00:008h14 sur Europe 1, Alexis de Lafléchière, vous recevez maintenant Hervé Morin, président de la région Normandie, président décentriste et ancien ministre de la Défense.
00:08Bonjour Hervé Morin.
00:09Bonjour.
00:10Merci d'être avec nous dans Europe 1 Matin Week-end.
00:12On va parler bien sûr de cette visite d'Emmanuel Macron en Chine, sur fond de guerre en Ukraine,
00:16de ces survols de drones aussi au-dessus de l'île longue, dans le Finistère.
00:22Mais d'abord, Hervé Morin, un mot sur le budget 2026.
00:24La partie recette du projet de loi de finances de la Sécurité sociale a été adoptée à l'Assemblée nationale.
00:30Cette nuit, les députés ont pu remettre la suspension de la réforme des retraites dans le texte, adoptée.
00:38Est-ce que c'est une bonne chose, Hervé Morin, que ce volet recette du PLFSS 2026 ait été adopté ?
00:45Et cette suspension de la réforme de retraite réintroduite, donc est-ce que c'est une bonne chose également pour les Français ?
00:51Écoutez, ce qui est clair, c'est qu'on nous raconte que ce gouvernement et ses concessions faites au Parti Socialiste,
00:59on est quand même dans un modèle où on a le PS qui est en dehors du gouvernement,
01:05mais un budget, un budget de la Sécurité sociale qui est un budget de gauche.
01:08Et on voit bien qu'on nous raconte que tout cela doit être adopté au nom de la stabilité,
01:14alors qu'en fait, l'ensemble de ce débat, de ces taxes, de ces surtaxes, de ces contributions additionnelles,
01:21et de la suspension de la réforme de retraite, ne crée que de l'instabilité.
01:25Et en fait, la seule solution, c'est une démission programmée du Président de la République
01:31qui dit, voilà, pour l'intérêt de la France, pour l'intérêt de la nation, pour l'intérêt des Français,
01:37je laisse le temps aux partis politiques de s'organiser, je démissionne,
01:42et au printemps prochain, nous aurons des élections présidentielles
01:45pour que nous ayons à nouveau des institutions qui soient debout,
01:49avec un président de la République, qui ont une majorité,
01:52et pouvant mener les réformes dont la France a besoin.
01:54– Le maire du Havre, que vous connaissez, j'imagine, bien…
01:57– Oui, j'ai vu hier.
01:58– Voilà, Édouard Philippe qui a appelé, ça a pu surprendre les députés,
02:02à ne pas soutenir le budget.
02:04Pour Édouard Philippe, le maire du Havre, donc, il y a deux choses qui ne passent pas,
02:06la suspension de la réforme des retraites et la hausse de la CSG sur les revenus du capital.
02:11Vous partagez, puisque le Président de la République ne veut pas démissionner pour l'instant
02:15et ne veut pas donner aux Français une nouvelle élection présidentielle,
02:20est-ce que vous soutenez Édouard Philippe dans cette démarche sur la suspension de la réforme des retraites ?
02:23– Alors, pour tout vous dire, on s'est vu hier pour un salon de l'orientation au Havre
02:30et je disais qu'il avait raison.
02:34Il a raison, et je le dis aussi aux députés républicains, mes amis,
02:38et aux députés sénateurs centristes qui sont au Parlement, je leur dis,
02:42on ne peut pas dire aux Français, voilà, il faut prolonger la durée du travail,
02:50on voit très bien que le régime des retraites est profondément déséquilibré,
02:53tenir ce discours depuis des années, des années, des années.
02:57Prônez la réduction de la dépense publique,
03:00alors qu'en vérité il y a toute une série de dispositions nouvelles
03:02qui créent des dépenses nouvelles.
03:05Prônez un peu de modération fiscale,
03:07et ensuite faire le contraire,
03:11dire que quand vous allez vous retrouver devant les électeurs,
03:14le moment venu on va vous dire,
03:15mais monsieur, qui vous êtes vous ?
03:19– Donc vous les appelez à renverser la table ?
03:21– Mais ce n'est pas renverser la table,
03:23c'est remettre la table debout, c'est l'inverse.
03:26C'est faire en sorte que notre pays retrouve de l'équilibre et de la stabilité,
03:30et que les Français puissent s'exprimer, c'est aussi simple que ça.
03:33– Donc, juste un mot pour terminer sur le budget,
03:38c'est moins mauvais pour les Français,
03:40justement, de retourner la table, comme je le disais,
03:43plutôt que d'avoir un budget avant la fin de l'année ?
03:47– Mais vous voyez bien que là,
03:50la question que vous me posez est une question qui ne répond pas au problème.
03:55Le problème, c'est qu'on est à un pays
03:57qui est dans une situation de déficit d'entêtement croissant,
04:01et dont l'endettement va rester croissant l'année prochaine,
04:04compte tenu de l'ensemble des folies fiscales et des dépenses nouvelles,
04:08alors qu'on a au contraire besoin de remettre le pays sur la bonne voie.
