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00:00Bienvenue au Cœur du crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Je vous en prie, reprenez-en encore quelques-unes, conseille John en désignant l'énorme boîte de saucisses viennoises qui trône sur la table.
01:11Vous ne mangez presque rien et nous avons besoin de toutes nos forces pour affronter cette fin du monde.
01:18John Smith essaie de capter le regard de la dernière femme survivante de cette terre.
01:23Elle s'appelle Louise Olivier et elle est installée en face de lui dans un des plus réputés salons de thé, le Kensington.
01:35Un silence absolu règne dans cette salle habituellement submergée par le bruit.
01:40Il est pourtant cinq heures de l'après-midi, mais seule, absolument seule, leurs deux voix résonnent.
01:48« Je n'ai pas faim », se contente de répondre Louise, de nouveau le regard furtif.
01:57« Voulez-vous que j'aille vous chercher autre chose dans les cuisines ? Des pains au chocolat ? Je crois qu'ils ne sont pas trop rassis. »
02:07Les yeux de Louise ont sombré dans le vague. Elle a repris son expression d'animal terrorisé et elle n'écoute même plus ce que raconte cette arme qui la fixe avec détermination.
02:18« Ça y est, ça la reprend », marmonne John pour lui-même.
02:22Il se penche en avant.
02:23« Louise ! » s'énerve-t-il en bousculant légèrement son épaule.
02:26« Que se passe-t-il ? Regardez-moi au moins ! »
02:29Elle lève les yeux vers lui et se met à le fixer avec un regard de poulet hypnotisé.
02:38John respire un grand coup.
02:39« C'est déjà mieux ! » dit-il. « Ça fait la troisième fois qu'elle lui fait le coup. »
02:45Ils se sont découverts au bord d'une route déserte.
02:47Durant des jours et des nuits entières, John avait désespéré de rencontrer un de ses semblables encore vivants.
02:53Aussi, une joie immense, disons même hystérique, s'est emparée de lui lorsqu'il a vu cette petite femme de quarante, quarante-cinq ans, tout au plus,
03:03rescapée comme lui de l'abominable guerre nucléaire.
03:06« Une femme ! Une femme ! » s'est-il écrié.
03:10« De quoi continuer l'espèce ! »
03:12Louise, elle, a simplement dit « Bonjour, monsieur, enchanté de faire votre connaissance », en lui tendant une main tremblante.
03:19« John a tout de suite compris. Elle n'a pas tenu le choc mentalement. Il ne faut surtout pas la brusquer, a-t-il pensé. »
03:28Certes, depuis ce jour-là, Louise a fait quelques progrès grâce à ses efforts spectaculaires.
03:33Elle admet enfin qu'il y a eu un ennui nucléaire, pour reprendre sa propre expression,
03:39mais oublie facilement que lui, John Smith, et elle, Louise Olivier, sont les derniers survivants de cette terre.
03:46Et puis, elle s'obstine à dire qu'elle n'a que dix-huit ans.
03:53Bon, tout ça encore n'est pas trop gênant pour le plan de John Smith, qui n'a qu'une seule idée en tête,
03:58lui faire des enfants, beaucoup d'enfants.
04:02Mais lorsqu'elle refuse de dormir dans le même hôtel que lui, sous prétexte que sa religion l'en empêche,
04:08alors là, là, il n'est plus du tout, du tout d'accord.
04:13« Voyons, Louise ! » lui dit-il brusquement, bien décidé, à remettre le sujet sur le tapis.
04:17« Je respecte naturellement vos opinions, mais permettez-moi tout de même de vous dire
04:21que dans notre situation, votre attitude est un peu déplacée. »
04:28Elle le considère avec perplexité et détourne les yeux.
04:33« Si vous voulez parler de ma foi religieuse, John, je vous répète qu'il m'est impossible
04:40de vivre dans le péché avec vous, » répond-elle en ouvrant son sac de cuir noir
04:45qu'elle transporte toujours avec elle.
04:48Elle en retire une petite glace et un crayon avec lequel elle s'applique coquettement
04:52à redessiner le contour de ses lèvres.
04:56John Smith est pris d'une envie soudaine, presque irrésistible,
05:02de tordre son cou maigre, un peu flétri, et de poursuivre son chemin tout seul.
05:08Mais, hélas, il n'y a pas le moindre doute.
05:13Louise est la seule femme sur cette terre et il a besoin d'elle.
