Lors de la perquisition au domicile des grands-parents d'Émile, disparu le 8 juillet 2023, deux vélos ont été saisis le 16 décembre dernier par les enquêteurs de la section de recherches de Marseille, a appris BFMTV. Ils vont désormais faire l’objet d’expertises.
00:00Dans les montagnes du Haut-Vernay, deux ans et demi après la disparition d'Emile, la mort du petit garçon reste toujours un mystère.
00:11Comment cet enfant âgé de deux ans et demi à l'époque est-il mort ? Que lui est-il arrivé ce 8 juillet 2023 ? Qui est responsable ?
00:21Une dizaine de gendarmes spécialisés travaillent quotidiennement sur ce dossier et multiplient les interrogatoires et les perquisitions.
00:30Dernière en date, celle du 22 décembre, menée par six d'entre eux, au domicile des grands-parents d'Emile au Haut-Vernay.
00:39Ce qu'on sait, c'est que les enquêteurs de la section de recherche, donc les gendarmes de Marseille, sont retournés au Haut-Vernay ces derniers jours dans le cadre de perquisitions,
00:46qui ont donc été ordonnées par le juge d'instruction. Et lors de ces perquisitions, il y a eu des saisies.
00:53Tout est passé au peigne fin. Rien n'est laissé au hasard. Aucun doute ne doit subsister.
00:58La procédure semble s'accélérer, car huit jours plus tôt, le 16 décembre, les enquêteurs s'étaient déjà rendus sur place.
01:07Le 16 décembre a donné lieu à des saisies au Haut-Vernay, notamment chez ma cliente. Ces saisies et cette perquisition ont été faites au vu de tous au Haut-Vernay.
01:20Il n'y avait pas de dispositif de façon à cacher cette opération. Je vous assure qu'une dizaine de personnes appartenant à la gendarmerie qui se présentent au Haut-Vernay un 16 décembre,
01:28cela, par définition, se remarque, oui.
01:32Ils ont saisi plusieurs objets et notamment, ce qu'on est en mesure de dire aujourd'hui, c'est qu'ils ont saisi deux vélos dans le garage des grands-parents du petit Émile dans leur logement du Haut-Vernay.
01:41Car au fur et à mesure de l'enquête, les circonstances du décès d'Émile semblent se préciser.
01:48Des détails contenus dans un rapport anthropologique rendu en début d'année filtrent peu à peu et accréditent l'intervention d'un tiers dans la mort du petit garçon.
01:58Les conclusions de ces expertises permettent de considérer l'hypothèse que le corps n'est pas demeuré au même endroit et dans le même biotope au cours du processus de décomposition et qu'il n'a pas été enfoui.
02:09Vous aurez compris donc que les expertises introduisent la probabilité de l'intervention d'un tiers dans la disparition et la mort d'Émile Soleil.
02:20Quelqu'un a déplacé le corps et il apparaît sur le crâne un traumatisme facial à résultat d'un coup violent.
02:27L'hypothèse d'un coup volontaire qui aurait été porté potentiellement avec un objet est privilégié par les enquêteurs.
02:33Car l'expertise de la boîte crânienne du petit garçon révèle une lésion à côté du zygomatique droit.
02:40Cet os situé en haut de la pommette.
02:43On cherche donc ce qui a pu causer cette lésion et l'une des hypothèses mène les enquêteurs à ces vélos afin de vérifier si effectivement un choc avec l'un de ces vélos peut causer cette fameuse lésion.
02:55Une blessure qui écarte la piste d'une chute accidentelle.
02:59On a maintenant la certitude qu'Émile ne s'est pas perdu seul, qu'il y a l'intervention d'un être humain pour expliquer la disparition et la mort de l'enfant.
03:07Ce n'est pas rien.
03:07Ça veut donc dire qu'à un moment donné, quelqu'un a donné la mort à Émile volontairement ou involontairement.
03:14Est-ce ce coup qui aurait provoqué la mort d'Émile ?
03:17Le rapport ne le précise pas.
03:19En revanche, un autre élément trouble les enquêteurs.
03:23Les vêtements récupérés à proximité du crâne de l'enfant sont restés intacts.
03:28Ils auraient donc été transportés, puis déposés peu de temps après leur découverte.
03:33Ça veut dire deux choses.
03:35Soit quand Émile est mort, il n'avait pas les vêtements qui ont été retrouvés sur ce chemin forestier à proximité du hameau de Villevieille, au Vernet.
03:46Soit il avait ses vêtements, mais ils lui ont été retirés au moment de son décès pour ensuite être déposés avec ses ossements.
03:56Qui aurait déplacé le corps ?
03:58Qui serait à l'origine de ce coup porté au visage de l'enfant ?
04:02En juillet 2023, l'enquête démarre avec une première question cruciale.
04:08Où Émile a-t-il été vue pour la dernière fois ?