04:13Et ça, ça ne peut passer que par une stabilité politique
04:17qui n'est liée qu'à un nouveau rang de l'électorale.
04:20C'est aussi simple que ça, dire aux Français.
04:22Il vous faut une loi de financement de sécurité sociale ?
04:25Mais oui, mais laquelle ?
04:26Il vous faut un budget, oui, mais lequel ?
04:28Avec des contributions nouvelles,
04:30qui vont encore un peu plus animer l'économie française ?
04:33Vous voyez bien que tout ça ne marche pas.
04:35– Hervé Morin, vous êtes ancien ministre de la Défense.
04:38Je voulais bien sûr vous faire réagir sur le contexte international.
04:40Emmanuel Macron revient de Chine,
04:42où il a tenté de convaincre Xi Jinping d'agir
04:45pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
04:47Mais la Chine, est-ce que ce n'est pas un peu utopique,
04:50tout cela ?
04:51La Chine peut-elle vraiment tourner le dos à Moscou ?
04:54– C'est surtout qu'on constate quelque chose d'assez simple,
04:58c'est le déclassement européen,
05:00mais ça, ce n'est malheureusement pas nouveau.
05:02C'est qu'aujourd'hui, la question pour la Chine,
05:06c'est d'abord la question de sa confrontation avec les États-Unis,
05:10comme d'ailleurs les États-Unis ne considèrent plus
05:12que leur priorité, c'est la stabilité de l'Europe.
05:15En plus, on a Donald Trump à l'heure actuelle,
05:17on a la tête des États-Unis,
05:18mais ce n'est pas nouveau en tant que tel.
05:19Et au bout du compte, on voit bien que nous, Européens,
05:24il nous faut d'abord et avant tout...
05:27– Alors comment on peut peser dans la balance ?
05:29– Eh bien, on peut peser en ayant de la volonté.
05:32On a eu, et j'ai été ministre de la Défense
05:34et je l'ai vécu lors de la présence de l'Union Européenne
05:36par la France, c'était en 2008,
05:38où on avait à l'époque des pays européens
05:41qui se satisfaisaient très bien d'être sous la vassalité
05:44des États-Unis, ne dépensant pas pour leur défense
05:48et leur sécurité, considérant que l'Alliance Atlantique,
05:50ça allait très bien comme ça.
05:51Et puis, c'est le grand réveil.
05:53– C'est le grand réveil, justement.
05:55– Il y a des pays qui ont fait des efforts énormes,
05:57comme l'Allemagne, qui est en train de se réarmer considérablement.
06:01Puis il y a des pays qui disent le faire, comme la France.
06:03– Mais oui, qui disent justement qu'elle veut un service militaire.
06:04– Oui, mais sauf qu'il ne se passe rien.
06:05Là, vous avez un exemple clair de l'affaiblissement d'un pays
06:11lié à sa dette et à son endettement,
06:14où on a un président de la République qui nous annonce
06:15qu'il faut être en économie de guerre depuis trois ans.
06:18Et si vous posez la question aux sous-traitants
06:20de l'industrie de défense,
06:22comme je l'ai fait auprès de la cinquantaine d'entreprises
06:26qui sont en Normandie,
06:27vous constaterez qu'il n'y a pas un euro de dépenses militaires
06:31supplémentaires pour ces entreprises
06:33et donc de capacité à pouvoir aider l'Ukraine
06:36en cas de défaut des États-Unis
06:38pour continuer à se défendre
06:39si les Russes ne sont pas raisonnables.
06:41– Hervé Morin, un mot quand même sur ces drones,
06:44ces drones qui ont survolé l'île longue dans le Finistère
06:47alors que sont situés à cet endroit-là très précisément
06:50quand même nos sous-marins nucléaires.
06:52Est-ce que ça vous inquiète, vous, ancien ministre de la Défense,
06:54de voir ces drones survoler cette base française ?
06:57– Ce qu'il faut savoir, c'est est-ce que s'agit d'une provocation
07:01ou d'une ingérence étrangère ?
07:03– A priori, non, pour l'instant, on n'a pas les informations.
07:04– Si j'en croise ce que vous avez raconté dans votre journal, non.
07:08Ce que j'espère, c'est que surtout,
07:09on va être capable très vite de savoir
07:11qui conduisait ces drones, qui les pilotait.
07:14Est-ce que c'est un original qui a voulu faire le malin
07:18ou au contraire, il s'agit de quelque chose d'inquiétant ?
07:22Mais en même temps, il existe des dispositifs de sécurité
07:26autour de l'île longue qui sont extrêmement significatifs.
07:30– Il faut prendre tout ça en tout cas avec beaucoup de sérieux.
07:33Merci beaucoup Hervé Morin d'avoir été avec nous ce matin,
07:35président de la région Normandie, président des centristes
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