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« Quand j’ai entendu qu’ils faisaient ça pour la Syrie et pour l’Irak, j’ai très vite compris qu’il s’agissait d’un attentat. » Dix ans après les attaques qui ont ensanglanté Paris, Sophie Parra, rescapée du Bataclan, revient sur la soirée cauchemardesque du 13 novembre 2015. Blessée par deux balles, elle décrit la brutalité des faits : le choc de se savoir touchée, l'horreur de voir un garçon mourir sur elle, dont le corps a servi de protection, et la fuite désespérée.

Au-delà des 80 cm de cicatrices et de la longue rééducation, ce sont les séquelles psychologiques qui dominent : le spectre d'un état d'hypervigilance permanent, le deuil de son insouciance et la difficulté à retrouver la joie d'antan. Elle évoque un parcours chaotique avec le corps médical, l'aide salvatrice de l'EMDR, et la culpabilité tenace envers les victimes. Aujourd'hui maman grâce à une FIV, sa fille Apolline est son oxygène, mais aussi la source d'angoisses nouvelles, liées à la peur.

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Transcription
00:00Le 13 novembre 2015, j'étais au Bataclan et j'ai été blessée de balles dans la jambe ce soir-là.
00:06Je pense que c'était l'une des premières fois où je voyais vraiment un public comme ça,
00:09qui était joyeux, avec mon ami, on s'est placé dans le fond du Bataclan
00:13et puis le concert a commencé et le concert était même plutôt cool.
00:19Tout à coup, on entend des cris, les lumières se rallument
00:21et c'est là où on se rend compte qu'en fait, ça a dégénéré.
00:25Quand je les entends crier, on fait ça pour la Syrie et pour l'Irak,
00:29je me dis que c'est peut-être un attentat, surtout qu'on n'est pas très très loin,
00:33on est toujours en 2015.
00:34En janvier, il y a eu Charlie, il y a eu l'hypercachère
00:38et la connexion se fait très vite dans mon cerveau en fait.
00:40Très vite, je suis blessée, donc j'ai l'impression de recevoir un coup de marteau dans le mollet.
00:44Je me relève un petit peu, c'est là où je vois ma jambe et où je comprends que j'ai été blessée.
00:49Un garçon avec qui je rigolais pendant le concert en fait,
00:53parce que j'ai failli lui tomber dessus et lui en fait, il est tombé à côté de nous
00:56et en fait, il meurt sur nous et très vite, on l'utilise pour nous protéger
01:04si jamais il y a des tirs de balles encore.
01:06La façon dont je suis placée, je suis en face des escaliers qui montent au balcon.
01:11Il y en a un qui monte, l'autre le suit et en fait, il redescend.
01:16Il tire une balle dans la tête du garçon qui était en face de moi et là, il remonte.
01:20Et c'est ce moment-là où on comprend que ça va être notre chance et qu'on n'en aura pas d'autre si on veut sortir.
01:25Donc il y a une espèce de mouvement de foule en fait.
01:28On est sortis par le passage à Melot et en fait, on s'est retrouvés sur le boulevard Voltaire.
01:31Mon amie m'a mise dans un hall d'immeuble pour pouvoir trouver quelqu'un qui pourra m'emmener à l'hôpital
01:38parce que les secours ne sont pas forcément arrivés encore.
01:41Elle va trouver quelqu'un qui est en pleine course dans un Uber.
01:45Ils sont au quai et ils m'ont emmenée à l'hôpital Saint-Antoine.
01:48Quand on arrive, on est prise en charge rapidement parce que les gens n'arrivent pas encore forcément des terrasses ou du Bataclan.
01:56On essaye un petit peu de voir quelle est la gravité.
01:59J'étais montée dans ce qu'ils appellent un bunker et je voyais les médecins qui passaient avec des brancards,
02:04avec des radios qui disaient celle-là, on ne pourra pas la sauver.
02:07Là, il va peut-être falloir couper quelque chose.
02:09C'est un moment qui est assez traumatisant.