04:11Les premiers témoignages, ceux de la famille notamment, expliquent que l'enfant a disparu à 17h15, au milieu de la place de ce hameau paisible.
04:21Immédiatement, des chiens à l'odorat exceptionnel sont déployés dans le village pour tenter de retracer le trajet qu'aurait pu emprunter l'enfant à partir de la maison de ses grands-parents.
04:32Un voisin dit avoir aperçu Émile marcher vers le bas du village.
04:36Ce témoin m'a expliqué qu'il faisait des travaux dans son habitation cet après-midi-là, qu'il avait vu, aperçu le petit garçon.
04:49Pour lui, il était entre 16h45 et 17h. Il a vu que le petit descendait.
04:57Et on est sur un terrain qui descend, sur une pente.
04:59Donc c'est vrai que quand ceux qui ont eu des enfants et qui connaissent ces enfants, un enfant de 2 ans, 2 ans et demi, on a du mal à imaginer que naturellement il va monter.
05:08Il va plus forcément descendre.
05:09Et c'est d'ailleurs sur ce chemin que les chiens ont repéré sa trace.
05:14Ils ont arrêté de marquer ici, là, ici, au lavoir.
05:18Et il semble, celles et ceux qui connaissent le petit et sa famille, que le petit Émile aimait venir ici.
05:24Pourquoi ? Parce que là, il y a des lapins dans une cage.
05:27Et apparemment, il aime beaucoup venir voir les lapins.
05:30Donc il n'y a rien de surprenant à ce qu'il soit peut-être venu ici, s'il en avait l'habitude, voir les lapins, donner à manger aux lapins.
05:36C'est la dernière trace qu'on a d'Émile après.
05:40Oui. A priori, oui. C'est là. C'est ici.
05:46Émile se serait alors volatilisé.
05:50Les enquêteurs ont interrogé un voisin qui livre un témoignage crucial.
05:54Il a raconté qu'il avait vu le petit Émile descendre la rue.
05:58Et puis, il dit avoir vu trois personnes partir peu de temps après à sa recherche.
06:02D'abord, le grand-père, ce qu'on savait déjà, mais aussi un oncle et une tante du petit Émile, qui sont âgés de 16 et 18 ans.
06:08Sauf que 7 à 10 minutes plus tard, selon nos confrères du Parisien,
06:12ce témoin aurait aperçu le grand-père, l'oncle et la tante d'Émile remonter la ruelle en direction de leur domicile.
06:19Qu'ont-ils vu exactement ? Pourquoi sont-ils revenus si vite vers la maison du Auvergne ?
06:26Une attitude qui intrigue les enquêteurs.
06:30Alors, le 25 mars 2025, au petit matin, il sonne à la porte de la demeure familiale de la Bouilladis, à 165 kilomètres de là,
06:40et place en garde à vue les grands-parents d'Émile, son oncle et sa tante, pour homicide volontaire et recel de cadavres.
06:47Ils sont emmenés dans des lieux différents pour être auditionnés.
06:54Il y en avait deux, Anne et Philippe Védovigny, les époux, qui étaient dans les locaux de la section de recherche de Marseille.
07:01Il y avait également leur fille, qui, elle, était du côté de Roquevert, un village voisin, et puis leur fils, qui semble être à Aubagne.
07:09Donc oui, chacun était dans un bureau face à des enquêteurs.
07:12Philippe Védovigny était, lui, face au directeur d'enquête.
07:15Ce n'est pas rien.
07:16Il était face à l'homme qui gère la cellule humile depuis maintenant 20 mois.
07:21Ça veut aussi bien dire, quand on lit entre les lignes, que la personne prioritaire pour les enquêteurs ces dernières heures,
07:28c'était naturellement le grand-père Philippe Védovigny.
07:30– Nous avions le directeur d'enquête qui était face à nous, avec une ambiance, j'allais dire, évolutive, sur 48 heures,
07:37des moments où il y avait plus de tensions que d'autres, des moments où c'était plus apaisé.
07:42– Est-ce que par moments, j'imagine, ils ont essayé de pousser votre client dans ses retranchements ?
07:45– Oui, tout à fait. Et ça aussi, c'est habituel, ce n'est pas lié à ce dossier.
07:49Vous avez toujours ces méthodes des enquêteurs qui sont là pour obtenir des vérités,
07:53et qui forcément vont parfois pousser le trait, parfois hausser le ton, c'est parfaitement logique.
08:02– Ces gardes à vue étaient prévues de longue date, les interrogatoires parfaitement préparés.
08:08– On sait que les enquêteurs avaient un certain nombre d'éléments techniques, scientifiques.
08:14Ils ont recueilli énormément de choses au cours de l'enquête et qu'ils les ont présentées.
08:18– Il y a une table, il y a différents documents, ça peut être des photographies, des textes, etc.
