Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 mois
Ce lundi 27 octobre, la mesure qui s'est imposée comme l'un des principaux leviers de la politique salariale depuis 20 ans, a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Manuel Le Chypre, bonne ou mauvaise nouvelle ?
00:02Écoutez, plutôt bonne nouvelle.
00:04Plutôt bonne nouvelle.
00:05Alors il faut savoir que c'est une mesure qui s'est quand même imposée
00:07comme un des principaux leviers de la politique salariale depuis 20 ans.
00:11C'était une des mesures phares de Nicolas Sarkozy.
00:16Et on voit bien qu'effectivement, la droite cherche à ressusciter un petit peu cette nostalgie des années Sarkozy.
00:23Alors après, ça avait été abandonné sous François Hollande, puis c'est revenu un petit peu.
00:27Donc c'est devenu un outil majeur.
00:30Et c'est un outil, et c'est une de ses caractéristiques,
00:35dont l'intérêt dépend vraiment de la conjoncture économique.
00:39Et là, on voit bien que l'intérêt est double.
00:42Alors l'intérêt global, c'est de toute façon envoyer un signal favorable au travail.
00:48Et ça, ça n'a pas de valeur, c'est intemporel.
00:50Mais pourquoi aujourd'hui, ça n'est pas une mauvaise idée, ce retour des heures défiscalisées ?
00:56C'est parce qu'il y a deux caractéristiques de la conjoncture actuelle.
00:59La première, c'est qu'on est quand même dans un moment où les difficultés de recrutement persistent.
01:06Beaucoup d'entreprises, presque une sur deux, toujours, malgré le ralentissement de l'activité,
01:11disent qu'il est compliqué de recruter aujourd'hui, notamment pour des problèmes d'adéquation entre l'offre et la demande de travail,
01:17la difficulté à recruter des profils pour lesquels il n'y a pas forcément de candidats.
01:22Et que donc, quand vous pouvez finalement recourir davantage aux heures sup ou que les salariés sont partants pour en faire plus,
01:29c'est intéressant parce que du coup, ça ne pénalise pas votre entreprise.
01:31Et puis le deuxième point, c'est que paradoxalement, il y a une incertitude économique aujourd'hui
01:38qui fait que les patrons sont plus réticents à embaucher, et notamment des CDI.
01:43Et d'ailleurs, les derniers chiffres de l'emploi qu'on a vus montrent qu'il y a une baisse des recrutements en CDI
01:48et une hausse des CDD.
01:50Donc là encore, ça permet finalement d'éviter d'être victime de l'incertitude économique,
01:55de pouvoir continuer à faire face à la demande et aux commandes si on en a besoin,
01:59sans s'encager trop sur des emplois long terme.
02:00Donc, au vu de la conjoncture, moi, je pense que c'est assez pertinent.
02:03– Mathieu Jolivet, vous n'êtes pas forcément convaincu.
02:05Est-ce que ça va atteindre l'objectif fixé ?
02:08– Si vous voulez, moi, ce qui me dérange un petit peu, c'est que les heures sub défiscalisées,
02:11c'est un peu travailler plus pour les uns, mais embaucher moins pour les autres.
02:16C'est un peu le problème, parce que sur le papier, franchement, je signe.
02:20C'est-à-dire que ces heures sub défiscalisées, et on a vu, ce qui est bien, c'est que c'est empirique.
02:24On l'a vu pendant plusieurs années sous Nicolas Sarkozy, ça a profité à 9 millions de salariés.
02:28Il y avait beaucoup d'ouvriers, 500 à 800 euros de plus chaque année.
02:33Quand on sait qu'aujourd'hui, l'origine de la crise sociale, ça vient de ce sentiment général assez légitime
02:40de « je n'arrive pas à vivre correctement des fruits de mon travail »,
02:43alors oui, les heures défiscalisées, pourquoi pas ?
02:46Sauf que, comme c'est empirique, on a pu se rendre compte, sous Nicolas Sarkozy,
02:51des effets d'aubaine formidables qu'il y a eu pour les entreprises.
02:55Qu'est-ce qu'on a vu ? On a vu que ces heures sub défiscalisées,
02:58ça n'a pas forcément accru le volume de travail,
03:02on n'a pas forcément travaillé plus, mais on a surtout requalifié des heures qui étaient déjà travaillées.
03:08En fait, on a assisté à une formidable requalification massive du travail.
03:13Et donc, en fait, les heures sub défiscalisées, ça reflète plus le talent des entreprises
03:19à optimiser un planning RH ou à formaliser des heures déjà existantes
03:24que de réelles embauches ou des hausses d'activité.
03:27Deuxième limite qu'on peut observer sur les heures sub défiscalisées, c'est son coût.
