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L'eurodéputé RN, Jean-Paul Garraud, était l’invité de #LaGrandeInterview de Sonia Mabrouk dans #LaMatinale sur CNEWS, en partenariat avec Europe 1.

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Transcription
00:00La grande interview sur CNews et Europe 1. Bonjour et bienvenue Jean-Paul Garraud.
00:04Bonjour Anne-Main Bocque.
00:05Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes eurodéputé à Rassemblement National, également magistrat.
00:10Je vais le préciser à nos auditeurs et télésplicateurs qui, peut-être pour certains d'entre eux, vous découvrent ce matin.
00:15Vous avez exercé ce métier de magistrat pendant plusieurs décennies.
00:19C'est votre métier, c'est votre statut. Vous venez vous-même d'une lignée de magistrats.
00:24Vous connaissez donc la machine de l'intérieur, M. Garraud. C'est très important.
00:28Et votre réaction à la déflagration du verdict de Nicolas Sarkozy a largement été relayée, commentée.
00:34Je rappelle, vous avez affirmé n'avoir jamais rien vu de tel. On va en parler.
00:37On va également évoquer la réaction et le communiqué hier d'Emmanuel Macron.
00:41Mais tout d'abord, ce matin, sur une autre antenne, le chef du parquet national financier, Jean-François Bonnert,
00:46affirme qu'il n'est absolument pas dans le règlement de compte avec Nicolas Sarkozy.
00:51Il affirme aussi que tout lui donne raison. Tout donne raison au parquet national financier.
00:55Il détaille la piste du financement illégal libyen en vraiment en donnant des informations ou des éléments.
01:03Comment vous avez réagi à cette sortie ? Il a évidemment le droit et le pouvoir de s'exprimer,
01:08mais de donner de tels détails. Quelle est votre réaction à cela ?
01:11Si vous voulez, il y a une certaine logique dans cette déclaration, puisque le parquet national financier
01:15était à l'origine, évidemment, de cette affaire.
01:17Cette affaire qui a démarré avec une grande célérité de la part du parquet national financier.
01:22Et donc, au cours de cette affaire, on a, à la sortie, si je puis dire, avec la décision du tribunal qui vient d'être rendue,
01:30trois infractions sur quatre où il y a eu une relaxe.
01:34D'ailleurs, je crois que le parquet national financier fait appel, justement, parce qu'il soutient l'accusation.
01:38Et donc, le parquet, le procureur national financier s'exprime soutenant la position qui est la sienne.
01:46Donc, en cela, il n'y a rien d'anormal, mais c'est une position qui est la sienne.
01:50Ensuite, évidemment, comme tout le monde le sait, il y a des contestations sur le fond en ce qui concerne ce dossier.
01:55Mais je n'ai pas, moi, à m'exprimer sur le fond de ce dossier.
01:59Il affirme, en tous les cas, ce qu'a dit hier le président Emmanuel Macron,
02:03que l'état de droit, évidemment, il faut le préserver, et que la démocratie est en danger.
02:08Le chef du parquet national financier dit cela ce matin.
02:11Alors, moi, j'ai une haute idée de la justice.
02:13Comme vous l'avez dit, j'y ai passé une grande partie de ma vie professionnelle.
02:16Je viens, effectivement, d'une lignée de magistrats.
02:19Je connais très, très bien son fonctionnement.
02:21Et j'ai beaucoup de respect pour l'institution, avec des personnels qui sont remarquables.
02:27Je tiens à le dire, que ce soit des magistrats ou que ce soit des fonctionnaires de justice.
02:32Donc, cette haute idée de la justice, justement, n'empêche pas un certain nombre de critiques ou d'incompréhensions.
02:39Et là, par rapport à cette décision qui vient d'être rendue, j'ai effectivement une incompréhension.
02:44Encore une fois, je n'ai pas statué à dire ce que je pense sur le fond, puisque je ne connais pas le détail du dossier.
02:50Et si vous voulez, il y a une conséquence que je trouve absolument incroyable,
02:54que moi, je n'ai jamais connue alors que j'ai précidé de nombreuses audiences correctionnelles.
02:58C'est une exécution provisoire sur un mandat de dépôt, c'est-à-dire une exécution provisoire sur de l'emprisonnement,
03:05alors que Nicolas Sarkozy, donc, veut faire appel, qu'il va être rejugé en appel,
03:11et avec un mandat de dépôt qui va s'appliquer immédiatement.