05:18« Si elle meurt ou si elle le quitte, l'humanité disparaîtra à jamais.
05:24Sacre vieille garce, » pense-t-il rageusement en s'efforçant de garder un visage placide.
05:30« Louise, ma tendre Louise, » lui dit-il, « il faut que nous regardions la réalité
05:35en face, aussi pénible qu'elle puisse être.
05:38J'ai passé trois mois dans les ruines du studio d'une station de radio de Rochester
05:42et j'ai écouté les voix jusqu'à ce qu'elles s'éteignent les unes après les autres.
05:46« Elles ont affirmé que l'Europe avait disparu, simplement disparu.
05:51Il n'existe pas un hectare qui n'ait été ravagé par la poussière radioactive.
05:56Il n'y a aucune nouvelle de Washington, New York, Londres, Paris, Moscou,
06:01Chongqing, Sydney de nulle part.
06:03Louise, nous sommes, je vous l'assure, le seul homme et la seule femme qu'il y ait au monde.
06:09J'ignore encore pourquoi.
06:11Nous n'avons pas été atteints ni par la poussière radioactive ni par les bombes.
06:14Nous sommes comme Adam et Ève dans le jardin d'Éden. »
06:20Une expression légèrement dégoûtée apparaît sur le visage de Louise.
06:24Visiblement, ses pensées vont directement vers les feuilles de vigne.
06:30« Et Dieu, poursuit-il, n'a certainement pas voulu que la race humaine s'éteigne ainsi.
06:36Il nous a épargnés, vous et moi, pour... »
06:40Il s'interrompt brusquement.
06:42« Comment pourrait-il s'exprimer sans la scandaliser ? »
06:46« Pour faire des enfants ne convient certainement pas, c'est trop suggestif. »
06:52« Pour transmettre le flambeau de la vie ! »
06:57conclut-il avec un trémolot dans la voix.
07:00Louise regarde fixement par-dessus l'épaule de John et cligne des paupières.
07:05« Je considère comme un véritable outrage ce que vous me proposez.
07:10D'autant que vous inventez tous ces arguments pour arriver à vos fins.
07:13Mais, voyez-vous, Dieu m'observe et si nous ne pouvons nous marier... »
07:17« Mais si ça n'est que ça, ma Louise ! »
07:21l'interrompt-il aussitôt.
07:22« Nous pourrions effectuer cette formalité ! »
07:26Cette fois, c'est Louise qui ne le laisse pas terminer sa phrase.
07:29« Sans l'autorisation de mes parents ! »
07:32« N'y comptez pas, John ! »
07:34« N'oubliez pas que j'ai à peine dix-huit ans ! »
07:38John a vraiment envie de pouffer d'un rire nerveux.
07:42En voyant cette femme d'âge mûr,
07:44adopter un regard de jeune fille scandalisée.
07:48Malgré ces trois couches de fond de teint,
07:51on ne peut se méprendre.
07:52Cette femme doit bien avoir quarante ans pour le moins.
07:57Et elle a eu le temps d'avoir plusieurs enfants,
07:58si ça se trouvait, qui sait, plusieurs maris.
08:01« C'est un ridicule ! »
08:03a-t-il envie de lui jeter à la figure.
08:06Mais il décide de continuer à jouer le jeu.
08:11« Nous n'allons tout de même pas attendre
08:12que vous ayez vingt-et-un ans, Louise ! »
08:16Et Louise poursuit.
08:18« Et sans ministre du culte protestant,
08:20vous n'y pensez pas, John ? »
08:24« Sans ministre du culte protestant, peut-être !
08:27Mais devant Dieu, en tout cas ! »
08:29répond-il promptement.
08:30« C'est lui-même qui nous donnera sa bénédiction ! »
08:34À ces paroles, Louise reste un peu interloquée.
08:40« Évidemment, » dit-elle, « dans ses conditions,
08:47mais... »
08:48John ne la laisse pas poursuivre, car il la sent faiblir.
08:51Il n'y a pas de « mais ! »
08:52« Je vous propose un mariage dans toutes les règles de l'art,
08:54et puis vous aurez la plus belle robe de mariée
08:57que vous ayez jamais vue,
08:59et un bouquet,
09:00et tout ce que vous désirez, Louise ! »
09:02« Tout ! »
09:03« Même une maison ! »
09:04« Vous savez, cette ferme en dehors de la ville ! »
09:06« Nous planterons toutes sortes de choses comme ça. »
09:08« On pourra s'alimenter sans vivre tout le temps
09:10sur les restes des restaurants ! »
09:12« Une robe de mariée, des fleurs, une maison ! »
09:15« Comment n'y a-t-il pas pensé plus tôt ? »
09:19En entendant ces mots,
09:21Louise a changé de regard.