03:32Pareil, sous Nicolas Sarkozy, il y a eu, je crois, 720 millions d'heures sub défiscalisées.
03:37Ça a coûté 4 à 5 milliards d'euros par an.
03:424 à 5 milliards d'euros par an.
03:43Donc là-dessus, je ne vous fais pas un tableau de l'état de nos finances publiques aujourd'hui.
03:47Ces 4 à 5 milliards d'euros par an, ils n'alimentent plus la protection sociale,
03:53ils n'alimentent plus l'investissement dans la formation.
03:56Ça sort directement des caisses publiques.
03:58Et pourquoi ? Non pas pour favoriser l'emploi,
04:01mais pour une nouvelle répartition RH d'un travail qui est déjà existant.
04:05Voilà. Donc la réalité, c'est que les heures sub défiscalisées,
04:09c'est surtout quelque chose qui est super bénef, qui est tout bénef pour les insiders,
04:13pour les salariés qui sont déjà en place.
04:15Et je ne sais pas si c'est vraiment la bonne solution dans le climat actuel,
04:20dans cette société si fracturée,
04:21de donner ce petit coup de booster aux insiders,
04:26ce qui peut peut-être alimenter une colère qui pourrait être légitime
04:30pour ceux qui ne sont pas dans la place.
04:32Emmanuel ?
04:32Là, on est plutôt sur une mesure qui, effectivement,
04:36concernerait vraiment les plus hauts utilisateurs de ces heures supplémentaires.
04:45C'est-à-dire qu'on est sur une mesure qui coûterait un milliard d'euros.
04:47Alors, j'ai envie de dire un milliard d'euros seulement,
04:50parce qu'effectivement, l'idée, ce serait d'aller au-delà des fameux 7500 euros de plafond
04:55qui existent aujourd'hui pour ces revenus d'heures supplémentaires.
04:58Et donc, on voit bien qu'on est sur un nombre restreint de salariés,
05:03une espèce de super commando.
05:05Laurent Wauquiez veut faire quand même open bar pour les classes moyennes.
05:09On le voit bien pendant ce débat budgétaire.
05:10Oui, mais on voit bien, de fait, que ça ne concernerait pas un nombre
05:13si important que ça de salariés.
05:15Ça vaut le coup, du coup ?
05:16Ça concernerait plutôt des salariés.
05:17Oui, moi, je continue à penser que ça vaut le coup,
05:20malgré les réticences de Mathieu.
05:22Il faut se rappeler pourquoi ça avait été quand même supprimé en partie en 2012.
05:25C'est qu'en 2012, on est à un moment où le niveau de chômage est extrêmement élevé.
05:30Et c'est le raisonnement de François Hollande qui est de dire
05:32« Attendez, on ne va pas payer plus les gens qui ont déjà un travail.
05:35Il faut, au contraire, que dans l'esprit socialiste de partage du travail,
05:40eh bien, on arrête de recourir à ces heures sup pour faciliter les embauches.
05:44Aujourd'hui, on a à la fois des incertitudes sur les carnets de commandes
05:48et en même temps des difficultés à recruter.
05:50C'est pour ça que c'est une mesure qui n'a jamais été aussi opportune.
05:54Encourager le travail, évidemment, personne ne peut s'y opposer.
05:57Simplement, la vraie question qu'il faut se poser, je pense,
05:59c'est comment je peux utiliser intelligemment 5 milliards d'euros ?
06:03Et en fait, ces heures sup défiscalisées, pour moi, ça reflète plus
06:07cette espèce de maquis fiscal dans lequel on s'est englués depuis des années.
06:11Et en fait, on est dans de la rustine fiscale.
06:14La rustine fiscale, c'est quelque chose qui complexifie, c'est quelque chose qui clive.
06:17Je pense que, si on veut encourager le travail,
06:20ça doit faire partie d'un grand plan, d'un grand soir fiscal
06:24avec un projet qui embarque tout le monde,
06:26qui n'embarque pas juste une catégorie d'insiders.
06:28Sauf, Mathieu, que l'avantage, c'est peut-être un milliard dépensé,
06:31mais c'est un milliard dépensé très vite, avec un effet immédiat.
06:35Et donc, combien de mesures ont l'avantage d'être des mesures
06:38dont les effets sont immédiatement impactants et immédiatement mesurables ?
06:42Je pense que dans l'intérêt de cette mesure, c'est aussi ce qu'il faut prendre en compte.
06:46C'est vrai que ce serait efficace pour un petit nombre et sans impact sur l'emploi.
06:50Ah oui, je vous ai convaincu.
06:52Merci beaucoup, messieurs.
06:53Mathieu Jolivet, Emmanuel Lechypre.
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations