00:00L'exercice est un grand classique, mais il semble de plus en plus compliqué.
00:04Demain soir à 20h sur Europe 1 d'ailleurs, Emmanuel Macron adressera ses voeux aux Françaises et aux Français
00:10après une année marquée par une instabilité politique que la France n'avait pas connue depuis la 4ème République
00:16et dans un contexte international extrêmement tendu.
00:19Un nouvel an également sous haute surveillance.
00:22On l'a dit un peu plus tôt, 90 000 forces de l'ordre seront mobilisées partout dans le pays pour éviter les incidents.
00:2910 000 à Paris.
00:31Messieurs, je suis toujours avec vous, Gilles Boutin et Elliot Mamann.
00:36Je vais vous poser une question assez simple.
00:38Pourquoi un moment de trêve et d'espérance, qui était le 31 décembre et le passage à une nouvelle année,
00:45s'est transformé année après année en moment d'angoisse sur le plan sécuritaire et sur le plan économique ?
00:54Gilles Boutin.
00:54Il faut le demander à ceux qui commettent.
00:56Ce qu'on observe, c'est qu'on ne sait plus bien célébrer des événements spontanés de façon pacifique.
01:07La fête de la musique souffre elle aussi de ce genre de violence et c'est encore plus fort au niveau du 31 décembre.
01:16Je pense que ça reflète une société à deux vitesses ou plutôt deux sociétés qui sont côte à côte ou qui ne se parlent plus vraiment ou qui s'agressent en tout cas.
01:26En tout cas, l'une agresse l'autre.
01:29Et donc, c'est assez désespérant.
01:31Et on voit effectivement ce phénomène qui monte en puissance chaque année.
01:34Il faudra compter à nouveau.
01:35On sait déjà qu'on comptera les voitures brûlées.
01:39C'est désespérant.
01:41Oui, il faut comprendre.
01:43Et je pense que c'est comme lorsqu'on aborde les questions d'insécurité, la réponse sécuritaire à y apporter.
01:51Il faut réfléchir à ce qui précède.
01:54Il faut réfléchir aux raisons qui ont amené à cela.
01:57Et on parlait de projet d'espoir pour la France.
02:01Ce que nos politiques ne nous proposent pas, c'est un récit ou plutôt une vaste solution clé en main qui nous fasse comprendre qu'il y a une volonté de reprise en main de ceux qui sont perdus.
02:12Parce que ces violences, elles sont commises par des gens qui sont perdus, c'est-à-dire qui se considèrent comme hors de la société ou en tout cas qui veulent juste en profiter sans y participer.
02:20Et partant de là, proposer un vaste projet qui consisterait à vouloir solutionner les choses au plan d'une génération entière.
02:27C'est-à-dire considérer que les adultes d'aujourd'hui qui dérivent sont foutus, mais qu'on peut peut-être faire quelque chose pour les mineurs d'aujourd'hui dont certains sont déjà en train de dériver et voir comment.
02:38C'est-à-dire que tout cela ne peut pas reposer sur les professeurs.
02:42Il faut des personnes formées qui soient là quasiment exclusivement pour créer un cadre sécuritaire et moral pour ces personnes.
02:50J'ai bien conscience que c'est quelque chose d'extrêmement ambitieux ce dont je parle.
02:52Mais on a le sentiment qu'il n'y a pas d'autre solution puisque les familles sont défaillantes, l'éducation est défaillante aussi pour encadrer toutes ces personnes.
03:01Et donc il faut que le politique reprenne réellement en main les choses plutôt que de proposer seulement des rustines.
03:06Et Oetmane, sur cette perte de joie, c'était ma question initiale évidemment sur...
03:12Pardon, je vous ai emmené un petit peu loin dans la réflexion sociétale.
03:15C'était très intéressant et on est là pour ça justement, sur cette perte d'engouement et de joie et de voir arriver le 31 décembre avec de la crainte plutôt qu'avec de l'enthousiasme et de l'espérance pour l'année qui arrive.
03:29Non, c'est vrai, tous les moments de rassemblement, de célébration que l'on peut avoir en France, qu'ils soient d'ordre sportif, que ce soit des moments mémoriels,
03:36des étapes qui se passent dans l'année comme le 31 décembre sont systématiquement désormais confisquées par des éléments violents qui d'ailleurs affectent très directement l'organisation de ces mêmes moments de célébration et de rassemblement.
