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Le Great Sea Interconnector, c'est le câble électrique qui concentre toutes les tensions en Méditerranée. On vous explique pourquoi.

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00:001208 kilomètres de câbles posés jusqu'à 3000 mètres sous l'eau en Méditerranée.
00:05C'est la liaison électrique sous-marine la plus profonde jamais lancée.
00:09Un chantier titanesque mené par l'entreprise française Nexans
00:12pour brancher Chypre et Israël au réseau électrique européen.
00:16Sauf qu'en réalité, ce projet est une bombe géopolitique.
00:20Ces détracteurs sont nombreux, parmi eux il y a la Turquie
00:23qui envoie ses navires de guerre intimider le chantier.
00:26Il y a une telle pression de la Commission européenne,
00:28il y a une telle pression de l'Union européenne,
00:30une telle pression d'Israël, des Etats-Unis
00:33pour que ce projet d'interconnexion ait lieu.
00:36Navires militaires en patrouille, valse des ministres, diplomates en alerte.
00:39Ils vous expliquent comment un simple câble électrique
00:41met la Méditerranée sous haute tension.
00:46Tout commence il y a 10 ans.
00:48L'Europe veut créer une liaison électrique haute tension
00:50entre la Grèce, Chypre et Israël.
00:53Pour ça, il faut poser un câble de 898 km entre la Crète et Chypre
00:58et de 310 km entre Chypre et Israël.
01:02Le projet s'appelle le Great Sea Interconnector.
01:05Cette très grande interconnexion est perçue comme un moyen
01:10de se passer d'une manière ou d'une autre
01:12des approvisionnements énergétiques venus de Russie,
01:16voire d'autres endroits du monde avec qui l'Union européenne
01:19aurait des difficultés géopolitiques.
01:22Benahouda Abdedahim est éditorialiste au ZECO,
01:25spécialiste des questions géopolitiques.
01:26Vous allez vous approvisionner en gaz,
01:29donc de quoi produire de l'électricité
01:30directement dans les gisements en mer au large d'Israël
01:34et ainsi avoir un flux continu à partir d'une énergie sûre, abondante.
01:40En juillet 2023, l'entreprise française Nexens,
01:43spécialisée dans les câbles électriques,
01:45remporte un premier contrat d'1,43 milliards d'euros.
01:48Sa mission, poser le premier tronçon entre la Grèce et Chypre.
01:52Ce câble pourra convoyer jusqu'à 8,6 TWh d'électricité par an.
01:57De quoi couvrir les besoins des 980 000 chypriotes
02:00et sortir l'île de sa dépendance au pétrole
02:02tout en réduisant les prix de l'électricité.
02:05Voilà pour le projet.
02:06Mais dans la réalité, c'est beaucoup plus compliqué.
02:10Le premier obstacle, c'est l'opposition
02:12au sein même du gouvernement chypriote.
02:14Il y a eu de telles dissensions internes au sein de la coalition gouvernementale chypriote
02:20qu'on a encore du mal actuellement à déterminer qui est pour et qui est contre.
02:25Deux ministères s'affrontent.
02:27Celui de l'énergie, largement favorable au projet,
02:29et le ministre des Finances, Makis Kéravenos, farouchement opposé.
02:33Le ministère des Finances estime qu'il y a bel et bien un risque géopolitique
02:37avec la Turquie, avec Israël,
02:39qui dit que dans 5 ans, 10 ans,
02:42il n'y ait pas un contentieux vis-à-vis des gisements gaziers au large d'Israël
02:47de la part des Palestiniens, de la part des Libanais,
02:50en estimant que c'est du gaz libanais-palestinien
02:54qui est détourné au profit d'Israël.
02:57Dans ce scénario, CHIP se retrouverait en première ligne
03:00avec un risque financier colossal.
03:02Et puis le ministère des Finances met aussi en exergue,
03:05sans jamais les produire en réalité,
03:07des études de consultants américains
03:10qui estiment que ce projet n'est tout simplement pas viable économiquement.
03:14Début décembre 2025, le président chypriote tranche
03:17en remaniant son gouvernement.
03:19Et il écarte le ministre de l'Énergie, favorable au projet.
03:22Beaucoup de médias chypriotes estiment que, en réalité,
03:25politiquement, le ministre de l'Énergie a été sanctionné
03:28pour son soutien trop visible à ce projet.
03:32Mais pourquoi s'y oppose-t-il autant ?
03:34L'intérêt du gouvernement chypriote, c'est aussi de faire monter les enchères,
03:37les subventions de la Banque Européenne d'Investissement
03:39ou de l'Union Européenne pour terminer ce projet.
03:42Et que la Grèce et Israël financent aussi davantage l'infrastructure.
03:46Côté européen, la pression est énorme.
03:48L'Union Européenne a déjà versé 657 millions d'euros.
03:51Et l'opérateur grec de transport d'électricité IPTO,
03:54qui détient 50,1% du projet,
03:57a aussi versé 245 millions d'euros à Nexans.
04:00Difficile à ce stade de faire marche arrière.
04:02Non seulement il faudra s'opposer à l'Union Européenne,
04:04mais il faudra s'opposer à l'allié, au parrain, en quelque sorte,
04:07au parrain politique, géopolitique que représente la Grèce.
