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Les clefs d'une vie - Jean-André Charial

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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2025-12-24##

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Les clés d'une vie, celle de mon invité, vous avez fait HEC, ce qui dans votre cas pourrait signifier hautes études de cuisine.
00:11Avec vous, nous allons préparer un Noël sous des étoiles, trois exactement.
00:16L'amoureux de la vigne que vous êtes n'a jamais travaillé en vain, nous allons le démontrer.
00:20Bonjour Jean-André Charial.
00:22Alors on se retrouve aujourd'hui, bon, on va célébrer, on a célébré voici quelques jours vos 4 fois 20 ans,
00:27ou 20 ans et 4 fois plus tôt qu'une, on va en parler, mais le principe des clés d'une vie,
00:32c'est d'évoquer votre parcours à travers des dates clés, vous le savez,
00:35et j'ai trouvé des dates clés de votre parcours, et pas seulement de votre parcours,
00:39pour évoquer l'Ousteau de Beaumanière et tout ce que vous avez fait.
00:42Alors, 15 février 1958, c'est la première télé, non pas de Jean-André Charial, mais de Raymond Tuillier.
00:50Ce jour-là, on le voit au port de Marseille, il y a une arrivée de barriques de vin d'arbois sur le port de Marseille,
00:56qui sont débarqués du paquebot Labourdonnais, qui ont voyagé dans les îles lointaines,
01:01et s'est fêté à Beaumanière.
01:03Je n'étais pas là, bien sûr, en 1958, j'avais 13 ans,
01:07mais c'est drôle parce que c'est la première fois qu'on parle de cet événement, de cette anecdote,
01:13je n'en ai jamais entendu parler.
01:14Et vraiment, on évoque la capitale des Vins-le-Jura, bien sûr, Arbois,
01:20il y a des invitiés, il y a autour de la piscine de Beaumanière,
01:23il y a Alain Bombard, qui a été un médecin au départ,
01:30qui a réussi une traversée en solitaire de l'Océan Atlantique,
01:33et puis il y a quelqu'un dans le film que j'ai vu à la télévision,
01:37qui parle beaucoup avec votre grand-père, c'est celui-ci.
01:40Je pense que quand on pense au Japon, on pense au Tempura,
01:44qui est une friture, ou ce qu'il y a qui est, une cuisson.
01:48Raymond Oliver, qui était apparemment très très ami avec notre grand-père et Montuyer.
01:52Ça, je ne me souviens rien.
01:54Et c'est vrai que Raymond Oliver a animé la première émission de télévision,
01:58Art et Magie de la Cuisine,
02:00et je ne sais pas si vous le savez, mais quand l'émission était terminée,
02:02qui était en direct le lundi soir,
02:04toute l'équipe se précipitait et mangeait ce qu'il y avait sur la table.
02:07Oui, ça ne m'étonne pas.
02:09C'est le premier qui a su faire passer l'amour de la cuisine comme ça, à part les ondes.
02:14Exactement.
02:14Alors Raymond Thuillier, au départ, votre grand-père...
02:17C'est mon grand-père, c'est le père de ma mère.
02:19Exactement.
02:20Il est né à Chambéry,
02:22et je crois que sa mère a eu droit à une concession d'une petite gare à Privas,
02:26parce qu'il fallait bien élever son fils et que son père était mort.
02:29Oui, en fait, c'est ça.
02:30Son père était cheminot,
02:32c'était les cheminots qui mettaient le charbon dans les locomotives,
02:36qu'ils avaient chaud devant et froid derrière.
02:38Et en général, il ne dépassait pas 40 ans.
02:40Et en tant qu'employé du PLM,
02:42veuve d'un employé du PLM,
02:45on m'a donné à mon arrière-grand-mère la concession du buffet de la gare de Privas.
02:49Il y avait à l'époque des trains,
02:51il n'y a plus de trains maintenant en Ardèche,
02:52mais à l'époque, il y en avait.
02:53Et donc, mon grand-père a vu sa mère faire la cuisine tous les jours
02:57pour les voyageurs qui descendaient et qui s'arrêtaient au buffet de la gare de Privas.
03:02Donc Raymond Thuillier, votre grand-père, a été élevé au milieu des fourneaux ?
03:05Oui, il a été élevé à Privas,
03:07parce que quand sa mère s'est installée à Privas, il avait 3 ans.
03:12Et il se trouve ensuite qu'il a pris un tout autre chemin.
03:15Je crois qu'il est devenu, entre Lyon et Paris,
03:19quelqu'un d'important dans le monde des assurances.
03:21Oui, c'était le patron de la branche vie de l'Union,
03:25qui était à l'époque une compagnie importante,
03:27qui est devenue après l'UAP, puis AXA.
03:31Mais bon, il était spécialiste de la...
03:35Enfin, spécialiste, c'est pas le mot, mais le responsable de la branche vie.
03:40À l'époque, c'était difficile.
03:41Il racontait toujours qu'en 1918,
03:44allait tirer des sonnettes pour vendre de l'assurance vie.
03:46C'était pratiquement mission impossible.
03:49Personne ne savait ce que c'était.
03:50Et il est arrivé tellement bien, d'ailleurs, qu'il a gagné beaucoup d'argent.
03:54Oui, parce qu'il était à la commission,
03:56donc il gagnait plus d'argent que le président.
03:58Il vendait beaucoup.
03:59Je crois qu'il s'est offert un bateau.
04:01À Cannes, avec un marin.
04:03Voilà.
04:04Et il a aussi roulé en Bugatti.
04:06Oui, il en avait plusieurs.
04:08La Bugatti, il faut savoir, à l'époque, c'était la voiture de luxe par excellence.
04:11Oui, absolument.
04:12C'est Jean Bugatti, le fils de Étant, le créateur,
04:15qui avait créé les Bugatti 50, 55 et 57,
04:19loués pour leur beauté, l'unité de leur ligne et l'équilibre esthétique.
04:23Oui, ma mère me disait toujours qu'elle était un peu intimisée
04:29parce que mon grand-père venait la chercher avec la Bugatti à la sortie de l'école.
04:34C'était l'équivalent aujourd'hui d'une McLaren ou quelque chose comme ça.
04:41Oui, donc ça faisait son effet.
04:44Alors, en même temps, Raymond Tuillier aimait la cuisine.
04:47Je crois qu'il dévorait, si j'ose dire, des livres de cuisine.
04:49Oui, il était surtout, en tant qu'assureur, il était souvent au restaurant.
04:54Il était très ami avec Fernand Point.
04:56Oui.
04:57Il était basé à Lyon, mon grand-père.
05:00Donc, il avait une maison à Lyon, une maison à Irigny,
05:02qui est sur les collines lyonnaises.
05:05Et il partait de Lyon.
05:06Il était responsable de tout le sud-est dans un premier temps,
05:09avant d'être responsable de la France.
05:10Et il connaissait bien les restaurants.
05:13Il invitait tout le temps des agents pour les motiver.
05:17Et en même temps, il découvrait les coulisses, les cuisines.
05:20Voilà, c'est comme ça qu'il est devenu très ami avec Fernand Point à Vienne
05:23et d'autres grands cuisiniers.
05:26Et quand je dis qu'il lisait des livres de cuisine,
05:29je crois qu'il avait lu tous les livres d'Antonin Carême,
05:32qui est le premier à avoir codifié la grande cuisine.
05:35Et Auguste Escoffier, qui a, je crois, créé le métier de cuisinier.
05:38Je ne sais pas s'il a créé, mais enfin, il a écrit un livre qui fait date.
05:43Quand on regarde les recettes, parfois on prend peur.
05:47Pourquoi ?
05:48Parce qu'il y a tellement de truffes, tellement de produits onéreux aujourd'hui
05:53que ces recettes sont difficilement réalisables aujourd'hui.
05:57Et on l'appelait le roi des cuisiniers et le cuisinier des rois.
06:00Absolument.
06:00Alors, il se trouve qu'un jour, votre grand-père, à 51 ans,
06:04décide de concrétiser son rêve.
06:05Oui, c'est-à-dire qu'il tombe amoureux d'un vieux masque.
06:11Je ne sais pas si c'est une vergerie, mais enfin, c'est un masque agricole.
06:16Un vieux masque du XVIIe siècle.
06:19Et ils ont amoureux, ils l'achètent en 1943, pendant la guerre.
06:22Ce masque, c'est au Beau-de-Provence.
06:24À l'époque, personne ne connaît les Beau-de-Provence.
06:26C'est presque inaccessible.
06:28Pendant la guerre, surtout.
06:30Mais c'est un endroit niché au fond d'un val, le Val d'Enfer.
06:37Où on dit que Dante a écrit une partie de la Divine Comédie.
06:42Et ce masque, il y a peu d'habitants au Beau.
06:47Les Beau étaient très connus au Moyen-Âge.
06:50C'était la capitale de la Provence.
06:52Mais en 1900, pendant la guerre, effectivement, il n'y a personne.