09:25Ses yeux sont timides à présent.
09:30« Écoutez, John,
09:32vous avez semé le doute dans mon esprit.
09:35Sans doute avez-vous raison.
09:37Peut-être vivons-nous là,
09:39la fin du monde.
09:41Je vous allais me recueillir seul
09:43sur la colline sacrée près d'ici,
09:45et m'en ouvrir à Dieu. »
09:50Louise va-t-elle accepter
09:52d'épouser John Smith ?
09:55Dans quelques instants,
09:56vous saurez si le genre humain
09:58a encore un avenir.
10:07C'est la fin du monde.
10:10John Smith et Louise Olivier
10:12sont les derniers survivants.
10:15vont-ils arriver
10:17à perpétuer l'espèce ?
10:20Et dire que la survie de l'humanité
10:24repose entre les mains d'une folle,
10:28pense John.
10:30Louise s'est absentée
10:32depuis deux heures à présent.
10:33« Mais que peut-elle bien raconter
10:35à son Dieu ? »
10:36se demande-t-il
10:37au comble de l'impatience.
10:39Ne pouvant plus tenir en place,
10:40il se lève brusquement
10:41et se dirige vers la porte
10:42pour prendre l'air.
10:44« Au moins, des cigarettes,
10:45il y en aura toujours ! »
10:46se dit-il en tirant
10:47un paquet de sa poche.
10:49Soudain,
10:50il voit une silhouette
10:51se découper au loin.
10:53« La voilà qui revient ! »
10:54clopin, clopin.
10:56« Mon Dieu ! »
10:57comme elle a du mal à marcher,
10:59commande-t-il tout haut.
11:00Elle semble même boitée.
11:03Lorsqu'elle arrive à sa hauteur,
11:05il constate avec stupéfaction
11:07qu'elle s'est encore
11:09remaquillée.
11:10Elle paraît
11:10bouleversée.
11:12n'étenant plus,
11:13il demande
11:14« Alors, Louise,
11:16consentez-vous à m'épouser ? »
11:19« Oui, John.
11:20Si vous le désirez,
11:21je consens à vous épouser. »
11:24Il inspire profondément
11:25et propose
11:26« Ce soir, Louise ? »
11:30Elle répond
11:30« Ce soir ? »
11:33« Ça, je ne sais pas trop.
11:35Mais si vous croyez
11:36pouvoir prendre
11:37toutes les dispositions
11:38en temps utile... »
11:40John se retient
11:41de ne pas lui sauter au cou.
11:42« On ne sait jamais.
11:43Cela pourrait peut-être
11:44la faire changer d'avis, »
11:45pense-t-il.
11:46« Dites oui, chérie.
11:47Dites oui
11:48et faites de moi
11:48l'homme le plus heureux de... »
11:51Il s'embrouille
11:52dans le reste de sa phrase,
11:53mais cela n'a vraiment
11:54aucune espèce d'importance
11:55à présent,
11:56car il la voit
11:56hocher la tête
11:57d'un air soumis.
11:59« Tout ce que vous jugerez
12:01être pour le mieux, John. »
12:04Il s'approche d'elle
12:04et elle l'autorise
12:06à poser un léger baiser
12:08sur sa joue
12:09qu'il trouve, disons,
12:12un peu desséché.
12:14« Que penseriez-vous, »
12:16commence-t-il,
12:17« si nous nous marrions
12:18en haut de la colline sacrée.
12:20Nous serions ainsi
12:20à l'air libre
12:21face à Dieu.
12:22Mais si vous préférez ailleurs... »
12:25« Quelle merveilleuse idée ! »
12:27dit-elle, enthousiaste.
12:29« Eh bien, si vous le permettez,
12:30Louise,
12:31je vais vous laisser
12:32une heure ou deux
12:33pour m'occuper
12:34des préparatifs.
12:35Vous n'aurez à vous occuper
12:36de rien.
12:37je vais aller vous chercher
12:38le plus gros des diamants. »
12:42« Pendant ce temps,
12:43je vais tout de même
12:43essayer de trouver
12:44un témoin, »
12:45dit-elle,
12:46la voix chevretante.
