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  • il y a 4 mois
Retrouvez Le 18/19 d'Hedwige Chevrillon en replay.

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00:00BFM Business et la Tribune présente
00:03Le 18-19 d'Edwis Chevrillon
00:07Ils seront dans la rue le 26 septembre, ça sera vendredi prochain.
00:15Bonsoir Dominique Chargé.
00:17Bonsoir.
00:17Merci d'être avec nous.
00:18Vous êtes le président de la coopération agricole et les agriculteurs à l'appel de la FNSEA
00:23seront donc dans la rue vendredi.
00:25Vous nous direz dans un instant pourquoi, si vous, vous y serez ou pas.
00:29On va juste rappeler peut-être à ceux qui nous écoutent, la coopération agricole
00:32c'est 50% à peu près de ce qu'on consomme chaque jour.
00:35C'est entre Monc, Andia, Jacquet Brossard ou encore Ioplet.
00:3950% du chiffre d'affaires de l'agroalimentaire français, c'est dire si vous pesez lourd,
00:44200 000 salariés, premier employeur privé dans les zones rurales,
00:49ça représente à peu près, vous regroupez, 2100 coopératives.
00:53Oui, 2000 coopératives.
00:54À peu près.
00:54C'est vrai qu'il y a des rapprochements, des rapprochements en vue.
00:57On en dira un mot.
00:59Demain, après-demain, vous serez dans la rue ou pas, Dominique Chargé.
01:04En tout cas, vous, ce que vous représentez, les coopératives agricoles,
01:07ce sont des agriculteurs.
01:09Cette grande manifestation lancée à l'appel de la FNSEA, pourquoi, pourquoi faire ?
01:15En tout cas, l'organisation que je représente, l'organisation des coopératives agricoles,
01:18soutient et comprend parfaitement la colère aujourd'hui du monde agricole,
01:22compte tenu des difficultés devant lesquelles nous sommes,
01:25cette instabilité politique, ce manque de perspectives,
01:28ces promesses qui ont été faites à l'occasion ou en conclusion d'autres mouvements
01:32et qui n'ont pas été tenues.
01:34La PAC, qui aujourd'hui nous laisse quand même dans une perspective
01:39qui n'est absolument pas satisfaisante.
01:42le Mercosur, je pense qu'il y a un certain nombre de raisons objectives,
01:47qui fait que la colère du côté du monde agricole est tout à fait légitime,
01:52que nous soutenons.
01:53Moi, en tant que président de la coopération agricole,
01:56je sais que les coopératives soutiennent ce mouvement.
01:59Personnellement, je ne sais pas encore où je serai le 26.
02:01Mais en tout cas, pour les coopératives, ce qui est important,
02:04c'est de dire que nous sommes, nous, les organisations économiques,
02:08certes, qui appartiennent aux agriculteurs,
02:10et dont la mission est plutôt, pour le coup, de trouver des solutions,
02:14d'accompagner les agriculteurs dans ce que sont ces difficultés
02:17et les adaptations à ce monde devant lequel nous sommes.
02:22Voilà, j'allais dire face à l'instabilité, j'en parlais,
02:26la géopolitique aujourd'hui mondiale, les taxes Trump,
02:30le conflit commercial avec la Chine,
02:32tous ces sujets qui mettent au quotidien nos filières et nos agriculteurs en fil.
02:37Mais je le disais, vous êtes le premier employeur privé dans les zones rurales.
02:40C'est très important parce que la colère qu'on entend, qui monte, qui gronde,
02:45elle vient très souvent des territoires qui se sentent abandonnés,
02:48et notamment, bien sûr, des agriculteurs.
02:51Est-ce que vous, vous la sentez très forte en ce moment ?
02:55Il y a ce sentiment, comme vous le dites, d'une forme d'abandon pour les agriculteurs,
02:59c'est une forme d'incompréhension.
03:01Le paradoxe, qu'on a le sentiment, en tout cas à travers un certain nombre de sondages,
03:07que les citoyens français aiment leurs agriculteurs, ils y tiennent,
03:11mais qu'ils ne comprennent plus leur agriculture.
03:14C'est cette fracture aujourd'hui, cette rupture entre le citoyen et son agriculture.
03:19Le fait d'être obligé de réconcilier, je pense aujourd'hui, et c'est notre rôle,
03:24le citoyen avec son agriculture et surtout son alimentation.
03:27Vous le savez, et peut-être qu'on va en parler,
03:29aujourd'hui, nous importons à peu près la moitié de ce que nous consommons
03:32dans certaines grandes catégories de consommation.
