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Extrait de de son intervention sur la chaîne Nantes Université, le sociologue français spécialiste de l’écologie et des médias, Jean Baptiste Comby analyse le fossé croissant entre les discours écologistes dominants et les pratiques réelles de la majorité de la population.
Professeur à l’université Paris 2 Panthéon Assas et auteur de travaux de référence sur l’écologie politique, il montre comment la méconnaissance des sciences sociales conduit à des impasses stratégiques, entre écologie morale, capitalisme vert et radicalités sans effets durables.
Cette intervention décrypte le rôle des rapports sociaux, des institutions et des logiques de pouvoir dans l’échec des politiques écologistes à transformer en profondeur nos manières de vivre et de faire société, au-delà des discours et de la simple prise de conscience individuelle.
#ecologie #societe #politique #climat #environnement
Réponses au quiz de fin :
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De quelles disciplines viennent majoritairement les militants écologistes ?
➡ Les sciences de la vie.
Pourquoi la sociologie de l’environnement a-t-elle longtemps été marginale en France ?
➡ Un manque de moyens.
Quel exemple urbain illustre la récupération des alternatives écologiques ?
➡ Les écoquartiers.
Professeur à l’université Paris 2 Panthéon Assas et auteur de travaux de référence sur l’écologie politique, il montre comment la méconnaissance des sciences sociales conduit à des impasses stratégiques, entre écologie morale, capitalisme vert et radicalités sans effets durables.
Cette intervention décrypte le rôle des rapports sociaux, des institutions et des logiques de pouvoir dans l’échec des politiques écologistes à transformer en profondeur nos manières de vivre et de faire société, au-delà des discours et de la simple prise de conscience individuelle.
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De quelles disciplines viennent majoritairement les militants écologistes ?
➡ Les sciences de la vie.
Pourquoi la sociologie de l’environnement a-t-elle longtemps été marginale en France ?
➡ Un manque de moyens.
Quel exemple urbain illustre la récupération des alternatives écologiques ?
➡ Les écoquartiers.
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ÉducationTranscription
00:00Aujourd'hui, les relations, elles sont quand même pétries de culte de l'excellence, de la performance, de la vitesse, de la concurrence à tous les étages de la vie sociale, de la compétition, etc.
00:08Et tant que nos relations sont imprégnées par ces valeurs-là, par ces normes-là, en fait, ce que le livre montre, c'est que tant que c'est comme ça, on ne peut pas être écolo.
00:17On ne peut pas écologiser pleinement nos manières d'être au monde et on ne peut pas adhérer à un projet de société écologique profond.
00:30Il y a un fossé important qui se creuse entre cette avant-garde intellectuelle ou militante écologique et l'ensemble de la population.
00:39C'est-à-dire que dans les enquêtes, on recueille tout un tas de discours, de points de vue ou de récits de pratiques en lien avec l'écologie,
00:49qui sont quand même très loin de ce que mettent en avant aujourd'hui les pensées écologistes qui nous invitent par exemple à revisiter nos ontologies,
01:00c'est-à-dire nos manières d'être au monde, à revisiter nos liens avec les végétaux, avec les animaux qui nous entourent, etc.
01:08On n'en est pas là.
01:11Bon.
01:13Par ailleurs, ce qui se dégage, c'est que finalement dans les différentes catégories sociales où j'ai enquêté,
01:23pour des motifs disparates, mais il y a un point commun, c'est que dans ce pays, il est de bon ton d'être écolo,
01:31et on veut bien être écolo, mais pas trop.
01:33Pour la simple et bonne raison qu'être trop écolo, ou être l'écolo de trop, c'est aussi prendre le risque de se marginaliser,
01:42de se retrouver un petit peu en dehors des cercles de sociabilité auxquels on tient.
01:49Et ça, ça revient beaucoup.
01:54Bon.
01:56Donc, cette mécanisation des sciences sociales, elle est à l'origine d'un fossé qui se creuse,
02:02elle peut expliquer l'échec des offres écologistes contemporaines à transformer de manière de faire société,
02:07et puis plus simplement, finalement, de manière de vivre, puisque c'est ça qui est en jeu.
02:11Et donc, on peut en donner, enfin, on peut en chercher, en tout cas, quelques explications.
