- il y a 2 jours
Dans le sillage de la crise financière de 2008 et des politiques d'austérité qui l'ont accompagné un peu partout en Europe, des « révoltes » populaires ont embrasé chacune à leur manière le continent, Brexiters en Grande Bretagne, Gilets Jaunes en France, oubliés de la réunification en Allemagne... Elles ont révélé la défiance grandissante qui oppose les citoyens à ceux qui les gouvernent. Et l'impôt est au coeur de ces conflits. « Pas d'impôt sans souveraineté du peuple », en rappelant à leur élus cette règle du jeu démocratique, ces mouvements ont repris la longue histoire qui, depuis le moyen-âge, oppose, un peu partout en Europe, le peuple à ses gouvernants quand il est question de lui faire payer des impôts. Et c'est cette histoire tumultueuse que ce film en deux parties raconte. Année de Production :
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00:00Musique
00:00Oubliez de la réunification, gilets jaunes, brexiteurs.
00:16Depuis quelques années, la colère gronde.
00:18Le détonateur sait souvent, où va l'argent de mes impôts ?
00:23La plupart des gens ne comprennent pas l'imposition.
00:26Ils s'en plaignent et veulent toujours qu'elle baisse.
00:28Ils ne savent pas à quoi elle sert.
00:31À bien des égards, je pense que la fiscalité est l'une des actions les plus extrêmes d'un gouvernement.
00:37Mais c'est aussi la définition du gouvernement, car sans imposition, il n'y a pas de gouvernement.
00:43Une défiance de plus en plus marquée oppose les citoyens à ceux qui les gouvernent.
00:48Et l'impôt est au cœur des conflits.
00:52En France, c'est une taxe, la taxe carbone qui met le feu aux poudres.
00:57Pendant des mois, elle pousse dans la rue des milliers de personnes.
01:03Une population qui se sent oubliée reprend la parole et découvre la force du collectif.
01:10Vous ne nous écraserez pas.
01:12Vous pourrez en faire tomber quelques-uns, mais le peuple ne se laissera pas maltraiter indéfiniment.
01:15Sur les ronds-points, les gilets jaunes réaniment le débat démocratique
01:19et se réapproprient les symboles des révoltes fiscales du passé.
01:23Comme les révolutionnaires de 1789, ils rédigent des cahiers de doléances,
01:28listes de leurs souhaits et de leurs plaintes.
01:30400 000 pages, archivées dans les départements de France et destinées à leurs représentants.
01:43Les gens ont peur d'utiliser ce terme « révolution », mais pour moi, on est en début de révolution.
01:48Pas d'impôt sans souveraineté du peuple.
01:51En rappelant à leurs élus cette règle du jeu démocratique,
01:53les gilets jaunes reprennent le fil de la longue histoire qui, depuis le Moyen-Âge,
01:57oppose un peu partout en Europe le peuple à ses gouvernants
02:00quand il est question de lui faire payer des impôts.
02:03Il y a très longtemps, en 1215, il y avait un roi très impopulaire,
02:19le roi Jean Santerre, qui a voulu lever de l'argent pour financer des expéditions militaires.
02:25Alors il s'est tourné vers les aristocrates et leur a dit « donnez-moi de l'argent ».
02:29Et pour la première fois dans l'histoire anglaise, ils ont dit « non, nous ne donnerons de l'argent
02:35que si vous nous consultez à l'avenir et que vous nous impliquez dans la prise de décision ».
02:39Et ça a été le premier frémissement de démocratie en Grande-Bretagne.
02:45Avec la Magda Carta, ou Grande Charte, les Britanniques sont les premiers à mettre en place
02:50les prémices d'une démocratie parlementaire en Europe.
02:53Les rois de France envisagent les questions budgétaires d'une autre façon.
02:57Jusqu'au XIIIe, XIVe siècle, les rois de France ne se financent pas prioritairement avec l'impôt.
03:05Les rois de France ont un domaine, une propriété foncière, une propriété agricole qui génère
03:11des revenus, et ces revenus du domaine royal sont la principale ressource du budget de l'État.
03:19Très rapidement, néanmoins, ces revenus ne sont pas suffisants pour faire face aux dépenses
03:23de l'État, et notamment à une dépense très importante qui est la dépense de la guerre.
03:27Les rois usent de leur pouvoir d'imposer des prélèvements sur leur sujet pour alimenter
03:34leur budget.
03:35C'est la marque en particulier de Philippe le Bel.
03:38On se souvient tous des rois maudits et de l'arrière-plan financier qui est évidemment
03:44très présent à cette époque.
03:45Alors que la guerre de cent ans ruine les finances du royaume, Charles VII revendique
03:51le droit royal d'imposer, qui ouvre la voie à l'absolutisme.
03:57Il contourne les difficultés à taxer le clergé et la noblesse en choisissant de contraindre
04:02à l'impôt ceux qui travaillent à créer la richesse, les paysans et les artisans.
04:07C'est le tiers-État, et il est écrasé par les taxes royales.
04:10C'est exactement à cette époque qu'est créée en France la gabelle, l'impôt sur
04:16le sel, qui est un impôt indirect, quelque chose à l'époque de perçu comme extraordinairement
04:22impopulaire, puisque ça taxe beaucoup plus ceux qui sont modestes et qui ont besoin
04:27de cette denrée de première nécessité que ceux qui ont des revenus plus élevés.
04:32Pour encaisser les taxes, le roi envoie sa milice privée, les fermiers généraux qui
04:37rensonnent la population.
04:40Le pauvre peuple travaille incessamment.
04:44De son travail, il ne lui reste que la sueur et la misère.
04:47Tout s'emploie à payer les tailles, la gabelle et autres subventions pour votre majesté.
04:53La gabelle est à l'origine d'une multitude de révoltes fiscales, tout comme la taille,
04:57directement prélevée sur les revenus et sur le patrimoine.
05:01On crie qu'il faut exterminer ces censues du peuple.
05:05Il faut tuer tous ces leveurs de taille, tous ces receveurs qui ruinent la province.
05:08Pitot, Croquand, Nupier, Jacques, Bonnet Rouge, tous sont en lutte contre le pouvoir.
05:17Ils n'ont rien à perdre et se heurtent de plein fouet avec les soldats du roi.
05:20Les jacqueries se succèdent violemment réprimées.
05:42Elles ne dissuadent pas Louis XIV de créer de nouvelles taxes pour financer ses conquêtes
05:46et bâtir le château de Versailles en réduisant le peuple français à la misère.
05:53En 1675, les Bonnet Rouge se soulèvent en Bretagne.
05:58La répression est féroce.
05:59Les clochers sont décapités pour avoir sonné le toxin de l'insurrection.
06:03Le pouvoir royal ne lâche rien.
06:14La marquise de Sévigné s'en fait l'écho en se félicitant du nombre de pendus qui jalonnent les routes bretonnes.
06:20D'après elle, le peuple devrait avoir compris la leçon.
06:23Des révoltes se déclenchent partout en Europe, y compris dans le Saint-Empire romain germanique,
06:37agrégeant des territoires multiples où règnent des princes absolutistes qui ont fait allégeance à l'empereur.
06:42Sous le Saint-Empire romain germanique, ce sont les états territoriaux,
06:48et donc les princes absolutistes, qui exerçaient le pouvoir.
06:52Entre autres, celui de lever des taxes.
06:55Il collectait déjà les premières formes d'impôts modernes,
06:58c'est-à-dire sur les ménages, et les taxes foncières,
07:01ainsi que les premières formes d'impositions indirectes.
