont pas liées au narcotrafic ?
07:27Mais qui ne sont pas claires.
07:28Ils ne sont pas claires.
07:29Il n'y a rien de très clair quand on vous dit
07:31qu'on va vous coller des balles dans la tête
07:33et qu'on ne vous dit pas pourquoi.
07:35Vous pouvez tout s'imaginer.
07:36Après, je ne vais pas me mettre dans une paranoïa particulière.
07:39Je préfère ne pas avoir peur
07:41et continuer de dénoncer ce que j'ai à dénoncer
07:43pour dire aux narcotrafitants
07:45qu'en effet, on ne doit pas avoir peur d'eux.
07:46En quelques secondes, Benoît Payan,
07:49sur le plan Marseille en grand
07:51qui avait été annoncé en 2021 par le Président,
07:535 milliards d'euros,
07:54il vient aussi faire le point sur ce plan.
07:56Et pourtant, vous dites,
07:58j'espère que...
07:59Ça, c'est vous qui le dites.
08:00Je n'en sais absolument rien.
08:01Vous dites, j'espère que le Président de la République
08:03n'arrive pas...
08:04Je ne peux pas imaginer qu'il vienne les poches vides.
08:06C'est-à-dire qu'en fait,
08:07il faut quand même rajouter de l'argent
08:09en plus de ces 5 milliards d'euros ?
08:11D'abord, c'est 5 milliards d'euros.
08:14Moi, en ce qui me concerne,
08:15c'est 400 millions d'euros pour les écoles.
08:17Pour le reste, ça avance.
08:19Le plan Marseille en grand,
08:20il y a des choses qui ont avancé.
08:21Il y a desquels sur les choses,
08:22les projets ont avancé.
08:25Certains pensent qu'avec des tweets,
08:26on arrive à construire des écoles.
08:28D'autres pensent qu'avec des tweets,
08:30on arrive à refaire ou à reprendre 30 ans d'incurie.
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