03:48Par exemple, on a déjà pu se faire l'écho de l'annulation du concert du 31 décembre alors qu'il n'est pas une tradition établie de longue date mais qui, quoi qu'il en soit, aurait dû se tenir cette année
03:57et qui, pour des raisons sécuritaires à la suite de préoccupations qui avaient eu lieu l'an passé au déclenchement d'un mouvement de foule, a été annulée cette année.
04:05Et c'est tout de même une espèce d'échec de se rendre compte qu'en réalité, plutôt que de trouver des moyens de renforcer, d'appliquer véritablement les lois et nos espoirs de calme qui sont les nôtres,
04:16on préfère en venir à annuler un certain nombre de célébrations.
04:19Axel Ronde, qui était avec nous tout à l'heure, disait que c'était une demande même des policiers puisqu'ils sont, quoi qu'il arrive, mobilisés à leur maximum demain soir.
04:25Et d'ailleurs, précisément, Gilles Boutin avait des réflexions sociales, on peut aussi se demander dans quelle mesure il peut aussi avoir parfois simplement une espèce de manque de réponse pénale.
04:34Non pas évidemment que les forces de l'ordre sur le terrain ne fassent pas leur travail.
04:39En revanche, on a déjà entendu parler des syndicalistes policiers, de leur désarroi lorsqu'ils se rendent compte que des individus violents,
04:46qu'ils peuvent repérer, que bien souvent ils ont connus dans un certain nombre d'affaires, voient le traitement de leur affaire judiciaire être particulièrement retardé.
04:54ne pas avoir d'audience d'instruction avant 14 mois à la suite de leur interpellation,
04:59ne pas avoir de sanctions prononcées avant 6 mois plus tard,
05:03et une éventuelle application de la peine 12 mois plus tard,
05:06c'est-à-dire lorsqu'entre-temps, ils auront pu récidiver un nombre incalculable de fois,
05:10et surtout, s'agissant des plus jeunes, ne pas pu avoir, comprendre la véritable action,
05:15et la gravité, du moins le décalage entre leurs actions et les normes que l'on aimerait être les nôtres en société.
05:21Et c'est peut-être aussi dans cette réponse-là qu'on pourrait avoir une forme de réponse,
05:26parce qu'évidemment, des éducateurs pourraient être particulièrement importants et pertinents,
05:30s'agissant de personnes qui sont totalement désencastrées par rapport au reste de la société.
05:34Mais comment induire une véritable...
05:37C'est le pédopsychiatre berger qui parle...
05:41Maurice ou Michel, je ne sais plus, pardonnez-moi,
05:42qui parle de but, il faut à un moment pouvoir mettre une bute par rapport à un jeune
05:47qui ne comprend pas que les actes qu'il a commis sont mauvais.
05:50Et une bute, ça peut être une sanction, pas nécessairement extrêmement lourde,
05:54mais qui est immédiatement prononcée à la suite du moment où on a repéré le fait qu'il commettait quelque chose de grave.
06:01Et ça, c'est peut-être quelque chose que l'on échoue véritablement à inculquer en France.
06:04Ce qui est terrible, c'est qu'on en est à devoir envisager que ce soit les pouvoirs publics qui le fassent,
06:08alors qu'il y a quelques décennies, tout s'inscrivait dans une continuité.
06:13Les jeunes étaient aux côtés des plus âgés.
06:16Il y avait une forme d'encadrement qui amenait, tout simplement, ces grandes célébrations.
06:22Et je pense à des fêtes de village ou simplement...
06:24Ou même certaines grandes fêtes qui existent aujourd'hui, comme les ferias,
06:28qui obéissent à des codes traditionnels qui n'échappent pas à certaines violences.
06:31Parce que quand vous agglomérez autant des milliers de personnes, forcément, il peut y avoir des débordements.
06:37Mais ça relève quand même du miracle, quand vous voyez cette accumulation de personnes.
06:41Il y a une régulation collective.
06:44Ceux qui sortent du cadre sont expulsés par les autres.
06:48Et le soir du 31 à Paris, ou à la fête de la musique à Paris, cette tradition-là n'est pas là.
06:54Il n'y a pas une structuration de la société.
06:56Ce qui fait que le corps social ne parvient pas à expulser ou au moins à réguler ceux qui jouent une autre partition.
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