06:55Oui, les princes des Beau ont contrôlé une partie de la Provence pendant des décennies.
07:00On disait d'ailleurs qu'ils descendaient du roi-mage Balthazar.
07:02Oui, c'est exact.
07:03C'est-à-dire que la légende veut que les rois-mages suivant l'étoile,
07:10l'étoile se soit arrêtée, l'étoile à Césarée, qui est l'emblème du village des Beau.
07:15Et de Beau-manière, d'ailleurs, se soit arrêtée juste au-dessus du village des Beau.
07:19Et la devise, c'était au hasard Balthazar.
07:22Oui, c'était la devise qu'il y avait sur les armures de tous les chevaliers des Beau.
07:27Et il faut savoir aussi que le prince de Monaco est prince des Beau.
07:31Il est marquis des Beau.
07:31Marquis des Beau.
07:32Parce qu'en fait, la famille Grimaldi a hérité en 1642 des Beau.
07:39Oui, d'une partie.
07:40Bon, je n'ai jamais su exactement la vérité.
07:43Mais bon, c'est toujours le plus jeune fils qui est marquis des Beau.
07:46Alors, il se trouve que Raymond Tuillier, Jean-André Charial, récupère ce mât et va le transformer complètement.
07:53Oui, il a décidé.
07:54Bon, il était donc un assureur, comme vous l'avez dit tout à l'heure, Jacques.
07:58Et bon, il y a l'Union, il y a une...
08:03L'Union est nationalisée.
08:05Les compétences, il y a un préfet qui est nommé à la tête.
08:08Et mon grand-père, il a envie de faire autre chose.
08:12Bon, ce qui est assez exceptionnel, c'est qu'en général, on ne commence pas une nouvelle carrière à 51 ans.
08:17Quand la moyenne d'âge est de 60.
08:20Exactement.
08:20Personne ne commençait une autre vie à 50 ans.
08:23Aujourd'hui, c'est plus facile, mais pas à l'époque.
08:25Exactement.
08:25Et d'autant plus qu'il prend le risque de transformer complètement ce mât, de le rendre plus luxueux.
08:31Oui, il le transforme et il ouvre un restaurant, surtout avec une habité au-dessus.
08:35Et dans la salle, qui est une salle où il y avait des moutons, des olives, enfin une salle de...
08:43Je ne sais pas comment...
08:46Parce que souvent, on me pose la question...
08:47Je ne sais pas souvent, c'est tous les jours.
08:49Les clients me disent, qu'est-ce que c'est que cette salle ?
08:52Pourquoi elle est goûtée ? Pourquoi elle est si belle ?
08:53Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi il y a une cheminée comme ça ?
08:56Et c'est là où je regrette de ne pas avoir posé plus de questions à mon grand-père.
08:59Parce que j'ai travaillé 25 ans avec lui, au quotidien, presque main dans la main.
09:05Mais il y a des questions qu'il me parlait beaucoup de la guerre de 1914,
09:08mais il ne parlait pas beaucoup de l'état de la maison dans laquelle il l'avait trouvée quand il l'a achetée.
09:14Voilà, et en plus, on est en 1945, il y a encore des tickets de rationnement.
09:18Ah oui, oui, c'est compliqué.
09:20Et il y arrive.
09:20Alors, il se met au fourneau, et je crois que les recettes de sa mère vont l'inspirer au départ, Jean-Drey Chariel.
09:27C'est une cuisine plus lyonnaise que provençale, au départ, puisqu'il a vécu longtemps à Lyon ou en Ardèche.
09:34Et c'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup d'huile d'olive dans sa cuisine.
09:38En plus, on est juste après la guerre, donc après les restrictions, les gens ont envie d'abondance, d'une nourriture riche.
09:49Et d'ailleurs, à la fin de sa vie, quand c'est moi qui faisais la cuisine, il me faisait le reproche, il me disait, c'est pas assez riche que tu fais.
09:56Rajoute un peu de crème.
09:57C'est autre chose, c'est plus d'actualité aujourd'hui.
10:00Il faut savoir que c'est un jeune commissaire d'euphorisme qui va inaugurer ce mât, et c'est Georges Pompidou.
10:07Oui, en 1946.
10:08Qui, à l'époque, travaille plus ou moins, et toujours travaille avec le général de Gaulle, et s'apprête à prendre la direction de la banque Rothschild.
10:15Et il s'occupe du commissariat au tourisme.
10:17Oui, c'est ça.
10:18Il connaissait bien les beaux, parce qu'il avait été professeur à Marseille.
10:22Et donc, c'est un des rares qui connaissait les beaux, qui étaient venus se promener, qui avaient hanté les ruines du château.
10:29Et donc, de ce moment-là est née une véritable amitié entre Georges Pompidou et Raymond Tuillier.
10:37Et Raymond Tuillier a une idée que vous avez développée, c'est-à-dire, c'est prendre le temps de vivre avec un luxe,
10:42mais un luxe tout à fait, presque pas commun, mais traditionnel.
10:48Oui, c'est pas ostentatoire, c'est un vrai luxe.
10:52C'est pas des paillettes.
10:54Voilà. Alors ça, c'est Raymond Tuillier, puis vous avez assuré la suite.
10:58Et une autre date est importante dans votre parcours.
11:00C'est le 4 juillet 1962.
11:03A tout de suite sur Sud Radio, avec Jean-André Charial.
11:06Sud Radio, les clés d'une vie. Jacques Pessis.
11:09Sud Radio, les clés d'une vie. Mon invité, Jean-André Charial.
11:12Maître des lieux à Beaumanière et pas seulement.
11:15On évoquera, bien sûr, votre parcours et cet anniversaire que vous avez célébré, voici quelques jours.
11:21On évoquera Noël, puisqu'on est à quelques jours de Noël.
11:23Et le 4 juillet 1962, j'ai vérifié, c'est le jour où vous avez eu les résultats du bac et vous devenez bachelier.
11:31C'est vrai que ça a été une chose importante dans votre parcours.
11:34J'étais jeune, c'est-à-dire que je n'avais pas 17 ans.
11:38Voilà, donc j'étais content.
11:40J'étais assez bon élève en tout.
11:42Je n'étais pas excellent en rien.
11:44Et donc, comme je ne savais pas trop quoi faire, finalement, j'ai fait une préparation à HEC.
11:50Oui, comme ça ?
11:52Oui, parce que ça correspondait un peu à mon état d'esprit.
11:57J'aurais pu être médecin à un moment où j'avais pensé, diriger vers la médecine.
12:01Mais finalement, j'ai bien aimé être à HEC.
12:03J'ai été des études très généralistes et une ouverture d'esprit qui me convenait bien.
12:10Pierre Lazareff, quand il parlait d'HEC, il disait « ce sont mes hautes études communales ».
12:14C'est tout à fait autre chose.
12:16Alors, Beaumanière, en revanche, à cette époque-là, vous y allez,
12:19mais pour passer 15 jours en vacances à Pâques ou en septembre.
12:23Exact.
12:24J'ai bien renseigné.
12:25Oui, c'était mes vacances.
12:27Mais depuis, en fait, quand mon grand-père a ouvert Beaumanière, j'avais 6 mois.
12:31Donc, j'ai l'âge de la maison.
12:33Je suis toujours venu en vacances à Beaumanière.
12:36Et toujours 15 jours à Pâques, 15 jours au mois de septembre,
12:39puisqu'à l'époque, on rentrait en classe le 1er octobre et pas le 1er septembre.
12:42Voilà.
12:42Et donc, c'était vraiment des moments à la fois au premier, dans les alentours,
12:46mais surtout, c'était les cuisines qui vous fascinaient.
12:50Oui, mais j'aimais bien me balader.
12:52Il y avait des écuries à l'époque et on faisait beaucoup de cheval.
12:55Il y avait les alpilles à cheval.
12:58Mais j'étais attiré par...
13:01fasciné par toutes les personnalités qui venaient au mot.
13:04Ah bon ? Vous ne saviez pas toujours qui c'était ?
13:09Non, mais je savais qu'un peu, quand même, on en parlait.
13:12Les personnels en parlaient.
13:14C'est Michel Bouquet.
13:19Enfin bon, il n'y avait que des gens très très connus à l'époque.
13:23Comme maintenant, d'ailleurs.
13:25Mais ça me fascinait.
13:26Oui. En plus, c'est Raymond Tuillier qui avait lancé l'idée
13:29que des personnalités viennent à Beaumanière,
13:31ce qui était presque nouveau pour l'époque.
13:34Oui, puis il y avait le...
13:35Moi, il y a des choses dont je me souviens très très bien
13:37quand j'étais jeune.
13:38Il y a notamment le tournage du film de Jean Cocteau.
13:43Le Testament d'Orphée, oui.
13:45Le Testament d'Orphée.
13:46Et j'ai participé à ce film
13:48parce qu'il y avait un moment,
13:50il avait tourné dans les carrières de...
13:53C'était une ancienne carrière.
13:54Oui.
13:54Et à l'époque, il n'y avait pas les carrières de lumière
13:56ni 14 ans d'image.
13:57Ça n'existait pas.
13:58Ça s'est fait après.
14:00Et donc, il y avait des chevaux gigantesques.
14:04Enfin, gigantesques.
14:06Qui faisaient deux mètres de haut.
14:07Et avec des têtes de...
14:08Enfin, des personnages avec des têtes de cheval noires.
14:12Et moi, j'ai fait partie d'une séquence
14:16où j'étais déguisé comme ça
14:17avec une tête de cheval sur la tête.
14:19Comment c'est venu ça ?
14:20Oui, parce que Cocteau s'était installé à Beaumagnère.
14:24Donc, il était là pendant trois mois.
14:25Il a fait venir Picasso, Dominique Wynne.
14:28Enfin, tout le monde.
14:28Un jour, c'est les débuts de Lucien Clergue
14:30en tant que photographe aussi.
14:32Et toute cette époque-là,
14:34donc, il était tous les jours avec mon grand-père.
14:37Et d'ailleurs, je crois que votre grand-père
14:40avait acheté Jean-André Charial, un livre d'or
14:42où il y a les signatures les plus prestigieuses du monde.
14:45Oui, tout le monde, un jour, est venu à Beaumagnère.
14:48Je me souviens qu'il y a un frère Bogart
14:50Pierre Ghebel, Guitry, Camus, Christian Dior.
14:54Il y a même une photo, je crois, de Fernand Dior.
14:56Il avait fait la préface d'un livre de cuisine
14:59qu'avait fait Christian Dior.
15:02Il ne reste plus que quelques exemplaires.
15:04Tout le monde se les arrache.
15:06Parce qu'il a écrit un très beau livre de cuisine, Christian Dior.
15:08Oui, on ne le sait pas souvent.
15:09Et la préface, c'était fait par mon grand-père.
15:12Vous avez une vraie amitié entre les deux.
15:14Oui.
15:14Et puis, il y a Fernand Dél à table avec une cigarette,
15:16je crois, une photo qui existe.
15:18Qu'est-ce que c'est que cette photo ?
15:20Je ne sais pas, je l'ai dans les archives.
15:23C'est pour que tout le monde fume.
15:25En même temps, Fernand Dél, il aimait la cuisine,
15:27ma cuisine au beurre.
15:28Je ne sais pas si vous le savez,
15:29il a tourné ce film avec Bourville,
15:31ce qui a été l'un des plus grands moments de la vie de Bourville,
15:33car son idole et ce pourquoi il a fait ce métier,
15:36c'est en voyant Fernand Dél.
15:37Ah oui, je ne le savais pas.
15:38Voilà, et donc ils ont vraiment été complices tous les deux.
15:40D'ailleurs, ils cherchaient un nom, avant de prendre Bourville,
15:43un nom qui ressemblerait à Fernand Dél.
15:45Je ne sais pas.
15:46Alors, il y a aussi des chefs d'État qui viennent chez vous à cette époque-là.
15:49Oui, c'est-à-dire que, surtout quand Pompidou a été président de la République,
15:53tous les voyages officiels s'arrêtaient à Beaubanière.
16:00Après, on essayait de leur vendre des hélicoptères ou des avions à Marseille,
16:05mais ils s'arrêtaient à Ambro,
16:06et donc le premier, c'était le voyage de la reine d'Angleterre,
16:10Elisabeth en 72, en mai 72.
16:13Et ça, c'était une révolution, enfin, pour nous,
16:16c'est la première fois d'abord que la reine s'arrêtait dans un hôtel,
16:18d'habitude, elle descend dans ses bateaux, ses ambassades, ses châteaux,
16:23s'arrêtaient, mais elle ne descend pas dans des hôtels.
16:25Elle est restée de nuit, et il fait deux dîners à Beaubanière.
16:33Moi, je m'en souviens très bien, je venais d'arriver,
16:36je suis arrivé en 69, moi, en février 69, ça fait 56 ans.
16:41Et c'était en mai 72, donc il y avait des gendarmes partout,
16:47des camions avec de l'eau minérale partout, enfin, c'était drôle.
16:52Et donc, après ce voyage, le suivant, c'était Tensiaoping.
16:56Oui.
16:57C'était différent, il n'y avait moins de bagages.
16:59Et après, on a eu le chat d'Iran, avec des notions d'étiquettes différentes.
17:05Quand la reine d'Angleterre dit, on passe à table à 8h,
17:08à 7h, à 19h55, elle quitte sa chambre, à 19h58, elle est devant le pas de la porte,
17:17et à 20h, elle est à table.
17:18Quand le chat d'Iran dit, on passe à table à 20h, à 21h, on l'attend toujours.
17:21Non, ce n'est pas tout à fait pareil.
17:24Et en plus, je crois qu'elle est revenue quelques années avant sa disparition,
17:28et que vous l'avez accueillie à Beaumanière, Jean-André Charial,
17:30et qu'elle venait avec son thé et son eau chaude.
17:32Oui, c'est pour ça que je vous parle des caisses d'eau dans les bagages.
17:36Elle venait avec son thé, oui.
17:37Avec son thé et son eau.
17:39Pourquoi ?
17:40Je ne sais pas.
17:41Non, l'eau est importante dans la confection du thé.
17:44Mais elle avait l'habitude de cette eau-là, probablement, il ne fallait pas changer.
17:49Mais il y a une chose que j'ai appris, quand on rencontrait la reine,
17:51on lui disait bonjour mame, tout le monde l'appelait mame,
17:55sauf le prince Philippe, y compris ses enfants.
17:58Et quand elle vous parlait, elle vous regardait dans les yeux,
18:01et puis vous n'aviez pas le droit de répondre, elle partait,
18:03et on ne répondait pas à la reine.
18:05Oui, là elle est venue, non seulement elle a dîné,
18:09deux soirs de suite, mais en plus elle est descendue dans la cave,
18:14on a fait une visite de la cave, ce qui était tout à fait inhabituel.
18:17Alors, vous arrivez, vous, au départ, pour la gestion,
18:20pas question d'aller à la cuisine ?
18:22Oui, au départ, j'arrive, j'essaie de faire ce qu'on m'a appris,
18:27les rudiments de ce que j'ai appris à HEC,
18:28mais en fait, ça ne m'intéresse pas.
18:31J'ai mis un peu d'ordre dans les affaires de mon grand-père,
18:32qui était un peu bordélique, il faut dire,
18:34mais moi, ça ne m'a jamais vraiment intéressé.
18:39Donc très vite, j'ai eu envie de faire la cuisine.
18:41Moi, ce qui m'intéresse, ce que je ne savais pas quand j'avais 18 ans,
18:44mais en fait, ce qui m'intéresse dans la vie, c'est de créer des choses.
18:48Soit des plats de cuisine, soit des données de la vie,
18:51enfin, créer dans le genre de donner de la vie,
18:53reprendre une vieille maison abandonnée,
18:55créer un vignoble, créer, etc.
18:57Et ça, c'est ce côté entrepreneur qui me passionne.
19:01Mais votre grand-père, vous avez repéré,
19:03Raymond Le Tuillier, Jean-André Charial,
19:05pour vous accepter dans la cuisine ?
19:07Parce qu'il aimait tout faire tout seul.
19:09Oui, mais bon, il était content que je fasse la cuisine.
19:12C'est à l'époque que tous les patrons des restaurants 3 étoiles,
19:16en province, étaient cuisiniers.
19:19Il n'y a qu'un pareil qui avait été des non-cuisiniers,
19:21enfin, si je peux m'exprimer ainsi,
19:23il y avait des rails ou la serre,
19:27enfin, des gens comme ça.
19:29Mais en province, tout le monde, tous les chefs,
19:32tous les centres d'État, c'était des chefs, des patrons.
19:36Et en même temps, vous avez appris votre métier,
19:38ce qui n'était pas facile avec lui.
19:41Il était très dur, oui.
19:43Mais c'est peut-être pas un défaut ?
19:45Non, non, ça m'a rendu service.
19:48Après, c'est vrai que parfois, c'est un peu difficile.
19:52C'est quand vous avez 25 ans et que vous ne savez rien,
19:55vous l'acceptez volontiers.
19:57Le problème, c'est que quand vous avez 45 ans,
19:5920 ans après que vous avez commencé à apprendre un peu quelque chose,
20:03c'est plus difficile.
20:04Oui, parce qu'il a tenu à travailler jusqu'au bout.
20:06Il a travaillé jusqu'à 97 ans.
20:08C'est fou.
20:09Et je ne vous cache pas que les dernières années étaient un peu difficiles.
20:12Oui, mais il ne voulait pas lâcher le morceau, il ne voulait pas ?
20:17Non, non.
20:17Intellectuellement, il avait décidé que c'est moi qui lui succéderais.
20:22Mais viscéralement, il n'arrivait pas à lâcher.
20:27En même temps, c'est peut-être ce qui lui a permis de vivre aussi vieux ?
20:30Oui, probablement.
20:32C'est une bonne constitution.
20:33Les gens qui avaient fait la guerre de 1914,
20:35ils avaient passé deux ou trois ans dans les tranchées,
20:39ils n'avaient peur de rien.
20:40Et puis, finalement, il a ouvert une voie que personne n'avait ouverte et que vous avez développée.
20:48C'est-à-dire qu'avant la guerre, les relais châteaux n'existaient pas.
20:53Il y avait des restaurants au bord de la route,
20:56mais qu'il n'y avait pas de chambre ou des chambres pas très confortables.
21:00Comme Dumaine à Sautlieu, où j'ai visité les chambres de Dumaine à l'époque.
21:06C'était pas terrible.
21:08Et puis, il y avait des hôtels qui étaient confortables dans les villes.
21:15On s'arrêtait à Dijon, à Lyon, etc.
21:18Mais il n'y avait pas à l'écart des grands axes routiers d'établissements
21:21qu'il y avait une qualité de cuisine, une qualité de service,
21:24des équipements sportifs, des parcs, des jardins.
21:27Enfin, tout ce qu'a fait aujourd'hui l'âme de Rolais-Château.
21:30Et on peut dire que c'est pas le premier dans l'histoire de la chaîne des Rolais-Château,
21:35parce que la chaîne date de 1954.
21:38Mais c'est dans l'esprit, c'est le premier.
21:42Eh bien, vous, vous avez bien assuré la succession.
21:45Et j'ai une autre date importante que vous n'allez pas oublier.
21:47C'est le 27 janvier 2020.
21:49A tout de suite sur Sud Radio avec Jean-André Charial.
21:52Sud Radio, les clés d'une vie. Jacques Pessis.
21:55Sud Radio, les clés d'une vie. Mon invité Jean-André Charial.
21:58En cette période de Noël, nous allons vous fêter,
22:00mais fêter avec un peu de retard votre anniversaire.
22:04Nous évoquons votre parcours.
22:05Et dans votre parcours, il y a une date importante,
22:07le 27 janvier 2020.
22:09Ce matin-là, vous apprenez une excellente nouvelle,
22:12votre troisième étoile.
22:13Oui, en fait, je pensais qu'il y avait quelque chose qui allait arriver à l'arrière.
22:19Mais oui, en fait, c'est toujours très angoissant.
22:25On est un peu comme la cérémonie des Oscars ou des Césars.
22:30C'est-à-dire qu'on est dans une salle et on attend.
22:32On ne sait pas.
22:33On ne sait pas qui va être nommé.
22:35Et bon, il y a toujours des bruits de couloir,
22:38mais j'ai des amis, on leur avait dit que c'était sûr qu'ils l'avaient.
22:42Ils s'étaient préparés et puis ils n'ont pas eu la troisième étoile.
22:46Donc, on est toujours un peu, tant qu'on n'a pas été appelés sur scène
22:51pour vous féliciter d'avoir la troisième étoile,
22:57tant que ce n'est pas arrivé, on ne sait pas, on attend.
22:59On vous a appelé un matin, comment ça s'est passé ?
23:01Non, non, c'est le jour même dans la salle de cérémonie
23:05où on remet les étoiles, où ça se passe.
23:07C'est exactement comme les Oscars et les Césars.
23:09Mais vous ne saviez pas ?
23:09Je ne savais absolument pas.
23:10Quelqu'un est venu ?
23:11Mais non, on est là, on est assis par terre
23:14et puis on vous dit, troisième étoile,
23:16tout de même manière, à ce moment-là, on se lève et on va sur scène.
23:18C'est tout ?
23:19C'est exactement, on ne sait pas du tout à l'avance.
23:21Donc, c'est quand même un grand moment d'émotion en ce moment-là.
23:23Ah oui, c'est un grand moment d'émotion, oui.
23:25Surtout, en fait, pour moi, c'était vraiment important
23:28parce qu'on a eu la première fois trois étoiles en 54.
23:31C'est mon grand-père qui les a eues.
23:33Je crois qu'il les a eues très rapidement.
23:35Il a eu trois étoiles en 54.
23:38Donc, ça fait neuf ans après l'ouverture.
23:40C'est vite.
23:40C'est une première en 49, une deuxième en 52
23:44et une troisième en 54.
23:45Donc, ça va très très vite.
23:47Il les garde jusqu'en 90.
23:50Et 90, c'est la période où on commence à ne plus être d'accord.
23:55Je vous disais tout à l'heure, il a 95 ans.
24:00C'est un peu compliqué.
24:01Donc, c'est l'année où Ducasse les reçoit.
24:09Et pendant 20 ans, on n'a plus que deux étoiles.
24:13J'essaie de récupérer cette troisième étoile.
24:16Et je n'y arrive pas.
24:16Donc, en 2015, j'embauche Glenn Villel.
24:23Ça fait dix ans maintenant.
24:25Vous l'aviez repéré ?
24:27Je ne l'avais pas repéré, non, du tout.
24:29Non, je cherchais quelqu'un.
24:31Parce qu'avant, le chef, c'était moi.
24:34Et donc, je cherchais quelqu'un.
24:35Parce que, en fait, l'histoire, si on a deux minutes,
24:39tout ça, c'est bien du fait qu'à un moment,
24:41j'ai été pressenti, j'avais été choisi
24:43par le conseil d'administration des Rôles-les-Châteaux
24:45pour être le futur président, pour succéder à Régis Mulot.
24:49Et puis, les choses...
24:51Donc, sachant ça, je m'étais dit
24:52que je ne pouvais plus rester dans ma cuisine.
24:54Et il fallait que je trouve quelqu'un.
24:56Et j'avais trouvé quelqu'un qui n'a pas fait l'affaire, là.
25:00Et donc, que j'ai licencié en 2014.
25:04Et j'ai essayé de trouver quelqu'un en 2015 pour...
25:08En 2014, pour reprendre le flambeau.
25:12Et c'est un ami qui m'a dit
25:14« Tiens, j'ai peut-être quelqu'un qui pourrait faire l'affaire pour toi. »
25:16Parce que j'ai eu beaucoup de candidats à ce moment-là.
25:18Énormément.
25:19Aucun ne me convenait.
25:21Et voilà, je ne le trouvais pas.
25:22Et on m'a parlé de Glenn.
25:27Je l'ai appelé, on a discuté.
25:29Il m'a fait la cuisine.
25:31Et on est tombé d'accord.
25:32C'est qu'au départ, il voulait être gendarme.
25:34Et comme il était mauvais en orthographe,
25:36il n'a pas passé le concours des gendarmes.
25:37Il est devenu cuisinier.
25:38Oui, c'est vrai.
25:39C'est étonnant.
25:40Il est dyslexique.
25:41Il n'est vraiment pas bon en orthographe.
25:43Alors, c'est vrai que pendant des années,
25:44vous étiez là midi et soir à la cuisine.
25:46Ce qui n'est quand même pas simple
25:47quand on gère une entreprise comme celle-là.
25:49Oui, mais je suis toujours midi et soir.
25:51Même si ce n'est plus moi qui fais la cuisine maintenant,
25:53c'est Glenn.
25:54Je reste quand même dans la cuisine midi et soir.
25:57Je fais tous les services.
25:58Alors, Jean-André Chariens, ce qui compte aussi,
26:00c'est que depuis votre grand-père,
26:02la cuisine a évolué.
26:03Il y a moins de sauce.
26:04Je crois que vous avez inventé des centaines de plats
26:06dont les raviolis et les truffes.
26:08Il y a eu une évolution dans la cuisine
26:09et vous avez suivi l'ère du temps.
26:10Forcément, on ne mange pas, je veux dire, en 2020
26:14comme on mange en 1950, c'est sûr.
26:18Donc, moi, déjà, j'avais fait une cuisine
26:22qui était beaucoup plus ancrée dans le terroir provençal
26:25avec plus d'huile d'olive et moins de crème.
26:28Et plus légère, plus digeste.
26:29J'ai été le premier dans la restauration française
26:32à faire un menu uniquement de légumes
26:34qui n'existait pas à l'école.
26:35À l'époque, j'ai fait ce premier menu en 87,
26:38donc il y a 38 ans.
26:39Et personne ne faisait ça.
26:41Je l'ai fait avant Passart, avant Duquinze,
26:43avant tous ces chefs qui ont fait le renommé
26:46avec des légumes.
26:47Et donc, depuis 38 ans,
26:49il y a toujours eu, midi et soir,
26:52orienté comme hiver,
26:53un menu uniquement de légumes à beaubanière.
26:54Et comment est venue l'idée ?
26:56L'idée, c'est venu à suite d'un voyage
26:58que j'avais fait en Inde
27:00avec trois gros et un certain nombre d'autres chefs
27:05pour donner des conseils aux chefs indiens
27:07sur une espèce de nouvelle cuisine indienne.
27:10Et c'est la première fois de ma vie,
27:12j'avais mangé des repas entiers
27:14sans poisson ni viande.
27:16Et ça m'avait fait un choc.
27:18J'avais déjà un beau et un jardin potager.
27:20Et puis, j'avais quelques clients
27:24comme Linda McCartney, la femme de Paul,
27:27qui était végétarienne,
27:29et qui venait assez souvent
27:29et qui me disait,
27:30Jean-André, vous ne pouvez pas me faire
27:31la cuisine sans viande, sans poisson.
27:35Faites-moi une salle de langoustine,
27:36sans langoustine, etc.
27:37Mais on faisait toujours...
27:38C'était une cuisine qui n'était pas réfléchie
27:41en tant que telle.
27:42C'est-à-dire qu'on enlevait...
27:43C'était toujours une cuisine sans quelque chose,
27:46sans viande,
27:46mais on enlevait...
27:48C'était pas réfléchi.
27:50Donc à partir de 87,
27:52là, je lui ai dit...
27:53C'est ça, la conjonction de ces éléments,
27:56le fait que j'avais un super potager,
27:57des légumes exceptionnels,
27:58une envie de faire un menu
28:02sans viande et sans poisson.
28:04Au début, j'ai eu un peu de mal.
28:06Je n'ai pas eu trop de succès,
28:07pour vous dire la vérité.
28:09Maintenant, c'est formidable.
28:10Mais à l'époque,
28:11on vous a montré du doigt
28:12en disant,
28:13mais qu'est-ce que c'est que ça ?
28:14Oui, il m'a dit,
28:15il est fou ce mec,
28:16mais j'ai eu l'habitude,
28:18on a fait la même chose.
28:18Quand j'ai fait de la culture
28:19en biodynamie aussi,
28:21on m'a dit que j'étais cinglé.
28:23Ça aussi,
28:23parce que vous avez inventé,
28:24vous êtes le pionnier
28:25de la culture biodynamie
28:27dans le vin,
28:28Jean-André Chariot.
28:28Non, je ne suis pas l'inventeur,
28:30c'est le premier.
28:30Pionnier.
28:31Oui, je ne suis pas
28:32l'un des pionniers.
28:33Le pionnier, c'est en Touraine,
28:36enfin, la Savonnière.
28:39Mais en Provence,
28:42j'étais un des premiers,
28:43oui, c'est sûr.
28:44Et on me considérait
28:46que j'étais le chef d'une secte.
28:48Au départ,
28:49vous aviez envie de faire du vin,
28:51mais pas du vin comme les autres.
28:53Oui, j'avais envie
28:53de faire un vin différent.
28:54Et puis, la biodynamie,
28:57ça me parle.
28:59Donc,
29:00la première fois
29:01que Jacques Puizet
29:02m'en parle,
29:05ça a un écho en moi,
29:08ça veut dire quelque chose.
29:09Voilà,
29:10donc j'ai fait tout de suite,
29:11quand j'ai fait,
29:11mes premières plantations
29:13de château Romainin,
29:14c'est en 87,
29:15donc il y a maintenant
29:16aussi 38 ans,
29:19j'ai tout de suite
29:20fait de la culture comme ça.
29:21Et qu'est-ce que c'est
29:22la culture biodynamique
29:23pour celles et ceux
29:23qui ne le savent pas ?
29:25C'est une culture
29:26sans engrais chimiques
29:28et l'idée,
29:30c'est que la plante
29:32aille chercher
29:34profondément dans le sol
29:37sur l'expression
29:38du sol et du sous-sol
29:40et non pas l'expression
29:42des engrais
29:43qu'on aurait pu mettre
29:44en surface.
29:45Et donc,
29:46il y a un calendrier
29:47qui s'appelle
29:47le calendrier de Mariatouz
29:48qui vous donne
29:49les jours qui sont les...
29:52Vous pouvez faire
29:52certaines préparations
29:54et les jours frits,
29:57etc.
29:58Et bon,
29:59c'est une culture
29:59dont le but
30:01c'est que le raisin,
30:04le produit de la vigne
30:05soit l'expression
30:06du terroir.
30:07C'est pas simple
30:08à mettre en place ?
30:09Non,
30:09c'est un peu plus compliqué
30:10mais ça marche très bien.
30:13Et je crois que
30:13votre vin s'appelle
30:14l'affectif
30:15et que vous le devez
30:16à Georges Wolinsky.
30:18Oui,
30:18alors mon premier vin
30:20que j'ai fait,
30:20c'était le Château Romanin.
30:22J'en suis parti
30:22en 2001.
30:25Je crois que
30:26le Château Romanin,
30:26c'est des cas
30:27où vous avez été repérés
30:28par un monsieur
30:29qui avait un pendule.
30:30Oui, c'est vrai.
30:31Qu'est-ce que c'était ?
30:32C'est-à-dire que
30:33quand j'ai...
30:34Bon,
30:34je voulais faire du vin
30:35et un jour,
30:36j'ai un client
30:37qui avait conseillé
30:41d'acheter un domaine
30:42qui était le Château Romanin.
30:44Il m'a dit,
30:45il revenait tout le temps
30:46me voir,
30:46il habitait Ville d'Avry,
30:47c'était un monsieur
30:48qui avait gagné
30:48beaucoup d'argent
30:49à la bourse
30:50et c'était un...
30:52Il s'appelait
30:52Jean-Pierre Perrault.
30:53Et il venait tout le temps
30:58me voir en me disant
30:58grâce à vous,
30:59ma vie a changé,
31:00ça change de Ville d'Avry,
31:01le climat,
31:02la lumière,
31:03c'est formidable.
31:04Il a appris
31:04que je voulais faire du vin.
31:06Et je lui ai dit,
31:07il m'a dit,
31:07pourquoi vous faites pas
31:08du vin sur les terres
31:09de Romanin ?
31:09Mais je lui ai dit,
31:10parce que j'ai pas d'argent,
31:11moi je suis un salarié
31:11de mon grand-père
31:12et j'ai pas de quoi
31:13investir dans une propriété
31:15viticone.
31:15Il m'a dit,
31:16mais c'est pas grave,
31:17moi je paye,
31:18vous vous faites
31:18et puis on va avancer
31:21comme ça ensemble.
31:22Et effectivement,
31:23il m'a fait une confiance
31:24sous l'extrême.
31:26J'ai fait des chèques
31:26sur son carnet de chèques
31:27et on a bâti
31:28un beau vignoble
31:29en Provence,
31:30à 60 hectares maintenant,
31:31une cave magnifique,
31:33qui était construite
31:33justement par un architecte.
31:36J'avais rencontré
31:37dans les mots
31:37parce qu'il me parlait
31:38des temples du soleil,
31:42enfin des restes
31:44d'une civilisation
31:44pré-romaine,
31:46pré-phénicienne.
31:47Et donc,
31:48il était avec son pendule
31:49et je lui avais demandé,
31:50je savais pas,
31:51il y a quelques pendures
31:52d'un château à Romana,
31:53je savais pas où construire
31:54la cave,
31:55si c'était à droite du château,
31:56à gauche du château,
31:57en dessous du château,
31:58etc.
31:58J'avais donné des coups
31:59de bulldozer,
32:00j'avais jamais rien trouvé.
32:02Il était avec son pendule
32:03et il sentait,
32:03il m'a dit,
32:04Jean-André,
32:04vous sentez pas,
32:05les forces,
32:05elles sont là,
32:06elles sont là.
32:07C'est là où j'ai construit
32:08la cave.
32:08Et ensuite,
32:09il y a eu l'affectif,
32:10donc c'est Wolanski
32:11qui a trouvé le nom.
32:11Alors l'affectif,
32:12je suis parti de Romana
32:13donc en 2001
32:14et à l'époque,
32:16j'étais président
32:17du syndicat des vignons
32:18des beaux
32:18et j'ai été reconvoqué
32:20tout le monde
32:21en disant,
32:21vous n'avez plus de président,
32:22le président,
32:22il n'y a plus de vignons.
32:24Donc il y a un des membres
32:25du syndicat
32:26qui m'a dit,
32:26viens chez moi,
32:27fais du vin que tu veux.
32:29Tu dois m'administrateur
32:30et tu fais du vin.
32:31Donc j'ai continué
32:31à faire du vin,
32:33cette propriété
32:33qui s'appelle
32:34le domaine de Lausière
32:35et très différent
32:36du vin
32:37qui était fait
32:37par le vigneron
32:40qui était propriétaire
32:42du domaine.
32:43Et donc ce vin,
32:44il n'avait pas de nom.
32:45Il était différent
32:46de celui du domaine de Lausière.
32:48Et un jour,
32:48c'est Volansky
32:50qui jouait souvent
32:52parce qu'il y a un moment
32:53il habitait,
32:54il avait une maison à Gordes
32:55et il venait souvent me voir
32:57et on discutait ensemble,
32:58on parlait de la Tunisie
32:59parce que
33:00j'avais fait mon service
33:01midter dans la coopération
33:02en Tunisie
33:03et c'était un juge tunisien
33:04qui connaissait,
33:05bon,
33:05ça lui faisait plaisir
33:06de parler de la Tunisie.
