00:00Après d'intenses tractations, les 27 réunis à Bruxelles sont parvenus à un accord sur une façon de continuer à financer l'effort de guerre de l'Ukraine pendant les deux prochaines années.
00:09Ils ont trouvé 90 milliards d'euros. Il s'agit d'un prêt à taux zéro accordé à l'Ukraine, garanti sur le budget de l'Union européenne.
00:18Pour en parler, Mélina Huet est avec nous pour son décryptage. Bonjour Mélina.
00:23En quoi consiste exactement cet accord trouvé par les Européens ?
00:29D'abord, avant de vous écouter, je vous propose qu'on écoute le président français Emmanuel Macron qui nous a dit très tard dans la soirée en quoi a consisté cet accord.
00:43Je vous propose qu'on l'écoute. On se retrouve dans quelques instants.
00:45Nous avons, après de longues discussions, décidé d'un prêt à l'Ukraine à hauteur de 90 milliards d'euros pour les deux prochaines années sur la base d'un emprunt de l'Union européenne qui sera garanti par le budget européen.
01:03Ces eurobondes pour l'Ukraine sont une avancée majeure qui donne de la visibilité à nos amis ukrainiens et de la cohérence à notre soutien.
01:12Cette solution est apparue la plus réaliste et la plus praticable pour garantir que l'Ukraine dispose dès 2026 des moyens dont elle a besoin pour financer son effort de guerre.
01:22Mélina Huet, votre décryptage. On vient d'écouter Emmanuel Macron. Retour à la question.
01:28En quoi, très sérieusement, consiste cet accord trouvé par les Européens dans la nuit ?
01:34Alors effectivement, les 27 se sont mis d'accord très tard dans la nuit ou très tôt, selon ce matin, pour prêter 90 milliards d'euros à l'Ukraine.
01:45Et ce montant, il sera versé sur deux ans, en 2026 et 2027, pour aider Kiev à financer à la fois son gouvernement et son effort de guerre.
01:54Pour comprendre un petit peu le mécanisme, je vous propose d'écouter Antonio Costa. A ce sujet, le président du Conseil européen.
02:02En urgence, nous accorderons un prêt garanti par le budget de l'Union européenne.
02:08Ce prêt permettra de répondre aux besoins financiers urgents de l'Ukraine,
02:13qui ne pourra le rembourser qu'après le versement des réparations par la Russie.
02:17Vous l'avez entendu, et c'est important à souligner, il s'agira d'un prêt à taux zéro.
02:29Et surtout, l'Ukraine n'aura pas à rembourser cet argent, sauf si la Russie paye des réparations de guerre.
02:35Donc c'est effectivement un message politique qui est très fort, adressé à Vladimir Poutine.
02:40Mais attention, on en a parlé un peu sur ce plateau hier, cet accord n'est pas celui que voulait initialement l'Allemagne.
02:47notamment et la Commission européenne. Ursula von der Leyen, vous vous souvenez hier,
02:50qui s'est dit très confiante que ce serait pris sur les avoirs gelés.
02:54Finalement, c'est un peu du « wishful thinking » comme on dit en anglais.
02:57Ce plan qui avait leur faveur initialement, c'était d'utiliser les plus de 200 milliards d'euros
03:02d'avoirs russes gelés en Europe pour garantir ce prêt.
03:05Ça aurait coûté moins cher aux Européens.
03:07Et puis c'était symboliquement très fort, il faut le dire.
03:10C'est-à-dire qu'on fait payer la Russie pour sa propre guerre.
03:13Et donc on en parlait hier, sauf que ce plan ambitieux,
03:17il est tombé à l'eau au dernier moment.
03:20C'était un peu prévisible, il faut le dire.
03:22La Belgique, où se trouve l'essentiel de cet argent russe bloqué, a refusé.
03:26En fait, Bruxelles craignait tout simplement d'être exposée
03:28à des représailles juridiques de Moscou.
03:31Dans le cadre d'un arbitrage international, par exemple,
03:34il y avait fort à parier que ce soit la Belgique
03:37qui se retrouve comme un fusible qui saute devant cet accord.
03:41Et les autres pays n'ont pas accepté rapidement
03:44les garanties de protection que demandait la Belgique.
03:49Résultat, après 4 heures de discussion, à 8 clous, sans téléphone,
03:54les dirigeants européens ont dû se rabattre sur un plan B,
03:56donc financé directement par le budget de l'Union européenne.
03:5990 milliards d'euros, Mélina.
04:01Et pourquoi cet argent, pourquoi cet accord
04:04était-il si urgent pour l'Europe et pour l'Ukraine ?
04:07Le timing était absolument critique.
04:09D'abord parce que l'Ukraine risque de manquer d'argent
04:12dès le début de l'année prochaine.
04:14Sans ses fonds, Kiev ne peut tout simplement plus payer ses fonctionnaires,
04:17maintenir ses services publics,
04:19ni bien sûr poursuivre sa défense face à la Russie.
04:22Mais il y a aussi une dimension géopolitique majeure.
04:25Avec Donald Trump revenu à la Maison Blanche il y a donc un an,
04:28qui a déjà coupé le robinet de l'aide américaine.
04:31Les Européens, ils voulaient montrer qu'ils pouvaient prendre le relais,
04:34qu'ils avaient en fait les épaules pour pouvoir faire ça,
04:36qu'ils sont des acteurs puissants,
04:37capables de décider seuls du sort de cette guerre,
04:40qui se déroulent sur leur propre continent.
04:43Le problème, c'est que ces semaines de négociations difficiles
04:46qui ont abouti finalement, donc on l'a vu, à l'abandon du plan initial,
04:49ça donne plutôt l'image d'une Europe qui peine à prendre des décisions rapides,
04:54même dans les moments les plus urgents.
04:56C'est d'ailleurs ce que beaucoup reprochent à la structure de l'Union,
04:5927 pays qui doivent se mettre d'accord sur ça.
05:01Ça prend du temps, beaucoup, beaucoup de temps.
05:04Hier, par exemple, on parlait du Mercosur avec vous, Philomé.
05:07On était sur un quart de siècle de négociations.
05:09Évidemment, ça n'est pas le temps d'une guerre.
05:11Le chancelier allemand Friedrich Merz a quand même essayé de sauver les apparences.
05:14Il a déclaré que c'était un message clair, je cite, à Poutine,
05:18qu'il ne fera des concessions que lorsqu'il comprendra
05:20que sa guerre ne lui rapportera rien.
05:22Et la présidente de la commission, Ursula von der Leyen, a elle aussi insisté.
05:26Ce prêt permettra de répondre aux besoins financiers urgents, donc, de l'Ukraine.
05:31Voilà, seulement avec l'échec sur l'utilisation des avoirs russes.
05:34Et Trump qui dit ouvertement que l'Europe va vers, je cite,
05:38« son effacement civilisationnel ».
05:40On peut quand même se demander si les 27 ont vraiment réussi leur examen de passage.
05:44C'est un peu l'enjeu de ces deux jours.
05:47Il ne reste que 90 milliards d'euros quand même sur deux ans.
05:49C'est un engagement massif et surtout, c'est la preuve que sans les États-Unis,
05:53l'Europe assume désormais l'essentiel du soutien financier à l'Ukraine.
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