02:15Alors là, c'est des choses que, encore une fois, je n'ai pas abordées dans le livre, mais que je vous soumets à la discussion.
02:19Donc, du côté des écologistes, bon, il y a...
02:24Alors, peut-être d'ailleurs, avant même, on parle des écologistes en eux-mêmes,
02:30il y a... on est quand même dans un contexte de contre-révolution intellectuelle depuis les années 90,
02:38qui visent régulièrement à disqualifier, justement, les approches portées par la plupart des travaux en sociologie,
02:48voire en sciences sociales,
02:50et à disqualifier tout un tas de concepts, de notions, comme rapport de pouvoir, comme domination,
02:57voire même inégalité, même si ça revient un petit peu.
02:59Voilà, c'est quand même dans l'ère du temps intellectuel,
03:05des manières de voir qui sont renvoyées à un passé dépassé,
03:10et qui, du coup, ne sont pas très valorisées.
03:15Donc ça, c'est un contexte qui peut, déjà, qui n'est pas déjà très favorable
03:18à la prise en compte des connaissances scientifiques du monde social,
03:24pour penser l'écologie.
03:25Donc du côté des écologistes, bon, il y a aussi des facteurs sociaux, finalement, assez classiques,
03:32le fait que, notamment, ils ont des formations qui sont souvent éloignées des sciences sociales,
03:38comme je vous le disais tout à l'heure.
03:38C'est-à-dire que c'est quand même des gens qui viennent plutôt des sciences de la vie et de la terre,
03:42ou de métiers dans lesquels il n'y a pas nécessairement beaucoup de formations aux sciences sociales.
03:51C'est aussi un militantisme, le militantisme écologique qui valorise beaucoup l'expérimentation,
03:59le faire, la pratique, au détriment, justement, de la pensée, de l'attraction théorique, etc.
04:04Donc c'est aussi un militantisme qui, parfois, n'est pas vraiment dans l'élaboration de pensée stratégique, on va dire.
04:15Et puis ça renvoie aussi aux modes de politisation propres à l'écologie,
04:19qui sont des modes de politisation, justement, qui tiennent assez éloignés des politisations fondées plutôt sur la critique sociale,
04:25sur les luttes syndicales, etc.
04:26Donc là, c'est des explications possibles de cette méconnaissance des sciences sociales par les écologistes.
04:37Et du côté des sciences sociales, il y a aussi des facteurs qui expliquent ça,
04:41notamment, pour ce que j'en connais,
04:46une sociologie de l'environnement qui a historiquement été assez faible en termes de moyens,
04:52en termes de reconnaissance statutaire,
04:55et qui s'est très vite retrouvée, satellisée par le ministère de l'Environnement.
04:59Et donc, une sociologie de l'environnement qui venait répondre,
05:01qui faisait de la sociologie, de la recherche-action,
05:03et qui faisait des rapports, alors très intéressants,
05:06mais dans les années 2000, on a plein plein de rapports pour les institutions publiques.
05:10Du coup, une sociologie de l'environnement qui va s'éloigner,
05:13ou se tenir assez distante des avancées principales de la sociologie générale.
05:17Et qui, voire même, va avoir parfois tendance à vouloir se construire en opposition,
05:23en tout cas à distance, en une forme d'indépendance de la sociologie générale.
05:28Et si bien que, en fait, jusqu'au mois de juin l'année dernière,
05:33dans les revues centrales de sociologie en France,
05:35les plus reconnues, les plus réputées, les plus exigeantes en français et à l'étranger,
05:40on n'avait jamais eu un dossier consacré à la question environnementale.
05:43C'est un indice parmi plein d'autres.
05:44Alors c'est en train de changer, mais c'est en train de changer
05:47parce que je, et avec d'autres, me suis organisé, j'ai initié,
05:53et avec des collègues, on a initié, j'ai réuni des gens,
05:56on a fait un collectif, et on porte, on fait de la politique des sciences,
05:58c'est-à-dire qu'on porte dans ces revues centrales de sciences sociales des dossiers,
06:02donc on a fait des journées d'études à Norma dessus,
06:04enfin bref, il y a tout un processus pour que ça change.
06:05Mais en réaffirmant l'importance de penser les enjeux écologiques
06:12à partir de l'épistémologie traditionnelle des sciences sociales,
06:14puisqu'il y a une tendance qui nous vient des États-Unis
06:17à penser que la crise environnementale, pour mal le dire,
06:23est telle qu'elle rendrait caduque l'épistémologie classique des sciences sociales.