07:04L'Empire lui-même avait peu de compétences dans ce domaine
07:07et finançait sa politique grâce aux contributions de ses états territoriaux.
07:12Quand il refuse l'impôt, les peuples se heurtent au prince absolutiste.
07:18C'est en engageant des procédures judiciaires que la contestation s'exprime.
07:26En France, au début du XVIIIe siècle,
07:29l'impôt royal ne suffit plus à couvrir les dépenses de l'État.
07:33Puisqu'on ne peut pas prendre au peuple plus que ce qu'on lui prend déjà,
07:37l'État doit emprunter.
07:38A la fin du siècle, la dette atteint 110 millions de louis d'or.
07:46Pour la rembourser, le roi Louis XVI doit se résoudre à réformer.
07:51Il convoque les états généraux,
07:52réunissant la noblesse, le clergé et des représentants du tiers-État,
07:56mais ouvre alors la boîte de Pandore
07:58du consentement à l'impôt et de la représentation politique.
08:01La France, à l'époque, est un pays qui, un petit peu comme aujourd'hui,
08:12est passionné par la question de la réforme,
08:14mais qui ne réussit pas à la conduire vraiment.
08:17Et c'est cette incapacité à conduire la réforme fiscale,
08:22une réforme de justice, mais aussi une réforme d'efficacité,
08:24qui la conduit vers la révolution,
08:28qui n'est pas qu'une réforme, qui n'est pas qu'une révolte fiscale,
08:32mais qui est quand même en grande partie
08:33née d'un embrasement venu de l'injustice du système fiscal.
08:39Pour la première fois en Europe,
08:41le peuple a enfin voix au chapitre.
08:43Et il ne se fait pas prier pour prendre la parole
08:46et la retranscrire dans des milliers de cahiers de doléances
08:49envoyés à ses représentants aux États généraux.
08:56Que les impôts présents et futurs
08:58seront également répartis sur tous les citoyens
09:01de tous les ordres,
09:02dans la seule proportion de leur faculté
09:04et sans distinction de rang, de naissance et de privilèges.
09:08Les habitants de la ville d'Aigurande
09:10demandent la suppression de la corvée.
09:12Ils sont imposés à la somme de 1300 livres
09:14pour des chemins dont ils sont éloignés,
09:16tandis que tous les chemins qui aboutissent à leur ville
09:18sont affreux et impraticables.
09:23Ce qui réunit les écrits de 1789 et ceux de 2019,
09:27c'est la fiscalité.
09:29Le thème de l'égalité devant l'impôt est le plus abordé.
09:33Égalité de tous devant l'impôt.
09:35Chaque citoyen doit contribuer, même une petite somme.
09:38Nous voulons la protection des biens communs,
09:40la fin des privilèges, le droit à la dignité.
09:42Stop aux impôts croissants
09:43et aux reculs sociaux croissants.
09:45La politique est notre affaire
09:47et nous nous unissons face à l'urgence sociale.
09:49Faire un travail de pédagogie sur les recettes
09:50et les dépenses publiques.
09:53On parle de tout.
09:54On parle économie, on parle politique,
09:55on parle argent, on parle chômage,
09:57on parle crise, on parle pétrole
09:58et on parle aux gens.
10:00Aux armes, aux citoyens !
10:03On n'écoute pas les gens,
10:05on fait semblant de les écouter.
10:06Et ça, je crois que ça fera que les gens fous.
10:08Révolution !
10:09Révolution !
10:11Révolution !
10:13Révolution !
10:15Révolution !
10:17Révolution !
10:18Révolution !
10:21A l'issue des États généraux de 1789,
10:24la Révolution éclate.
10:26Le roi est décapité
10:27et la Première République naît.
10:33La Révolution française va être faite
10:35justement pour retirer au roi
10:37le pouvoir de fixer les impôts
10:40et le donner à une chambre élue.
10:42Et donc, la fiscalité,
10:44elle est consubstantielle avec la démocratie.
10:48La démocratie est faite
10:50pour que ce soit les citoyens
10:52qui votent l'impôt.
10:53C'est une vocation première,
10:57essentielle du Parlement
10:58que de voter l'impôt.
11:01La Déclaration des droits de l'homme
11:03et des citoyens,
11:04dans ses articles 13 et 14,
11:06définit tout ça de manière merveilleuse.
11:10Dans l'article 13,
11:12elle justifie la contribution commune
11:15pour les dépenses d'administration
11:17et la force armée.
11:17Une contribution commune est indispensable.
11:20Elle dit qu'elle doit être répartie
11:22entre tous les citoyens,
11:24également entre tous les citoyens,
11:26ce fameux thème de l'égalité devant l'impôt,
11:29et selon leurs facultés.
11:32Et l'article 14, lui,
11:33il dit aussitôt,
11:34cette contribution,
11:36ce sont les citoyens eux-mêmes
11:39ou leurs représentants
11:41qui doivent en discuter
11:42de la nécessité,
11:44de la quotité,
11:45de la durée
11:46et des modalités précises.
11:48Égalité devant l'impôt,
11:52quel beau programme.
11:54Mais que va-t-il taxer au juste ?
11:58Logiquement, la fiscalité
12:03qui est créée au moment de la Révolution,
12:05c'est une fiscalité
12:06qui repose sur le foncier.
12:08Ce qu'on appelle aujourd'hui
12:09la taxe foncière,
12:11c'est un impôt qui a été créé
12:12au moment de la Révolution.
12:13La pensée économique dominante,
12:16c'est les physiocrates,
12:17ces gens qui pensent
12:17que c'est la terre,
12:20la richesse agricole
12:21qui est à l'origine
12:22de toute création de richesse.
12:23Ce courant de pensée
12:39se heurte à une autre révolution,
12:41industrielle celle-ci,
12:42qui commence en Angleterre
12:44avec l'invention des hauts fourneaux
12:45et des machines à vapeur.
12:49C'est grâce à l'investissement
12:51dans ces nouveaux outils de travail
12:52et grâce à l'exploitation
12:54d'une nouvelle classe,
12:55la classe ouvrière,
12:57qui est produite la richesse.
13:02Un peu partout en Europe,
13:04la fiscalité s'adapte
13:05à cette nouvelle économie.
13:06À côté des impôts fonciers,
13:08les recettes principales
13:09proviennent des taxes
13:10sur la consommation,
13:12taxes sur le vin,
13:13les allumettes,
13:14le tabac, etc.
13:15Leur poids,
13:16le même pour tous,
13:17quels que soient les revenus,
13:19étouffe la population
13:20des travailleurs,
13:21paysans et ouvriers.
13:22Seulement,
13:25ces taxes ne suffisent pas
13:27pour couvrir les dépenses nouvelles
13:28que les États doivent assumer
13:30pour favoriser
13:30le développement du capitalisme.
13:33Ils empruntent pour financer
13:34l'extension des routes
13:35et des chemins de fer,
13:37l'assainissement des villes
13:38et la conquête coloniale.
13:40La dette qui s'accroît
13:41permet aux riches prêteurs
13:42de s'enrichir encore plus
13:44grâce aux intérêts versés.
13:46La dette devient une obsession
13:47quand la révolution industrielle
13:49ouvre un nouveau chapitre
13:50dans l'histoire des impôts.
13:53Comme les révolutionnaires
13:54de 1789,
13:55les conservateurs britanniques
13:57au pouvoir au XIXe siècle
13:58se heurtent à la même question,
14:01comment la rembourser ?
