00:00Sangui Pastureau !
00:01J'aime bien la radio, j'en fais depuis longtemps, j'ai tellement l'habitude de ce média que
00:08si je faisais l'amour avec quelqu'un d'inconnu pour me protéger, je crois que j'utiliserais
00:11une bonnette de micro.
00:12Voilà, pour une fois qu'il y aura un accessoire à ma taille, oui mes chroniques c'est de
00:15la fiction, j'ai le droit de créer des mondes oniriques.
00:17J'aime la radio mais depuis que j'ai touché à la scène, ce triomphe m'a changé.
00:21Parce qu'il n'y a rien de mieux que de vivre un truc ensemble, on est tellement
00:24seuls aujourd'hui, tous devant des séries Netflix nulles, avec sur les genoux un plateau
00:28de sushi qui pue la dorade pas fraîche, les sushis sont séparés du wasabi par une fausse
00:32haie miniature en plastique, c'est glauque ! Si encore le bûcheron miniature de la bûche
00:36de Noël venait égaliser cette haie, mais même pas ! Les écrans nous ont transformés
00:40en zombies.
00:41Avant dans le TGV, moi je foutais un jean un peu slim, je remontais toute la rame en tortillant
00:44du cul, pour aller à la voiture au bar chercher un café, c'était mon alibi, parfois je buvais
00:48douze cafés, à la fin je tortillais tellement vite que c'était du twerk, mais parce qu'on
00:54se regardait les uns les autres, et moi je voulais déjà faire rêver les gens.
00:57Mais aujourd'hui, tout le monde dans le TGV regarde sa série « J'ai perdu » en
01:00muscles fessiers avec l'âge, j'ai le bas des fesses au niveau de l'intérieur
01:03des genoux.
01:04Newton avait dit que ça arriverait, mais bon, il pourrait encore y avoir 2-3 dingues
01:08de crémement blanc qui me reluquent, et ben non, on est indifférent aux autres, chacun
01:12dans sa bulle, les auditeurs ne le voient pas, mais là, pendant que je suis en train
01:15de parler, Daniel Morin fait son kéno, et ma beaujeur se demande ce qu'est le kéno.
01:19Donc au final, le seul moment où on est encore ensemble, c'est le spectacle vivant.
01:23Quand les gens vont voir un spectacle, pour l'exemple, j'ai pris le mien, un mot de
01:28style, que je continue.
01:29En février, je serai au Sébastopol à Lille, en octobre à la Ronde du Travail à Lyon,
01:33et partout ailleurs en France.
01:34Spectacle qui a obtenu 5 lanières dans BDSM Magazine, parce qu'à un moment, je me fouette
01:39avec un Martinez, qui en plus est vrai.
01:41Bon, et ben quand le public va voir ce spectacle proposé à un prix somme toute modique, il
01:44se connecte avec l'artiste, mais aussi avec ses voisins.
01:47Puisqu'il y a une étude neuroscientifique qui en atteste, les neuroscientifiques sont des
01:51gens sérieux.
01:52On les voit rarement dans le bêtisier de Noël, on peut les croire.
01:54Donc ils ont fait une expérience, ils ont mis des casques d'analyse d'ondes cérébrales
01:58à des spectateurs qui regardaient un spectacle à la télé.
02:01Ce qui est sympa, mais il manque tout, l'ambiance, la magie, le lieu, ils regardaient ça sur
02:05écran, seuls.
02:06Et là déjà, il y a eu stimulation, ça a fait comme le choixpeau dans Harry Potter,
02:11le casque a dit « il y a de l'agitation de cérébrale là-dessous les gars ».
02:14Voilà, pour l'exemple, j'ai pris un casque qui viendrait de la région PACA, parce que c'est
02:17plus chantant.
02:18Et je trouve d'ailleurs qu'on devrait faire comme ça pour toutes les voix de machine.
02:20Il y aura des distributeurs de boissons qui dirait « bon, tu ne vois pas qui manque
02:24que 10 euros pour faire des cafés, au pauvre con ». Voilà, bon, j'offre cette idée
02:27à la communauté.
02:28Bref, devant écran, lors d'un spectacle de danse, par exemple, le sentiment de lien
02:33avec l'artiste, l'engagement et la curiosité sont déjà là.
