- il y a 4 mois
Regardez L'esprit de l'info avec Alain Duhamel avec Thomas Sotto du 08 septembre 2025.
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00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03C'est déjà pas mal, neuf mois avec un gouvernement qui s'est bien entendu,
00:06où j'ai fait en sorte que règne une unité et même une certaine amitié entre ses membres.
00:13Ben voilà, c'est pas si mal finalement, neuf mois à Matignon et puis s'en va.
00:16C'était François Bayrou qui était chez nos confrères de Brut hier.
00:20On va en parler dans l'esprit de l'info, nouveau rendez-vous de cette matinale 2025-2026,
00:24avec notre grand témoin du jour, qui est aussi le plus grand témoin de notre vie politique,
00:28c'est vous Alain Duhamel, bonjour Alain.
00:29Bonjour.
00:30A 15h, François Bayrou va tenter de convaincre les députés.
00:33Et alors ? Et après ?
00:35Alors, pour lui, il a un choix à faire cet après-midi dans son discours,
00:41qui est, bon, théoriquement 50 minutes,
00:44et sur lequel il s'est concentré tout son week-end en l'écrivant lui-même,
00:50ce qui n'est pas le cas de tous les premiers ministres.
00:53Et il a le choix entre un discours règlement de compte
00:57ou un discours pour l'histoire.
00:59Et j'espère vivement que ça sera cette seconde hypothèse et pas la première.
01:04Vous connaissez le personnage, vous y croyez ?
01:06Alors, c'est possible parce qu'il rêve de laisser...
01:11Alors, il sait très bien qu'il a perdu.
01:13Je veux dire perdu, pas simplement parce qu'il va être renversé,
01:15mais perdu parce que son ambition,
01:18qui était de créer un choc psychologique pour mobiliser tout le monde face à la crise,
01:23ça a raté.
01:25Il le sait.
01:25Donc, il veut penser à l'histoire,
01:29qui d'ailleurs est son obsession depuis une soixantaine d'années,
01:32c'est-à-dire, en gros, depuis qu'il sait lire.
01:35Il se réfère souvent à Pierre Mendès France,
01:37il le fera peut-être encore cet après-midi.
01:38Vous avez connu Pierre Mendès France ?
01:39Oui, très bien.
01:40Est-ce qu'il y a vraiment des points communs entre Mendès France et Bayrou ?
01:45Est-ce qu'il y a des points de ressemblance ?
01:47Alors, comme caractère de tempérament, il ne se ressemble pas du tout.
01:51Comme obstination, comme volonté de marquer,
01:57et comme indépendance farouche, oui, il y a des points.
02:01Bon, ce ne sont pas les mêmes traditions politiques,
02:03ce ne sont pas les mêmes familles politiques.
02:04À l'époque où il était président du conseil,
02:08Pierre Mendès France était un radical, radical de gauche, mais radical.
02:12Bon, François Bayrou, c'est un démocrate chrétien typique.
02:15Mais la volonté de ne pas céder, la volonté de s'adresser,
02:20ça les a tous les deux à la fois aidés et handicapés,
02:24de s'adresser aux Français par-dessus les partis et par-dessus le Parlement.
02:30À l'époque, ça avait été la marque de Pierre Mendès France,
02:33ça lui avait précipité sa chuste.
02:35Et là, ça a été, je ne dirais même pas la marque,
02:38l'obsession multicotidienne de François Bayrou.
02:41On a entendu que lui.
02:43Un peu trop peut-être d'ailleurs, non ?
02:44Il était un peu seul ces derniers jours.
02:46Où était son gouvernement ? Où étaient ses ministres ?
02:48En termes d'efficacité, je pense que ce n'était pas du tout ce qu'il fallait faire.
02:52Parce que, de toute façon, dans un premier temps,
02:56il a échoué à convaincre les partis politiques
02:59que la situation était tellement grave qu'il fallait s'y prendre autrement.
03:03Bon, c'est dommage qu'il n'y soit pas parvenu.
03:05Mais il n'y est pas parvenu.