08:22Toutes sortes d'éléments, et on leur a demandé leur avis.
08:26Comment expliquez-vous que tel élément soit apparu à ce moment-là,
08:29lors de la disparition du petit émile ?
08:31Bref, ils ont vraiment été confrontés au moindre détail de cette fameuse journée
08:35où le petit garçon a disparu dans le hameau du Haut-Vernay.
08:40Selon l'avocat Dan Védovini, revenir sur cette journée tragique a été douloureux.
08:45– Voilà une grand-mère, endeuillée par la perte d'un petit-fils dans des circonstances
08:52que chacun sait pour être parfaitement épouvantables.
08:55On a forcément du mal à se figurer l'intensité qui règne alors dans cette situation
09:00parce qu'elle est, je le disais, terriblement originale, atrocement originale.
09:03Des détails sont dévoilés au gardé à vue,
09:08comme la certitude de l'intervention d'un tiers à l'attente de l'enfant.
09:11– Elle a découvert effectivement cette information pendant le temps de la garde à vue.
09:18C'est effectivement un élément important qui l'a impacté.
09:24C'est une information qui a été importante à entendre et difficile aussi à entendre pour elle.
09:33Les enquêteurs analysent les réactions des proches d'Emile
09:37lorsqu'il leur révèle de nouvelles informations.
09:42– Parfois des choses qu'il a pu apprendre ont été particulièrement déstabilisantes pour lui
09:47et je pense surtout au coup dont Emile a été victime.
09:52C'est violent, le premier communiqué de presse de M. le procureur de la République
09:56faisait état de fractures post-mortem sur le crâne d'Emile
09:59et là on nous parle d'un traumatisme facial.
10:02Vous ne pouvez pas être insensible à cette information,
10:06vous ne pouvez pas être déstabilisé,
10:09mais malgré tout il a réussi à se ressaisir et à parler,
10:14à donner toutes les explications, toutes les réponses qu'on lui demandait.
10:18La garde à vue des grands-parents et de leurs deux enfants
10:21est prolongée quasiment jusqu'au bout de la durée légale maximum.
10:26– Ils sont extrêmement épuisés, fatigués,
10:29ils ont été enfermés pendant 48 heures.
10:31Une garde à vue c'est extrêmement violent,
10:33on perd toute notion du temps puisqu'on a enfermé 24 heures sur 24.
10:37– La grand-mère d'Emile, elle a été abattue,
10:40elle a été vraiment épuisée, marquée.
10:42Philippe Védovigny, lui, quand le directeur d'enquête
10:44qui a mené les interrogatoires lui a dit
10:47« Ben voilà, la garde à vue est levée, vous pouvez partir »,
10:49la première réaction de Philippe Védovigny, ça a été
10:51« D'accord, mais je fais quoi ? Je vais où ? »
10:54Il n'avait pas compris la fin de ce qu'il venait d'affronter
10:58et donc c'est son avocate qui lui a dit
11:00« Mais Philippe, c'est bon, vous pouvez partir,
11:02vous pouvez maintenant rentrer chez vous. »
11:06Les gardes à vue sont levées au milieu de la nuit,
11:08sans qu'aucun des proches d'Emile ne soit mis en examen.
11:12Une décision dont se réjouit l'avocate du grand-père
11:15qui assure que son client a pleinement coopéré.
11:18– Les enquêteurs ont fait leur travail,
11:22ils avaient depuis hier beaucoup de questions à nous poser,
11:25on a répondu à l'intégralité des questions,
11:27je pensais qu'on pouvait s'expliquer sur tous les points,
11:30il y avait peut-être des zones d'ombre à lever,
11:32c'était le but, on l'avait dit dès les obsèques d'Emile
11:35qu'on voulait participer à l'œuvre de vérité.
11:38Voilà, je vous avoue que c'est un soulagement pour eux,
11:42pour l'avocat aussi, voilà, parce que c'est bien.
11:46– Au-delà des aspects éprouvants de ces gardes à vue,
11:49elles ont eu au moins un intérêt pour la famille d'Emile.
11:53– Cette mesure a présenté le mérite, du coup,
11:56de porter à la connaissance de ma cliente
11:58l'ampleur des investigations qui ont été conduites
12:02dans le cadre de cette mesure.
12:04Et nous avons pu toucher du doigt
12:05ce travail véritablement admirable
12:08de la section de recherche de Marseille
12:11qui a conduit depuis ce drame
12:14un nombre incalculable d'investigations.
12:17Cela a eu un effet, je dirais, rassurant
12:19pour la personne gardée à vue
12:20parce que dans le même temps,
12:23elle savait quel était le soin porté par ses enquêteurs
12:25à lui apporter peut-être un jour la vérité.
12:29– Ces fins de garde à vue mènent-elles à une impasse ?
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