12:48« C'est parfait,
12:49c'est parfait ! »
12:50répète-t-il
12:51en la laissant
12:51à ses illusions.
12:53« Rejoignons-nous là-bas
12:54à dix-huit heures,
12:55si vous le voulez bien,
12:57ma Louise. »
13:00Elle lui fait
13:00un petit signe
13:01de la main
13:02avant de quitter
13:03le salon de thé
13:04toute guillrette.
13:05« Maintenant, »
13:07pense-t-il
13:08en la regardant
13:09s'éloigner,
13:10« je n'en ai plus
13:11que pour quelques heures
13:12à devoir être
13:13aussi aimable
13:14avec cette bonne femme.
13:15Ensuite,
13:16elle sera enchaînée
13:17à moi pour toujours.
13:19Après,
13:19je ferai d'elle
13:20tout ce que je voudrais,
13:20même la battre
13:21si j'en ai envie.
13:23Alors,
13:23ça ne sera pas
13:24tellement désagréable
13:25d'être le dernier
13:26homme sur terre.
13:27Pas désagréable
13:29du tout ! »
13:30« Ah ! »
13:30Tout en songeant à cela,
13:32John laisse échapper
13:33un énorme rire.
13:34Comme c'est bon
13:36de ne plus
13:36se sentir contraint.
13:39Et puis,
13:40son visage
13:41redevient subitement grave.
13:44Il se demande
13:45« Combien d'enfants
13:47pourra-t-elle
13:48encore me donner ? »
13:50« Un ?
13:50Deux ? »
13:52« Peut-être trois ? »
13:54John n'a jamais
13:55jugé nécessaire
13:56d'avoir des enfants
13:57auparavant.
13:58Cela représentait pour lui
13:59une source d'ennuis
14:00avant tout.
14:01Étant chercheur
14:02en biologie,
14:03il pensait qu'une découverte
14:04un peu géniale
14:05suffirait à le rendre
14:07immortel.
14:08Le nom de John Smith
14:09serait dans tous les livres
14:10de biologie moléculaire,
14:12croyait-il.
14:13À présent,
14:14ce qui lui semble
14:15le plus important
14:15au monde,
14:17c'est de donner la vie
14:18et non de l'étudier.
14:21Le monde est revenu
14:23à la case départ.
14:24Tout,
14:25rigoureusement,
14:26tout est resté
14:27à sa place.
14:27Ici,
14:28seuls les humains
14:29ont été décimés
14:30par la radioactivité.
14:33John se dirige
14:34vers le rayon
14:34le plus luxueux
14:35du prêt-à-porter masculin.
14:37Il choisit
14:37un costume
14:39en alpaga bleu marine,
14:41un nœud papillon
14:42plus une chemise
14:43de soie.
14:44Il en profite aussi
14:45pour changer de chaussure
14:46et opte
14:47pour une paire élégante
14:48aux grains raffinés.
14:49Puis,
14:50il décide
14:51de raser sa barbe
14:53devant un énorme
14:54miroir grossissant.
14:56Un coup de peigne
14:57dans ses cheveux bruns.
14:58« Et voilà le travail ! »
15:00dit-il tout haut.
15:04Allègrement,
15:04il descend
15:05les marches
15:06quatre à quatre
15:06pour rejoindre
15:07l'étage inférieur.
15:08Heureusement,
15:09qu'il passe devant
15:10une vitrine de bijoux,
15:11il allait oublier
15:11les alliances.
15:13Il ne fait
15:13ni une ni deux,
15:15il s'empare
15:15d'un long marteau
15:16au rayon bricolage
15:18et fracasse
15:18la petite vitrine
15:19dont le verre
15:20s'éparpille en mille éclats.
15:21Aussitôt,
15:22la sirène antivol
15:23retentit
15:24dans tout le premier étage.
15:25John Smith
15:26s'est pris
15:27d'un rire nerveux
15:28en ramassant
15:28une poignée d'alliance
15:29en diamants
15:30qu'il met dans sa poche.
15:32« Sur le tas,
15:33il y en aura bien
15:33au moins une
15:34qui ira à son doigt,
15:35se dit-il. »
15:37Lorsqu'il arrive,
15:38en haut de la colline,
15:39de gros nuages
15:40menacent d'éclater.
15:41Louise Olivier
15:42est déjà là.
15:44« Mais où a-t-elle
15:45été pêchée
15:46cette tenue ? »
15:47se demande John.