06:27Donc il y a des débats là-dessus, qui me semblent des débats pour l'instant
06:30pas très convaincants, et surtout pas très urgents au regard de ce qu'on n'a pas,
06:36c'est-à-dire cette appréhension des enjeux écologiques
06:38depuis les outils classiques de l'épistémologie,
06:41un peu bachelardienne des sciences sociales.
06:44Donc du côté des sciences sociales, il y a aussi des...
06:47Et alors, aussi, pour bien nettoyer devant ma propre porte,
06:52une sociologie générale qui a longtemps regardé de haut
06:57la question environnementale,
06:58qui a longtemps pensé que c'était quelque chose
07:03qui concernait une petite fraction du monde social,
07:06que ce n'était pas très important.
07:09Et donc il y a 20 ans, quand j'ai commencé à travailler là-dessus,
07:14on était 4-5, finalement, jeunes, à se dire
07:17« on peut peut-être quand même penser des choses un peu
07:19en mobilisant de la sociologie politique classique,
07:22ou de la sociologie des sciences, enfin bref,
07:24ou la sociologie des mouvements sociaux ».
07:26Et voilà, il n'y avait vraiment pas grand-chose.
07:29Et voilà, donc à part, je ne sais pas,
07:31il y avait Sylvie Olythro, à Rennes, par exemple,
07:33sur le militantisme écologique,
07:35qui avait réussi, ah voilà, directrice de recherche au CNRS,
07:37a réussi à faire sa carrière, mais il n'y en a pas à 36, quoi.
07:40Il y a un peu en sociologie pragmatique,
07:41ils étaient plus...
07:42Il y avait quelques éléments, sociologie des sciences,
07:48sociologie des controverses, je pense, Château-Rénaud, voilà.
07:50Mais ce n'était pas...
07:52Et même, par exemple, des collègues qui bossaient sur l'amiante,
07:55je pense à Emmanuel Henry,
07:56ils revendiquaient plutôt de la sociologie des risques,
07:58ou de la santé, que de la sociologie de l'environnement.
08:01Bref, donc il y avait des...
08:02Voilà, donc tout ça pour dire que les sociologues
08:04ont leur part de responsabilité dans cette mécanéissance-là aussi.
08:07Je ne la dis pas du tout.
08:09Quelques conséquences,
08:10quelques implications de cette mécanéissance
08:15des sciences sociales par les écologistes.
08:18D'abord, eh bien, ça permet de comprendre,
08:22ça ne suffit pas à...
08:23Il y a d'autres facteurs,
08:24mais ça permet encore de comprendre que,
08:28encore une fois, les politiques de l'écologie,
08:30c'est-à-dire, c'est encore une erreur pour ceux
08:31qui sont arrivés un peu après,
08:32par politique de l'écologie,
08:33je vais des soulèvements de la Terre au capitalisme vert,
08:36en montrant que ce n'est pas aussi polarisé
08:39qu'on peut le penser,
08:40et qu'en fait, il y a des circulations
08:42entre ces deux univers,
08:43et que j'ai travaillé...
08:44Enfin, le premier chapitre du livre
08:45porte justement sur ces courtiers,
08:47c'est-à-dire ces personnes qui font le lien
08:48entre les addis de Notre-Dame-des-Landes
08:50et les responsables de l'environnement
08:53des grands groupes comme L'Oréal,
08:55voire Total, etc.