03:13– Mais, M. Garraud, la question a été posée ce matin au chef du Parc national financier.
03:17Il estime que ce n'est pas du tout une atteinte à la présomption d'innocence.
03:19– Je considère que c'est plutôt une atteinte à la présomption d'innocence.
03:22– Expliquez-nous, pourquoi ?
03:23– Parce que, très simplement, vous avez une application immédiate.
03:25Je ne veux pas rentrer dans la technique, mais vous avez un emprisonnement
03:29qui a été décidé par le tribunal, c'est bien sûr son droit,
03:32cinq ans d'emprisonnement, avec mandat de dépôt.
03:34Alors, moi, ça m'est arrivé de décerner des mandats de dépôt, effectivement, à l'audience.
03:38Mais quand je décernais mandat de dépôt, c'était parce que la personne arrivait,
03:42parce qu'elle était menottée, en général, on l'avait arrêtée,
03:45ou même elle arrivait libre, mais elle repartait avec un mandat de dépôt,
03:48parce qu'il n'y avait pas de garantie de représentation,
03:50la peine était importante, donc elle risquait de se soustraire à la justice.
03:53Donc, voilà, mais a priori, avec Nicolas Sarkozy,
03:56il n'y a aucune de ses caractéristiques.
03:58Et il est décerné en mandat de dépôt à effet différé.
04:01Alors ça, je ne l'ai jamais vu.
04:03– Vous ne l'avez jamais vu, c'est une première.
04:04– Non, je ne l'ai jamais vu en ce qui me concerne.
04:06– Plusieurs décennies d'exercice.
04:08– Je ne l'ai jamais vu.
04:08Soit on décerné en mandat de dépôt à effet immédiat,
04:12parce que les caractéristiques, pour garantir l'effectivité de la peine,
04:15vu que la peine est importante, il faut garantir cette effectivité,
04:19c'est ce qui est dit, je crois, par le tribunal.
04:21Et donc, on incarcère immédiatement.
04:24Mais à effet différé, ça veut dire qu'on n'a pas peur,
04:26on ne redoute pas que Nicolas Sarkozy s'enfuit ou qu'il recommence.
04:30Bon, et donc du coup, mais alors, comment se fait-il qu'on le fasse à effet différé ?
04:33Donc, si vous voulez, cette mesure me semble assez particulière,
04:37d'autant plus atteinte à la présomption d'innocence quand même,
04:39parce que Nicolas Sarkozy va être incarcéré,
04:42et il peut être innocenté en appel.
04:46Moi, j'ai le souvenir, par exemple, d'une députée qui était avec moi
04:50lorsque j'étais députée nationale, Brigitte Barrej,
04:53et qui était maire de Montauban.
04:55Eh bien, elle a été, dans un premier temps, déclarée inéligible,
05:00avec exécution provisoire.
05:01Et en appel, la cour d'appel a réduit à néant le jugement,
05:06sauf qu'elle avait rendu son mandat,
05:09et que la première peine, entre guillemets, était exécutée.
05:11Donc, c'est bien une atteinte à la présomption d'innocence.
05:13Jean-Paul Garou, quelle est la situation actuelle ?
05:15Nous avons un ancien président de la République
05:17qui a réagi dans les colonnes du JDD,
05:20qui affirme une nouvelle fois que l'état de droit est attaqué,
05:24que la France est quelque part attaquée,
05:27cet état de droit a été violé.
05:28Hier, le président de la République, Emmanuel Macron,
05:30dont on attendait la réaction,
05:32qui affirme ceci, l'état de droit,
05:33est le socle de notre démocratie,
05:35l'indépendance de l'autorité judiciaire,
05:37son impartialité, comme la protection des magistrats,
05:39c'est tout à fait normal,
05:41qui la rendent en sont les piliers essentiels.
05:43Est-ce que ça veut dire que critiquer ou interroger
05:45une décision de justice, c'est remettre en cause l'état de droit ?
05:48Ou alors, est-ce que vous estimez que c'est allé trop loin,
05:50avec, évidemment, ces menaces de magistrats ?
05:53Les menaces, évidemment, avec les magistrats,
05:55sont condamnables au plus haut degré,
05:58et moi-même, j'ai connu cela.
05:59Donc, je sais de quoi il en retourne.
06:02Donc, ceci est indiscutable.
06:04Il faut le dire, c'est intolérable, inacceptable.