03:36On importe, par exemple, 40% des légumes que nous consommons,
03:3930% de la volaille, 50%, je suis éleveur de volaille,
03:43on importe 50% de la volaille que nous consommons.
03:46Et nous importons souvent des produits qui ne respectent pas les standards,
03:52qui ne respectent pas les règles qui nous sont imposées à nous en France et en Europe.
03:55Et ça, ça cristallise beaucoup de la colère et de l'incompréhension du monde agricole.
03:59Oui, d'où la question notamment du Mercosur.
04:01Quand est-ce que ça s'est fait ?
04:02C'est une question, je sors un peu de l'actualité, Dominique Chargé,
04:05mais on était les premiers producteurs, notamment de poulet, de volaille, d'éleveurs,
04:11et puis producteurs aussi, parce que derrière, il y a le produit transformé.
04:14Et puis c'est les Allemands qui nous ont oubliés, pourquoi ?
04:16Alors les Allemands, les Hollandais, nous étions, il y a une vingtaine d'années,
04:21au début des années 2000, nous étions le deuxième exportateur mondial
04:26de produits agricoles et agroalimentaires.
04:28Nous sommes devenus le sixième et probablement on passe de devenir le septième.
04:32Cette année, probablement pour la première année,
04:35notre balance commerciale, agricole et agroalimentaire pourrait être déficitaire.
04:38En tout cas, elle n'a jamais été aussi faible à fin juillet.
04:41Elle est à un milliard alors que l'an dernier, elle était à plus de 4 milliards.
04:44Mais pourquoi ? C'est la faute à qui ? C'est votre faute ?
04:47Pardon, je dis vous, c'est vous, vous représentez...
04:49Non, on a la production...
04:50Qu'est-ce qui s'est passé justement ? C'est ça ma question ?
04:53La production agricole, au fil des vingt dernières années, a baissé en France.
04:57Elle a baissé notamment parce que nous nous sommes imposés des normes de production
05:02qui ne sont pas les mêmes que celles qui sont utilisées dans d'autres pays d'Europe.
05:08L'acétamipride, le fameux débat sur la loi du plomb et l'acétamipride,
05:13est l'exemple caractéristique de ce qu'est aujourd'hui la distorsion de concurrence
05:16devant laquelle nous sommes aujourd'hui en France spécifiquement
05:19puisqu'on interdit cette molécule qui est une molécule dont nous avons besoin
05:23et pour laquelle nous n'avons pas de solution alternative
05:24et qui n'est pas interdite dans le reste.
05:28Elle est autorisée dans le reste de l'Europe.
05:29Et donc cette production agricole a baissé depuis 25 ans.
05:31Et c'est pas la seule raison, vous êtes d'accord ?
05:34Pardon ?
05:34C'est pas la seule raison, les normes ici, vous pensez que pour vous...
05:36Non, il y a les normes, il y a les spécificités...
05:39Est-ce qu'il n'y a pas le fait que vous n'êtes pas suffisamment industrialisés
05:41des exploitations qui sont trop petites ?
05:44Il y a un manque d'investissement, il y a un manque de modernisation
05:47qui est lié donc au fait que nous avons en France une fiscalité
05:51qui pèse aujourd'hui sur les entreprises et sur les entreprises agroalimentaires en particulier.
05:56Il y a effectivement les distorsions de concurrence sur le droit social.
06:00Tout ça pèse aussi sur le monde agricole,
06:02mais c'est quand même aussi tout ce dispositif réglementaire,
06:06toutes ces contraintes administratives.
06:07Aujourd'hui, si vous voulez faire un projet dans une exploitation agricole
06:11pour construire un bâtiment d'élevage,
06:12il vous faut entre 3 et 5 ans en France
06:15quand il vous faut entre 6 et 18 mois dans les autres pays d'Europe.
06:18Vendredi, est-ce qu'il faut s'attendre ?
06:20Et vendredi et le week-end, il faut s'attendre à des blocages,
06:22des blocages de la France, des routes,
06:25un mouvement dur en perspective ou pas ?
06:27Je n'ai pas de visibilité sur ce que sont aujourd'hui les prévisions des actions.
06:33Ce sont des actions qui sont d'abord pilotées par la FNSA
06:36et je ne suis pas à la FNSA, je suis la coopération.
06:37Non, c'est bien, mais vous pesez lourd quand même dans le secteur.
06:41Qui sont, j'allais dire, des actions qui sont pilotées aussi
06:44par les différents départements.
06:45Oui, le point de départ de cette colère,
06:50la colère sociale, mais aussi la colère contre le Mercosur.