02:36Mais bon, on a quand même envie de se lever pour aller chercher une bière ou Old Laf,
02:40si on vit avec Old Laf, et qu'il accepte de se prêter à ce petit jeu qu'on a imaginé
02:43avec lui et un des capsuleurs.
02:44Ensuite, les neuroscientifiques ont mis les mêmes gens devant un spectacle de danse,
02:48mais ensemble, au cinéma.
02:50Et les casques se sont affolés, il y avait plus d'engagement encore, les cobayes ont
02:54vibré comme des petits canards qui seraient tombés sur un quart de nymphomane.
02:57Enfin, les spectateurs ont été invités en salle à voir le même spectacle de danse,
03:01mais cette fois face aux artistes.
03:02Et là, tout a changé.
03:03On parle de synchronisation cérébrale.
03:05Les cerveaux se sont calés à la même fréquence, particulièrement au cas de contact visuel
03:11avec l'artiste.
03:12L'échange de regard fait tout, s'il a tout de suite, je regarde Léila dans les yeux,
03:16son cerveau, cette lourde masse remplie d'infos pas toutes utiles, parce que parfois on a
03:20des invités qui viennent pour des livres pas top qu'elle doit lire quand même, son
03:23cerveau va se synchroniser avec le mien, nos différences seront toujours là, elle aime
03:28mot passant et les ballets russes, j'aime Ophélie Winter et renifler de la colle, mais
03:32nous serons ensemble.
03:33Alors bien sûr, je ne peux pas vous regarder madame dans les yeux parce que je ne pourrais
03:37plus lire cette chronique, mais l'idée est là.
03:38Le fait d'être dans l'interaction sur scène, dans le contact abat ce fameux mur invisible,
03:43vous savez, qui sépare le public de l'artiste.
03:45L'art, la beauté font le reste, on est ensemble, pas juste une impression d'ensemble, ensemble
03:49vraiment.
03:50Je me souviens du spectacle en rodage de Daniel Morin dans une salle si petite qu'il était
03:54presque sur le public, on aurait dit un plat de lasagne, j'avais crié « Ah, la soirée
03:58commence » en retirant ma chemise, certes, un peu précipitamment.
04:01Daniel, bon, je le vois ici tous les jours et j'en ai rien à foutre.
04:04Mais là, sur scène, il déployait son grand corps de camoran mazouté et il lançait à
04:09la fin des baisers dans l'air à destination de la foule en regardant tout le monde, vraiment,
04:13parce qu'il jouait les désabusés mais il a tellement besoin d'amour.
04:16Et bien vraiment, on se sentait connecté à lui et même entre nous, c'est ça que fait
04:19le spectacle vivant, c'est pour ça que c'est précieux, c'est ça que le streaming
04:23ne permet pas.
04:24On est là sans joie, sans dignité, en jogging devant de la télé-réalité pour cons qui
04:29nous déconnectent de nous-mêmes.
04:30Récemment, j'ai pris le métro à Paris, je travaille dans les médias, alors j'avais
04:33envie de voir ce qu'était cette diversité dont la gauche nous parle tant.
04:36Avant, il y a longtemps, dans le métro, je me souviens qu'il y avait des artistes de
04:39rue qui montaient un rideau entre deux bars et ils faisaient jouer des marionnettes avec
04:43des voix ridicules.
04:44« Oh là là, j'ai une voix ridicule ! » Bon, c'était mieux que ça.
04:47Tout le monde était gêné dans la rame, une fois j'ai vomi de gêne.
04:50Et puis, ils finissaient par nous cueillir et on se marrait tous.
04:52Les voyageurs se regardaient, il y avait un truc de l'ordre de l'humain qui passait.
04:56Aujourd'hui, dans le métro, on regarde des séries, chacun dans son coin et c'est triste.
05:00À chaque fois qu'une aide à la culture est supprimée et qu'une salle ferme, à
05:03chaque fois qu'un artiste n'a pas le temps de se développer parce que c'est le business,
05:06il décide d'arrêter.
05:07À chaque fois, c'est une connexion en moins qui se fait entre nous.
05:10L'art, le spectacle font du bien et nous réunissent.
05:13Alors, sortons, sortons et sortons ! Merci.