08:57Et j'ai observé, en fait,
08:58ces tractations,
09:01lors de la COP21, justement,
09:03parce que c'est un groupe
09:05de ce que j'appelle
09:07d'écologistes réformateurs
09:08que je suis depuis 20 ans,
09:10et du coup, je les vois,
09:10je les vois évoluer,
09:11je vois comment justement
09:12ils ont fait leur beurre aujourd'hui,
09:13les pensées du vivant,
09:14et comment ils ont développé
09:15cette doxa reconnectionniste,
09:17il faut se reconnaître au vivant,
09:19qui est en fait un prolongement
09:20de ce que j'avais appelé
09:21dans les années 2000
09:21la doxa sensibilisatrice,
09:23qui était déjà une forme
09:25de réévaluation sensible
09:26de nos rapports au monde,
09:27avec la morale éco-citoyenne,
09:29donc ça, c'est vraiment,
09:29c'est Nicolas Hulot,
09:30c'est les années 2000,
09:31c'est toutes les politiques publiques
09:32de l'époque,
09:34et aujourd'hui, en fait,
09:34ça prend d'autres formes,
09:36mais les impensées,
09:37les logiques sont les mêmes,
09:40et donc ça permet de comprendre
09:42aussi comment,
09:43en fait, depuis plusieurs décennies,
09:46on assiste à la réappropriation
09:50par les logiques sociales dominantes,
09:53notamment par le monde
09:54de l'entreprise,
09:55d'alternatives qui, au départ,
09:57sont pensées et présentées
09:58comme des alternatives écologiques radicales,
09:59et les éco-quartiers,
10:01on se rend un bel exemple,
10:02les éco-quartiers,
10:03à la fin des années 90,
10:04c'est pensé,
10:05c'est vu comme quelque chose
10:06qui va révolutionner la ville
10:07et au-delà,
10:08révolutionner nos sociétés,
10:10c'est vu comme quelque chose
10:10de futurisme,
10:13d'incroyablement subversif,
10:15et aujourd'hui,
10:16on ne peut que constater
10:17que des premières cases
10:18accrochées dans les politiques
10:20néolibérales de la ville,
10:21c'est d'avoir son bel éco-quartier.
10:22Donc, comment ça passe ?
10:25Alors ça, c'est des choses
10:27qui sont assez connues,
10:28notamment par les cultural studies,
10:30en sens social,
10:31c'est des choses
10:31processus assez connues,
10:33mais ce qui était moins connu,
10:34ce que j'ai essayé de documenter,
10:35c'est qu'en fait,
10:36il y avait des groupes sociaux,
10:38des acteurs sociaux,
10:39qui en fait,
10:40tout en pensant très bien faire,
10:42et avec plein de sincérité,
10:43faisaient ce va-et-vient.
10:45En fait, cette circulation,
10:46elle ne s'opère pas toute seule,
10:47elle ne se fait pas par magie,
10:48elle se fait parce qu'il y avait
10:49des personnes qui mettent en relation
10:50des alternatives supposées radicales
10:54et subversives ou révolutionnaires
10:55avec des personnes
10:59qui ont plutôt intérêt
10:59à conserver le monde social
11:01tel qu'il est.
11:02Donc, deux croyances
11:03qui pensent au monde social à l'envers.
11:07La première,
11:08alors je vais aller vite du coup,
11:10parce que je vois que l'heure défile,
11:11mais ça va aller.
11:13La première,
11:15c'est que les deux sont liés en plus,
11:18et ça renvoie d'ailleurs
11:19à deux grandes dialectiques du social,
11:23l'individuel et le collectif,
11:25le matériel et le symbolique.
11:29Eh bien, chez les écologistes,
11:30l'individu, l'individuel,
11:33prime très fréquemment sur le collectif.
11:37C'est-à-dire que c'est l'idée
11:38que le collectif,
11:40ce qui fait société,
11:41ça serait une addition d'individus
11:43juste à poser les uns à côté des autres.
11:45et il faudrait changer
11:47la mentalité des individus
11:49par ce que j'appelle
11:50la prise de...
11:51Enfin, j'ai parlé tout à l'heure
11:52de deux de ces sensibilisatrices,
11:54mais la prise de conscience.
11:55Il faut que les gens prennent conscience.
11:56Donc, c'est les fraises du climat,
11:57par exemple.
11:59Une forme d'idéologie
12:00de la prise de conscience.
12:01On va changer les consciences
12:02et les individus vont changer
12:04leur pratique
12:04et le monde social va aller mieux.
12:07En gros,
12:07on va résoudre les mots
12:08MAE8,
12:09ça va être des mots MOTS
12:09et tout va bien se passer.
12:11Alors, si ça se passait comme ça,
12:12je pense qu'on n'entrait pas là aujourd'hui.
12:14Mais, voilà,
12:15il y a cette croyance,
12:16plus ou moins un pensé,
12:17plus ou moins petite,
12:18reste très présente.