33:07Et un jour,
33:10et donc il vient
33:10et il me dit
33:11Raffarin,
33:11il carbure à l'affectif.
33:13Et quand il me dit ça,
33:14ça fait...
33:16Ça s'est dit ?
33:17Oui,
33:17j'ai dit
33:18moi je carbure au rouge
33:19et c'est ma façon
33:20de fonctionner aussi
33:21un peu dans les affaires.
33:22Donc j'ai trouvé le nom,
33:23j'ai déposé.
33:24Et Raffarin est venu
33:25quelques temps après
33:26à Beaumanière
33:28et je lui ai dit
33:30que je lui remercie,
33:30je lui ai dit
33:31qu'indirectement
33:31c'est grâce à lui
33:32que j'ai trouvé
33:33le nom de mon vin.
33:34Et il a écrit un bouquin
33:36qui s'appelle
33:37Je marcherai à l'affectif
33:39et si vous lisez ce livre,
33:40les trois premières pages,
33:41vous verrez qu'il a trouvé
33:42le titre,
33:42il a dit qu'il a trouvé
33:43le titre de son livre
33:44après une conversation
33:44avec moi sur la terrasse
33:45de Beaumanière.
33:46La bouclée bouclée.
33:47La bouclée bouclée.
33:48Et puis parmi les personnalités
33:49qui sont venues
33:50et dont l'une a même
33:51préfacé votre menu,
33:54c'est Frédéric Dard.
33:54Ah oui,
33:55il venait souvent lui.
33:56Oui,
33:57j'aimais beaucoup Frédéric Dard.
33:58Il est...
34:00Et si j'ai un peu de temps,
34:02je peux vous raconter
34:02une petite histoire.
34:03Oui.
34:04Il y avait un jour
34:06organisé par le De Figaro,
34:08vous devez savoir ça,
34:09j'ai un concours
34:09comme un programme
34:10professionnel
34:11et un amateur.
34:12Et un par région.
34:13Donc il y avait
34:14une dame de Marseille
34:15qui concourait
34:16pour ce concours
34:17et qui était coachée
34:18par moi.
34:19Il y avait quelqu'un
34:20qui était coaché
34:21par Michel Troigros,
34:22l'autre par...
34:23que des chefs connus.
34:25Et ce concours
34:26avait lieu
34:26au Sofitel de Lyon.
34:31Et je sors de la cuisine
34:32et je tombe
34:33sur Frédéric Dard.
34:34Je dis
34:34qu'est-ce que tu fais là ?
34:35Et il me dit
34:37j'ai mon tailleur
34:38qui est là
34:38et je viens me faire
34:40faire mes costumes.
34:40Je dis
34:41viens avec moi,
34:42tu dois connaître
34:42tout le monde.
34:43Et il ne connaissait personne,
34:44aucun des chefs.
34:45J'étais étonné
34:45parce que la plupart
34:46de mes clients,
34:47je joue,
34:47ils sont à Beaubanien,
34:48le lendemain
34:49ils sont chez Berger
34:50à Mougin,
34:52etc.
34:53ou chez Troigros
34:53ou chez Bocuse.
34:55Il connaissait personne.
34:56Et il m'a dit
34:57un truc
34:57qui m'a vraiment étonné.
34:58Il m'a dit
34:59moi,
34:59quand j'aime un endroit,
35:01je ne cherche pas
35:02à aller à un autre.
35:03J'aime Beaubanien,
35:03je vais à Beaubanien.
35:04Si j'ai trois jours
35:05de vacances,
35:06je vais à Beaubanien.
35:07J'emporte ma machine
35:08à écrire,
35:08je peux travailler éventuellement.
35:10Mais je ne cherche pas
35:10autre chose,
35:11ça me convient parfaitement.
35:13Et c'est une époque
35:14où tout le monde zappe,
35:15essayait des trucs nouveaux,
35:17des voitures nouvelles,
35:18des machins nouveaux.
35:19Lui,
35:19il était très très fidèle.
35:23Il venait souvent
35:26avec un passionné
35:27de Hikem.
35:27Il vivait du château
35:28Hikem tous les jours.
35:30Voilà.
35:31Nous,
35:31on va continuer
35:32à avoir vos paroles
35:32uniquement
35:33à travers la date
35:34du 7 juillet 2025.
35:36A tout de suite
35:36sur Sud Radio
35:37avec Jean-André Charial.
35:38Sud Radio,
35:39les clés d'une vie.
35:40Jacques Pessis.
35:41Sud Radio,
35:42les clés d'une vie.
35:43Mon invité,
35:44Jean-André Charial.
35:45Nous parlons depuis
35:46le début de vos débuts
35:47à vos manières,
35:48tout ce que vous avez fait,
35:49les personnalités
35:50que vous avez reçues.
35:51Et puis,
35:51le 7 juillet 2021,
35:53il y a un déjeuner
35:54sur l'herbe
35:54qui n'a rien à voir
35:55avec celui de Manet.
35:56Manet d'ailleurs
35:57qui avait fait ce déjeuner,
35:58ce tableau
35:58qui a été interdit
36:00au salon de peinture
36:01et de sculpture
36:01en 1963,
36:03ce qui a causé un problème.
36:05Mais oui,
36:05il n'y avait pas de problème
36:05parce que ce déjeuner,
36:07c'était pour vos 4 fois 20 ans
36:08ou plutôt 20 ans
36:09et 4 fois plus tôt qu'une.
36:11Oui,
36:11on a fêté,
36:13plutôt que mes
36:1440 ans personnels,
36:15on a fêté
36:16les 40 ans
36:16de vos manières.
36:18C'est plus important.
36:19Et donc,
36:19j'ai fait
36:20deux choses.
36:21D'abord,
36:22j'ai fait un déjeuner
36:23effectivement sur l'herbe
36:24à la Cabre d'Or.
36:26Parce que les gens
36:26viennent à vos manières
36:27et ils ne savent pas
36:28forcément qu'il y a
36:29un autre restaurant
36:30qui s'appelle
36:31la Cabre d'Or
36:31avec des jardins,
36:32avec des serres,
36:33avec des jardins magnifiques.
36:34Et donc,
36:36un premier repas
36:37à midi,
36:39un apéritif
36:41l'après-midi
36:42dans les potagers
36:45justement
36:46avec un violon
36:47sédiste
36:47et puis après,
36:50la présentation
36:51d'un film
36:52que j'avais fait
36:52réaliser
36:53sur l'histoire
36:54de la maison,
36:56un petit discours
36:57de ma part
36:58et dans les carrières
37:00et ton pétis
37:02de Lenni Kravitz,
37:04magnifique.
37:05Et puis après,
37:05tout le monde
37:06s'est dirigé
37:06vers Lousto
37:08où là,
37:09il y avait encore
37:10un spectacle
37:10de drones,
37:12etc.
37:12et un dîner
37:13important.
37:15Il y avait plus
37:15de 200 personnes.
37:16J'avais invité
37:17beaucoup de chefs,
37:18surtout les chefs.
37:20Je n'ai pas invité
37:20de clients
37:21parce que si j'en invite
37:23un,
37:24je suis empêché
37:25un autre.
37:26Donc,
37:26il n'y avait
37:26pratiquement que
37:27des chefs
37:28avec leurs épouses
37:29et des gens
37:30qui nous ont aidés
37:31quotidiennement
37:33aux manières
37:33des fournisseurs,
37:34etc.
37:34Oui,
37:35parce qu'il y a
37:35une fraternité
37:36dans la cuisine
37:36qui n'existe peut-être
37:37pas dans d'autres métiers.
37:39Oui,
37:39très forte,
37:40c'est vrai.
37:40Il existe.
37:41On a passé
37:42un moment extraordinaire.
37:43En plus,
37:44le personnel
37:44m'a fait,
37:46avec Geneviève,
37:48mon épouse,
37:49un hommage.
37:50Il m'a fait
37:51un petit film.
37:52Je n'étais pas
37:52au courant
37:52et c'était extraordinaire.
37:54Alors,
37:54justement,
37:5580 ans
37:56ou 4 fois 20 ans,
37:57il n'est pas question
37:58pour vous,
37:59Jean-André Chariel,
37:59de prendre votre retraite ?
38:00Non,
38:01je n'ai pas envie.
38:01Les copains me disent
38:02toujours
38:03pourquoi tu ne prends
38:03pas ta retraite ?
38:04Je lui dis
38:05j'aime bien travailler.
38:06Moi,
38:06ça me plaît.
38:07Tous les jours,
38:08tous les soirs.
38:09Et je suis en contact
38:10avec mes clients
38:11maintenant même
38:11si je ne fais plus
38:12la cuisine,
38:12c'est moi qui annonce
38:14et envoie les plats.