02:12Vers 8h, on me dit, vous êtes la prochaine à être opérée.
02:15La première opération, c'est ce qu'ils ont appelé une opération de parage.
02:18Je ne sais pas trop ce que c'est, mais je pense que c'était vraiment pour parer aux plus urgents.
02:23On pense que j'ai pris qu'une seule balle, qu'elle m'a arraché la moitié du mollet.
02:28Je suis opérée et je me réveille dans cette salle où j'entends des gens qui gémissent un petit peu.
02:34J'entends un peu tout et n'importe quoi.
02:37C'est une salle de réveil d'hôpital.
02:38La première chose que je dis, c'est que je veux voir mon amie.
02:42On m'emmène dans une chambre et je pense que c'est là où je la regarde et je lui dis,
02:48qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que c'est vraiment arrivé ?
02:50Puis je vois ma jambe et c'est là où je me rends compte que ça n'a pas été un mauvais rêve,
02:56que ça n'a pas été quelque chose que j'ai inventé dans ma tête et que ça s'est vraiment passé.
02:59On me réopère deux jours après le lundi.
03:01Et là, ils se rendent compte que j'ai toujours une balle dans le bassin, du pubis jusqu'à la cheville.
03:06J'ai des énormes pansements.
03:08Je ne sais pas trop dans quel état elle est et je ne l'ai jamais vraiment vue
03:12parce que je n'ai jamais vraiment réussi à regarder ma jambe avant qu'on m'enlève tous les pansements
03:17et que je commence le kiné.
03:20Dix ans après, j'ai 80 cm de cicatrices sur la jambe.
03:24Donc ça, c'est des séquelles qui ne partiront pas.
03:26Je dois aller voir une ostéo pour qu'on me remette un petit peu droite
03:30parce que sinon, j'ai tendance à être un peu trop penchée.
03:33Donc on me remet un peu le bassin.
03:34Mais les plus grosses séquelles, c'est des séquelles psychologiques.
03:37Ma vie avant le 13 novembre 2015, c'était sortir quasiment tous les soirs,
03:43aller au ciné, aller dans des bars, aller dans des concerts.
03:47J'étais quelqu'un de plutôt joyeux et insouciant, on va dire.
03:50L'après, c'est le jour et la nuit.
03:54Je suis maintenant quelqu'un qui est toujours en hypervigilance.
03:58C'est qu'elle sort dans la rue.
03:59Je suis quelqu'un qui ne va quasiment plus à des concerts.
04:03J'ai dû en faire cinq en dix ans, même pas.
04:06J'évite le plus possible de manger ou de boire en terrasse.
04:08Quand je vais au cinéma, je demande toujours aux gens
04:12s'ils ont vu le film avant moi pour savoir si, oui ou non,
04:15il y aura des armes à feu, s'il y aura des tirs, s'il y aura des explosions.
04:18Quand arrive l'automne et le mois d'octobre,
04:22ça commence à devenir compliqué jusqu'au moment du 13 novembre.
04:26J'ai l'impression qu'il y a un compte à rebours qui s'est enclenché.
04:29J'évite de prévoir des trucs après le 13 novembre
04:32parce que j'ai toujours cette sensation
04:35que peut-être je ne passerai pas le 13 novembre.
04:38J'ai été accompagnée par des psychologues professionnels,
04:42ça je ne sais pas,
04:43mais disons que mon parcours psychologique a été assez chaotique.
04:48J'ai tout de suite eu ce besoin de parler,
04:51sauf que je n'ai pas vraiment eu de chance au niveau des psychologues,
04:54entre celui qui s'est endormi pendant que je lui parlais,
04:57celui qui m'a dit que je devais m'estimer heureuse d'être vivante,
05:02que tout le monde n'avait pas eu cette chance
05:03et que je devrais regarder des films de Charlie Chaplin pour aller mieux.
05:06Après, j'ai eu celle qui m'a sauvée en faisant de l'EMDR
05:09et qui a dû partir à la retraite après.