14:05Le gouvernement avait besoin
14:10de trouver des fonds.
14:11Un moyen simple
14:13pour y parvenir
14:14aurait été d'augmenter
14:16les taxes sur la consommation.
14:17Mais il y avait aussi l'idée
14:21que les contributions indirectes
14:23n'étaient pas vraiment justes.
14:25La notion d'équité
14:27était déjà présente,
14:29mais elle était surtout portée
14:30par les mouvements populaires
14:31de la Grande-Bretagne.
14:38Et ils ont vraiment essayé
14:40de faire avancer l'idée
14:41que l'impôt sur le revenu
14:43était plus équitable
14:44que les taxes sur la consommation
14:46et qu'il devait être élargi
14:48à un plus grand nombre de personnes.
14:49Car l'impôt sur le revenu
14:57est censé s'appliquer
14:58de façon progressive.
15:01Ceux qui ont plus de revenus
15:02se verront appliquer
15:03un taux marginal plus élevé.
15:09Mais le gouvernement anglais
15:10se joue des revendications
15:12des mouvements ouvriers.
15:15Certes, les taxes à la consommation
15:16ne sont pas augmentées,
15:17mais un impôt plus juste
15:19n'est pas à l'ordre du jour.
15:23L'Income Tax,
15:24qui préfigure l'impôt sur le revenu,
15:26rejette toute idée de redistribution
15:28car son taux n'est pas progressif.
15:31Il voit le jour en 1848,
15:33bien avant que ses plus proches voisins
15:35ne l'adoptent à leur tour.
15:39Vingt ans plus tard,
15:41l'Allemagne de Bismarck,
15:42qui vient de réaliser l'unification
15:43de ses multiples États
15:45au sein du Reich,
15:46est le second pays
15:47à mettre en place
15:48un tel impôt.
15:52Bismarck vise deux objectifs,
15:54consolider l'État national allemand
15:56et contenir les revendications
15:58de la classe ouvrière
15:59car c'est elle
15:59qui mène désormais la bataille
16:01pour la justice sociale.
16:02En France,
16:12dans les parlements nouvellement élus
16:13de la Troisième République,
16:14les débats sont vifs.
16:16Il y a les partisans du statu quo
16:17qui redoutent un impôt redistributif
16:19réduisant les inégalités
16:21et ceux de plus en plus nombreux
16:23qui exigent que l'État-nation
16:25joue enfin son rôle protecteur,
16:26non seulement sur le plan militaire,
16:29mais aussi sur le plan social.
16:33Entre 1870 et 1906,
16:36pas moins de 210 projets d'impôts
16:38sur le revenu
16:39sont déposés à la Chambre des députés.
16:41Caillot,
16:42le grand réformateur
16:43des finances publiques françaises
16:45et de la fiscalité,
16:47va concevoir et tenter
16:49de faire passer
16:50à l'Assemblée et au Sénat,
16:52à la Chambre des députés à l'époque,
16:54trois impôts,
16:55l'impôt sur le revenu,
16:56l'impôt sur la fortune,
16:57les droits de succession.
16:58L'impôt sur le revenu,
17:00il va déposer un premier projet en 1901,
17:02il va se battre énormément.
17:05En 1907,
17:06ils vont arriver
17:06à un barème progressif
17:08et avec la guerre de 1914,
17:09je crois que c'est en août 1914,
17:13quelque chose comme ça,
17:15ça va être le vrai démarrage
17:16de l'impôt sur le revenu
17:17parce qu'il faut financer
17:18l'effort de guerre.
17:20C'est la première guerre mondiale
17:21qui va parvenir à installer
17:23l'impôt sur le revenu
17:24dans le paysage fiscal français
17:25à l'été 1914,
17:28synthétisant les expériences
17:29anglaises et prussiennes.
17:32Symbolique,
17:33ce nouvel impôt rapporte
17:34très peu d'argent,
17:35d'autant que la déclaration
17:36de revenu est facultative
17:38et que les plus hauts revenus
17:39ne sont pas beaucoup plus sollicités
17:41que les autres.
17:43Mais la guerre coûte cher
17:44et les États,
17:46une nouvelle fois,
17:47doivent recourir à l'emprunt.
17:49Ils font alors vibrer
17:50l'accord de patriotique
17:51et ce sont les peuples français,
17:53allemands et britanniques
17:54qui vont financer
17:56la grande boucherie de 1914-1918.
17:57dix millions de morts,
18:03tel est le prix payé par les soldats,
18:05s'y ajoute une dette abyssale
18:07et c'est le peuple
18:08qui va la rembourser.
18:18Pour l'Allemagne vaincue,
18:19la facture est encore plus salée
18:22puisque les vainqueurs
18:24la contraignent à leur verser
18:25des réparations de guerre.
18:29Rajouter de la dette à la dette
18:31revient à dépouiller le peuple allemand
18:33de tout ce qu'il possède
18:34alors qu'il a déjà perdu sa jeunesse
18:36dans les tranchées.
18:37La révolution gronde.
18:38Sur les décombres de l'Empire,
18:45l'Allemagne menace de basculer
18:46dans le camp bolchevique.
18:48Le pouvoir politique réagit
18:49dans l'urgence.
18:50D'abord, la répression féroce.
18:53Puis, la constitution de Weimar,
18:55première constitution démocratique
18:57dans l'histoire allemande,
18:58adoptée le 11 août 1919.
19:00Et une réforme fiscale d'envergure,
19:03enfin, réalisée dans la foulée
19:04par Matthias Herzberger.
19:08Cette réforme fiscale
19:11a été un vrai choc
19:12pour les gens des classes supérieures.
19:15Surtout ceux qui avaient
19:16de gros revenus et de la fortune.
19:19Parce que tout d'un coup,
19:19ils ont dû payer
19:20beaucoup plus d'impôts.
19:23Jusque-là, en Prusse,
19:24le taux d'imposition le plus élevé
19:26était de 4%.
19:27Après 1919,
19:29il est passé à 60%.
19:32Seulement pour les revenus
19:33les plus élevés,
19:33mais ça faisait une grosse différence.
19:35Je connais un discours
19:38d'Herzberger ou Reichstag
19:40dans lequel il s'adressait
19:41aux représentants
19:42des gens les plus fortunés
19:43au Parlement.
19:45Vous n'avez pas perdu de sang.
19:48Vos fils n'étaient pas à la guerre.
19:50Vous n'avez pas payé
19:51de votre sang.
19:53Ce sont les petites gens
19:54qui ont payé.
19:55Alors maintenant,
19:56vous devez aider
19:57à surmonter les conséquences
19:58d'une guerre
19:58dont vous portez
20:00la responsabilité.
20:05Ça de l'apparent
20:09du populaire auprès de tous
20:10au cours des années troublées
20:11de la République de Weimar.
20:13Au point qu'il avait dit
20:14à sa femme,
20:15après avoir été victime
20:16de plusieurs attaques,
20:17la balle qui va me tuer
20:19est déjà forgée.
20:26Assassiné le 26 août 1921
20:28par un militant
20:28d'extrême droite,
20:30Matthias Herzberger
20:31n'aura pas le loisir
20:32de mesurer les effets
20:33de sa réforme fiscale.
20:36D'autant qu'une nouvelle facture
20:38est adressée aux vaincus.
20:39133 milliards de marques or.
20:41L'Allemagne annonce
20:45qu'elle ne peut pas payer.