38:15Donc,
38:16ce n'est pas de la cuisine
38:17mais c'est
38:18la gestion du temps,
38:21enfin,
38:22de donner le rythme
38:22du service.
38:24Et après,
38:24je sais ce que
38:25chaque personne a mangé
38:26quand je fais
38:26le tour de salle.
38:28Et j'aime parler.
38:30Alors,
38:30Glenn parle plus
38:31technique de cuisine.
38:32moi,
38:33les gens me parlent
38:34et me posent des questions
38:35sur l'historique
38:37de la maison,
38:38sur le fait
38:39qu'ils sont bien mangés
38:40la veille à la cabra d'or,
38:42sur les compliments
38:43sur le service,
38:44sur la gentillesse
38:45du personnel,
38:46sur la beauté du lieu,
38:48etc.
38:49Oui,
38:49avec une caractéristique
38:50aussi qui a évolué.
38:52Il fut un temps
38:52où on venait
38:53en costume cravate,
38:54en robe.
38:55Là,
38:55c'est beaucoup plus décontracté.
38:57des temps changés.
38:59En matière d'habillement,
39:01les temps
39:01ont terriblement changé.
39:03C'est-à-dire ?
39:05C'est-à-dire
39:05que plus personne
39:06ne s'habille.
39:07C'est comme à l'opéra
39:08ou au théâtre,
39:09personne ne s'habille.
39:11Donc,
39:11parfois,
39:12c'est limite.
39:14Oui,
39:15c'est-à-dire ?
39:16On peut avoir
39:17des gens en short
39:18et en tonde.
39:19C'est un objet.
39:20Vous vous dites
39:21quand même un petit mot,
39:22non ?
39:22Oui,
39:22on leur dit
39:23d'aller se habiller.
39:24Exactement.
39:25Il se trouve,
39:26il y a eu des grands moments
39:26dans l'Histoire de Beaumanière.
39:28Et moi,
39:28je me souviens
39:29du mariage
39:29de Jean Reynaud
39:30avec Zofia
39:31qui a été aussi
39:32un événement
39:32extraordinaire.
39:34Oui,
39:34parce qu'ils avaient invité
39:35beaucoup de gens
39:36connus
39:37à tous leurs copains.
39:39Ils étaient 200 aussi.
39:41Ils avaient couvert
39:42la piscine
39:42pour faire des spectacles
39:44que je n'ai pas fait.
39:46Mais,
39:47moi,
39:47je me souviens,
39:48il y avait
39:49Laurent Gérard
39:50et Charles Azabour
39:51qui chantaient en même temps.
39:52C'était extraordinaire.
39:54Il y avait
39:54Muriel Robert,
39:56il y avait beaucoup
39:57que des gens connus.
39:59Je ne vais pas les citer tous,
40:00mais c'était un bel événement.
40:04Et Jean Reynaud
40:04a donc longtemps vécu
40:05juste à côté des beaux de Provence.
40:07Maintenant,
40:07il est aux Etats-Unis.
40:08Non,
40:08il vit toujours.
40:09Enfin,
40:09il a toujours une maison beau.
40:10Il vient toujours
40:11l'été et à Noël.
40:13Et en même temps,
40:14il y a un problème
40:14que Jean Reynaud,
40:15quand il vous serre la main
40:16ou quand il vous serre
40:16dans ses bras,
40:17il est tellement fort
40:18qu'on a l'impression
40:19qu'il va vous broyer.
40:21Oui,
40:21c'est vrai.
40:22Alors,
40:22il se trouve aussi
40:23que parmi les chefs,
40:24il y avait des anciens
40:25mais des jeunes.
40:25Car le problème,
40:27c'est aussi la relève,
40:28Jean-André Chariel.
40:28Parmi les invités ?
40:31Oui.
40:31Oui,
40:32j'avais invité
40:34pratiquement tous les trois étoiles.
40:36Il y en a beaucoup
40:36qui n'ont pas pu venir
40:37parce que toujours,
40:38ils ont des calendriers
40:40très chargés.
40:41Mais il y avait
40:43tout le beau monde.
40:46Non,
40:46mais en même temps,
40:47vous êtes là,
40:48il y a la transmission
40:48qui doit se passer.
40:49La cuisine a évolué
40:50même depuis votre arrivée
40:51à Beaumanière.
40:52Ah oui,
40:53la cuisine a changé.
40:54La cuisine que fait Glenn
40:55n'avait rien à voir
40:55avec celle que je faisais moi.
40:57C'est-à-dire ?
40:57C'est très différent.
40:59C'est un autre univers.
41:01C'est des menus,
41:03ce n'est plus la carte.
41:04C'est des précisions
41:07dans les cuissons
41:08qu'il n'y avait pas à l'époque.
41:11Ce n'est pas le même style
41:12de cuisine.
41:12Ce n'est pas que ce n'était pas bon
41:14ou que c'est meilleur maintenant.
41:15C'est différent.
41:16C'est différent.
41:16C'est différent.
41:17C'est un louis en croûte
41:19qu'on faisait
41:20comme Paul Bocuse.
41:21Mais différent.
41:23Bon,
41:23si vous laissez
41:24dans la pâte feuilletée
41:25cuire cinq minutes de plus,
41:26ça ne change pas le goût.
41:27Si vous faites un rougier
41:28comme on fait maintenant,
41:29on est à 30 secondes près.
41:31Même à 10 secondes près.
41:32Donc,
41:33ce n'est pas du tout
41:33la même façon
41:35de faire la cuisine.
41:36Et à côté de ça,
41:38vous avez fait
41:39une boutique,
41:40vous avez fait des chocolats,
41:41vous avez fait du vin.
41:42car il y a toujours
41:43quelque chose de nouveau.
41:44Oui,
41:45c'est le principe
41:46de l'homme
41:47qui a envie d'entreprendre.
41:48Oui ?
41:49Oui,
41:49donc il y a toujours
41:50quelque chose de nouveau
41:50à vos manières.
41:51Chaque année,
41:52je fais beaucoup d'investissements.
41:54J'ai fait encore
41:55un nouveau jardin potager.
41:56Là,
41:56j'en suis à mon troisième.
41:58J'ai fait une nouvelle entrée.
42:01J'ai planté
42:02des arbres truffiers,
42:04même s'il faut attendre un peu
42:06pour voir les résultats.
42:07J'ai agrandi beaucoup
42:08la surface des potagers.
42:09J'ai transformé
42:10la maison de mon grand-père
42:11en une maison de famille
42:12dans six chambres dedans.
42:14Je fais chaque année
42:15que je fais des travaux.
42:16Et est-ce que c'est là
42:17le secret de votre éternel jeunesse ?
42:19Peut-être.
42:20Parce que vous travaillez
42:21six jours sur sept.
42:23J'ai travaillé pendant 50 ans
42:25sept jours sur sept.
42:26Oui.
42:27Sans que ça me pose
42:28vraiment de problème.
42:29Maintenant,
42:29on ferme deux jours par semaine,
42:32donc le mercredi et le jeudi.
42:36Puisque la Cabre d'Or,
42:37l'autre restaurant,
42:37est fermé le lundi et mardi.
42:39Et pour qu'il y en ait
42:40toujours un des deux
42:41qui soit ouvert.
42:42Voilà.
42:43Donc quand on est fermé,
42:44je ne vais pas au restaurant
42:45faire le passe, bien sûr.
42:47Mais je travaille dans mon bureau
42:48où je m'occupe du vin,
42:49où je m'occupe d'autres choses.
42:50Mais je travaille toujours.
42:52Et en même temps,
42:53toujours avec de nouvelles idées
42:54et de nouveaux projets.
42:55Oui, mais c'est ça
42:56le secret de la jeunesse.
42:58Alors, bien sûr,
42:59on est à quelques jours de Noël.
43:00Donc, Noël en Provence,
43:02c'est quelque chose
43:02de traditionnel et d'important.
43:05Oui, c'est très important.
43:06Il y a une vraie tradition
43:07de Noël qui est en train
43:08de disparaître.
43:09Tout à l'heure,
43:10on parlait de Madame Pompidou
43:11et ça m'a fait penser
43:13à quelque chose
43:14qu'elle m'a dit
43:15juste avant de mourir.
43:17Je l'avais au téléphone,
43:19elle venait très souvent.
43:20Elle m'a dit,
43:21Jean-André, vous n'avez pas remarqué
43:22maintenant qu'on dit joyeuses fêtes,
43:23on dit plus joyeux Noël.
43:26Donc, c'est vrai
43:26que le sentiment religieux,
43:28cette banalité a disparu
43:31ou a diminué
43:32et que les gens vont moins
43:33à la messe.
43:34Mais la messe de minuit
43:35avait été particulière.
43:37Au beau,
43:37elle avait un succès mondial.
43:39Il y avait une procession,
43:40donc des bergers
43:41amenaient en offrande
43:42leurs moutons.
43:43Et c'était une messe pastorale.
43:47Les gens faisaient la queue
43:48parce que l'église est petite,
43:49donc ils restaient dehors
43:51dans le froid, le mistral
43:53pour assister à cette pièce.