03:06Dans un deuxième temps, il a espéré mobiliser les Français,
03:10les faire prendre conscience, non pas que la situation est difficile,
03:13les Français le savent très bien,
03:15mais qu'il faut un effort collectif, une mobilisation particulière
03:19face à une crise qui n'est pas une crise comme une autre.
03:21C'est-à-dire qu'il y ait aujourd'hui, pour dire les choses comme elles sont,
03:24l'enlisement de la France.
03:26Bon, face à ça, il voulait réveiller.
03:30Malheureusement, je dis malheureusement,
03:31parce que je pense qu'il a raison de vouloir réveiller,
03:33mais malheureusement, ça n'a pas marché non plus.
03:35Alain, vous allez détester ma question, je vous préviens.
03:37Si vous étiez député, quelle que soit votre étiquette,
03:40est-ce que vous la voteriez, vous, cette confiance, cet après-midi ?
03:43Je pense que, bon, d'abord, l'hypothèse est absurde,
03:50mais vous ne savez que vous ne l'aimeriez pas.
03:53Parce qu'au moment où on dit, il faut que chacun prenne ses responsabilités.
03:56Je pense que je la voterai sans la moindre illusion,
04:01en me disant que ne pas la voter en ce moment,
04:04c'est de l'inconscience.
04:05Et moi, ce qui me frappe quand même dans cette phase,
04:07et c'est ça qui m'inquiète énormément,
04:09c'est que je ne sens absolument pas,
04:12chez les responsables politiques,
04:14bon, en dehors des plus intelligents type François Hollande,
04:17mais autrement, je ne sens absolument pas
04:19une prise de conscience réelle
04:21de la difficulté économique et financière
04:25et monétaire dans laquelle la France est plongée
04:29et va être encore plus plongée à partir de vendredi.
04:32Et ça, non, ils sont irresponsables.
04:36Il y en a quand même qui a fait part de son inquiétude hier,
04:37c'est Bruno Retaillon, le président du Parti des Républicains.
04:40Écoutez.
04:41La période, les semaines, le mois dans lequel nous sommes entrés,
04:45ce sont des semaines,
04:46ce sont des mois sans doute qui sont dangereux,
04:49où tout est en train de brouiller.
04:51Demain, après-demain, Premier ministre ou pas,
04:54le problème restera, et plus grave encore.
04:58C'est un peu décourageant d'entendre ça de la part de...
05:00C'est la seule bonne intervention du week-end, je trouve,
05:03parmi les politiques.
05:04Parce qu'au moins, il se rend compte de ce qui se passe
05:06et il le dit.
05:08Mais le paradoxe est que Bruno Retaillon
05:11est le président des Républicains
05:13et qu'il y a des Républicains qui vont voter la confiance,
05:16des Républicains qui vont s'abstenir
05:18et même des Républicains qui vont voter contre la confiance
05:21parce qu'ils savent bien que s'ils votent la confiance
05:24dans leur circonscription,
05:26au moment des prochaines élections,
05:28on leur dira, ah, vous avez voté Bayrou.
05:30Oui.
05:30Bon, et je veux dire,
05:34au Parlement, ils n'ont pas encore,
05:36et au Parlement et à la tête des partis,
05:38la plupart n'ont pas encore intégré
05:40ce que cette période a de complètement hors normes.
05:44On n'est pas du tout dans une crise classique.
05:47On n'est pas dans une crise parlementaire.
05:49On est d'une part dans une crise de système politique
05:51et d'autre part, et c'est aussi important,
05:54peut-être plus grave encore,
05:55dans une crise de société.
05:57C'est ce qu'on va voir le 10,
05:59c'est ce qu'on va voir le 13,
06:00c'est ce qu'on va voir le 18.
06:01Je vais vous dire, Alain Duhamel,
06:02j'ai lu un papier de vous ce week-end dans Le Monde
06:05et je me suis dit en lisant, tiens,
06:06Alain Duhamel, au moins, il va poser des choses,
06:08il va me rassurer,
06:10il va nous mettre en perspective.
06:11Et en fait, j'ai l'impression
06:13que vous êtes plus inquiet que jamais.
06:16On en est là, aujourd'hui ?
06:17Moi, je n'ai jamais été aussi inquiet,
06:20même en 1968, par exemple.
