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  • il y a 22 heures
Le journaliste de l'hebdomadaire "Le Point", spécialiste de l'Iran, invité de franceinfo le 10 janvier 2026

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Transcription
00:00L'Iran, est-ce que vous, vous parvenez quand même encore à échanger avec vos contacts sur place ou c'est devenu impossible ?
00:09C'est devenu extrêmement difficile, voire impossible comme vous venez de le dire.
00:12Depuis jeudi soir et ses manifestations sans précédent qui ont touché la majorité du pays, Internet est totalement coupé.
00:19Et pour se connecter au reste du monde, les Iraniens, en tout cas ceux qu'ils peuvent, utilisent les réseaux Starlink d'Elon Musk.
00:26Donc les satellites, ça fonctionne ça à peu près ?
00:28Ça fonctionne mais il faut disposer d'un device, comme on dit en anglais, du logiciel et donc c'est extrêmement coûteux.
00:36Donc seule une minorité de manifestants peuvent envoyer leurs images et notamment à des chaînes d'opposition basées à l'étranger.
00:44Donc c'est par ce biais qu'on arrive encore à avoir des images et elles témoignent quand même d'un rassemblement toujours aussi important.
00:48Hier à Téhéran où des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mais également à Macha dans le nord-est du pays, à Isparan dans le centre,
00:54à Karaj à l'ouest de Téhéran, à Tabriz au nord-ouest.
00:59Donc non, la contestation ne faiblit pas malgré la répression accrue des autorités comme annoncé par le guide suprême, l'Ayatollah Ali Khamenei.
01:05Ces coupures qui interviennent depuis un peu plus de 24 heures maintenant, elles disent quoi ?
01:09De l'état peut-être de fébrilité du régime ?
01:12Elles disent plusieurs choses.
01:14Elles disent effectivement que le régime est secoué par ce mouvement de protestation depuis le 28 décembre dernier,
01:19qui a commencé avec la vie chère et dont les revendications aujourd'hui s'étendrent avec des questions politiques, la chute du régime.
01:24Elles disent aussi que comme à son accoutumée, le régime va réprimer dans le sang, elle ne va pas reculer.
01:28D'ailleurs c'est ce qu'a annoncé dès vendredi matin l'Ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême,
01:33le véritable chef de l'état iranien qui a décrit les manifestants comme des fauteurs de troubles, des vandales
01:40et a annoncé que la république islamique ne reculerait pas.
01:43Ce qui n'est d'ailleurs pas une surprise.
01:44Dès 2009, la république islamique a réprimé dans le sang les manifestations à l'époque contre Mahmoud Ahmed Mejad
01:50et son réélection contestait la présidence.
01:52Ça a été encore le cas en 2019 où déjà, à l'époque de manifestations économiques,
01:56le régime avait réprimé dans le sang la moindre véléité de réformes avec à l'époque déjà 1500 personnes tuées.
02:03Alors vous restez avec nous, on va entendre un témoignage à présent.
02:06Vous évoquiez les difficultés de communication pour les Iraniens avec le reste du monde.
02:11Ça a évidemment des conséquences sur ceux qui sont loin de chez eux.
02:14Timur Ozturk, vous avez rencontré dans un café parisien une iranienne de passage dans la capitale Paris.
02:21Pour sa sécurité et celle de sa famille en Iran, elle souhaite rester anonyme.
02:26Cette iranienne, issue de la classe moyenne supérieure,
02:30ne parvient plus à joindre ses proches à Téhéran depuis jeudi.
02:33Je n'ai aucune nouvelle. Depuis avant-hier, Internet est complètement coupé.
02:39Je ne dois envoyer un message à personne.
02:41Je suis très inquiète parce que j'ai tout le temps peur qu'il leur soit arrivé quelque chose.
02:45Parce que chez nous, toute personne qui manifeste peut être jetée en prison et tuée.
02:51Une répression féroce à chaque mouvement de révolte des Iraniens déplore-t-elle.
02:56Ce régime a vraiment fait du mal à notre pays en tuant l'espoir chez le peuple iranien.
03:03Cette fois, la colère a pris le dessus sur la peur, estime-t-elle,
03:06en raison de la grave crise économique que traverse le pays.
03:10Elle veut rentrer à Téhéran pour rejoindre les protestataires malgré les risques.
03:15Est-ce que j'ai peur d'y retourner en Iran ?
03:17Non, je n'ai pas peur. Je veux être aux côtés de mon peuple.
03:20L'amour que j'ai est plus fort que la peur que je ressens.
03:22Je veux être là-bas, même si je dois mourir.
03:26Je veux être dans mon pays, aux côtés de mon peuple.
03:29Elle a acheté un billet d'avion pour Téhéran, mais craint que son vol soit annulé,
03:34alors que des compagnies aériennes ont déjà annoncé suspendre leur liaison avec l'Iran.
03:38Alors, ce qu'on entend dans ce témoignage, Armin Arefi,
03:41c'est que la volonté de manifester, la volonté de se joindre au mouvement,
03:45elle n'a pas l'air, en tout cas pour l'instant, mise à mal par la répression.
03:50Alors, si l'on en croit, du coup, les manifestations d'hier
03:54et les rassemblements encore extrêmement nombreux d'hier,
03:57non, les protestataires, les manifestants ont l'air déterminés.
04:02Maintenant, il faut rappeler que l'apanage de la force répressive reste aux mains du régime.
04:08Les manifestants ne sont pas armés.
