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  • il y a 4 mois
Comment défendre l'indéfendable ? Comment faire abstraction de la pression médiatique dans un tel procès ? Comment assurer une défense digne de son client tout en respectant la victime ? Béatrice Zavarro, avocate de Dominique Pelicot, surnommée "l'avocate du diable", revient dans son livre "Défendre l'indéfendable" (éditions Mareuil) sur cette dualité entre respect pour la victime et le devoir de faire son métier.
Regardez L'invité de RTL Midi avec Amandine Bégot du 05 septembre 2025.

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Transcription
00:00Les auditeurs ont la parole.
00:02C'est un procès qui a été suivi dans le monde entier.
00:04Un procès qui marquera l'histoire, celui des viols de Mazan.
00:08Bonjour Béatrice Avaro.
00:10Bonjour Madame.
00:10Et bienvenue sur RTL.
00:12Vous êtes l'avocate de Dominique Pellicot, condamnée, on le rappelle, à 20 ans de prison
00:16pour avoir violé, sédaté et livré son épouse.
00:19Gisèle Pellicot a plusieurs dizaines d'hommes en la filmant.
00:22Tout cela a duré 10 ans.
00:24Vous publiez aujourd'hui Défendre l'indéfendable.
00:27C'est aux éditions Maroy.
00:30Et ce procès, dans ce livre, écrivez-vous, c'est l'affaire de votre vie.
00:33Une épreuve intense, 4 mois d'audience sous les yeux du monde entier.
00:38Comment avez-vous vécu ça ?
00:40Je l'ai vécu chaque jour un petit peu plus intensément que le précédent.
00:47C'est-à-dire que j'ai vu progressivement la société s'emballer,
00:52le nombre de journalistes accrédités augmenter
00:55et un emballement sociétal.
00:58Et je crois qu'on était assez nombreux dans la salle,
01:02un peu dans le même état d'esprit que moi.
01:04On a été un peu dépassés par tout ça.
01:07À plusieurs reprises, vous écrivez,
01:09c'est vous et lui, Dominique Pellicot, contre le monde entier.
01:13Oui, parce que je lui avais proposé qu'on soit deux dans sa défense,
01:19qu'il avait préféré qu'on reste seuls tous les deux.
01:21Donc je lui avais effectivement dit, ça sera vous et moi contre le monde entier.
01:24Puis ce sentiment-là s'est renforcé au fur et à mesure des débats,
01:27parce qu'on était géographiquement dans l'extrême gauche de la salle.
01:32On était un peu isolés du reste du monde,
01:36composés des autres accusés, de leurs avocats respectifs.
01:40On était face à la partie civile, on était en diagonale de la cour,
01:44au pied de la greffière.
01:46Donc voilà, on était vraiment isolés virtuellement et physiquement.
01:52Et puis dans cette défense-là, que j'ai adoptée pour Dominique Pellicot,
01:55qui n'allait pas du tout dans le courant de ce que les autres ont voulu faire de leur défense.
02:00Vous avez reçu des menaces, y compris d'avocats de la défense, ceux des autres accusés ?
02:06Alors pas forcément des menaces, mais j'ai reçu des petites réprimandes,
02:09j'ai reçu des leçons de morale, j'ai reçu tout ce que j'ai pu recevoir de la part de la société civile aussi.
02:14Mais c'est très minime, malgré tout.
02:16Ça reste assez minime.
02:17Et il y a ce débat de société qui va gagner le monde entier, je le disais.
02:24Certains vous décrivent, vous nomment en tout cas comme l'avocate du diable.
02:29C'est compliqué ça aussi, j'imagine, à vivre pour vous.
02:33Alors très sincèrement, non.
02:35Je l'ai vécu, ça m'a indifférée.
02:37Je l'ai pris...
02:39On l'a considéré comme le diable, le loup, le monstre, je sais quoi encore.
02:44On le dit indéfendable, d'où le titre de mon livre, mais en italique,
02:47parce que ce n'est pas moi qui dis que c'est l'indéfendable.
02:49Mais c'est indéfendable ce qu'il a fait ?
02:52Non.
02:53Rien n'est indéfendable.
02:55Pardon, je vais peut-être heurter, mais rien n'est indéfendable.
02:57Je veux dire, on ne défend pas le fait, on défend l'homme.
03:00Donc, un homme déraille, un homme dérape,
03:04et on défend l'homme qui est passé à l'acte, quel que soit l'acte.
03:10On défend l'homme et pas les faits.
03:12Quel a été votre premier sentiment quand vous vous êtes retrouvés face à lui ?
03:19Nous, on a tous été surpris.
03:20Quand je dis nous, c'est nous, journalistes, mais aussi les auditeurs.
03:24Finalement, de découvrir une histoire où c'est un homme, j'allais dire,
03:27une sorte de monsieur tout le monde, coupable des pires atrocités.
03:31C'est le sentiment, vous aussi, que vous avez eu en rencontrant Dominique Pellicot,
03:35un monsieur tout le monde ?
03:36Ah, complètement.
03:37Moi, quand je rencontre M. Pellicot la première fois,
03:41et comme je dis souvent, il dénotait de la population pénale classique.
03:45Vous dites, on aurait dit un père Noël qui n'avait pas le bonnet.
