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  • il y a 3 semaines
Ce vendredi 12 décembre, l'impact de la décision du Tribunal de Commerce concernant la liquidation de l'entreprise Brandt sur l'emploi et l'économie française a été abordé par Raphaël Legendre et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01700 salariés sur le carreau, un outil industriel aux enchères et une région meurtrie.
00:05Voilà ce qui reste du dossier Brandt.
00:06Est-ce que c'était la bonne décision à prendre, la liquidation, Eonel Lechypre ?
00:10Non, ce n'était pas la bonne décision.
00:13Je suis fatigué de ce fatalisme qu'affiche le tribunal de commerce,
00:18comme s'il n'y avait rien à faire pour sauver Brandt.
00:19Ce n'est pas vrai.
00:20Le problème de Brandt, ce n'était pas un problème structurel,
00:24c'était un problème de stratégie.
00:25Je veux dire, il n'y avait pas de fatalité à ce que cette entreprise fasse faillite.
00:28Alors oui, c'est une entreprise dont la stratégie a failli,
00:32sous investissement chronique, positionnement flou.
00:35C'est vrai que c'était une espèce de milieu de gamme
00:37qui est aujourd'hui plus du tout possible à faire.
00:41Mais ça ne marche pas, quoi.
00:41Oui, ce n'est pas possible à faire en Europe.
00:43Il y avait quand même une belle marque qui n'était pas exploitée.
00:47Et puis au final, pour le consommateur, c'est vrai,
00:49on disait pourquoi il faut acheter Brandt.
00:50Mais il y avait beaucoup à faire pour redresser cette stratégie.
00:54Et d'ailleurs, il y a, je rappelle quand même, des entreprises en France
00:58qui produisent de l'électroménager de façon extrêmement compétitive,
01:01de façon extrêmement française.
01:03Seb réussit très bien.
01:05Donc il y avait une espèce de sébisation à faire avec Brandt.
01:08Alors on n'allait pas faire de Brandt le Tesla de la machine à laver,
01:11vous voyez, mais il y avait quand même des choses à faire
01:13pour monter en gamme, pour se spécialiser peut-être sur certains produits,
01:16pour mieux intégrer, par exemple,
01:19les dispositifs d'aide publique à la stratégie de la boîte,
01:23tout ce qui concerne les bonus réparations, les achats publics, etc.
01:27Donc oui, moi je pense qu'avec une stratégie pertinente,
01:32une stratégie nouvelle, Brandt aurait tout à fait pu résister en France.
01:36Face à vous, Raphaël Legendre ?
01:37Avec de bonnes marges, avec un marché en croissance,
01:40avec moins de prélèvements aussi,
01:42c'est sûr que Brandt aurait été formidable.
01:43Une bonne stratégie et tout ce qu'il faut,
01:46Brandt aurait certainement cartonné,
01:47sauf qu'il n'y avait pas tout ça dans Brandt.
01:49Brandt, c'est 250 millions d'euros de chiffre d'affaires l'année dernière,
01:53c'est ce que fait son concurrent chinois ailleurs en deux jours.
01:56En deux jours, pas en un an, en deux jours.
01:59Ça fait des années que la boîte est en déficit.
02:02L'actionnaire unique a mis 420 millions au pot pour redresser Brandt.
02:06Ils n'ont jamais été capables de remonter la pente,
02:08donc il y a un moment un peu de sérieux.
02:10Et le tribunal judiciaire a eu tout à fait raison de dire
02:13« Mais on ne va pas rajouter en plus,
02:15on ne va pas prendre 1000 euros à chaque salarié de Brandt
02:19pour aller dans une scope qui sera tenue
02:21par un industriel qui fait de la viande végétale
02:25qui n'y connaît absolument rien à l'électro-ménager. »
02:29« Il a cru de Tupperware. »
02:30« Et dans le… »
02:31« Bah oui, Tupperware Brandt,
02:33t'as fait la même chose,
02:34les frigos et les Tupperware. »
02:35« L'un va dans l'autre. »
02:36« Mais ça ne veut pas dire que c'est la même stratégie industrielle. »
02:40« Et par ailleurs, dans le principal financement,
02:44reposait quand même sur une cagnotte litchi. »
02:46« Il y a un moment, c'est un peu de sérieux. »
02:48« Après Brandt, vous l'avez très bien dit, Emmanuel,
02:50c'est le symbole de l'industrie française. »
02:53« Ça raconte l'histoire économique française. »
02:55« Mais tellement ! »
02:56« C'est du moyen de gamme qu'on vend beaucoup trop cher. »
02:58« C'est pas possible. »
02:59« On produit de l'espagnol qu'on vend à prix allemand. »
03:02« Dans le monde moderne, dans la concurrence mondiale internationale,
03:05ça ne fonctionne pas. »
03:07« Et c'est certainement pas avec le déluge d'impôts qu'on vient de voter
03:10cette année et l'année dernière
03:11qu'on va réussir à aider nos entreprises et nos grands groupes industrielles. »
03:14« Parce qu'Emmanuel, les politiques et Bercy, d'ailleurs, accusent les banques
03:17en disant qu'ils auraient pu mettre les 5 millions qui restent. »
03:19« C'est scandaleux. »
03:20« Les banques, leur taf, c'est le risque. »
03:21« Non, mais je ne dis pas qu'effectivement,
03:24les banques devaient financer à fonds perdus.