04:10Il n'y a pas de brèche auprès des forces de l'ordre ?
04:14On a pu ponctuellement voir dans certaines villes de province,
04:18parfois, ici et là, des policiers rendre les armes et se hisser en haut des toits.
04:23Mais là, pareil, répressif du régime, les miliciens pro-régime Basidji,
04:27les gardiens de la révolution, l'armée idéologique de la République islamique
04:30restent totalement fidèles au régime et à la personne du guide suprême.
04:33Pour l'instant, on ne constate pas de dissension.
04:36Mais de l'autre côté, les manifestants sont déterminés
04:39et le régime est en réalité dans l'incapacité de répondre à leurs demandes,
04:43qu'elles soient économiques.
04:44Le régime est étouffé par les sanctions internationales
04:47et est bien en peine à bien gérer l'économie.
04:49Il a également une grande responsabilité dans ce fait.
04:52Mais également dans la chute du régime,
04:57c'est-à-dire que le régime, ça fait 30-47 ans qu'il refuse la moindre réforme.
05:02Et c'est la raison pour laquelle, aujourd'hui,
05:04les manifestants souhaitent la chute du régime
05:06et qu'on est donc dans une impasse.
05:08On ira forcément vers plus de répression, donc ?
05:10On est déjà dans plus de répression.
05:12Certains rapports non confirmés font état de dizaines de morts.
05:15Les ONG de défense et droits de l'homme, pour l'instant,
05:17parlent de 62 morts dans 48 manifestants, 14 forces de sécurité.
05:21Mais en tout cas, c'est le sens du discours de Guy Tupré.
05:23Mais à côté, on a bien sûr l'inconnu Donald Trump.
05:26Pour la première fois, le président américain se porte aux côtés,
05:30en tout cas publiquement, des manifestants.
05:33C'est à double tranchant parce que ça peut alimenter
05:36l'appareil répressif du régime qui n'a pas besoin de ça
05:38pour déjà dénoncer le rôle des Etats-Unis et d'Israël.
05:43Mais de l'autre, ça peut aussi revigorer les manifestants
05:47qui, pour la première fois en 47 heures, voient un président américain
05:50qui se porte aux côtés des manifestants
05:52et surtout menacent le régime de frappe en cas de davantage de répression.
05:55Cette menace, Armine Aréfi, elle n'a pas l'air de porter vraiment ses fruits
05:58auprès du régime à ce stade ?
06:01Il faut voir, elle peut justement jouer un rôle psychologique dans la répression
06:08et peut-être un peu calmer, tempérer les ardeurs du régime.
06:12Mais de l'autre connaissance, ce régime, on sait qu'il fera tout pour rester au pouvoir.
06:16Ce n'est pas pour rien qu'il a aidé Bachar el-Assad à mater sa propre population en 2011.
06:21Et c'est un peu le sens du discours du guide suprême qui a annoncé qu'il ne reculerait pas.
06:25Alors, on a pu aussi, dans les manifestations, entendre et voir pas mal de slogans
06:28en faveur du retour de Reza Pallavi.
06:30C'est le fils du chat d'Iran, tombé, on le rappelle, en 79.
06:33Il s'est d'ailleurs exprimé chez nos confrères de France 24.
06:36Il vit aux Etats-Unis.
06:37Il assure que son ambition, s'il devait revenir, ce n'est pas vraiment de reprendre le pouvoir.
06:42Tous ceux qui me connaissent, qui ont lu mes livres et qui ont écouté mes discours,
06:46le savent très bien.
06:47La seule mission que je me suis donnée, c'est celle d'aider mes compatriotes
06:51à travers une phase de transition qui permettra, enfin,
06:55de déposer un bulletin de vote pour choisir leur mode de gouvernement.
06:59Est-ce qu'il y a vraiment un mouvement en faveur d'un retour du chat
07:03ou est-ce que c'est notre loupe grossissante à nous qui nous fait dire ça ?
07:08Alors, Reza Pallavi, le fils du dernier chat d'Iran, a des partisans en Iran.
07:13Un nombre grandissant de partisans.
07:15C'est aussi la grande nouveauté des manifestations.
07:17On entend justement des slogans non plus uniquement destinés à dénoncer les mots-là,
07:21mais en faveur de quelqu'un et de la personne de Reza Pallavi.
07:24Donc, il ne faut pas le sous-estimer.
07:27Maintenant, il faut moins pour avoir parlé à des manifestants,
07:29y compris des gens qui ne seraient pas défavorables au retour de Reza Pallavi.
07:32Ça traduit un peu aujourd'hui le désespoir d'une grande partie de la population iranienne
07:37qui voit dans cette personnalité, donc le fils du chat, une possible alternative.
07:42Non pas par rapport à sa personne même.
07:44Lui-même parle de référendum et de participation à un futur scrutin libre,
07:48mais par rapport à ce qu'il représente, à savoir la modernité
07:51qui était un peu le sens du régime du chat
07:56et surtout une normalisation de l'Iran avec ses autres voisins dans la région.
08:00Le slogan qu'on a entendu dans les manifestations, c'était
08:02« Ni Gaza, ni Liban, je me sécréerai pour l'Iran ».
08:05Donc, un slogan beaucoup plus national.
08:07Et d'ailleurs, c'est une révolte nationale avec des slogans nationaux et non plus islamiques.
08:10Un grand merci, Armin Arefi, pour cet éclairage ce matin sur France Info.
08:14Merci.
08:15Merci.
08:16Merci.
08:17Merci.
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