00:03Alors avec votre compagnon de cordée Simon Velfringer, vous avez tenté en août dernier d'ouvrir une voie sur le Gacher Brum 4.
00:11C'est une montagne qui est située à la frontière entre la Chine et le Pakistan, à quasiment 7 950 mètres d'altitude dans la chaîne du Karakoram.
00:20Malheureusement, vous n'avez pas atteint votre objectif. Est-ce que vous pouvez nous expliquer quelles sont les raisons ? Que s'est-il passé ?
00:27Alors déjà, ce sont des objectifs très ambitieux pour un alpiniste de monter aussi haut en altitude.
00:31Les sommets sont très raides, donc très techniques. Ça fait qu'il faut gérer les deux composantes, la technicité et l'altitude.
00:38Donc on sait très bien qu'on a un pourcentage de chance de réussite qui n'est pas très élevé.
00:42Après, on a été confronté à des conditions de montagne et des conditions météo assez compliquées.
00:47Donc on a mis toute notre énergie. On est quand même resté un gros mois et demi sur place.
00:50Mais malheureusement, la montagne dicte ses règles et nous, on est obligé de s'adapter aux règles qu'elle nous dicte.
00:56Donc on n'a pas réussi, mais on a fait une belle tentative et on a passé un très beau moment en montagne.
01:01Les conditions météo, c'était lié à quoi spécifiquement ? Un mauvais temps ou la chaleur, si j'ai bien compris ?
01:07Oui, c'est ça. Alors les conditions météo, il faut se rendre compte qu'on cherche des conditions anticycloniques
01:12qui, dans ces montagnes, plus le sommet haut, plus sont compliquées à avoir, bien sûr, parce qu'il y a des vents qui se mettent en place.
01:16Il suffit que le sommet soit pris dans le nuage. On est tout de suite sur des chutes de neige.
01:21Donc c'est très compliqué d'avoir ces fenêtres météo. Et en plus de ça, c'est plutôt concernant les conditions de la montagne.
01:27Il y a eu un ISO zéro, donc un ISO terme zéro degré très, très haut.
01:32C'est-à-dire qu'il faisait chaud très haut, aux alentours de 6000-6500 mètres pendant longtemps.
01:36Ce qui a fait que les conditions de glace n'étaient pas très bonnes, même à ces altitudes-là.
01:39Ça veut dire qu'on n'a pas assez de prise sur la glace ?
01:41Exactement. Il manque un petit peu de glace, il fait chaud. Et puis toute la mise en place, on va dire, de l'ascension est plus compliquée.
01:47Donc on s'est retrouvés face à des conditions de montagne pas faciles. Mais ça fait partie aussi du jeu et de ces expéditions-là.
01:53Donc on essaie de composer avec. Mais pour le coup, malgré toute notre énergie, on n'a pas pu aller au sommet.
01:58Vous avez dit que vous êtes resté quasiment deux mois sur place. Qu'est-ce qui, au bout d'un moment, déclenche la décision de faire demi-tour ?
02:05Alors, il faut savoir que le processus global des expéditions est quand même assez long.
02:08Le temps de partir, on a un trek d'approche, c'est-à-dire une marche d'approche pour aller au fond des vallées, au pied des montagnes.
02:14Là, on avait quand même sept jours de marche pour y aller. Le temps d'installer le camp de base, il faut habituer son corps à altitude
02:19parce qu'on grimpe ce qu'on appelle en style alpin, c'est-à-dire sans oxygène et sans avoir recours à aucun artifice extérieur.
02:25Donc on a besoin de temps pour s'acclimater. Donc tout ça prend du temps, deux, trois semaines, presque un mois.
02:31Et après, une fois qu'on est suffisamment reposé, on a un petit créneau pour grimper.
02:36Et là, il faut qu'on optimise avec la météo et les conditions de la montagne.
02:39On dépense tellement d'énergie dans la première phase qu'on a plus ou moins qu'une tentative.
02:43Et une fois qu'on a fait sa tentative et que la montagne a été plus forte, on rentre chez nous, on fait le chemin inverse.
02:49Alors tout de même, il s'est passé beaucoup de choses dans cette expédition, plein de rebondissements.
02:53On va voir les images dans quelques instants très impressionnantes, notamment d'une avalanche qui s'est abattue sur le camp de base.
02:59Alors ça, c'est les images qui ont été filmées par votre équipe.
03:05Comment vous l'avez vu arriver ? Que se passe-t-il à ce moment-là ? Le camp de base qui est, j'imagine, rasé.
03:10Alors en fait, il faut se rendre compte que le camp de base, c'est un petit peu la maison.
03:13On va rester là pendant un mois et demi. Donc normalement, c'est un endroit dans lequel on se sent assez safe.
03:18Et finalement, une fois de plus, la montagne peut nous montrer qu'elle est...
03:21Là, vous la prenez de plein fouet, quoi.
03:22Alors là, on prend vraiment de plein fouet. C'est parti d'un autre sommet qui s'appelle le Baltauro-Cangri qui monte à 7300 mètres en haut.
03:27Donc toute une face est partie. On ne l'a pas vue, on l'a entendu parce qu'on était dans l'attentassement-là.