12:21Là où les sciences sociales
12:22nous montrent
12:23qu'en fait,
12:24le collectif,
12:24il n'est pas composé d'individus
12:25les uns à côté des autres,
12:27mais il est composé d'individus
12:28en relation avec les uns
12:29avec les autres
12:30et que ce qui fait société,
12:31c'est un système de relations,
12:33des relations qui sont traversées
12:34par des hiérarchies,
12:35des rapports de pouvoir,
12:36des rapports de domination
12:37et que ce ne sont pas
12:38les mentalités qu'il faut changer,
12:39mais bien ce système de relations
12:40à travers lesquelles
12:41les mentalités se forgent.
12:43Et alors,
12:43quand vous dites ça aux écolos,
12:45ils sont déjà partis
12:45très loin en courant.
12:46Ils ne comprennent pas,
12:47ils sont à mettre à ce qu'ils disent,
12:48ce qu'ils racontent,
12:49ce n'est pas possible.
12:50C'est vraiment compliqué, compliqué.
12:54Et pourtant,
12:54quand on fait des sciences sociales,
12:56c'est quand même
12:56une des premières choses
12:56qu'on apprend dès la licence.
13:00Bon, donc,
13:02il faut agir sur
13:03ce que j'ai appelé
13:05dans le livre
13:06les cadres fondamentaux
13:07de la vie sociale.
13:09Les institutions du social,
13:10ce qui organise les relations.
13:13Et aujourd'hui,
13:13les relations,
13:14elles sont quand même pétries
13:15de culte de l'excellence,
13:16de la performance,
13:17de la vitesse,
13:18de la concurrence
13:18à tous les étages
13:19de la vie sociale,
13:19de la compétition, etc.
13:21Et tant que nos relations
13:22sont imprégnées
13:23par ces valeurs-là,
13:24par ces normes-là,
13:26en fait,
13:26ce que le livre montre,
13:27c'est que tant que c'est comme ça,
13:29on ne peut pas être écolo.
13:30On ne peut pas écologiser pleinement
13:31nos manières d'être au monde
13:33et on ne peut pas adhérer
13:34à un projet
13:35de société écologique profond.
13:36Donc c'est aussi de dire,
13:37en fait,
13:38peut-être que les politiques écologiques,
13:40elles doivent d'abord
13:40prendre pour objet,
13:41non pas tant
13:42le verdissement,
13:44la décarbonation
13:44à tous les endroits,
13:46mais d'abord se dire
13:46qu'aujourd'hui,
13:47dans le monde tel qu'il est,
13:49l'écologisation,
13:50elle n'est pas possible.
13:51Or,
13:51et quand je dis ça,
13:52quand je montre ça
13:53dans le livre,
13:54je parle d'une décologisation infime,
13:57c'est-à-dire de petits gestes
13:58ou des petits pas,
13:59pour reprendre l'expression
14:00de Nicolas Hulot
14:00quand il démissionne en 2018,
14:02c'est-à-dire de petites choses.
14:04Et rien que ça,
14:05les enquêtés,
14:06les individus,
14:07où qu'ils soient
14:07dans le monde social,
14:08disent,
14:08mais c'est trop dur en fait.
14:09Et même ceux les plus convaincus,
14:10ceux qui votent vert
14:11depuis 15 ans,
14:11etc.,
14:12qui veulent,
14:12disent,
14:13on essaie,
14:14on essaie,
14:14mais on n'y arrive pas.
14:15Et d'ailleurs,
14:15c'est pas pour ça
14:15qu'on ne se permet pas
14:16de faire la morale aux autres
14:17et qu'on n'est pas évangéliste
14:17parce que nous-mêmes,
14:18en fait,
14:18on voit bien
14:19qu'on est pris
14:19dans des contradictions
14:20et qu'on n'y arrive pas.
14:21Mais en fait,
14:21oui,
14:22ils n'y arrivent pas
14:22parce qu'en fait,
14:23dans le monde tel qu'il est,
14:24y arriver suppose
14:26de sortir du monde tel qu'il est.
14:27Et c'est là que,
14:28justement,
14:29tous les travaux
14:29en sociaux,
14:33notamment,
14:33sur les militants,
14:36écolos,
14:37radicaux,
14:38qui expérimentent,
14:38c'est le grand terme à la mode
14:40aujourd'hui,
14:40la préfiguration
14:41de modes de vie
14:43extraits
14:44de ces logiques concurrentielles
14:45sorties du capitalisme.