06:05C'est intolérable et indiscutable.
06:08Par contre, la justice, en général, si vous voulez,
06:10a une mission essentielle dans le fonctionnement de l'État.
06:13Et comme je vous le disais, j'ai un grand respect pour elle.
06:15Ce qui n'empêche pas un certain nombre de questions.
06:17On a parlé de l'affaire de Nicolas Sarkozy,
06:19mais il y a une analogie avec aussi celle de Marine Le Pen,
06:22où là, il y a, par rapport à des infractions
06:25qui sont totalement contestées,
06:26il y a une application immédiate de l'inéligibilité
06:31qui va priver des millions d'électeurs
06:35de leurs candidats à l'élection présidentielle
06:38si elle a été appliquée telle qu'elle,
06:39avec exécution provisoire.
06:41Donc, ceci est gravissime,
06:43alors qu'on est face à des présumés innocents.
06:45Attendez, c'est ça, selon vous, qui nuit à l'État de droit ?
06:48C'est-à-dire qu'il y a une incompréhension
06:50de la part de la population,
06:52de millions de personnes qui ne comprennent plus
06:55ce qui se passe. En réalité, il faut répondre à cela.
06:58Il y a d'un côté, si vous voulez, une sévérité
07:00avec une intransigeance considérable,
07:04et puis de l'autre côté, un certain laxisme judiciaire
07:06qui n'est pas compris du tout par nos concitoyens.
07:10Alors, vous parlez de ceux qui sont remis en liberté,
07:12de ceux qui ne sont pas incarcérés,
07:14mais souvent, que répondez-vous, Jean-Paul Garot,
07:15à ceux qui disent, écoutez, les mêmes
07:17qui se retrouvent, que ce soit Nicolas Sarkozy
07:19ou Marine Le Pen, entre les mâchoires de la justice,
07:21qui n'ont cessé de demander une justice plus ferme,
07:25quand eux-mêmes se retrouvent devant cette justice,
07:28ils veulent qu'elle soit moins ferme.
07:30Non, ce n'est pas une question de fermeté
07:32ou de sévérité, puisque personne n'est à l'abri,
07:34bien sûr, de la justice,
07:36et chacun doit rendre des comptes, naturellement.
07:38Mais c'est certains aspects.
07:40Encore une fois, je ne veux pas discuter
07:41de la culpabilité ou de l'innocence,
07:42je ne rentre pas dans le détail du dossier.
07:44Mais je ne comprends pas qu'il y ait une application immédiate
07:47de sanction, alors qu'une personne
07:50qui, évidemment, a un certain nombre de responsabilités
07:53ou qui en a occupé, mais peu importe, à la limite,
07:55mais c'est lourd de conséquences.
07:57Et cela, c'est quelque chose, effectivement, à rectifier.
07:58Donc les détenus de droit commun, M. Garot,
08:01eh bien, sont considérés de manière moins ferme ?
08:05Ah, les détenus de droit commun, en fait,
08:07si vous voulez, quand on regarde cela,
08:09et ça, c'est un des gros problèmes, je dirais,
08:11de la justice, c'est qu'il y a des différences considérables
08:14dans les traitements, en fait.
08:16Et nous avons, par rapport à ce qui est appelé
08:19le laxisme judiciaire, nous avons des lacunes considérables.
08:23Et dans ce qu'il convient de faire,
08:26il faut reprendre, en fait, beaucoup de choses,
08:30me semble-t-il.
08:31Encore une fois, sans mettre en doute les capacités,
08:33la volonté des personnes de la justice.
08:35On va y venir sur le sursaut de certains.
08:37Ce n'est pas, évidemment, toute la justice,
08:38on n'essentialise pas, mais quand ceux qui attaquent la police,
08:41par exemple, on a pensé à ce qui s'est passé récemment,
08:44ne sont pas allés derrière les barreaux,
08:46contrairement à ce qu'on évoque pour Nicolas Sarkozy et d'autres.
08:49Est-ce que ça vous interpelle ? Est-ce que ça vous choque ?
08:50Bien sûr.
08:51Comment vous l'expliquez ?
08:52Le fossé qui s'est creusé entre les citoyens et leur justice,
08:57le fossé qui s'est creusé entre les policiers,
09:01les gendarmes et la justice, est assez considérable.