20:47Ce qui entraîne
20:47en 1923
20:48l'occupation de la Roure
20:50par les troupes françaises,
20:51l'effondrement du Marc
20:52et l'hyperinflation.
20:55Les produits de première nécessité
20:57atteignent des sommes faramineuses.
21:03Malgré leurs différends,
21:05les frères ennemis
21:06franco-allemands
21:06partagent une idée forte.
21:08Ceux qui ont survécu
21:09vont devoir mettre
21:10la main à la poche.
21:12C'est la seule solution
21:12pour endiguer la dette.
21:16Venue de la gauche,
21:17l'idée que l'impôt
21:18doit être un instrument
21:19de redistribution
21:20et de réduction
21:20des inégalités
21:21emporte l'adhésion
21:23de tous
21:23dans le contexte
21:24d'unité nationale
21:25de l'immédiat après-guerre.
21:28La réforme fiscale
21:30adoptée en 1920
21:31enterrine le principe
21:32de l'impôt progressif.
21:34Dorénavant,
21:35les plus fortunés
21:36seront plus sollicités
21:37que les plus modestes.
21:38de l'autre côté de la Manche,
21:42c'est tout le contraire
21:43qui va se passer.
21:47On a promis aux soldats
21:48de leur offrir des maisons
21:49financées par de l'argent public.
21:52Ces maisons pour les héros
21:53provoquent la colère
21:54de l'établissement.
21:55n'est pas question
21:56de payer pour le peuple.
21:58Le propriétaire
21:59du journal populiste
22:00Daily Mail,
22:02le vicomte Rosermer,
22:03lance donc
22:04une virulente campagne
22:05de presse
22:05pour mettre fin
22:06à cet éphémère élan
22:07de générosité.
22:08Il a créé une association
22:13appelée la Ligue
22:14contre le gaspillage
22:16qui, au lieu de soutenir
22:19la construction des maisons
22:20pour les héros,
22:22affirmait qu'il était impossible
22:23de financer ces maisons
22:24et que le gouvernement
22:25gaspillait beaucoup
22:26trop d'argent.
22:28Et il a lancé
22:29toute une campagne
22:30anti-gouvernementale.
22:32Si bien que le gouvernement,
22:34à l'époque,
22:34a réagi en créant
22:35une commission
22:36des dépenses nationales
22:38qui a été présidée
22:39par Sir Eric Geddes.
22:43Le ministre des Transports,
22:45Sir Eric Geddes,
22:47va mettre en application
22:48une politique fiscale
22:49d'une sévérité exceptionnelle,
22:51connue sous le nom
22:52de Hache de Geddes.
22:57La Hache de Geddes,
23:00ça a été la plus forte
23:01réduction de dépenses publiques
23:03qu'on ait jamais connue
23:04en temps de paix.
23:05En deux ans,
23:08de 1921 à 1923,
23:10les dépenses publiques
23:11ont été abaissées
23:12d'environ un tiers,
23:13ce qui est absolument énorme.
23:15Et cette politique
23:17a immédiatement entraîné
23:18l'effondrement de l'économie
23:19et la déflation,
23:21ce qui s'est traduit
23:21par une décennie
23:22de chômage
23:23à environ 10%.
23:24L'idée que l'État
23:27ne doit pas s'immiscer
23:28dans l'intimité des foyers
23:29et qu'il doit prendre en charge
23:31le moins de services possibles
23:32s'impose dans les années 20.
23:35C'est ce que les Britanniques
23:36appellent l'État minimum.
23:38Pour faire accepter
23:38la politique d'austérité,
23:40il est une nouvelle fois
23:41fait appel
23:41au sentiment patriotique
23:43de la population.
23:43Les Britanniques ont été
23:47abreuvés de discours
23:48vantant le mérite du pays,
23:51l'importance de tenir
23:52des engagements crédibles
23:53et de rembourser la dette,
23:56avec l'idée que tout cela
23:58était lié au prestige
23:59de la Grande-Bretagne.
24:02Il existe déjà là
24:04une culture fiscale
24:06et les Britanniques
24:07ont plutôt été d'accord
24:08pour voir les impôts
24:09augmenter fortement
24:10dans les années 20,
24:12en particulier les taxes
24:13sur la consommation,
24:14qui sont pourtant considérées
24:16comme les prélèvements
24:16les moins équitables.
24:20Contrairement aux Britanniques,
24:22les Français ont une culture
24:23fiscale encore embryonnaire.
24:25Riches ou pauvres,
24:26nombre de citoyens ont du mal
24:28à s'accoutumer à l'impôt
24:29sur le revenu,
24:30qu'on appelle alors
24:31l'impôt des poires.
24:34Les plus riches
24:34vont trouver des solutions
24:36pour mettre leur fortune
24:37à l'abri
24:37et ne pas payer d'impôts.
24:39Ils découvrent l'eldorado
24:41de l'évasion fiscale.
24:42C'est dans les années 20
24:43que les banques suisses
24:45commencent à faire
24:46dans la presse française
24:46des publicités
24:47à l'égard
24:49des Français
24:50les plus riches
24:51pour leur dire
24:51vous pouvez mettre
24:52votre argent
24:53dans les banques
24:54en Suisse
24:55pour échapper
24:56à l'impôt sur le revenu
24:57qui venait d'être créé.
24:58Donc on voit bien
24:59que le comportement
25:00d'évitement de l'impôt
25:01connaît
25:03un regain
25:05à partir du moment
25:06où on taxe davantage
25:09les revenus
25:09les plus élevés.
25:11C'est devenu
25:12une industrie importante
25:14pour la place financière
25:15suisse.
25:16C'est d'ailleurs
25:16pour protéger
25:19cet afflux
25:19égoïstement
25:21que la Suisse
25:21a inventé
25:23entre guillemets
25:24le secret bancaire
25:25parce que
25:26ce fameux secret bancaire
25:28il date
25:28du début des années 30
25:30pas avant
25:31et il a servi
25:34largement
25:35à faire en sorte
25:36que les Suisses
25:38ne collaborent pas
25:39avec les autorités
25:41françaises,
25:42allemandes
25:42ou italiennes
25:43qui elles
25:45à la sortie de la guerre
25:46et au moment
25:47de la crise
25:48se sont rendus compte
25:49de l'évasion massive
25:51des capitaux
25:52de leurs ressortissants.
25:55Les riches Allemands
25:56utilisent la Suisse
25:57comme plaque tournante
25:58pour éviter
25:59la forte imposition
26:00et l'inflation
26:01qui galopent
26:01dans leur pays.
26:03Bientôt,
26:04le montant des titres
26:05gérés par les banquiers
26:05suisses
26:06équivaut à l'endettement
26:07de l'Allemagne,
26:08le plus gros débiteur
26:09du monde
26:10au début des années 30.
26:13En laissant des sommes
26:14folles disparaître
26:15dans les coffres forts
26:16de la Confédération
26:17Helvétique,
26:18les États trahissent
26:19le principe d'égalité
26:20devant l'impôt.
26:22Le peuple n'a
26:23d'autre solution
26:24que de respecter
26:25les règles du jeu
26:26tandis que certains
26:27s'autorisent
26:27à s'en affranchir.
26:29Il y a forcément
26:29moins d'argent
26:30dans les caisses
26:31de l'État
26:31et plus de ressentiment
26:33chez ceux
26:33qui ont l'impression
26:34de se faire avoir.