05:12C'est une technique de psychologie qui a été inventée aux États-Unis
05:15après la guerre du Vietnam.
05:16C'est basé sur les mouvements du doigt de la personne qui le fait
05:19et qui nous fait un peu comme ça.
05:21Et puis nous, on doit suivre son doigt
05:22et qui permet un petit peu d'estomper des souvenirs
05:25qui sont trop compliqués à garder.
05:28Après, j'ai voulu continuer de l'EMDR,
05:30sauf que celui que j'ai trouvé a essayé de me tripoter pendant la séance.
05:33J'ai eu celle que j'ai dû consoler.
05:34J'ai parlé pendant 10 minutes
05:35et j'ai passé les 50 minutes qui suivaient à la consoler
05:37et à lui dire que j'étais désolée.
05:39J'étais désolée de lui infliger ça, en fait,
05:42de lui parler de ça.
05:43Et la culpabilité, c'est quelque chose
05:45qui accompagne beaucoup les survivants, en fait,
05:47parce qu'on est désolée pour nous,
05:51on est désolée pour nos proches
05:52de leur avoir infligé une peur pareille.
05:55On est désolée d'avoir survécu.
05:58Désolée par rapport à la famille de Pierre Innocenti,
06:02ce garçon qui m'avait retenue et qui est mort sur moi.
06:06On est désolée par rapport aux gens qui sont morts.
06:08Pourquoi eux et pas nous ?
06:09Donc, c'est une culpabilité qui est très prenante,
06:13même 10 ans après, et qui reste beaucoup.
06:17Comparé à il y a 10 ans, je dirais que ça va mieux.
06:20J'ai eu cette chance de pouvoir tomber enceinte,
06:22même si là aussi, ce n'était pas gagné,
06:23parce que quand avec mon conjoint,
06:25on a voulu avoir un enfant,
06:28je n'arrivais pas à tomber enceinte.
06:29On ne comprenait pas pourquoi.
06:30Et puis, en fait, on s'est vite rendu compte
06:31que les séquelles du Bataclan étaient toujours là
06:34et que je ne pourrais pas tomber enceinte naturellement.
06:37On est passé par fécondation in vitro,
06:39qui a pris du premier coup.
06:41Et ma fille Apolline est arrivée au bout de 9 mois.
06:47Ça m'a aidée, oui et non, en fait.
06:48Parce que quand on devient parent,
06:50déjà, on a toutes ces angoisses qui sont liées
06:51à devoir protéger son enfant,
06:53à devoir y faire attention.
06:55Et je pense que moi,
06:56c'est vraiment une vigilance qui a été accrue
06:58parce que j'ai tout le temps peur pour elle,
07:01en fait, mais je pense encore plus.
07:04Parce que quand elle est à l'école,
07:05maintenant, j'ai peur qu'un de ses profs,
07:08enfin, sa maîtresse se fasse attaquer.
07:10Quand elle est en sortie,
07:11j'ai peur qu'il se passe quelque chose.
07:12Quand on va au cinéma,
07:13j'ai toujours peur qu'il nous arrive quelque chose
07:16et que je m'en veux.
07:17Je me dis que ce sera de ma faute
07:18s'il se passe quelque chose.
07:19Puis voilà, quand elle me dit
07:21j'aimerais bien aller à un concert,
07:23enfin voilà, un jour, j'irai à un concert.
07:26Moi, mon premier effet, c'est de dire
07:28non, tu n'iras pas à un concert,
07:29c'est hors de question,
07:29je refuse que tu ailles à un concert
07:31et qu'il t'arrive ce qui m'est arrivé.
07:34Donc, c'est un immense bonheur,
07:36mais c'est vrai que c'est énormément
07:37de peur aussi irrationnelle.
07:41Mon hypervigilance, c'est ma meilleure amie.
07:43On se tient par l'épaule,
07:44on s'accompagne au quotidien
07:46parce qu'elle est toujours là
07:49dès que je sors, dès qu'il y a quelque chose.
07:53elle se manifeste presque physiquement.
07:57au revoir.
07:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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