09:04Moi, l'une des raisons pour lesquelles j'ai voulu m'engager,
09:06justement, en politique, c'est pour essayer d'être utile,
09:08parce que le fonctionnement de la justice est utile
09:10au fonctionnement de l'État.
09:12C'est-à-dire que c'est un pilier régalien de l'État,
09:14et on ne peut pas avoir des pouvoirs en lutte contre les autres,
09:16parce que sinon, c'est notre démocratie, effectivement,
09:18qui est en danger.
09:20Donc cette incompréhension, elle existe,
09:22et il faut y remédier.
09:23En ce qui concerne ces mises en liberté,
09:27là, il faut parler un peu du fond.
09:29Et en ce qui concerne le fond, ça vient de loin,
09:32en réalité, ça vient de très, très loin.
09:34Ça fait une bonne quarantaine d'années
09:36qu'on a insufflé dans le corps judiciaire
09:38une philosophie pénale, en quelque sorte,
09:42d'une certaine, j'ose pas dire le terme, idéologie,
09:45qui fait que tout est concentré sur l'intérêt du délinquant.
09:49L'intérêt du délinquant avant tout.
09:51La réinsertion sociale, à tout prix, je dirais.
09:55À tout prix, ça veut dire aussi au mépris de la victime.
09:57Alors, justement, c'est là où, bien sûr,
10:00ça commence à poser problème, les victimes,
10:02les victimes, évidemment.
10:04Donc cette direction qui a été prise,
10:08cette individualisation forcenée, je dirais,
10:11qui consiste à dire,
10:13la détention, c'est l'exception,
10:15tout est fait pour éviter l'emprisonnement,
10:18parce que, pour la gauche, l'idéologie,
10:21le syndicat de la magistrature, par exemple,
10:23eh bien, le monde parfait, c'est un monde sans prison.
10:26Moi, je suis d'accord avec le monde parfait.
10:27Malheureusement, nous ne vivons pas dans un monde parfait.
10:29Jusqu'à quel point, Jean-Paul Garraud,
10:30cette philosophie, cette idéologie,
10:32pour reprendre vos mots,
10:33comment dire,
10:34a imbibé tout le système et tout le cœur de la justice ?
10:38Parce qu'elle a été enseignée,
10:40dès la faculté, à l'École nationale de la magistrature,
10:44tout au long du...
10:45par des décisions de jurisprudence,
10:47par des décisions de jurisprudence européennes et autres.
10:50Vous avez vous-même occupé un poste important à l'École nationale de la magistrature.
10:53Vous avez déjà eu à faire face à un tel enseignement, si je puis dire ?
10:57Alors, moi, j'ai occupé des positions, évidemment, dans plusieurs fonctions,
11:00mais moi, j'ai toujours lutté contre cela,
11:02parce que j'avais...
11:03Je disais très clairement,
11:04et à l'audience, bien entendu, et ailleurs,
11:06qu'il n'y a pas que l'aspect individualisation de la peine qui compte.
11:09Il y a l'aspect protection de la société.
11:12Le magistrat, il est là aussi pour protéger la société.
11:15Mais attendez, M. Garraud,
11:16c'est-à-dire que cet aspect-là, essentiel, quand même,
11:18a été mis de côté pendant 40 ans.
11:20Alors, il ne faut pas être trop caricatural, bien entendu,
11:23parce que, heureusement, ce n'est pas le cas partout,
11:25mais il est intégré dans un certain nombre de décisions.
11:29Et si vous voulez, on le voit dans les peines qui sont prononcées.
11:32Si vous voulez, les peines qui sont prononcées.
11:34Si vous voulez, entre le moment où la peine est...
11:37La peine encourue, la peine prononcée et la peine exécutée
11:44ne sont pas du tout les mêmes.
11:46Il y a un système d'érosion, un système d'érosion de la peine,
11:49un système de peine dite fondante, si vous voulez.
11:52Moi, il est absolument urgent de revenir à un autre principe
11:56qui est celui de la certitude de la peine.
11:58Comment on peut revenir à cette lucidité, finalement,
12:02et ce respect de la victime ?
12:03Par exemple, on parle beaucoup de la politisation de la justice
12:07de certains magistrats.
12:09Faut-il interdire aux magistrats de se syndiquer,
12:11même si dans le bloc de constitutionnalité,
12:13vous le savez mieux que moi,
12:14évidemment, c'est la liberté syndicale.
12:16Faut-il recruter différemment à l'École nationale de la magistrature ?
12:19Est-ce que ce sont des pistes qui vous paraissent assez solides ?
12:22La politisation de la justice impose, me semble-t-il,
12:26que les syndicats ne soient pas politiques.
12:28Voilà.
12:29Alors, des syndicats professionnels, bien sûr,
12:31et il y en a, nous les connaissons,
12:33mais il y a un syndicat très politisé
12:35qui est celui, évidemment, de la magistrature,
12:37syndicat de la magistrature.
12:38Apprends-le, qui a participé notamment activement
12:40à la fête de l'Humanité,
12:41cela donne une couleur politique.
12:43Voilà, qui a affiché le mur des cons,
12:45dans lequel il y avait notamment le père d'une enfant assassinée.
12:49Donc, si vous voulez, à partir du moment
12:50où on a une telle conduite,
12:54de tel mot d'ordre,
12:55ou d'ailleurs, dans les statuts originelles
12:57du syndicat de la magistrature,
12:59il est dit que l'acte de juger est un acte politique.
13:03À partir du moment où on appartient à un tel syndicat,
13:07on ne peut être suspecté de partialité.
13:10Or, le propre même de la justice,
13:12c'est l'impartialité.
13:13Donc, il faut, bien entendu,
13:14enlever tout ce côté politique.
13:16Alors, il faut faire quelques petites réformes,
13:19si on le veut, je pense qu'on le peut.
13:21Il y a le Conseil supérieur de la magistrature,
13:22qui a aussi un pouvoir en la matière.
13:23Et si on vous entend, c'est une révolution.
13:25Un exemple, qu'un des officiers de police judiciaire
13:28qui a contribué à l'enquête du parquet national financier,
13:31like des publications de Mediapart,
13:33avec l'une des magistrates qui a jugé Nicolas Sarkozy,
13:35a politiquement manifesté contre l'ancien précédent.
13:38Est-ce que vous y voyez là
13:39des signes manifestes de cette politisation ?
13:42En tout cas, c'est des suspicions.
13:44Et c'est des choses qu'il faut lever.
13:47Ce sont des doutes qu'il faut lever
13:48pour qu'il y ait une bonne justice.
13:50Donc, ceci peut exister,
13:52ceci peut être mis en œuvre.
13:54Mais si vous voulez,
13:54c'est un travail de plus longue haleine.
13:55Dans un premier temps,
13:56il y a des réformes certainement urgentes à faire
13:58par rapport au laxisme judiciaire,
14:00à droit constant.
14:01Il est possible de faire un certain nombre de choses.
14:02Il y a des choses déjà qui existent dans notre droit.
14:05D'ailleurs, moi, je suis à l'initiative, par exemple,
14:07de tout ce qui concerne la dangerosité des délinquants.
14:10Ça fait près de 20 ans que j'ai,
14:12excusez-moi du terme,
14:13sorti cela dans un rapport que j'ai remis au Premier ministre
14:15et qui était à la documentation française
14:17qui s'appelle « Réponse à la dangerosité ».
14:19En 2002, effectivement.
14:20Et donc, tout ceci, je l'ai fait.
14:22C'est d'ailleurs un mécanisme qui a été validé
14:23à l'époque par le Conseil constitutionnel
14:25et aimé que Mme Taubira,
14:27quand elle est arrivée au pouvoir,
14:29s'est empressée de restreindre, bien entendu,
14:31mais qui existe toujours.
14:32Et qui permet de garder sous surveillance
14:34des gens particulièrement dangereux.
14:35Nous n'avons pas le droit,
14:37les magistrats et les responsables politiques,
14:39dans les lois qu'ils font,
14:40nous n'avons pas le droit de remettre
14:41dans la circulation des gens qui sont dangereux.
14:44Et il faut dire les choses telles qu'elles sont.
14:46Il y a malheureusement,
14:47je suis le premier à le regretter,
14:48des gens qui ne sont pas réinsérables.
14:51Voilà.
14:52Qu'en fait-on ?
14:53Il faut les mettre, évidemment,
14:54hors d'état de nuire.
14:56Et pour cela, ça existe.
14:58Nous avons dans les cas les plus graves
14:59la réclusion criminelle à perpétuité.
15:01Je suis favorable à une détention perpétuelle
15:04avec quelques correctifs,
15:06avec quelques évaluations de dangerosité.
15:09Mais si vous voulez,
15:09dans ma carrière professionnelle,
15:11j'ai connu,
15:12alors que j'étais juge d'instruction,
15:13un individu qui avait d'abord été condamné
15:15à 20 ans pour un crime,
15:17puis ensuite qui avait recommencé,
15:19qui avait été condamné à perpétuité.
15:20Et la troisième fois,
15:21dans l'affaire que je traitais,
15:22il avait tué deux personnes,
15:23je vous passe les détails,
15:24et il a été condamné à nouveau à perpétuité.
15:26Donc si vous voulez,
15:27ceci, ça fait une trentaine d'années.
15:31Mais c'est malheureusement toujours
15:32la même chose qui se reproduit.
15:35Et il n'y a pas de fatalité
15:36à subir tout cela.
15:38Il n'y a pas de fatalité.
15:39Je refuse la fatalité.
15:40On entend vos mots, Jean-Paul Garros,
15:42ce matin.
15:43On va conclure.
15:43Vous avez parlé d'une ancienne guerre de Dessau,
15:46Christiane Taubéra.
15:46Il y a un autre ancien guerre de Dessau
15:48qui se multiplie dans les médias,
15:51M. Éric Dupond-Moretti,
15:52qui dit que la justice n'est pas du tout laxiste,
15:53que les peines planchées, c'est du vent.
15:55Je précise entre parenthèses
15:57que vous-même, si le RN arrivait au pouvoir,
15:59très probablement,
16:00vous serez le futur garde des Sceaux
16:02du candidat ou de la candidate.
16:04Quand vous voyez ces différents gardes des Sceaux
16:07aujourd'hui qui se sont succédés,
16:09quel est votre regard ?
16:10Ils connaissent, comme vous,
16:11pour certains, l'intérieur de la machine.
16:12Comment expliquer une analyse aussi différente,
16:15antinomique, opposée à la vôtre ?
16:17Ce qui concerne M. Dupond-Moretti,
16:18ça ne m'étonne absolument pas.
16:20Je suis fondamentalement en désaccord avec lui.
16:21D'ailleurs, pour la petite histoire,
16:24c'est moi qui avais initié la réforme des cours d'assises.
16:27Je l'avais initiée pour, justement,
16:28désengorger les tribunaux correctionnels,
16:30pour faire en sorte que tous les crimes
16:31soient jugés en crimes.
16:32Et à l'époque, M. Dupond-Moretti était avocat.
16:34Moi, j'étais député.
16:35Et quand j'avais, effectivement,
16:37sorti cette réforme,
16:39il avait poussé des cris d'orfraie.
16:41Il s'était étouffé en disant
16:42que surtout, surtout, il ne fallait pas le faire.
16:44Et il a été amené à commencer à l'appliquer.
16:47Donc, si vous voulez, il a avalé son chapeau,
16:49si je puis dire, de ce côté-là.
16:50Donc, ça ne m'étonne pas.
16:51Il y a des attitudes politiciennes.
16:53Moi, si vous voulez, fondamentalement,
16:54je ne suis pas dans une attitude politicienne.
16:57Je suis un magistrat qui a des convictions,
16:59bien entendu,
17:00qui, quand j'ai décidé de faire de la politique,
17:02eh bien, j'ai laissé mon métier de magistrat
17:03et j'ai fait de la politique.
17:05Je suis allé là où c'était le plus difficile.
17:07Je porte un certain nombre de convictions.
17:08J'aime passionnément la justice
17:09et passionnément mon pays.
17:11Donc, je veux être utile.
17:12Voilà.
17:12Et je pense qu'il y a beaucoup à faire.
17:15La tâche est rude,
17:16mais on est très décidé.
17:18Si vous deviez, en quelques mots,
17:20conclure sur les trois piliers de la justice nécessaires,
17:23sinon, vraiment, il y aurait atteinte à la démocratie.
17:25Quels seraient ces piliers, Jean-Paul Garraud ?
17:27Des piliers fondamentaux sont les piliers, bien sûr,
17:29de la sécurité,
17:30de la protection, évidemment, des victimes
17:33en ce qui concerne le pénal,
17:34de la célérité,
17:35de la rapidité des décisions
17:36et, bien entendu, comme je vous l'ai dit,
17:37de l'impartialité.
17:38Merci, Jean-Paul Garraud.
17:39Merci d'avoir été notre invité.
17:41Je vous souhaite une bonne journée.
17:42Merci.
17:42Sous-titrage Société Radio-Canada
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