L'économiste Gabriel Zucman est à l'origine du projet de taxe de 2 % visant les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros. Ce nouvel impôt sera au cœur des discussions à venir entre Sébastien Lecornu et les socialistes, dont le nouveau premier ministre souhaite obtenir le soutien. Mais faut-il vraiment taxer les plus riches ? Regardez RTL Soir avec Vincent Parizot du 12 septembre 2025.
00:07Bonsoir. Je précise que vous êtes l'ancien président délégué du conseil d'analyse économique,
00:12un organisme indépendant rattaché à Matignon. Vous êtes spécialiste des transferts sociaux et de la fiscalité.
00:18Et pour être complet, que vous étiez parmi ces 300 économistes à signer la tribune de soutien au programme du Nouveau Front Populaire,
00:26il y a un peu plus d'un an, tribune initiée, entre autres, par Gabriel Zuckmann,
00:31dont le nom revient en boucle ces derniers jours, avec cette proposition de taxe planchée.
00:37Parmi les arguments des opposants, M. Landais, il y en a un qui revient sans cesse,
00:42argument développé par le ministre de l'Industrie, Marc Ferracci, ou encore, dans un autre genre, ce matin sur RTL, par Florent Pagny.
00:48Taxer les riches, c'est une mauvaise direction. Le riche, quand on vient le taxer, il s'en va.
00:52Et donc, le truc du riche, c'est qu'à un moment, il consomme, il dépense, il entretient beaucoup de gens, et il fait vivre beaucoup de monde.
00:59Le riche, si vous le taxez trop, il s'en va. Est-ce que c'est vrai, Camille Landais ?
01:05Le riche, mais quiconque peut être effectivement susceptible, quand la fiscalité augmente, de changer ses décisions en termes de où habiter, où payer des impôts, tout ça.
01:17Oui, il y a sans doute des gens qui vont partir. Mais combien ?
01:20Eh bien, en fait, personne n'était capable de donner des chiffres clairs là-dessus.
01:27Et il se trouve que c'est une question, du coup, sur laquelle on a voulu travailler avec un certain nombre de collègues économistes.
01:34Et on a publié récemment une note du Conseil des économiques qui essaye de faire le point là-dessus.
01:39La grande surprise, c'est que finalement, l'exil fiscal, qu'on nous présente comme vraiment la chose qui rend impossible toute augmentation de la fiscalité des hauts patrimoines,
01:50eh bien, cet exil fiscal, oui, certes, il existe, mais il est en fait beaucoup, beaucoup plus limité que ce qu'on croit.
01:56Il est en fait tout petit pour vous donner un ordre d'idée des résultats qu'on trouve.
02:01Si vous augmentez de l'ordre de 4 milliards, c'est-à-dire vous augmentez la fiscalité des hauts patrimoines de 5 points à peu près de pourcentage sur leur revenu, leur taux effectif,
02:15eh bien, ça va à long terme engendrer le départ net, quand je parle de long terme, c'est de l'ordre de 15 ans, environ 15-20 ans,
02:22de 400 contribuables sur les 400 000 contribuables que pourraient représenter les top 1% des individus, les Milotis.
02:31Donc, oui, les gens partent, mais on voit, en fait, c'est relativement petit.
02:35Vous parlez de 400 000 contribuables, alors que dans le projet de taxe Zuckman, la cible est beaucoup plus réduite, puisque je crois qu'on parle de moins de 2 000 contribuables.
02:46Oui, c'est parce que les résultats que nous obtenons sont, en fait, liés à l'ensemble des réformes qui ont changé la fiscalité des hauts patrimoines
02:56depuis une quinzaine, une vingtaine d'années, et ils concernaient plutôt l'ensemble du top 1%.
03:01Mais là-dessus, ce qui est très important de rappeler aussi, c'est qu'en fait, tout ça, c'est également possible de le limiter avec des mesures précises.
03:09Il est possible d'ajouter à toute réforme de la fiscalité du patrimoine des mesures du type bouclier anti-exil.
03:17L'ensemble des grands pays qui ont expérimenté avec des fiscalités du patrimoine ont mis en place ce genre de mesures
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