14:47C'est intéressant
14:47parce que ça nous montre,
14:48d'une part,
14:48que c'est possible,
14:49mais que c'est possible
14:50à la condition d'accepter
14:51de vivre,
14:53d'une certaine façon,
14:54avec un pied en dehors
14:55du monde social,
14:56au moins,
14:57et que pour adhérer
14:59à ces manières de vivre
15:01qui sont quand même
15:01pas accessibles
15:03ou pas pensables
15:04pour tout le monde,
15:06je ne sais pas,
15:07avoir une maison
15:10en terpaille,
15:11vivre sans emploi salarié
15:13ou que de façon très ponctuelle,
15:15être beaucoup
15:16dans l'autoproduction,
15:18être dans des modes
15:18de maternité alternatif,
15:20d'accouchement alternatif
15:21à domicile,
15:21etc.,
15:22et dans des systèmes
15:22d'éducation aussi alternatifs
15:23pour les enfants,
15:24etc.,
15:24toutes ces choses-là
15:25qui caractérisent
15:27ces collectifs,
15:28il y en a beaucoup,
15:28il n'y en a pas loin d'ici,
15:29vous en connaissez peut-être,
15:32en tout cas,
15:32ce qu'on observe,
15:33c'est que pour accéder
15:34à ces collectifs,
15:35c'est souvent un processus
15:35qui est lent,
15:36qui est long,
15:37qui n'est pas forcément linéaire
15:38et qui surtout est collectif,
15:40on le fait,
15:40on rejoint rarement
15:42ces alternatives-là
15:44de façon seule,
15:45voilà,
15:46et le fonctionnement
15:46de ces alternatives
15:47repose sur un tissu d'entraide
15:49très,
15:50un maillage très,
15:51très,
15:51très serré,
15:52très ténu
15:53d'entraide,
15:54de mutualisation,
15:55de prêts,
15:56etc.,
15:57donc c'est possible,
15:57mais c'est possible
15:58avec des conditions sociales
15:59qui sont très spécifiques
16:01et qui sont très peu réunies,
16:02enfin,
16:03statistiquement,
16:04ça n'apparaît même pas
16:05dans les chiffres de l'INSEE,
16:05ces gens-là,
16:06donc,
16:07bon,
16:07voilà,
16:07mais c'est possible,
16:08mais ça nous montre en creux
16:09que c'est possible
16:10et pas dans le monde social
16:10tel qu'il fonctionne,
16:11sauf à dire à tout le monde
16:12dire que,
16:13qu'on va être tous
16:14des alternos marginalisés,
16:16etc.,
16:16mais en fait,
16:16c'est pas possible,
16:17on n'est pas prêts à ça,
16:18on n'est pas prêts,
16:19on n'est pas prêts
16:19parce que le monde social
16:20ne nous y prépare pas.
16:23Donc ça,
16:23c'était la première croyance,
16:24moi,
16:24j'ai un peu dérivé,
16:26la deuxième croyance,
16:26elle est liée,
16:27c'est l'idée que,
16:28voilà,
16:29le changement de pratique,
16:31le changement de comportement,
16:32il s'opère par la mentalité,
16:33par la conscience,
16:34donc par les discours,
16:35les imaginaires,
16:35les récits,
16:36etc.
16:36Or,
16:37et je le montre aussi
16:38dans le livre,
16:39j'en profite pour vous donner
16:40un exemple de plus,
16:41mais en fait,
16:42c'est toutes les sciences sociales
16:43depuis très longtemps,
16:44notamment la sociologie des médias,
16:45la sociologie de la réception,
16:48de la formation des opinions,
16:48enfin bref,
16:49il y a plein de,
16:49en plus,
16:50moi je viens de là en socio,
16:51donc je connais ces choses
16:52que je connais par cœur,
16:53nous montrent que
16:54les discours,
16:55les imaginaires,
16:56la communication,
16:57la pédagogie
16:57ont des effets
16:58très relatifs,
17:02voire très second
17:03sur nos manières de penser
17:04et de faire,
17:05et que là où on croit voir
17:06des effets puissants,
17:07des médias,
17:07la communication,
17:08etc.,
17:08en fait,
17:09ce qu'il faut y voir derrière,
17:10c'est une proximité sociale
17:11entre celui qui produit le message,
17:13qui produit le récit,
17:14qui produit l'imaginaire
17:14et celui qui le reçoit,
17:16et donc c'est des logiques sociales.
