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  • il y a 1 semaine

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00:00Patrick Maé est en direct avec nous. Cher Patrick, bonjour. Vous êtes l'ancien agent de Brigitte Bardot.
00:07On savait sa santé fragile à Brigitte Bardot, mais elle se battait bien évidemment.
00:14Pour les auditeurs d'Europe 1 qui nous écoutent, vous retenez quoi de Brigitte Bardot, cher Patrick Maé ?
00:21Je retiens énormément de choses.
00:24Mais énormément de choses. D'abord, son allure extraordinaire, sa silhouette magnifique, son pas de danseuse éternelle.
00:33Et puis un contact vraiment renouvelé avec le plus grand plaisir quand j'avais la chance de la rencontrer à la Madrague ou bien à la Garrigue.
00:43À la Garrigue qui était son refuge sur la Méditerranée, sur un bon promontoire où il y avait un magnifique pour elle cimetière des animaux, de ses animaux familiers.
00:53Et d'ailleurs, quand on lui rendait visite, il y avait toujours un passage obligé qui était de passer devant ce cimetière des animaux avant de pouvoir s'adresser à elle et lui parler.
01:04Non, moi je garde beaucoup de souvenirs d'elle évidemment parce qu'ayant passé plus d'un quart de siècle à Paris Match, elle était elle une enfant de Paris Match.
01:13Il faut savoir que dans les années 50, au tout début de sa carrière, quand elle est sortie avec Roger Vadim, qui était à l'époque assistant réalisateur et photographe pour Paris Match,
01:25elle l'attendait rue Pierre Charon la nuit des bouclages sur une banquette où lui terminait ses travaux avec des autres photographes à l'étage.
01:36Elle l'attendait là pendant des heures et des heures et ça a créé un lien extraordinaire.
01:41D'ailleurs, Vadim était venu à Paris Match nous raconter la vie de Brigitte telle que lui l'avait encore ressentie plus tard.
01:52Il disait toujours qu'elle était d'une très grande fragilité par rapport à l'image qu'elle avait répandue d'elle, si j'ose dire, à son corps défendant.
02:02Et donc, elle était très fragile, d'où ce rapport avec les hommes.
02:07Jean Coe, qui est un très grand journaliste écrivain pour Paris Match et d'autres, avait dit d'elle qu'elle était donjouant au féminin.
02:16Mais le souvenir plus précis que je garde d'elle, vous l'avez rappelé, c'est quand j'ai été son agent littéraire pour Initial BB,
02:26le best-seller extraordinaire publié chez Grasset.
02:31Et c'était en 1995.
02:33C'est la publication de ses mémoires, si je ne me comprends pas.
02:36De toute façon, ses mémoires, un très beau livre.
02:38Et le souvenir que j'ai gardé de ses mémoires, outre le fait que nous passions beaucoup de temps ensemble,
02:46on avait même été dans le Mercantour, accueillir des loups venus de Hongrie.
02:49Enfin, vous voyez, on avait été dans le Bordelais à l'époque où elle manifestait contre la chasse aux Hortolans.
02:56Mais ce souvenir précis, c'est en dehors du travail d'écriture qui est son écriture, qui était son écriture.
03:04C'est important de le préciser parce que beaucoup de gens avaient spéculé sur le fait qu'elle n'avait pas écrit elle-même ses mémoires.
03:12Moi, je peux témoigner à 1000% que c'était bien à elle.
03:15Quand j'ai remis 1000 pages chez Grasset, à Jean-Claude Fasquel, dans ses mains, avec cette jolie écriture ronde,
03:23c'était un moment extrêmement émouvant.
03:26Ensuite, j'ai été chargé de trouver des éditeurs étrangers.
03:31Et pour ça, il y a une grande foire du livre qui se tient à Francfort chaque année en Allemagne,
03:38où tous les éditeurs viennent.
03:40Cette foire du livre, c'était une foire d'empoigne.
03:43Il s'est passé la chose suivante.