06:54Est-ce que vous avez signé, il y a un appel qui a été fait
06:57avec des députés, des dirigeants syndicaux à l'agricole
07:00qui ont exprimé leur colère face à l'accord qui a été signé
07:04au niveau de l'Union Européenne
07:06et la présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen,
07:10avec le Mercosur, et qui font appel à la Cour de Justice Européenne.
07:15Vous l'avez signé ?
07:16En tout cas, je le soutiens.
07:17Et ce qui nous, enfin en tout cas, moi,
07:20ce qui me révolte aujourd'hui par rapport au dossier du Mercosur,
07:26c'est l'espèce de passage en force auquel nous assistons aujourd'hui,
07:29de la part de la Commission Européenne et de sa présidente,
07:33d'avoir scindé d'abord cet accord en deux parties
07:37pour pouvoir éviter de passer devant les parlements nationaux
07:42pour la ratification de ce volet qui nous met en difficulté.
07:46Le Mercosur est l'illustration de ce que je vous disais tout à l'heure,
07:50c'est le fait que nous acceptions dans un accord international
07:55l'importation de produits qui ne respectent pas les règles de production
07:57que nous avons en France et en Europe,
08:00que nous mettions l'agriculture française en distorsion de concurrence
08:02et que nous nous servions...
08:03Oui, mais justement, il y aura des normes.
08:04Enfin, en tout cas, c'est ce qu'a demandé Emmanuel Macron,
08:05c'est qu'il y ait des normes qui soient imposées pour ce qu'on importe.
08:09On se sert de l'agriculture et de l'agroalimentaire
08:11comme variable d'ajustement pour justement aboutir à des accords
08:17avec d'autres pays du monde,
08:18et notamment le Mercosur, le Brésil en particulier.
08:21Ça n'est pas acceptable.
08:22Oui, la France demande à ce que nous ayons des contreparties dans cet accord
08:27et notamment des clauses miroirs, ce qu'on appelle les clauses miroirs,
08:29c'est-à-dire la possibilité de pouvoir contrôler
08:32que les produits qui rentrent effectivement respectent bien nos règles de production.
08:36Mais ça ne vous suffit pas ?
08:37Parce que lorsqu'on regarde les chiffres,
08:38on voit que ça peut aussi profiter à l'agriculture française.
08:41Alors ?
08:42En termes d'exportation, il y a pas mal de chiffres qui montrent
08:45que ça ferait même progresser les exportations de l'agriculture française.
08:50Je suis parfaitement d'accord avec cette analyse, je la soutiens.
08:53Il y a effectivement des filières qui pourraient profiter de l'accord du Mercosur,
08:58les filières viticoles qui sont en très grande difficulté aujourd'hui,
09:02la filière laitière et peut-être d'autres.
09:05Faut-il pour autant, lorsque nous sommes en capacité de passer des accords
09:09qui peuvent bénéficier à certaines de nos filières,
09:12le faire au détriment de filières que ça mettrait en difficulté ?
09:14Pour moi, ça n'est pas acceptable.
09:16Il n'y a pas de raison...
09:17Mais alors, si on refuse, attendez, prenez le raisonnement à l'inverse,
09:20si on refuse cet accord, ça va pénaliser des filières
09:26qui sont soumises au droit de douane d'une manière très forte,
09:29notamment les filières viticoles dont vous parliez.
09:31Non, il faut, dans un accord, que nous puissions passer ces accords
09:35qui soient des accords gagnants-gagnants.
09:37C'est-à-dire qu'il faut que ces accords puissent être passés
09:39au bénéfice des filières pour lesquelles ça va être favorable.
09:42On pense notamment à la viticulture et au secteur laitier,
09:45mais sans que ça nuise de manière dangereuse pour des filières
09:50qui sont déjà des filières en difficulté.
09:52On parlait à l'instant de la filière de la volaille.
09:54On va avoir un contingent dans cet accord.
09:57On pourrait avoir un contingent de volailles qui rentre à des droits nuls
10:02et sur des types de volailles pour lesquels nous avons, nous,
10:05des règles de production qui sont plus rigoureuses.
10:08– Dominique Chargé, vous connaissez mieux le business que moi.
10:11Les accords gagnants-gagnants, c'est très, très rare.
10:14– Mais l'accord, d'abord, cet accord ne concerne pas que l'agroalimentaire.
10:17– Non, bien sûr, mais là, on parle d'agroalimentaire.
10:19– C'est un accord qui est fait au bénéfice d'autres filières.