43:55Aujourd'hui,
43:57les gens qui vous disent
43:58vous ne pouvez pas me réserver
43:59comme ils réserveraient
44:00de place à l'Olympia,
44:01vous ne pouvez pas me réserver
44:02de place à l'église
44:03pour...
44:04Bon, les temps ont changé.
44:05Oui, mais c'est attristant tout ça.
44:08Oui, c'est très attristant.
44:10Alors, il reste quand même une chose,
44:11ce sont les musiques.
44:12Les musiques des Noëls de Provence.
44:21Car les musiques,
44:21on les chante toujours en Provence,
44:23on les entend dans les églises
44:24et même dans les familles.
44:25Oui, oui, on les entend toujours.
44:27Alors, il y a une tradition,
44:28on parle de...
44:29Il y avait une tradition provençale
44:30du dîner
44:31qui était ce qu'on appelait
44:32le gros souper
44:33et qui était maigre.
44:34C'est-à-dire qu'on s'était...
44:36On mangeait peu
44:37et des choses maigres.
44:38Avant la messe de minuit,
44:40on allait à la messe de minuit
44:41et au retour de la messe,
44:45on festoyait.
44:47Voilà, bon, ça a changé.
44:50Il ne se pratiquement plus.
44:52La nappe, avec les trois nappes,
44:54blanches l'une sur l'autre,
44:55pour les trois.
44:56Il y avait les 13 desserts aussi.
44:59Il y avait les 13 desserts
45:00qui continuent un peu aussi.
45:02Les 13 desserts, c'était...
45:04Il y a surtout ce qu'on appelait
45:05les mendions,
45:06c'est-à-dire les noisettes,
45:08les noix,
45:09les amandes.
45:13Et puis, il y avait les calissons,
45:15il y avait la pompe,
45:16c'est-à-dire une brioche
45:17avec de l'huile d'olive.
45:19Il y avait le nougat blanc,
45:19le nougat noir.
45:21Voilà, tout ça composait
45:23les 13 desserts.
45:23On ne se les transmet plus
45:25en famille ?
45:27Je ne sais pas.
45:27Je ne peux pas...
45:28Je ne suis pas compétent
45:30pour les lichiers,
45:31pour les lire.
45:33Je ne sais pas.
45:34Et quand on voit aujourd'hui
45:35les centons de Provence,
45:36même ailleurs qu'en Provence,
45:38ça reste une tradition de Noël,
45:39Jean-Denis Chargé ?
45:40Oui, oui, ça, les centons, oui.
45:42Il y avait un centonnier au bout,
45:43malheureusement, il a disparu.
45:44Il y a encore à Marseille
45:46des centonniers extraordinaires.
45:47Oui, et en 1803,
45:48il y a un certain Jean-Louis Lagnel,
45:50qui était un sculpteur marseillais,
45:52qui a perfectionné
45:54la fabrication des centons
45:55en utilisant du plâtre.
45:56Et c'est comme ça
45:56que les centons
45:57sont devenus un objet
45:58beaucoup plus courant
45:59dans toute la France.
46:01Oui, oui.
46:01Mais ça, c'est pareil.
46:03Pour que il y ait un centon,
46:04ça veut dire qu'il y a des crèches.
46:06Oui.
46:06Voilà, s'il n'y a plus de crèches,
46:08il n'y a plus besoin de centons.
46:09Et Noël, à Beaumanière,
46:10ça se passe comment ?
46:12C'est joyeux.
46:13C'est joyeux.
46:14Les gens...
46:15Il y en a qui mangent
46:17relativement tôt,
46:17parce qu'il faut avoir
46:18de la place dans l'église
46:19pour la messe de minuit.
46:20Il faut partir à 10h30.
46:23Donc, on fait un service
46:24assez tôt,
46:25et puis un service
46:25un peu plus tard.
46:27Et non, c'est joyeux.
46:29Les gens sont là quand même
46:30pour faire la fête.
46:31Et puis, le village
46:31est quand même un village
46:32de tradition.
46:33Il y a la cathédrale des Beaux
46:35où les traditions
46:36et celles de Noël
46:37sont respectées encore.
46:38Ah oui, absolument.
46:39C'est sûr, ça.
46:40Mais il y a moins de monde.
46:43En plus, il y a eu
46:44ces messes
46:45avec des offrandes pastorales.
46:47Il y en a plusieurs autres
46:48qui se sont constituées
46:50dans la région.
46:52Avant, il n'y avait que les Beaux.
46:53Les gens menaient à pied
46:55de loin, là, maintenant.
46:57Ils ont le choix.
46:58Il y a 3, 4, 5 messes dans le coin.
47:00Mais en même temps,
47:01vous maintenez la tradition
47:02et vous maintenez votre équipe.
47:03Et puis, les gens qui viennent,
47:04il y a beaucoup de jeunes
47:04qui viennent aujourd'hui.
47:05Oui, énormément.
47:07Les parents ont envoyé
47:08leurs enfants.
47:08La tradition est poursuivie.
47:10Il y a beaucoup, oui.
47:11Et puis, il y a beaucoup
47:12de gens qui, maintenant,
47:14suivent la Nbylle
47:15à Top Chef.
47:16et ils ont envie
47:17de venir le voir,
47:19faire une photo avec lui.
47:20Et c'est sûr que ça change
47:22aussi un peu
47:22le type de clientèle.
47:24C'est-à-dire que les 3 étoiles
47:25et Top Chef
47:25vous ont amené
47:26une nouvelle clientèle ?
47:27Oui, oui.
47:28C'est vrai.
47:29C'est assez surprenant.
47:30Et très jeunes, d'ailleurs.
47:31Je suis très étonné
47:32parce que c'est beaucoup plus cher
47:34que la Cabre d'Or,
47:35que d'autres restaurants
47:35et c'est beaucoup plus jeune.
47:37Et qui ont le goût
47:39de leurs parents,
47:40qui savent exactement
47:41reconnaître les gens.
47:41Oui, c'est des gens
47:42qui ont envie de vivre
47:42une expérience.
47:44Donc, ils sont là
47:44pour 3 heures à table
47:46et ils se laissent guider
47:47et ils sont contents.
47:49Ils ont les yeux qui brillent.
47:51Et quand vous analysez
47:52tout ce qui s'est passé
47:53depuis votre arrivée,
47:55qu'est-ce que vous en pensez ?
47:55Est-ce que vous imaginez
47:56un tel destin,
47:57une telle aventure,
47:58Jean-André Charial ?
47:59Absolument pas.
48:00Absolument pas.
48:01Je ne pouvais pas imaginer ça.
48:02Je pensais que ça fait 56 ans
48:06que je suis là.
48:07Tous les jours,
48:07je ne peux pas imaginer
48:08ce qu'il allait se passer.
48:10La perte de la 3ème étoile,
48:12la reconquête de la 3ème étoile,
48:13l'arrivée de Glenn.
48:15Et c'est sûr que Glenn
48:16a été important
48:17dans le nouveau Beaumanière.
48:20Et l'avenir ?
48:21L'avenir, on verra.
48:23Vous continuez ?
48:24Vous avez toujours
48:24de nouvelles années ?
48:25Oui, oui, oui.
48:26Je continue.
48:26Tant que je peux travailler,
48:27je travaille.
48:28J'aime ça.
48:29Donc, je...
48:30Voilà, moi, je suis un passionné.
48:31J'ai envie de créer
48:32toujours de nouvelles choses.
48:34Voilà, je n'ai plus
48:34toujours des idées.
48:35Et votre programme pour Noël ?
48:38J'ai le travail.
48:39Le 24, on est au travail.
48:40Le 25 aussi.
48:41Voilà.
48:41J'ai toujours travaillé
48:42les 24 et les 25.
48:44Comme les 31 et les premiers,
48:45d'ailleurs.
48:46Vous êtes à la fête en permanence
48:47pour la fête des autres.
48:49Absolument.
48:49Eh bien, écoutez,
48:50tout ce qu'on peut vous souhaiter,
48:51c'est que ça continue
48:51le plus longtemps possible.
48:52Merci, Jean.
48:53Que de plus en plus,
48:54des gens découvrent
48:55les beaux de Provence
48:56et Beaumanière
48:57et du monde entier, en plus,
48:58car les gens du monde
48:59se viennent.
48:59Et puis, il me reste
49:01à vous souhaiter
49:01au nom de Sud Radio
49:02et pour celles et ceux
49:04qui nous écoutent,
49:04un très joyeux Noël.
49:05Merci beaucoup.
49:07Merci, Jean-André Charial.
49:08Et puis, joyeux Noël
49:09et à très bientôt
49:10pour d'autres aventures,
49:11j'en suis certain.
49:12Les Clés d'une vie,
49:12c'est terminé pour aujourd'hui.
49:14On se retrouve bientôt.
49:15Restez fidèles
49:15à l'écoute de Sud Radio
49:16et joyeux Noël !
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