03:46Des éditeurs français, je ne citerai pas leur nom,
03:50sans doute jaloux d'avoir vu s'échapper le manuscrit de Brigitte,
03:55avaient répandu l'idée dans le salon de Francfort
03:58qu'il n'y avait rien dans ses mémoires.
04:01Effectivement, je me baladais avec un chapitre témoin de 15 pages.
04:04Et il disait, il y a 15 pages dans les mémoires de Bardot.
04:06Il y avait 1000 pages, en réalité.
04:08Et donc, le New York Times lui-même avait écrit qu'il n'y avait rien dans les mémoires de Bardot.
04:14C'était évidemment faux.
04:16J'ai même reçu, après une lettre d'excuse du New York Times,
04:18qui n'est pas fréquent, je crois,
04:20mais le bouquet final est quand je suis revenu de New York
04:24après avoir trouvé un éditeur américain pour elle
04:27et un très beau contrat pour elle.
04:30Elle me l'a déchiré au nez, Brigitte, chez elle,
04:33à Bazoche, dans la région parisienne.
04:35Elle me l'a déchiré au nez en me disant,
04:39« Écoute, sur le tournage de Viva Maria,
04:41j'ai failli perdre un oeil à cause d'un caméraman américain. »
04:45Je lui ai dit, « Ah bon, c'est ça ta seule explication, Brigitte ? »
04:48« Ah non, mais il n'y a pas que ça. »
04:49Et puis, il n'avait qu'à pas exécuter les Rosenberg.
04:51Et en fait, c'est la grande liberté de Brigitte Bardot,
04:55sa grande liberté d'être passée à côté
04:58d'un contrat extrêmement florissant aux États-Unis
05:02à travers ses mémoires,
05:03qui n'ont jamais été traduites en anglais
05:06et vendues sur le marché américain depuis cette date.
05:09C'est quand même inouï cette histoire-là.
05:11– Parce que, en vous écoutant,
05:12cette histoire que j'imagine les auditeurs
05:15et qu'on découvre en fait en direct aujourd'hui,
05:18c'est le symbole d'une femme profondément libre
05:22et une femme de conviction.
05:24Vous avez passé des heures et des heures
05:25avec Brigitte Bardot, justement, pour ses mémoires.
05:29Patrick Maé, pour nous qui n'avons pas eu cette chance,
05:33cher Patrick, s'il vous plaît,
05:34pour nous qui n'avons pas eu cette chance
05:37et cet honneur d'être au plus près d'elle,
05:39est-ce que vous pouvez nous parler aussi de Brigitte Bardot,
05:44non pas l'icône, mais la femme qu'elle était, tout simplement ?
05:48– Par exemple, une petite anecdote
05:50qui n'est pas secondaire, d'ailleurs.
05:53J'étais avec elle le jour de la mort de Serge Gainsbourg
05:57et là, j'ai vu une femme liquéfiée
06:00qui était dans un état de, je ne dirais pas de perte de contrôle,
06:06mais quand même d'abandon de toute défense
06:09et c'était un véritable animal blessé
06:13et quand elle a appris la mort de Gainsbourg,
06:17j'étais à ses côtés,
06:18on a passé une journée ensemble pratiquement dans le silence.
06:22C'était très très émouvant.
06:25Il est vrai que la relation qu'elle a eue avec Gainsbourg
06:28était extrêmement intense.
06:30et courte, bref, mais intense, il faut s'en souvenir.
06:34Et je me souviens d'une phrase de Gainsbourg
06:37qui disait « quand elle m'a quitté,
06:38c'est comme si elle m'avait arraché le cœur avec les dents ».
06:41C'était vraiment fort.
06:43Et donc, effectivement, cet instant précis,
06:46cette journée précise de la mort de Gainsbourg
06:50est restée aussi gravée dans ma mémoire avec elle.
06:52– Eh bien, merci pour votre témoignage, Patrick Mahé,
06:55ancien agent littéraire de Brigitte Bardot,
06:58ancien patron de Paris Match.
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