26:36La cohésion
26:37des États-nations
26:38s'en trouve fragilisée
26:39quand en 1929,
26:41la bourse s'effondre.
26:42suite au crash de Wall Street,
26:53l'Europe chancelle.
26:57La Grande Dépression
26:58pousse des millions
26:59de personnes
27:00dans le chômage.
27:04Les pays occidentaux
27:05laissent leur monnaie
27:06perdre de leur valeur.
27:07D'évaluer,
27:11c'est l'autre moyen
27:11de contenir la dette
27:12et c'est encore
27:13le peuple
27:14qui paye la note.
27:16En France,
27:18les classes moyennes
27:19sont affaiblies
27:20par une politique
27:20de réduction
27:21des déficits publics
27:22qui accroît le chômage.
27:24La crise sociale
27:25se double d'une crise politique
27:26avec la montée
27:28de l'antiparlementarisme.
27:29Ce vent de fronde
27:36est attisé
27:37par la Fédération Nationale
27:38des Contribuables.
27:40Elle s'oppose
27:40aux syndicats ouvriers,
27:42fustige les fonctionnaires,
27:43appelle les paysans
27:44à les rejoindre,
27:45menace les députés
27:46qui ne pensent pas comme eux.
27:56Cette colère fiscale
27:57profite aux ligues
27:58d'extrême droite
27:59très véhémente.
28:01De leur côté,
28:02les partis de gauche
28:03se sont regroupés
28:04au sein du Front populaire
28:05pour relancer
28:06la bataille
28:07de la redistribution
28:08et promouvoir
28:09une meilleure justice sociale.
28:11Comme les Gilets jaunes
28:12de 2019
28:13qui ont tenté
28:14des décennies plus tard
28:15de faire renaître
28:17une fiscalité
28:17moins inégalitaire.
28:20On est en train
28:20de pomper
28:21les mêmes personnes
28:22et toujours
28:23les gens d'en bas.
28:24Et les plus riches,
28:24non, sont toujours
28:25dans leur sphère
28:25et eux, ils n'ont rien
28:26à payer.
28:27Ils sont toujours protégés.
28:28L'unité qu'il y a ici,
28:31mais c'est du incroyable,
28:32c'est du jamais vu.
28:33Les Gilets jaunes,
28:33les stylos rouges,
28:34les blouses blanches,
28:36les Gilets roses,
28:36les assistantes maternelles,
28:37tous unis,
28:38un même peuple,
28:38dans la rue.
28:40Peut-être pas violemment,
28:41mais dans la rue.
28:41On ne lâche rien
28:42et on continue.
28:45Des mois durant,
28:46les Gilets jaunes
28:47ont rêvé
28:47d'une convergence
28:48hypothétique
28:49avec d'autres mouvements sociaux.
28:50c'est cette convergence
28:52si rare
28:53qui a rendu possible
28:54l'élection du Front Populaire.
28:57Mais il fallait surmonter
28:58la crise économique.
29:00En décembre 1936,
29:02le Front Populaire vote
29:03l'augmentation de l'imposition
29:05des classes moyennes supérieures
29:06qui rend l'impôt sur le revenu
29:08plus redistributif.
29:10Le Parti communiste français
29:11devient une force qui compte.
29:13Parvenant à faire graver
29:14dans le marbre
29:15certaines de leurs plus belles
29:16conquêtes sociales,
29:17les ouvriers traversent
29:18une courte période
29:19d'enchantement.
29:28Au même moment,
29:30en Allemagne,
29:31l'ambiance n'est pas à la fête.
29:33La stricte politique d'austérité
29:34du chancelier Brüning
29:35a mis le pays à genoux
29:37et permis l'arrivée
29:38au pouvoir des nazis.
29:47Ils vont utiliser l'arme fiscale
29:49de deux façons diamétralement opposées.
29:51Baisse d'impôts pour les uns,
29:53spoliation fiscale acharnée
29:55pour la population juive.
29:56Les nazis ont mis leur système fiscal
30:12au service de leur politique criminelle.
30:15Les premières expropriations
30:17de la population juive
30:18ont d'abord eu lieu
30:18par le biais d'un impôt
30:20sur la fuite du Reich
30:21qui avait été initié
30:23sous le gouvernement Brüning,
30:24donc avant le régime nazi.
30:26dans le but de freiner
30:28la fuite des capitaux.
30:30Les gens qui voulaient émigrer
30:31devaient alors céder
30:3225% de leur fortune.
30:36En 1938,
30:37après la nuit de cristal,
30:39la population juive
30:40a ensuite été soumise
30:41à une taxe spéciale
30:42qui les privait à nouveau
30:44de 25 ou 30% de leurs biens.
30:48Et bien sûr,
30:48dans le cadre des déportations,
30:50ils ont tout simplement
30:51été dépouillés
30:52de tout ce qu'ils possédaient.
30:54Leurs biens étaient officiellement
30:55confisqués par l'État,
30:57mais en réalité,
30:58ça passait par des organisations
30:59ou des gens du parti,
31:01voire même
31:02par des individus privés.
31:06Malgré les bruits de bottes,
31:08au Royaume-Uni,
31:09on continue de rêver
31:10d'un état minimum.
31:13La mallette du budget
31:14renferme le détail
31:15des dépenses à venir.
31:17Rituel incontournable,
31:18elle est brandie
31:19par le ministre des Finances
31:20devant le bâtiment
31:21du trésor de sa majesté.
31:23C'est l'événement politique
31:24de l'année.
31:25Mais en 1938,
31:27comme partout en Europe,
31:28Lord Simon
31:29est contraint
31:30d'en appeler
31:30à l'effort de guerre.
31:31La seconde guerre mondiale
31:54est l'ultime conséquence
31:55de la crise économique.
31:58En 1942,
32:00alors que Londres
32:01est sous les bombes,
32:02William Henry Beveridge
32:04rend le rapport
32:05qui porte son nom.
32:06Il prône l'intervention
32:07de l'État
32:08pour parvenir
32:09au plein emploi.
32:10Il bouleverse
32:11de fond en comble
32:12les doctrines économiques
32:13à l'œuvre
32:13pendant la Grande Dépression
32:14en proposant un modèle
32:16de reconstruction
32:16pour l'après-guerre
32:18à l'opposé
32:18de la hache de guédesse
32:20de sinistre mémoire.
32:22Grâce à lui,
32:23le Royaume-Uni
32:23s'apprête à mettre
32:24l'État minimum en sourdine.
32:31Le peuple
32:32qui a résisté
32:32à la barbarie
32:33va bénéficier
32:34d'un élan
32:34de générosité
32:35inimaginable
32:36jusqu'alors.
32:38Parallèlement
32:38à la bataille
32:39de la redistribution,
32:40se profile
32:40une nouvelle révolution,
32:42celle de la protection sociale.
32:43On a du mal
32:54à se figurer
32:54les implications
32:55à la lecture du rapport.
32:57C'est un document
32:58assez sec,
32:58très technique.
32:59Mais à l'époque,
33:01il s'en est vendu
33:02plus d'exemplaires
33:03que n'importe quel rapport
33:04gouvernemental.
33:05les gens faisaient la queue
33:07sur Kingsway,
33:08au coin de la London School
33:09of Economics,
33:11pour acheter un exemplaire,
33:12des citoyens ordinaires.
33:13Et il circulait aussi
33:15des quantités de tracts
33:16pour expliquer aux gens
33:18ce que signifiait
33:18le rapport Beveridge.
33:19Pourquoi cela ?