10:23On parle notamment des filières industrielles, de l'automobile et de l'aéronautique
10:26et de tout ce qui est spatial.
10:27Et je suis complètement conscient et d'accord qu'il faut aussi faire profiter
10:32et renforcer ces filières-là.
10:34– Mais je refuse le fait qu'on le fasse au détriment de filières
10:39qu'on mettrait en difficulté et qui sont déjà des filières.
10:41Les Français et les Européens veulent consommer des produits locaux.
10:46Nous devons soutenir les filières françaises
10:49pour qu'on puisse produire ce que les Français consomment.
10:52Ça n'est pas aujourd'hui une fatalité, on vient de le dire.
10:55La balance commerciale agroalimentaire est en difficulté.
10:58Le fait que nous passions ce type d'accord
11:00renforcera encore les difficultés de nos balances agroalimentaires.
11:03Ça n'est pas acceptable.
11:04– Est-ce que vous serez à ce grand meeting que va organiser le MEDEF à Paris ?
11:08Parce qu'après tout, le président de la coopération agricole,
11:11vous êtes je crois aussi vice-président de la CPME ?
11:14– Absolument.
11:14– Est-ce que vous serez au grand meeting du MEDEF ?
11:17– J'ai vu cet appel, je n'ai pas encore pris connaissance de ce qu'était le contexte.
11:23Mais en tout cas, je partage complètement comme vice-président de la CPME,
11:27comme vice-présidente coopérative et comme président de la coopération agricole,
11:30les inquiétudes du monde entrepreneurial aujourd'hui d'une manière générale.
11:34Le fait qu'aujourd'hui dans ce pays, on ne soit pas capable de se mobiliser
11:39autour de la baisse de la dépense publique et qu'on soit toujours en train de se poser
11:43la question de l'augmentation de la fiscalité alors que les promesses
11:46qui ont été faites aux entreprises sur le quinquennat en cours
11:51et par les précédents gouvernements, c'est une baisse de la fiscalité pour les entreprises.
11:54– Alors, baisse des dépenses publiques, justement, un des arguments, vous le savez,
11:57pour faire des économies, un des arguments du Rassemblement national,
12:00c'est de baisser la contribution à l'Europe, au budget européen,
12:05d'une manière très substantielle.
12:09Là, on a vu, parce que la France est quand même le premier bénéficiaire,
12:12avec la politique agricole commune, du budget européen.
12:16Et là, l'Europe dit, on va renier les 2 milliards par an,
12:22les aides apportées aux agriculteurs français.
12:27On voit bien que c'est compliqué comme équation quand même.
12:30Notre position, nous, Françaises, est quand même un peu paradoxale.
12:35– Non, je ne sais pas si la solution définitive pour résoudre les problèmes budgétaires
12:39serait la baisse de notre contribution à l'Europe.
12:43Là où il faut qu'on s'interroge,
12:44c'est sur l'utilisation la plus efficace des fonds européens.
12:48La politique agricole est la seule politique intégrée à l'échelle européenne.
12:52C'est une politique qui a permis de faire progresser l'Europe
12:56sur sa capacité à pouvoir répondre aux enjeux agricoles et agroalimentaux.
13:01– Indéniablement, mais elle coûte très cher.
13:03– Ce qu'on constate aujourd'hui, oui, mais c'est une compensation.
13:06Encore une fois, ce qui est donné en aide directe aux agriculteurs aujourd'hui
13:11est une compensation du fait que les agriculteurs aient augmenté les capacités de production
13:17et aient baissé les prix et aient permis aux consommateurs
13:20de pouvoir avoir accès à une alimentation abondante et de qualité
13:23à des prix qui sont bas aujourd'hui.
13:26– Ok, donc 2 milliards qui seraient reniés de la part de l'Union européenne,
13:31vous dites que ce n'est pas recevable.
13:33– Nous, on rejette complètement la matrice budgétaire qui nous est proposée aujourd'hui
13:37et on le fera savoir dans les temps qui viennent à l'Europe
13:40à travers notre organisation, le COGECA, notre organisation européenne.
13:45Ça n'est pas admissible aujourd'hui.
13:47Nous avons besoin aujourd'hui dans l'agriculture,
13:50de soutenir notre agriculture compte tenu de ce que sont les enjeux
13:53du monde agricole, des enjeux de compétitivité, conduire les transitions.
13:57Nous sommes aujourd'hui, avec le réchauffement climatique,
14:00avec les enjeux autour de la biodiversité et de l'environnement,
14:03nous devons aujourd'hui trouver des solutions
14:05et accompagner les agriculteurs dans les transitions agroécologiques.