03:47Vous l'écrivez comme ça dans le livre ?
03:48Un petit peu.
03:49Je dis aussi que c'est un grand-père, parce qu'il a les cheveux blancs,
03:52parce qu'il est bedonnant, parce que...
03:54Et puis, quand je sais la prévention par le permis de communiquer
03:59qui m'a été donné pour aller lui rendre visite,
04:03je me dis qu'il y a un vrai décalage entre ce que je vois et ce que je sais.
04:08Et ensuite, il y aura un vrai décalage entre ce que je vois et ce que j'apprends.
04:12Et puis, ce dossier qui grossit, qui grossit, qui grossit,
04:15avec les révélations qui sont faites,
04:16avec le nombre d'hommes qui grossit,
04:19avec la nature des faits qui est très particulière.
04:22Et puis, on rentre dans cette chambre à coucher.
04:23Donc, c'est là tout le paradoxe de ce dossier.
04:26C'est qu'on est en total décalage
04:29avec ce qu'on peut imaginer initialement
04:32quand on rencontre M. Pellicot.
04:34Et je pense que mon propos peut s'appliquer
04:36à tous ces hommes, en fait.
04:38Oui, ils sont tous des hommes comme on peut tous en connaître.
04:42Tout à fait.
04:43Il n'en a pas fini avec la justice.
04:45Il va y avoir le procès en appel des viols de Mazan.
04:48Il y a un seul des 17 accusés qui avaient annoncé
04:50qu'il ferait appel, qu'il fera effectivement appel.
04:53Il peut encore renoncer, je crois.
04:55Sauf que le parquet peut se maintenir.
04:56Sauf que le parquet peut se maintenir.
04:58Dominique Pellicot lui sera cité comme témoin.
05:00Comment est-ce qu'il envisage ça ?
05:01Il va se retrouver une nouvelle fois face à son ex-femme,
05:04Gisèle Pellicot, qui elle a annoncé qu'elle serait là.
05:06Elle sera là, oui.
05:07De ce que j'en sais par ses avocats,
05:09elle sera là pour les trois jours qui sont prévus pour ce dossier.
05:11Il le vivra comme il a vécu le premier procès.
05:14C'est-à-dire que là, il est en...
05:16Alors très paradoxalement,
05:17et de façon très burlesque, je dirais,
05:20c'est l'accusation qui le cite comme témoin.
05:22Au soutien de son propre argument contre l'accusé qui reste...
05:26Alors que lui, son objectif, c'était de montrer qu'il n'était pas seul.
05:28C'est ça.
05:30Mais en fait, son témoignage contribuera à maintenir qu'il n'était pas seul.
05:35Et en se rappelant quand même qu'il y a 17 appelants
05:39et que 16 s'en sont désistés.
05:41Donc, histoire de se rappeler quand même qu'il y en avait 35 qui disaient
05:46qu'ils n'avaient pas commis un viol.
05:48Donc, les chiffres parlent d'eux-mêmes.
05:50Et puis, il y a cet individu-là qui...
05:52Alors, je ne sais pas si son appel est fondé sur la nature des faits
05:55ou sur le quantum de la peine.
05:56J'ignore tout.
05:58Mais Dominique Pellecou sera là pour dire et redire
06:01ce qu'il a vécu, en tout cas l'épisode qui nous occupe avec cet homme-là.
06:05Vous l'avez bien sûr revu, j'imagine, depuis le procès.
06:08Tout le temps.
06:08Vous le voyez souvent ?
06:09Souvent.
06:10Souvent.
06:11Quel est son état d'esprit ?
06:13Je ne sais pas.
06:14Est-ce qu'il s'en veut ?
06:15Est-ce qu'il est profondément meurtri ?
06:17Il le s'en veut, mais ça, il le s'en voulait dès le départ.
06:21Je veux dire, moi, je le rencontre en mars 21.
06:23On est déjà dans cet état d'esprit de reconnaissance des faits.
06:26On assumera, enfin, il assumera, il reconnaît, il assumera, donc pas de difficultés.
06:32Il est meurtri parce qu'il l'entend.
06:35Parce que la presse en fait l'écho de la division familiale et de la séparation mère-fille.
06:41Le fait que Caroline, sa fille, ne parle plus à sa mère, ça le meurtrit.
06:45Bien sûr.
06:46Mais c'est l'éclatement de la famille qui le meurtrit.
06:49Il sait que c'est de sa faute.
06:51C'est incontestablement sa faute.
06:52Mais il aurait pu penser et envisager que les enfants et la maman restent un clan uni face à lui.
07:00Mais de voir que même au sein de ce clan uni, ça se divise, c'est compliqué pour lui, tout à fait.
07:05Béatrice Davarro, vous allez rester avec nous.
07:07On va échanger avec les auditeurs qui ont des questions à vous poser.
07:09Défendre l'indéfendable, vous le disiez, ça peut choquer.
07:12On va en parler et puis on évoquera aussi ces mises en examen par le pôle cold case
07:18qui concerne Dominique Pédico.
07:20Ce sera dans un tout petit instant sur RTL.
07:21A tout de suite.
07:22Amandine Bégaud, RTL Midi, les auditeurs ont la parole.
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