17:19Donc d'une certaine façon,
17:20l'adage qui dit
17:21que qui se ressemble,
17:22s'assemble,
17:22il est plutôt vérifié
17:23par ces travaux de sociologie-là.
17:26Des gens qui sont proches socialement
17:27vont avoir plus de chances
17:28d'adhérer aux mêmes idées.
17:30Et comme en plus,
17:32il y a une proximité là aussi historique
17:34entre les professionnels
17:35de la culture
17:36et des médias d'un côté
17:37et les écologistes de l'autre,
17:38c'est-à-dire que la culture,
17:40les médias ont toujours été
17:41au centre des mobilisations écologistes.
17:44Rappelez-vous,
17:44les baligniers de Greenpeace
17:45qui faisaient la une des journaux,
17:47il y a des collègues
17:48qui ont montré
17:49comment Greenpeace,
17:51dès le début des années 90,
17:52connaissait parfaitement
17:53le mode de fonctionnement
17:54des rédactions
17:55et savait comment faire une une.
17:56Ils savaient comment faire
17:57une ouverture de JT.
17:58Bon, ça,
17:59ce n'est pas donné
17:59à toutes les luttes.
18:01C'est une caractéristique
18:02quand même assez forte
18:04en tout cas
18:04chez les écologistes.
18:05Il n'y a pas
18:05un support culturel
18:07qui n'a pas eu
18:07sa déclinaison verte
18:09ou écolo.
18:12Là, je prépare un cours,
18:13je suis en train de chercher
18:13et je n'ai pas trop de difficulté
18:14à trouver une playlist.
18:16Il y a 12 séances.
18:18Donc, 12 chansons
18:19sur l'écologie
18:20pour un cours
18:21sur l'écologie écologique.
18:22Il y a les films,
18:24les documentaires,
18:25les BD,
18:26les romans.
18:27Les premiers
18:28à parler de changement climatique.
18:29Les premiers dans le monde
18:30à parler de changement climatique,
18:31c'est les auteurs
18:32de science-fiction,
18:33encore des producteurs culturels.
18:35Et ainsi de suite.
18:35Bon, ça,
18:39ce n'est peut-être pas
18:39le plus intéressant.
18:41En tout cas,
18:43un point de discussion
18:43sur le fait
18:44qu'il y a cette méconnaissance,
18:46voire bien souvent
18:47ce mépris
18:47des sciences sociales
18:50par les écologistes,
18:51ça mène à des impasses stratégiques,
18:53c'est-à-dire à des réformes
18:54sans rupture,
18:55c'est-à-dire sans redéfinition profonde
18:57de nos modes d'organisation sociale.
19:00Et à des radicalités
19:01sans lendemain,
19:01c'est-à-dire des radicalités
19:02qui, justement,
19:03ne visent pas
19:04la refonte
19:05des rapports
19:07de domination
19:08et donc ne visent pas
19:11aussi à redéfinir
19:12les institutions du social,
19:13alors les institutions scolaires
19:15au sens large,
19:16professionnelles,
19:17mais aussi les institutions
19:18immobilières, foncières,
19:20tout ce qui relève aussi
19:21de l'organisation du transport,
19:22les institutions de l'énergie aussi,
19:24par exemple,
19:24la centralisation énergétique,
19:25tel mode de...
19:26Des choses assez larges.
19:28Je trouve que la principale conséquence,
19:29peut-être le principal problème,
19:31c'est que cette méconnaissance
19:33des sciences sociales
19:34fait que
19:35le cadre de l'injustice environnementale
19:40en France
19:40a mis beaucoup de temps
19:42à apparaître
19:43chez les écoles.
19:44Alors, ça a un petit peu changé
19:45depuis 2018,
19:46depuis les Gilets jaunes,
19:47mais ça a changé
19:48quand même d'une manière
19:48qui est très discutable
19:50et qui est surtout
19:51de l'ordre du discours
19:51plus que de la pratique.
19:52de l'injustice.
19:53Abonnez-vous !
20:23Abonnez-vous !
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