06:22Je n'ai jamais été aussi inquiet
06:24sous la Vème République qu'aujourd'hui
06:26et je n'ai jamais été aussi inquiet
06:28que depuis la première grande période politique
06:30que j'ai suivie avec fièvre et appréhension,
06:34c'est-à-dire 1958.
06:36On en est vraiment là.
06:39C'est-à-dire qu'on a un système politique
06:40qui vacille
06:41et le décalage
06:45entre les Français
06:46et tous ceux qui les représentent,
06:48tous ceux qui les représentent
06:51est un gouffre
06:52comme il n'a jamais été.
06:54Mais ils ne sont pas un peu responsables,
06:55les Français aussi ?
06:55Parce qu'on a l'impression
06:56qu'ils font du dégagisme à tout craint.
06:58C'est-à-dire qu'on va leur proposer
07:00un garçon ou une fille
07:01qui va être premier ou première ministre
07:03et demain, ils vont dire
07:04bon, c'est pas mal.
07:04Après, demain, ils vont dire
07:05il faut qu'elle dégage.
07:06Les Français ont à la fois
07:08pris conscience
07:09de la difficulté de la situation,
07:11ne serait-ce que parce que,
07:13malheureusement,
07:13beaucoup d'entre eux
07:14le vivent vraiment quotidiennement
07:16et, en même temps,
07:17sont absolument hostiles
07:19à toute mesure
07:20de rigueur
07:22qui puisse apparaître.
07:23Vous savez,
07:25celui qui est, à mes yeux,
07:27le plus grand sociologue
07:28analyste de l'histoire,
07:30c'est-à-dire Tocqueville,
07:31parlait des Français
07:32en disant
07:33ce peuple brillant
07:35est dangereux.
07:36Et je trouve que c'est
07:37tout à fait vrai.
07:38Et qu'on en est là
07:39au peuple brillant
07:40et dangereux aujourd'hui.
07:41Alors, j'ai réécouté
07:42une ancienne interview
07:43de vous ce week-end,
07:44je dois vous le dire,
07:45que vous aviez accordée
07:45à Maïténa Birabin
07:47et dans laquelle vous disiez
07:48préférer un politique authentique
07:50avec lequel vous n'êtes pas d'accord
07:51à un politique
07:53avec lequel vous seriez d'accord
07:54mais qui ne serait pas authentique.
07:55Qui est authentique
07:56aujourd'hui dans la classe politique
07:57et qui serait suffisamment authentique
07:59pour essayer
08:00de tenir les choses à Matignon ?
08:02Je ne crois pas
08:03qu'il y ait d'hommes providentiels
08:05dans la classe politique.
08:06Il y en a un certain nombre
08:07qui sont très intelligents.
08:09Je disais Hollande,
08:10je pourrais dire Cazeneuve.
08:11Hollande,
08:12je verrais à Matignon ?
08:13Ça serait une nouveauté.
08:16Une nouveauté,
08:17pas absolue.
08:18Pour prendre un exemple historique
08:19qui est bien connu,
08:21Raymond Poincaré
08:22a été le président
08:23de la République
08:24pendant notamment
08:25la guerre de 14-18
08:26et il est revenu
08:28quelques années après
08:29comme président du Conseil
08:31justement parce qu'il y avait
08:32une crise financière
08:34et budgétaire.
08:36Bon,
08:36disons que ça ne me paraît pas
08:37le plus vraisemblable.
08:39Le casting,
08:40il est très large.
08:41Il peut être au sein
08:42du bloc central
08:43comme on dit,
08:44bien que ce bloc-là
08:45il soit fissuré de partout.
08:46Mais enfin bon,
08:47bloc central,
08:48il peut être
08:49au Parti Socialiste
08:50ou il peut être
08:52en dehors de tout ça.
08:53Vous savez,
08:54le président,
08:55il peut nommer
08:55qui il veut.
08:56La question est de savoir
08:57s'il nomme celui qu'il faut.
09:00Méfiez-vous qu'il ne vous appelle pas.
09:02Méfiez-vous qu'il ne vous appelle pas
09:03quand même Alain Duhamel.
09:04Le risque est à peu près
09:05équivalent à celui
09:06de me voir siéger au Parlement.
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