33:21Parce que les gens ont compris
33:23qu'il s'agissait
33:24d'une réorganisation complète
33:25de la relation
33:26entre le citoyen
33:27et l'État
33:27et de ce que le citoyen
33:29pouvait attendre de l'État.
33:31L'élément clé
33:32du rapport Beveridge,
33:34c'est qu'il s'agissait
33:35d'une assurance sociale.
33:38Les gens payaient
33:39des cotisations
33:39pour se protéger
33:40de risques
33:41auxquels ils seraient
33:42peut-être un jour confrontés.
33:46Ça pouvait être
33:47le chômage,
33:48la maladie,
33:49l'invalidité,
33:50c'est-à-dire des situations
33:51où l'on est en incapacité
33:53de travailler.
33:54un domaine classique
33:56de l'assurance sociale.
33:59Mais elle concernait
34:00aussi d'autres moments
34:01de la vie,
34:02comme la naissance
34:03d'un enfant
34:03ou la retraite.
34:05Tout cela était également
34:06pris en compte
34:07par Beveridge.
34:12Plus encore,
34:13pour que les traumatismes
34:14de la grande dépression
34:15ne se reproduisent plus,
34:17les chômeurs
34:17ne sont plus tenus
34:18pour responsables
34:19de la perte de leur travail.
34:21Ce ne sont plus
34:21des feignants
34:22qui rechignent
34:22à aller travailler
34:23et il revient
34:24à l'État
34:24de les protéger
34:25en cas de coup dur.
34:28Le remboursement
34:29de la dette
34:30de la guerre
34:30attendra.
34:31L'irruption
34:32de la protection sociale
34:33ouvre une nouvelle ère.
34:34La dette
34:35au secours
34:36de la population.
34:36Et il se passe
34:41quelque chose
34:42d'assez extraordinaire
34:43en 1947
34:44sous le gouvernement
34:45Atlee.
34:46Le Premier ministre
34:49décide que
34:50l'État-providence
34:51va être étendu,
34:52que l'État britannique
34:53va dépenser encore
34:54plus d'argent
34:55qu'il ne l'avait fait
34:56pendant la guerre.
34:58C'est Clement Atlee,
35:00à la tête
35:00du premier gouvernement
35:01travailliste
35:01à accéder au pouvoir
35:02en Grande-Bretagne,
35:04qui met en œuvre
35:04le NHS.
35:19C'est toujours amusant
35:21d'entendre
35:22les conservateurs
35:22clamer leur attachement
35:24au système de santé public
35:25alors qu'on sait
35:26qu'ils s'y étaient opposés
35:27à sa création.
35:28Mais il y avait eu
35:29un tel soutien populaire
35:30pour instaurer un système
35:32où vous n'avez pas à payer
35:33pour aller voir un médecin.
35:34car, évidemment,
35:37ceux qui n'avaient pas d'argent
35:37ne pouvaient pas
35:38se le permettre.
35:40Cette réforme
35:41était un énorme enjeu
35:42et ça l'est toujours.
35:46L'État social
35:47ne sort pas du néant,
35:49mais c'est après
35:49la Seconde Guerre mondiale
35:50qu'il connaît
35:51un second souffle déterminant.
35:54Au Royaume-Uni,
35:55en Allemagne
35:56et en France,
35:57les esquisses
35:57de protection sociale
35:58qui ont vu le jour
35:59depuis la Révolution industrielle
36:01vont se généraliser.
36:04Il est toujours question
36:06de réduire les inégalités,
36:08mais il s'agit aussi
36:09de reconstruire l'économie
36:10en lui offrant
36:11une main-d'œuvre
36:12pas trop mécontente
36:13d'aller travailler.
36:13Il y a deux grands modèles
36:19de financement
36:20de la protection sociale.
36:21Il y a le modèle allemand
36:23qui est fondé
36:24sur des cotisations sociales
36:25et puis il y a
36:27le modèle anglais
36:29qui, lui,
36:29fait financer
36:30la protection sociale
36:31par l'impôt.
36:33Quand on fait financer
36:34la protection sociale
36:35par des cotisations sociales,
36:37à l'origine,
36:38dans le modèle bismarckien,
36:39on la réserve
36:39à ceux qui payent
36:41les cotisations
36:42et à leurs ayants droits.
36:44Donc c'est un modèle
36:44qui est très adapté
36:45aux salariats,
36:47mais dont, en théorie,
36:49les droits qui en résultent
36:50ne sont pas universels
36:52pour toute la population.
36:54Alors que le modèle anglais,
36:55c'est un modèle
36:55qui repose sur l'impôt
36:57et dont le bénéfice
36:58est ouvert
36:59à toute la population.
37:01En France,
37:05les ambitions universalistes
37:06du Conseil national
37:07de la résistance
37:08qui crée la sécurité sociale
37:09en 1945
37:10prolongent les acquis
37:12du Front populaire.
37:14Mais elles sont contrariées
37:15par la réalité économique
37:16et sociale de l'après-guerre.
37:18Derrière la lutte des classes,
37:20apparaissent des catégories sociales
37:21selon que l'on est salarié,
37:23paysan
37:24ou travailleur indépendant.
37:26La solidarité nationale
37:27est à géométrie variable.
37:28On ne veut pas forcément
37:32mélanger les risques
37:33des uns avec les autres.
37:35Le consentement à payer
37:36se construit
37:37dans le consentement
37:38à partager des risques
37:40avec un groupe,
37:42avec d'autres,
37:43parce que je pense
37:43qu'un jour,
37:44ça va me revenir.
37:46Ça, c'est une logique
37:47qui est très importante
37:48et qui différencie
37:49vraiment la protection sociale
37:51et la cotisation sociale
37:54de l'impôt.
37:55L'autre paramètre
37:56avec lequel doivent compter
37:57les concepteurs
37:57de la sécurité sociale
37:59de 1945,
38:00c'est le fait
38:00que le pays est ruiné,
38:02l'économie est détruite
38:03et donc c'est une sécurité sociale
38:05avec les moyens
38:06d'un pays exsangue,
38:07d'un pays pauvre.
38:10La détresse économique
38:11est encore plus profonde
38:12en Allemagne.
38:14Le spectre de la banqueroute
38:15terrorise à nouveau
38:16la population.
38:18Pour la deuxième fois
38:19dans le siècle,
38:20le Deutschmark
38:21ne vaut plus rien.
38:21bientôt le pays
38:27va se couper
38:27en deux.
38:28D'un côté
38:29la zone d'occupation
38:30des alliés capitalistes
38:31et de l'autre
38:32celle contrôlée
38:33par les communistes
38:33et leurs alliés soviétiques.
38:36En 1949,
38:38côté capitaliste,
38:39la RFA,
38:40République fédérale
38:41d'Allemagne,
38:42réanime le modèle
38:43de la République
38:44de Weimar
38:44et opte
38:45pour l'économie
38:46de marché
38:46régulée par un système
38:48de protection sociale.
38:50Après la guerre,
38:52une large majorité
38:54s'est prononcée
38:55en Allemagne
38:55en faveur
38:56d'une législation sociale,
38:58d'un État social.
39:00Après la Seconde Guerre mondiale,
39:03par exemple,
39:03la CDU de Konrad Adenauer
39:05a fait campagne
39:06pour la nationalisation
39:07des industries,
39:09pour un État social fort,
39:11plus performant
39:12que celui qui existait
39:13sous la République
39:13de Weimar.