15:48« On dirait
15:49qu'elle porte une robe
15:50d'il y a cent ans. »
15:53Elle rougit
15:53en l'apercevant.
15:55« Nous allons avoir
15:56un orage, John. »
15:58Dieu marque ainsi
15:59sa présence.
16:01« Ne croyez-vous pas ? »
16:02« Hein ? »
16:02« Oui, oui, oui,
16:03c'est ça,
16:03c'est un signe,
16:05je crois. »
16:06acquiesce John
16:07l'art de toutes
16:08ses fadaises.
16:09« Vous êtes prête,
16:10Louise ? »
16:12« Oui. »
16:14Il s'agenouille
16:14tous deux
16:15la main dans la main.
16:17John sort
16:18deux alliances
16:19de sa poche.
16:20Il parle le premier.
16:21« Louise Olivier,
16:24consentez-vous
16:24à prendre pour époux
16:25John Smith
16:26ici présent
16:27pour le meilleur
16:28et pour le pire. »
16:31« Oui. »
16:33Le tonnerre gronde
16:33avec force à présent
16:34et de grosses gouttes
16:36de pluie tombent
16:37sur eux
16:37à une vitesse
16:38fulgurante.
16:40« John Smith,
16:43consentez-vous
16:43à prendre pour épouse
16:45Louise Olivier
16:46ici présente
16:47pour le meilleur
16:48et pour le pire. »
16:50demande-t-elle
16:51à son tour.
16:53Il se retourne
16:54vers elle
16:55et la regarde
16:56dans les yeux.
16:58Quel drôle
17:00de mariée
17:01elle fait.
17:03Sa permanente
17:04est tombée
17:04comme un soufflé,
17:06ses cheveux
17:07ruissellent,
17:08son épais
17:09maquillage
17:09dégouline
17:10et laisse
17:11entrevoir
17:12une peau
17:13bien abîmée.
17:15En effet,
17:16des sillons
17:17autour de sa bouche
17:18et de ses yeux
17:20apparaissent
17:20très nettement
17:21même sous son
17:22voile
17:23de tulle blanc.
17:26« Oui ? »
17:28répond John
17:28un peu ébranlé
17:29par ce contraste.
17:32Il s'empare
17:32des alliances
17:33et attire
17:33à lui
17:34la main gauche
17:35de Louise
17:35pour en glisser
17:36une à son doigt.
17:38Il retire
17:38d'abord délicatement
17:39le long
17:40gant blanc
17:40qui remonte
17:41jusqu'à l'avant-bras
17:42et découvre
17:44avec stupeur
17:46de multiples
17:47taches brunes
17:48sur le dos
17:48de sa main
17:49des taches
17:50de vieillesse.
17:52Mais
17:52quel âge
17:54avez-vous donc
17:55en fait,
17:55Louise ?
17:57Mais
17:58voyons,
18:00John,
18:01mais...
18:02Il saisit
18:03son sac
18:03qu'elle a déposé
18:04entre deux
18:05et se met
18:06à le fouiller
18:06frénétiquement.
18:07Il en sort
18:07sa carte
18:08d'identité
18:09et lit
18:09« Né
18:11le 9 mars
18:131928.
18:17Il ne faut pas
18:17beaucoup de temps
18:18à John
18:18pour effectuer
18:19le rapide calcul.
18:22Soixante ans.
18:24Elle a
18:25soixante ans !
18:27Mais comment
18:27a-t-il pu
18:28se tromper
18:29à ce point ?
18:30Soixante ans !
18:32s'écrit-il
18:33en fusillant
18:33Louise du regard.
18:34Vous avez
18:35soixante ans !
18:36Vous n'êtes
18:37une vieille folle
18:38incapable
18:39de me donner
18:40le moindre enfant !
18:42Mais quoi,
18:44John ?
18:45dit Louise
18:45effondrée.
18:47Je suis tout de même
18:47pas mal
18:48pour soixante ans.
18:49Non !
18:51Vous venez
18:56d'écouter
18:57Au cœur
18:57du crime,
18:58un podcast
18:59issu des archives
19:00d'Europe 1.
19:01Réalisation
19:02Julien Tarot.
19:03Production
19:04Estelle Laffont.
19:05Patrimoine sonore
19:06Sylvain Denis,
19:07Laetitia Casanova
19:09et Antoine Reclus.
19:13Au cœur du crime
19:13est disponible
19:14sur le site
19:15et l'appli Europe 1.
19:17Écoutez aussi
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19:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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