Pour la sortie de sa première réalisation QUI BRILLE AU COMBAT, on a demandé à Joséphine Japy de revenir sur les dates clés de sa carrière. De sa découverte du théâtre en passant par son premier rôle dans les Âmes Grises, puis à sa notoriété soudaine avec Neuilly sa mère !
00:00Il y a des gens pour qui ça va être monde inconnu, des gens pour qui ça va être respire, des gens pour qui ça va être tapis, enfin, je trouve ça chouette.
00:072001, à ce moment-là, j'ai 7 ans, je commence à comprendre que ma sœur ne va pas guérir.
00:14C'est-à-dire qu'au début, on m'a dit « ta sœur est malade », mais je ne sais pas, est-ce que c'est un réflexe d'enfant ?
00:18Pour moi, les maladies, ça se guérit à cet âge-là.
00:21Les maladies incurables, ça n'existe pas dans votre tête quand vous avez 4-5 ans.
00:25Et à 7 ans, je commence à comprendre qu'en fait, cette phrase que je disais à tout le monde qui était « non, mais ma sœur est malade, mais elle va guérir, on va réussir à la guérir »,
00:32je me rends compte que ce n'est peut-être pas si vrai et j'ai besoin d'une bulle d'oxygène, un truc pour moi en fait.
00:38Un endroit où je peux être totalement dans mon monde, un endroit qui m'appartient.
00:42Et comme par magie, non mais vraiment grâce à une prof à l'école qui m'introduit au théâtre et qui me fait jouer dans une pièce au Théâtre Héberto.
00:51D'un coup, j'ai cette passion du jeu, de la mise en scène et puis du cinéma qui arrive.
00:57Avant, je faisais des pubs, vraiment c'était des petites choses comme ça.
01:02Je n'ai pas tout de suite commencé en faisant un grand film et du cinéma, mais il y a ce film qui arrive sur la table.
01:09Là, je sens que c'est très sérieux, pas parce que je me rends compte que c'est très sérieux,
01:12mais parce que je vois les adultes d'un coup qui respectent un espèce de truc de Jean-Pierre Mariel, Jacques Villeray.
01:20D'un coup, c'est respectable, ça crée un vrai truc.
01:24Et là, je découvre un plateau de cinéma.
01:26En plus, c'est un film d'époque qui se passait pendant la Première Guerre mondiale.
01:30J'hallucine totalement de ce que je vois et j'hallucine de tout.
01:33C'est-à-dire que de ce qu'est en train de faire la costumière sur les costumes, sur le maquillage, la mise en scène.
01:42Enfin, vraiment, je suis en boulimie de cinéma.
01:47Je suis très triste à chaque fois que je quitte le plateau et j'ai à chaque fois hâte d'y retourner.
01:51Quand je découvre le théâtre, je suis repérée à la sortie de mon cours de théâtre à 7 ans.
01:56On me donne une adresse en me disant « Est-ce que tu veux faire du cinéma ? »
01:58Et on me dit « Envoie ta candidature à tel endroit ».
02:00Je fais des photos, j'écris une lettre en disant « Je m'appelle Joséphine, j'ai 7 ans et je veux faire du cinéma. »
02:07Et je la mets à la poste.
02:09Je ne sais pas si j'ai envoyé dans l'univers.
02:12En tout cas, je suis allée le chercher quand même.
02:16Je suis allée chercher tout ça.
02:17Et donc, ce premier film, il est venu dans la continuité de ses premières années
02:22où je faisais un peu des castings, où je commençais à rencontrer des gens.
02:25Mais c'était les tout débuts, quoi.
02:27Et donc, je l'ai tourné à 10 ans.
02:29Les gens ne pensaient pas que le film allait avoir ce succès.
02:32C'est sorti en plein milieu de l'été, ce qui était une mauvaise date à l'époque.
02:37Et moi, je me souviens, j'étais en vacances.
02:38J'étais littéralement perchée dans la montagne avec ma famille.
02:42Et d'un coup, je descends, aller chercher de l'essence avec mon père dans une station-service.
02:46Et là, je vois des jeunes de mon âge qui me regardent.
02:49Et je me dis « Je ne sais pas pourquoi ils me regardent. »
02:52Vraiment, je ne pense même pas que ce n'est pas lié au film.
02:55Je ne comprends pas tout de suite.
02:57Et au bout d'un moment, il y en a un qui vient me voir et me dit « C'est toi la meuf de Neuilly sa mère ? »
03:01Et je fais « Ah, ça y est, je suis la meuf de Neuilly sa mère. »
03:04Et le soir, j'ouvre mes réseaux sociaux.
03:07Et là, d'un coup, je vois plein de gens qui m'ont ajouté, qui m'ont envoyé des messages et tout.
03:11Et je ne comprends pas tout de suite ce qui se passe.
03:14Avec ce truc-là, il y a un truc moins sympa aussi, qui est les premiers commentaires négatifs.
03:19Je me souviens, il y avait un groupe qui s'appelait « Pour tous ceux qui ne peuvent pas voir Joséphine Jappie »
03:23avec ma photo, avec une croix barrée comme ça.
03:26Et quand je découvre ça, je tourne un film avec Vincent Cassel à l'époque.
03:30Et il me voit trop mal.
03:31Et il vient me voir et il me dit « Je t'interdis d'aller mal à cause de ce genre de bêtises. »
03:36Et il me fait tellement de bien.
03:37D'un coup, il me dit « Mais ça n'a tellement aucun sens. Ça ne veut tellement rien dire, tout ça. »
03:41Vraiment, il m'a remonté le moral et il m'a permis peut-être de m'endurcir un peu pour les fois suivantes
03:47où en fait, ça fait partie aussi du métier, ce genre de remarques.