39:16On aspirait donc
39:17à un État fort,
39:18un système fiscal
39:20équitable
39:20et un État social juste.
39:23Quant aux Allemands
39:24de l'Est,
39:25de la DDR,
39:26République démocratique allemande,
39:28ils découvrent
39:29les canons économiques
39:30du bloc soviétique.
39:32Abolition de la propriété privée,
39:33économie nationalisée.
39:35À l'inverse
39:36de l'État minimum néolibéral,
39:38l'État communiste
39:39prend en charge
39:39l'ensemble
39:40des besoins sociaux.
39:41Bref,
39:42il n'y a quasiment
39:43plus d'impôts
39:43en Allemagne de l'Est.
39:47À l'Est comme à l'Ouest,
39:49le pouvoir politique
39:50est soucieux
39:50d'incarner la véritable Allemagne,
39:52celle qui propose
39:53le plus de bonheur
39:53à son peuple.
39:55La RFA surveille donc
39:57la RDA
39:57comme le lait sur le feu
39:59et vice-versa.
40:02La Allemagne de l'Est
40:04regardait toujours
40:05vers l'Allemagne de l'Ouest
40:06pour essayer
40:07de faire mieux.
40:11Bien sûr,
40:11il y avait plus d'égalité,
40:13mais une égalité
40:14à un niveau
40:15de prospérité
40:16nettement inférieur.
40:20Là-bas,
40:20il n'y avait pas
40:21de chômage,
40:22mais les salaires
40:23étaient plus bas
40:23et il y avait
40:25la prise en charge
40:26médicale de chacun
40:27de la naissance
40:29jusqu'en fin de vie.
40:32Seulement,
40:33le niveau
40:33était beaucoup,
40:34beaucoup plus bas.
40:37Et c'est pourquoi
40:37la comparaison
40:38avec l'État social
40:39ouest allemand
40:40était un défi
40:41pour les Allemands
40:41de l'Est.
40:43Car il voyait
40:44qu'à l'Ouest,
40:45les gens
40:45vivaient mieux
40:46qu'eux.
41:05Sur fond de guerre froide,
41:07les Allemands
41:07de l'Est
41:08et les Allemands
41:08de l'Ouest
41:09sont en compétition
41:10permanente.
41:11L'État social
41:15est allemand
41:16et les autres
41:17États communistes
41:18ont contribué
41:20à déterminer
41:21l'État social
41:22occidental
41:23parce que le pouvoir
41:25économique
41:26déjà dominant
41:27à l'époque
41:27craignait
41:28que l'Allemagne
41:29de l'Est
41:29et les autres
41:30États communistes
41:32n'instaurent
41:33un meilleur
41:33État social.
41:35Au fond,
41:36l'existence
41:37du bloc de l'Est
41:37a aussi été
41:38le garant
41:39d'un État social
41:40fort
41:40en Allemagne
41:41de l'Ouest.
41:45Ce statu quo
41:46qui s'installe
41:47en Europe
41:47entre le communisme
41:48des uns
41:49et le capitalisme
41:49des autres
41:50consolide à l'Ouest
41:51l'État social.
41:56Dans les années 50,
41:57côté occidental,
41:59la reprise économique
42:00permet l'augmentation
42:01des salaires.
42:02Un nombre plus important
42:03de contribuables
42:04va payer l'impôt
42:05sur le revenu,
42:06toujours plus progressif.
42:07jamais les taux
42:09d'imposition
42:09des salariés
42:10les plus riches
42:10n'avaient atteint
42:12un tel niveau.
42:13La population
42:14vit mieux
42:14et plus longtemps.
42:18La société
42:19de consommation
42:20s'affiche
42:20comme un nouveau paradis.
42:23La prospérité
42:23retrouvée
42:24combinée
42:24à une politique
42:25nataliste
42:26provoque le baby-boom.
42:28Les dépenses sociales
42:29s'accroissent
42:29ainsi que les besoins
42:31en infrastructure.
42:31Comment financer
42:36le boom économique ?
42:38Puisqu'il est difficile
42:39de prendre aux contribuables
42:40ce qu'on leur a déjà pris
42:41avec l'impôt sur le revenu,
42:43la solution ne serait-elle pas
42:44de recourir
42:45à cette recette miraculeuse
42:46qui a fait ses preuves
42:47depuis la nuit des temps,
42:49les taxes
42:50sur la consommation.
42:52En France,
42:54en 1954,
42:55c'est l'inspecteur
42:56des finances
42:56Maurice Loret
42:57qui le premier
42:58va mettre en place
42:59un impôt
42:59directement facturé
43:00aux clients
43:01sur les biens
43:02qu'ils achètent.
43:04C'est la fameuse
43:04TVA,
43:05taxe
43:06sur la valeur ajoutée.
43:09C'est un impôt
43:09qu'on appelle
43:10à paiement fractionné.
43:12Il est acquitté
43:14aux différents stades
43:15du processus
43:16de production
43:17mais tant qu'on n'est pas
43:18arrivé au consommateur final,
43:20celui qui paye la TVA
43:21a la possibilité
43:22de se faire rembourser
43:23la TVA
43:24qu'il a lui-même
43:24acquitté
43:25sur ses achats.
43:26Ce qui fait que
43:27les entreprises
43:28se font rembourser
43:30une bonne partie
43:31de la TVA
43:31qu'elle paye
43:32et pour elle
43:32les choses
43:33sont plutôt
43:34un dollar.
43:35C'est quelque chose
43:36qui est ingénieux.
43:40Simultanément,
43:40les contrôles fiscaux
43:41sont renforcés.
43:42Étape supplémentaire
43:43de l'intervention
43:44du pouvoir d'État
43:45dans les affaires privées.
43:47Vaille que vaille,
43:48la déclaration d'impôt
43:49est rentrée dans les mœurs.
43:52En attendant votre avertissement,
43:54avez-vous songé
43:54à verser
43:55votre premier tiers provisionnel ?
43:56C'est fait, monsieur.
43:57Ah, très bien.
43:58Alors, songé à verser
43:59le second.
44:00Hélas.
44:02Les conflits
44:02entre catégories sociales
44:04se multiplient.
44:05Les salariés font figure
44:06de privilégiés
44:07face aux indépendants.
44:08Ceux-ci doivent désormais
44:09tenir une comptabilité rigoureuse
44:11sous peine de sanctions.
44:13Ils se regroupent
44:14autour de Pierre Poujade,
44:15papetier en Dordogne,
44:16pour protester
44:17contre les contrôles fiscaux.
44:18Nous proposons
44:20une réforme fiscale
44:21qui fasse percevoir
44:22l'impôt
44:23le plus près possible
44:25de la source
44:25pour éviter
44:26le maximum de fraude.
44:27Pour la bonne raison,
44:28c'est que les 800 milliards
44:29rentreront dans les caisses
44:31de l'État
44:31et ensuite,
44:32ça nous débarrassera
44:32des contrôleurs.
44:36Malgré la fronde,
44:37impossible pour l'État
44:38de renoncer
44:39aux contrôles fiscaux
44:40et à la TVA,
44:41si pratique
44:42lorsque la consommation
44:43des ménages
44:43connaît une telle hausse.
44:44La TVA,
44:47c'est la taxe
44:48qui permet
44:50d'éviter
44:51de se poser
44:51la question
44:51des autres impôts
44:53et qui,
44:56au fond,
44:56est très commode
44:58puisqu'elle est
44:59à la fois
45:00peu dommageable
45:02sur le plan économique,
45:04qu'elle est à peu près
45:05un dollar
45:05pour le consommateur
45:06qui l'a totalement
45:07intégré dans le prix.