03:31On est immédiatement sortis. Au début, on s'est dit, il y a beaucoup trop de distance entre la montagne et nous.
03:36Elle ne viendra jamais sur nous. Et en fait, c'est un énorme nuage qui nous arrive à 300 km heure dessus.
03:40On a eu beaucoup de chance et qui s'est déchargé avant de nous arriver.
03:43On n'a eu que la fin de l'aérosol. Mais il faut se rendre compte que ça, ça transporte des centaines de mille mètres de neige, de la glace et qu'on peut se faire ensevelir ou complètement détruire.
03:53Personne n'a été blessé.
03:53Alors, personne n'a été blessé. Ça a complètement arraché notre campement, évidemment, parce que le souffle est tellement fort.
03:58Mais voilà, ça fait partie un peu des aventures qu'on peut vivre dans ces montagnes.
04:02En plus, c'est un milieu qui n'a absolument pas sceptisé. Ce jeu-là et les règles de ce jeu, on les connaît. Et c'est ce qui peut arriver là-bas.
04:08Et pourtant, vous arrivez encore bien pire que ça, puisque là, vous avez vraiment frôlé la mort dans une autre mésaventure.
04:14Là, vous étiez à 6400 mètres d'altitude pour terminer la première phase d'acclimatation de cette expédition.
04:20Vous repérez un endroit pour installer le bivouac sans trop d'effort. Et là, d'un seul coup, le sol s'écroule. C'est la chute.
04:27C'était une crevasse, en fait. Qu'est-ce que vous vous dites ? Que c'est fini ?
04:30Oui, j'ai le temps de penser que c'est la fin. Tout va très vite. Il faut savoir quand le somme se déroule sous nos pieds.
04:36On n'a pas beaucoup de temps pour réfléchir. Je me suis vraiment dit que c'était fini.
04:41J'avais compris et calculé que je n'étais pas encordé. À ce moment-là, c'était volontaire.
04:44On terrassait notre bivouac, on n'était plus encordé.
04:46Vous n'aviez aucune sécurité.
04:47Aucune sécurité, voilà. Donc, je n'avais plus rien.
04:50Et donc, j'étais en train d'essayer d'installer notre temps dans une pente.
04:52Et en fait, le sol s'est dérobé sous mes pieds.
04:54Les crevasses sont énormes. Forcément, on est sur les plus gros glaciers du monde.
04:57Donc, ce sont des crevasses qui sont conséquentes.
04:58Et j'ai eu énormément de chance dans mon malheur.
05:00J'ai quand même fait 15 mètres de chute, mais je me suis arrêté sur une petite terrasse de neige et de glace au milieu d'un gouffre énorme.
05:07Donc là, ça aura été une fois de plus un bon enseignement et de la chance.
05:10Peut-être un signe aussi de toutes ces montagnes, après toutes ces expéditions, de ces prises de risques.
05:14Il faut peut-être recalculer, recalibrer un peu les choses.
05:17Ça fait partie des expéditions.
05:18Et vous voulez y retourner ?
05:19Et alors, peut-être pas au G4, peut-être pas sur ce sommet-là.
05:23Mais oui, je retournerai en expédition, c'est sûr.
05:25J'ai un autre sommet au Pakistan sur lequel j'étais il y a deux ans.
05:28On a échoué pas loin du sommet, qui s'appelle le K7, sur lequel j'aimerais retourner et finir l'ascension.
05:33Donc oui, oui, malgré tout ça...
05:35Malgré tout, ça ne vous dissuade pas.
05:36Oui, c'est exactement le risque de la mort et tout ça.
05:38Non, mais en fait, ça fait complètement partie intégrante du milieu de l'alpinisme.
05:42Je parlais de règles du jeu tout à l'heure.
05:44Alors, ça va un peu plus qu'un jeu, parce que nous, c'est un mode de vie.
05:46C'est ce qu'on fait depuis beaucoup, beaucoup d'années.
05:49Ça fait partie de l'expérience.
05:51Et après, on accepte ces règles ou on ne les accepte pas.
05:53Moi, je suis encore dans une logique de vouloir grimper, de faire quelques objectifs.
05:57Mais pour autant, j'essaye, on va dire, d'adapter aussi mon niveau d'exposition.
06:02J'essaye d'y aller moins souvent que j'ai pu y aller par le passé.
06:05Avant, j'avais beaucoup de récurrence dans les projets.
06:07J'essaye de prendre un peu de recul, de rentrer, de prendre le temps de me poser avant le prochain
06:10et d'essayer de calculer au maximum.
06:12Mais une fois de plus, ce n'est pas nous qui dictons toutes les règles.
06:15Il y a ce qu'on appelle des risques objectifs, des risques de la montagne qu'on ne maîtrise pas
06:18et qu'on ne maîtrisera jamais en montagne, auxquels on est obligé de se plier.
06:21Et voilà, ça fait partie de notre pratique.
06:23En quelques mots, c'est quoi votre prochain provet ?
06:26Alors, ça serait plutôt un projet solitaire, d'ascension en solitaire et dans les Alpes,
06:31on va dire en France, sur un hiver.
06:33Donc voilà.
06:34Merci beaucoup Charles alors et bonne chance pour votre prochaine ascension.
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