03:51C'est un film, les gens m'en parlent encore.
03:53Je suis trop contente que les gens m'en parlent encore.
03:55Je suis trop contente de savoir qu'il y a encore des jeunes qui, à 12 ans, découvrent Neuilly sa mère.
04:00Moi, je n'ai à la fois aucune nostalgie et aucun regret de ça.
04:05Il y a des gens pour qui ça va être Monde Inconnu, des gens pour qui ça va être Respire, des gens pour qui ça va être Tapie.
04:12Enfin, chacun choisit un peu son petit totem en se disant « Tiens, pour moi, c'est la fille de tel genre de film. »
04:20Et je trouve ça chouette.
04:21J'adore l'idée, déjà, que les gens me reconnaissent encore pour un film que j'ai fait à 15 ans.
04:28Et puis en plus, je suis hyper contente de me dire que j'ai des témoins de ma vie à des endroits différents.
04:34Un peu un film que j'ai fait enfant, des films que j'ai fait ado, des films que j'ai fait jeune femme.
04:39Je trouve que c'est très joyeux.
04:42C'est une autre découverte parce que déjà, Respire, c'est mon premier, premier rôle.
04:46Donc, c'est une grande découverte dans une vie d'actrice parce que je n'avais jamais eu ça.
04:51Je n'avais jamais fait un tournage de A à Z.
04:54Ce personnage était quasiment dans tous les plans.
04:56Enfin, c'était vraiment un truc de dingue.
04:58Et puis en plus, avec Mélanie, avec toute sa bienveillance, sa direction d'acteur qui est totalement folle.
05:04Donc en plus, je suis très, très accompagnée dans ce moment-là.
05:06Et Mélanie, elle-même, qui sait ce que c'est que d'avoir un premier, premier rôle au cinéma, d'être nommée au César.
05:11Enfin, il y avait une espèce aussi de boucle bouclé, de passation qui était très, très belle.
05:17Et d'ailleurs, qui continue jusqu'à aujourd'hui.
05:19C'est un film encore aujourd'hui que j'aime tellement.
05:22Enfin, j'avais l'impression qu'il y avait un message qui était très, très fort.
05:24Presque déjà un peu, presque plus moderne que son époque.
05:28Parce que c'est presque des sujets dont on a parlé après.
05:30C'était un film qui parlait d'une relation toxique, amicale.
05:34Voir Mélanie, d'un coup, qui est une actrice reconnue, connue, dont j'aimais tellement le travail.
05:39La voir réaliser et me dire, ah bah tiens, en fait, on peut faire les deux.
05:43On n'a pas à choisir dans une carrière.
05:45En tant que femme dans le cinéma, on peut être actrice et réalisatrice.
05:50Et être pleinement ces deux choses-là.
05:51Elle m'ouvre la porte à ce moment-là dans ma tête.
05:55Et après, oui, il y a un très joli jeu de passation qui se fait.
05:59Puisqu'encore une fois, Mélanie, je pense, se projette aussi sur moi, jeune comédienne qui a une première nomination au César.
06:06Puis derrière, là, on inverse encore les rôles des années après.
06:10Où là, pour le coup, c'est moi qui la mets en scène dans un film extrêmement personnel.
06:14J'ai envie de vous dire la boucle est bouclée.
06:16Et en même temps, elle va peut-être se poursuivre encore plus loin pour d'autres choses.
06:19Donc je ne sais pas quel est le prochain step.
06:21Je ne sais pas ce qu'on va vous inventer encore pour faire un duo Mélanie, Laurent, Joséphine Japi.
06:24On va trouver, on est pleine de ressources.
06:27Mais voilà, c'était quand même un bon stade de l'appeler pour ce film, pour interpréter ma mère dans le premier film que je réalise.
06:39Je m'en souviendrai longtemps de 2025.
06:41Alors après, 2025, c'est l'aboutissement de quand même quelques années à penser ce film, à le réfléchir, à l'écrire, à le réaliser.
06:48Ce film, il vient de mon histoire personnelle.
06:52Il est là depuis toujours.
06:53Je ne peux pas vraiment dire que j'ai eu une idée.
06:55Ce n'est pas vraiment un sujet, ce film.
06:57Mais le déclic, je l'ai eu il y a quelques années parce qu'en fait, on est en errance de diagnostic avec ma sœur.
07:03Une errance de diagnostic, ça veut dire qu'on sait qu'il y a une maladie, mais on ne sait pas ce que c'est.
07:07Et ça s'est arrêté il y a quatre ans.
07:10Et à ce moment-là, d'un coup, avoir le diagnostic de la maladie de ma sœur, ça m'a permis de commencer à écrire un scénario.
07:17Ça s'est toujours appelé Kibari au combat.
07:19Ça a toujours été les premiers mots que j'ai posés sur le scénario.
07:22Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que je pense peut-être par superstition.
07:26J'ai voulu aller voir les significations des prénoms dans ma famille.
07:29J'ai trouvé la signification du prénom de ma mère, donc Claire, la clairvoyante, de ma plus petite sœur, Marguerite, la perle, bref.
07:35Et j'arrive sur Bertie.
07:37Et là, je vois Bertie, celle qui brille au combat.
07:39Et je trouve ça extrêmement beau et presque prémonitoire.
07:44Parce qu'en fait, mes parents lui donnent ce prénom sans savoir vraiment qu'elle est malade à ce moment-là.
07:48Et du coup, c'est devenu Kibari au combat.
07:52Et ça n'a jamais changé.
07:53Et j'ai cru qu'on allait me faire changer mon titre, mais au final, non.
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