45:09On paye
45:10des biens
45:11toutes taxes
45:12pour la plupart
45:13des Français.
45:14la connaissance
45:16du prix hors taxe
45:16n'a pas vraiment de sens
45:17et par ailleurs,
45:21c'est une taxe
45:22qui est d'une stabilité
45:23remarquable
45:24puisque la consommation
45:26qui en constitue
45:27la base
45:27est sans doute
45:28ce qu'il y a de plus stable
45:29dans notre économie.
45:31En 1967,
45:33le marché commun
45:34est signé.
45:35Les douanes
45:35commencent à s'effacer
45:36et les marchandises
45:37peuvent circuler
45:38plus facilement.
45:39La construction économique
45:40de l'Europe
45:41est en marche.
45:42Les pays membres
45:43vont tous adopter
45:44la TVA,
45:45cette taxe
45:46si rentable.
45:49Aujourd'hui encore,
45:50la TVA,
45:51c'est le principal impôt
45:52de l'État
45:54en France,
45:54mais très très loin
45:55devant les autres impôts.
45:57Là où l'impôt sur le revenu
45:58ramène 70 milliards d'euros,
46:00la TVA ramène
46:01125,
46:02130 milliards d'euros.
46:03Et ce n'est pas par hasard
46:10si les gilets jaunes
46:12d'aujourd'hui
46:12ont fait de la TVA
46:13l'une de leurs cibles
46:14principales.
46:17Baisse,
46:18voire suppression
46:19des taxes
46:19sur les produits
46:20de consommation
46:21nécessaires
46:21à la survie
46:22de l'espèce humaine.
46:24La TVA
46:24sur les produits
46:25de première nécessité,
46:26alimentation,
46:26hygiène,
46:27habillement,
46:27tout simplement
46:28scandaleuses.
46:29Augmenter la TVA
46:30sur les produits
46:31de luxe
46:31pour équilibrer un peu.
46:33Arrêter d'assassiner,
46:34de plomber de taxes
46:35en tout genre,
46:36les artisans,
46:36les commerçants.
46:38Pour l'ambiance,
46:38il faut se réchauffer.
46:42Après le séisme
46:43de mai 68 en France,
46:44le patronat
46:45fait le dos rond.
46:47Le pouvoir d'achat
46:47est en hausse
46:48avec l'augmentation
46:49générale des salaires
46:50et particulièrement
46:51du salaire minimum
46:52qui fait un bond
46:53de 35%.
46:54L'ascenseur social
46:55profite aux classes populaires.
46:58L'âge d'or
46:59de la redistribution
47:00serait-il à portée de moins ?
47:01La crise pétrolière
47:07de 1974
47:08va piétiner
47:09cette belle perspective.
47:11Jamais partant de paix,
47:13les pays de l'Europe
47:13occidentale
47:14n'ont encaissé
47:15un tel choc.
47:16L'énergie,
47:17jusqu'à leur bon marché,
47:18voit ses prix quadruplés,
47:19ce qui augmente
47:20les coûts de production
47:21des entreprises.
47:22Pour rétablir leurs marges,
47:24elles licencient
47:24à tour de bras.
47:26Le chômage de masse,
47:27disparu depuis la guerre,
47:29réapparaît.
47:29conçu pour fonctionner
47:32avec le plein emploi,
47:34le modèle social
47:35révèle alors ses limites.
47:37À nouveau,
47:38il faut d'urgence
47:38trouver des sous.
47:39Et si imposer
47:43les grandes fortunes
47:44était la solution ?
47:46Un projet d'impôt
47:49sur le capital
47:50revient dans l'air du temps.
47:52On en discute
47:52pendant le septennat
47:53de Giscard d'Estaing
47:54et c'est l'une
47:55des 101 propositions
47:56de la coalition de gauche
47:57qui revient au pouvoir
47:59en France
47:59en 1981.
48:00Nous savons bien
48:04que l'impôt
48:04sur les grandes fortunes
48:05ne sera jamais
48:07plébiscité
48:07par les détenteurs
48:09des grandes fortunes.
48:11Mais la réforme fiscale
48:13voulue par le pays,
48:16qu'on le veuille ou non,
48:17est en marche
48:18et il importe
48:19qu'elle soit efficace
48:20et juste.
48:21Le texte était déjà
48:22très bien avancé.
48:24On n'était pas loin
48:25du moment
48:25où il allait falloir
48:26boucler,
48:28parce que c'était
48:28dans la loi de finances,
48:29on avait des délais
48:30très...
48:31ce qu'ils étaient.
48:33Comment ça arrivait
48:35de l'Élysée,
48:37l'idée de...
48:37Oui, mais alors
48:38comment on va faire
48:39avec les petits commerçants,
48:41avec les artisans,
48:42avec les maisons
48:42des pêcheurs ?
48:44Et puis ça risque
48:45de...
48:47Les propriétaires
48:49des grandes entreprises
48:49familiales
48:50vont être obligés
48:51d'aller à l'étranger.
48:53Donc comment ça arrivait
48:54et ça se prend la forme
48:56de l'outil de travail.
48:58Alors je dois dire
48:59que pendant un mois,
49:01j'ai fait note sur note
49:02qui était envoyé
49:03par Laurent Fébius
49:05à l'Élysée
49:05pour expliquer
49:07que si on faisait ça,
49:08ça voulait dire
49:09que les seuls
49:10qui ne paieraient pas
49:11d'impôt sur la fortune
49:12en France
49:12seraient les gens
49:13qui étaient très riches.
49:16Juste avant le dépôt,
49:17il devait y avoir
49:17une grande intervention
49:18du président de la République.
49:19on ouvre la télé
49:21et il dit
49:22j'ai décidé
49:23d'exonérer
49:24l'outil de travail.
49:24Ce que je cherche
49:25aujourd'hui,
49:27ayant fait accepter
49:27le principe
49:28de l'impôt sur la fortune,
49:30ayant exempté
49:31l'outil de travail,
49:32ce que je cherche
49:33ou ce que j'ai cherché
49:34c'est de faire entrer
49:36dans notre législation
49:37cet impôt nécessaire.
49:38en dépit d'exemptions considérables,
49:42les capitaux
49:42vont s'envoler
49:43vers la Suisse.
49:45L'impôt sur les grandes fortunes
49:47rate en partie sa cible.
49:48De faibles rendements,
49:50il ne contribue
49:50que de façon symbolique
49:51à la réduction
49:52des inégalités
49:53de patrimoine.
49:56Serait-ce le chant du cygne
49:57de la bataille
49:58de la redistribution ?
50:00Au même moment,
50:02une autre chanson
50:03se fait entendre
50:03aux Etats-Unis
50:04et en Grande-Bretagne.
50:06Son titre,
50:07« Trop d'impôt tue l'impôt ».
50:09Traduction,
50:10« Il n'y a pas d'alternative
50:11au libéralisme économique ».
50:13Le slogan lapidaire
50:14de Margaret Thatcher.
50:16Pendant plusieurs décennies,
50:18ce refrain va obséder
50:19les démocraties occidentales
50:21et provoquer
50:22le démantèlement progressif
50:23de l'État social.
50:27Tout ce que le peuple
50:28a acquis depuis plus d'un siècle,
50:30serait-il promis
50:32à disparition ?
51:00d'une卧 сторону sur le hymne.
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