Souvent cantonné à la musique de chambre des salons parisiens, Gabriel Fauré a démontré son aptitude à toutes les formes, comme en témoigne son Requiem, en parallèle d'une carrière de premier plan à l'église et au conservatoire. C'est à Pamiers, en Ariège, que Gabriel Urbain Fauré, fils d'instituteur, naît le 12 mai 1845. Sa vocation musicale commence à poindre dès sa prime jeunesse, à l'écoute de l'harmonium de la chapelle de Montgauzy, près de Foix, où son père est devenu directeur d'école, tant et si bien qu'à seulement neuf ans, il est envoyé à Paris pour étudier à l'école de musique classique et religieuse fondée par Louis Niedermeyer et portant son nom, où il reçoit une formation d'organiste, chef de chœur et maître de chapelle. Après onze années de cours, il en ressort à vingt ans avec un deuxième prix d'harmonie, un premier prix de composition et et un prix d'excellence de piano. Surtout, il fait en chemin la rencontre de Camille Saint-Saëns, professeur bienveillant qui l'initié aux grands compositeurs romantiques. Le jeune Fauré compose ses premières mélodies et romances dont les Trois Romances pour piano (1863) et le Cantique de Jean Racine (1865). En 1866, il obtient son premier poste d'organiste à l'église Saint-Sauveur de Rennes, puis revient à Paris lorsque se déclare la guerre de 1870. Volontaire engagé dans l'infanterie légère, le musicien fait preuve de courage et participe aux combats lors du siège de Paris, ce qui lui vaudra toute l'estime de la profession. Durant l'épisode de la Commune, il réside à Rambouillet puis part en Suisse pour enseigner à l'École Niedermeyer délocalisée, faisant la rencontre d'André Messager. De retour à Paris en octobre 1871, il occupe différents postes d'organiste, à Notre-Dame de Clignancourt, à Saint-Honoré d'Eylau, puis à l'église Saint-Sulpice, où il dirige également le chœur. Resté proche de Saint-Saëns, qui l'accueille dans son salon où trône la la cantatrice Pauline Viardot, il devient l'un des premiers membres de la Société nationale de musique destinée à promouvoir la musique française et s'investit comme secrétaire en 1874. À défaut d'épouser Marianne Viardot qui rompt leurs fiançailles, il se mariera en 1883 à la fille du sculpteur Emmanuel Frémiet, Marie Frémiet (1856-1926), qui lui donnera deux fils. Entre temps, en 1877, Fauré succède une première fois à Théodore Dubois au poste de maître de chapelle à l'église de la Madeleine, après avoir remplacé plusieurs fois Saint-Saëns et travaillé comme suppléant. Ce dernier l'entraîne en Allemagne, à Weimar pour y rencontrer Franz Liszt et à Cologne pour assister à des représentations de la Tétralogie de Wagner, sans pour autant adhérer totalement à sa manière, dans un milieu musical français où s'opposent partisans et détracteurs. Pris par ses fonctions, Fauré emploie tout son temps disponible à la composition, le plus souvent l'été. Après une première Sonate pour violon et piano (1876) comme la Berceuse (1879, orchestrée l'année suivante), il manifeste toute son originalité dans deux Quatuors avec piano (1879 et 1886), Six nocturnes pour piano (entre 1875 et 1894), en alternance avec les Six Barcarolles (1880-1896), et souvent associés au disque, une célèbre Ballade op. 19 (1879) et la non moins connue Élégie op. 24 pour violoncelle et piano (1880), ainsi que quantité de mélodies dont Après un rêve (1878) et le cycle La Bonne chanson d'après le recueil poétique de Paul Verlaine et dédié à Emma Bardac, future épouse de Debussy. À la comtesse Greffulhe, qui lui apporte son soutien à la création de la Société des grandes auditions musicales, il dédie la fameuse Pavane op. 50 (1887), pour petit orchestre symphonique avec chœur, stylistiquement proche du Clair de lune issu des Deux mélodies op. 46, qu'il orchestrera dans la musique de scène Masques et bergamasques op. 112 (création à l'Opéra-Comique le 1er mars 1919). En 1887 et l'année suivante, le compositeur qui perd en deux ans ses parents travaille à une autre œuvre qui fera sa gloire, le Requiem et son illustre In Paradisum, créé à la Madeleine le 16 janvier 1888 et élargi de cinq à sept mouvements en 1889, avant une version pour grand orchestre en 1890. En 1893, sa populaire Sicilienne pour violoncelle et piano voit le jour, avant d'être insérée en version orchestrale dans la musique de scène Pelléas et Mélisande (1898). Lauréat du prix Chartier de l'Académie des beaux-arts pour sa musique de chambre en 1885 et après un voyage à Venise en 1891, Fauré est nommé en 1892 au poste d'inspecteur des conservatoires en province, avant sa double nomination en 1896 aux postes de titulaire de l'orgue de la Madeleine et de professeur de composition au Conservatoire de Paris, succédant à Jules Massenet et formant entre autres élèves Charles Koechlin, Florent Schmitt, Maurice Ravel, Georges Enesco et Nadia Boulanger. Sa liaison avec la cantatrice Emma Bardac produit également la suite pour piano à quatre mains Dolly (1896), du prénom de sa fille, créée deux ans plus tard par Édouard Risler et Alfred Cortot. Le 27 août 1900 a lieu aux Arènes de Béziers la création de la tragédie lyrique Prométhée, parée de grands effets orchestraux sur un livret de Jean Lorrain et André-Ferdinand Hérold d'après Eschyle. Devenu critique au Figaro (1903-1921), le compositeur accède à la direction du Conservatoire de Paris, prenant la succession de Théodore Dubois en 1905. Il fait régner la discipline en même temps qu'il rénove le contenu des cours. Cependant, dès 1903, sa surdité s'aggrave jusqu'à devenir totale, ne l'empêchant pas de continuer à composer dans le domaine de la musique de chambre, comme en témoignent l'achèvement des deux Quintettes avec piano (créés respectivement en 1906 et 1921), les mélodies La Chanson d'Ève (1910) et L'horizon chimérique (1921), le Trio pour piano op. 120 (1923), puis l'unique et ultime Quatuor à cordes (créé à titre posthume en 1925). Élu à l'Institut de France en 1909, il crée son unique opéra Pénélope d'après Homère à Monte-Carlo en 1913 et reçoit en 1920 la Grand-Croix de la Légion d'honneur, au moment où il se retire de ses fonctions. Le compositeur post-romantique qui a tracé sa propre voie musicale hors des modes, suggérant 'impressionnisme, meurt d'une pneumonie, le 4 novembre 1924 à l'âge de 79 ans et a droit à des funérailles nationales en l'église de la Madeleine.