03:27Mais encore une fois, moi, ce qui m'importe,
03:29c'est de montrer qu'il y a quand même des voies possibles,
03:34y compris pour des marques
03:36qu'on considère comme des marques has-been, dépassées, moyenne gamme, etc. »
03:39« Mais elle peut être achetée, la marque, maintenant. »
03:41« Encore une fois, ça fait partie des possibilités. »
03:44« Mais encore une fois, il y a une sortie possible vers le haut de gamme,
03:48il y a une sortie possible vers l'innovation,
03:50il y a une sortie possible vers les marges,
03:53peut-être pas avec autant de salariés
03:54et sur des gammes peut-être plus spécialisées, plus restrictives. »
03:59« Personne n'a fait d'offre, à part les salariés et la Scope. Personne. »
04:04« Personne n'a fait d'offre, effectivement. »
04:06« Personne n'a fait d'offre, effectivement. »
04:07« Mais encore une fois, il y a des marques qui réussissent. »
04:10« Est-ce qu'il fallait que Seb rachète la marque ? »
04:12« J'en sais rien. »
04:13« Mais vous y croyez, la réindustrialisation ? »
04:16Parce qu'à la fin, c'est sale, quand même, le sujet.
04:17« Non, mais c'est sale, le sujet. »
04:18Il y a deux choses.
04:19Alors, si vous me demandez si je crois à une réindustrialisation massive,
04:23la réponse est non, pour une raison simple,
04:24c'est que jamais dans l'histoire, aucun pays qui s'est désindustrialisé
04:27n'a réussi à se réindustrialiser.
04:30Mais ça ne veut pas dire, pour autant, qu'il n'y a pas de marge de manœuvre.
04:33Regardez, moi je suis désolé, quand même,
04:34regardez ce qui se passe en France,
04:36entre 2015 et 2022,
04:39on a quand même, à partir de la moitié,
04:41du mandat de François Hollande
04:42et puis le premier mandat d'Emmanuel Macron.
04:44Vous avez quand même, on ne peut pas nier,
04:46des politiques qui sont plutôt pro-entreprise, pro-compétitivité.
04:49Et ces politiques, elles produisent quand même quelques résultats.
04:52Ce n'est pas un hasard total
04:53si on recommence à créer des emplois industriels
04:57à partir de la fin des années 2010.
05:00Ce n'est pas un hasard
05:01si on ouvre plus d'usines qu'on enferme
05:03pendant trois ans.
05:06Donc, ce n'est pas un hasard non plus
05:08si le chômage diminue.
05:11Donc, voilà, ça marche.
05:13Et donc, il n'y a pas de fatalité.
05:15Non, mais très clairement, il n'y a pas de fatalité.
05:18Il faut juste arrêter de faire n'importe quoi.
05:20Charles Péguy disait, il faut dire ce que l'on voit,
05:22c'est-à-dire nommer la réalité telle qu'elle est.
05:24La réalité, c'est qu'on fait n'importe quoi
05:27aujourd'hui en France.
05:28Il ne faut pas s'étonner qu'on ferme
05:29qu'on ait 165 sites industriels
05:32menacés de fermeture
05:34quand on voit l'environnement
05:36réglementaire, législatif, fiscal, social
05:39qu'on est en train de mettre en place.
05:40Il y a trois couches.
05:41Il y a la couche mondiale
05:42qui fait qu'aujourd'hui,
05:44franchement, quand vous voyez
05:45ce qui se passe aux Etats-Unis,
05:47donc un marché qui a tendance à se fermer,
05:49ce qui pousse les Chinois
05:50à faire déferler des produits
05:5230% moins chers
05:54et aussi bons que les nôtres
05:55sur nos marchés en Europe,
05:56c'est une chose.
05:56Il y a la couche européenne
05:58quand vous voyez
05:59qu'effectivement,
06:00on est dans une Europe
06:01qui plutôt affaiblit ses champions
06:03plutôt que les renforcer,
06:05qui ouvre ses marchés
06:06à tous les vents
06:07plutôt que les protéger.
06:08Et puis, quand vous rajoutez à ça
06:10la couche française
06:11qui est la couche, effectivement,
06:14du bazar auquel on assiste,
06:15regardez l'enquête du Miti.
06:17La France qui décroche
06:18dans une Europe qui décroche.
06:19Hier, qui nous dit quand même
06:2080% des entreprises
06:22veulent aller à l'étranger.
06:23Mais évidemment.
06:24Quand on est mauvais, voilà.
06:25Vous êtes d'accord ?
06:26C'était la bonne décision ?
06:27Oui, mais ça ne veut pas dire
06:29qu'il y a deux fatalités,
06:31encore une fois,
06:31de la désindustrialisation
06:32de certains produits.
06:34Et puis, non, je ne suis pas d'accord.
06:37Il y a une voie pour la réindustrialisation.
06:38Oui, il y a une voie.
06:39Il n'est pas d'accord,
06:39mais il est un peu d'accord quand même.
06:40Non, mais...
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