04:11Parce que le gouvernement conservateur grec veut absolument que ce projet aboutisse.
04:15Au-delà de la politique intérieure, il y a aussi un enjeu régional.
04:21Car le câble doit passer par des eaux extrêmement disputées par la Turquie.
04:25Pour comprendre cette dispute, il faut connaître les règles du droit de la mer.
04:29Je vous fais un point en 20 secondes.
04:30Chaque état côtier a le droit d'explorer, d'exploiter et de gérer des ressources de la mer
04:34et des fonds marins jusqu'à 200 000 marins de ses côtes, soit environ 370 km.
04:39Ça s'appelle la zone économique exclusive, ou ZEE.
04:43Si les côtes sont trop proches, il faut que les pays s'entendent.
04:46Et la règle de l'équidistance prévaut.
04:49Donc en théorie, la Méditerranée orientale devrait être partagée comme ça.
04:54Sauf que la Turquie ne reconnaît pas cette règle.
04:56Elle n'a pas ratifié la Convention de Montego Bay qui l'a définie.
04:59Elle revendique des eaux bien au-delà des 200 000 marins.
05:01Ankara considère que son territoire terrestre se prolonge sous la mer
05:05et revendique des eaux autour de la Crète et de Rhodes,
05:08sans tenir compte de la souveraineté de la Grèce.
05:10Et c'est justement par cette zone revendiquée que passe le câble électrique.
05:14La ZEE autour de Chypre est aussi contestée par la Turquie.
05:18Depuis 1974, la Turquie occupe militairement le nord de l'île
05:22et soutient la République turque de Chypre du Nord,
05:25un état reconnu uniquement par elle.
05:26Ankara s'appuie donc sur ce territoire pour étendre sa ZEE.
05:30L'intérêt vu d'Ankara, c'est d'empêcher qu'une imbrication ait lieu
05:36entre Israël et l'Union européenne qui passe par-dessus les intérêts de la Turquie.
05:42S'il y a dispute, c'est aussi parce que cette zone de la Méditerranée
05:45regorge de ressources sur lesquelles tous les pays l'ornent.
05:48Il y a des gisements gaziers, des gisements pétroliers
05:51qui intéressent de nombreux acteurs internationaux
05:54le long de ce tracé du câble.
05:56Et la Turquie considère qu'il lui faut là aussi avoir le droit
06:00de déterminer qui vient à tel endroit forer, explorer du gaz ou du pétrole.
06:08Pour installer le câble électrique de Nexans,
06:10des navires ont commencé à prospecter les eaux
06:12à l'est de la Crète et de la petite île grecque de Kassos.
06:15En représailles, la Turquie a envoyé ses navires militaires
06:18à plusieurs reprises entre juillet 2024 et février 2025.
06:22Et ils ont forcé le sous-traitant de Nexans à quitter la zone.
06:25Ce sont l'ensemble de ces différends, de ces dissensions
06:29qui amènent la Turquie à vouloir retarder au maximum
06:33la pose de ce câble entre Israël et l'Union européenne.
06:38Face à tout ça, l'Union européenne hausse le ton.
06:55Israël, de son côté, soutient pleinement le projet.
07:00D'abord parce que ça ferait un débouché extraordinaire
07:04qui rentabiliserait à coup sûr ces investissements
07:08dans ces gisements gaziers.
07:10D'autre part, il y a l'aspect géostratégique.
07:13Créer une telle interconnexion électrique,
07:15c'est s'assurer durablement, si ce n'était déjà fait,
07:17de la solidarité géoéconomique de l'Union européenne.
07:23Alors que le cap devait être en théorie posé en 2026
07:25et le chantier définitivement terminé en 2030,
07:28il prend du retard.
07:29Au point de se demander s'il pourrait être abandonné.
07:32Il y a une telle pression de la Commission européenne,
07:34il y a une telle pression de l'Union européenne,
07:35une telle pression d'Israël, des États-Unis,
07:38pour que ce projet d'interconnexion ait lieu,
07:41que la présidence chypriote n'est pas en mesure politiquement
07:45de but en blanc de dire « nous mettons fin à ce projet ».
07:49En janvier 2026, un événement pourrait bien rebattre les cartes.
07:52Le nouveau statut de Chyp qui prend pour six mois
07:54la présidence tournante de l'Union européenne.
07:57Le président chypriote a une idée majeure,
08:00proposer un vaste compromis euro-chypriote à la Turquie.
08:05L'idée, ce serait d'inviter à Nicosi de manière historique
08:10le président turc en avril prochain,
08:13lors d'un sommet informel de l'Union européenne,
08:16avec l'idée qu'on peut se mettre d'accord avec Chypre du Nord,
08:21on peut se mettre d'accord avec la Turquie
08:23autour d'un compromis historique autour de l'île de Chypre.
08:26Ce qui est sûr, c'est que la diplomatie n'a pas dit son dernier mot.
08:28Une guerre d'usure est à l'œuvre,
08:30reste à savoir qui craquera le premier.
08:32Dites-nous en commentaire ce que vous en pensez.
08:34On vous dit à bientôt pour d'autres décryptages.
08:36Abonnez-vous pour ne rien louper.
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