14:07C'est pour nous un enjeu majeur et nous avons besoin du soutien européen
14:10pour le mettre en œuvre.
14:11– Justement, vous mettez sur la table, sur 3 ans quand même,
14:1510 milliards d'euros.
14:16Vous lancez aussi un fonds de 300 millions.
14:19Quand je dis vous, c'est les coopératives agricoles.
14:22Donc 10 milliards sur 3 ans avec comme objectif de moderniser
14:25l'outil et les exploitations agricoles.
14:27On sait que c'est sans doute là où le bas blesse.
14:30Mais il y a aussi la question de l'innovation.
14:32Vous parliez tout à l'heure, justement, des pesticides,
14:36en disant, voilà, ils sont autorisés dans d'autres pays européens,
14:40ils sont interdits chez nous.
14:42Donc ça pèse évidemment sur notre compétitivité.
14:44Mais c'est peut-être là où vous pêchez aussi par l'innovation, non ?
14:48– Alors, l'investissement des 10 milliards sur les trois prochaines années,
14:53c'est la poursuite de l'investissement qui est en gros de 3 milliards et demi par an
15:00des coopératives sur leur territoire auprès des exploitations
15:04et dans leurs outils de transformation.
15:05– Mais vous mettez quoi dans ce chiffre qui est assez spectaculaire ?
15:08– Ce sont les investissements réalisés par les coopératives,
15:12alors sur la base d'une enquête que nous avons faite,
15:13ce sont les investissements réalisés par les coopératives
15:17sur la modernisation, la construction, voilà.
15:20– Comme le ferait une entreprise.
15:21– Les coopératives sont des entreprises.
15:25C'est un chiffre, c'est un montant qui est insuffisant aujourd'hui
15:29compte tenu de ce que sont nos enjeux de décarbonation,
15:32nos enjeux de modernisation et de compétitivité.
15:34Nous devons être en capacité d'investir plus
15:37pour répondre à ce que sont les enjeux qui sont devant nous aujourd'hui.
15:39C'est pour ça que nous nous sommes mobilisés sur la création d'un fonds de 300 millions
15:46qui est en cours.
15:47Nous avons fait un appel à manifestation d'intérêt qui a été accepté.
15:51Nous avons aujourd'hui un collecteur de fonds et quelqu'un qui va donc mettre ce fonds en place.
15:56Ce fonds, il est destiné à soutenir les coopératives justement dans leur capacité d'investissement
16:00pour leur permettre d'avoir accès à d'autres financements.
16:02C'est le renforcement des fonds propres.
16:04Les fonds propres des coopératives par nature sont des fonds propres qui sont faibles.
16:07Nos résultats sont très faibles.
16:090,5% de nos chiffres d'affaires et nous avons besoin aujourd'hui
16:12de donner des moyens supplémentaires à l'investissement pour nos coopératives
16:16et c'est pour ça que nous avons créé ce fonds.
16:18Est-ce qu'il faut aller plus loin ?
16:20Oui, il faut aller plus loin.
16:21Il faudrait aller plus loin.
16:22Nous avons besoin d'investir plus.
16:25La décarbonation de nos filières, la modernisation de nos outils,
16:27nous avons besoin d'investir aujourd'hui.
16:29Si nous ne voulons reconquérir la production et notamment la production autour de ce que j'appelle moi le cœur de gamme,
16:34c'est-à-dire l'alimentation que consomment les Français au quotidien,
16:38nous devons réinvestir pour accompagner d'abord les exploitations dans la production d'œufs,
16:43dans la production de volaille, dans la production de lait, de viande
16:46et nous devons aussi construire des usines, des outils de transformation
16:50qui nous permettront de transformer cette production en alimentation pour les Français.
16:54On est fin septembre même si on a un peu l'impression de se retrouver fin novembre.
16:57Lorsqu'on voit les intempéries, comment se sont passées les moissons cette année ?
17:02Alors, les moissons...
17:03On essaie de faire un petit bilan parce que sur le plan de l'agriculture, on peut déjà faire un bilan.
17:07Les moissons 2025 sont des moissons qui s'annoncent, on va dire, correctes.
17:12On est autour de 33-35 millions de tonnes,
17:17ce qui est inférieur à ce qu'on appelle une très bonne année dans nos statistiques,
17:23mais qui est très nettement supérieur à ce qu'on avait l'année dernière.
17:25La moisson de l'année dernière, à 24 ou 25 millions de tonnes, a beaucoup pesé dans les comptes.
17:30Ça a coûté 300 millions d'euros aux coopératives,
17:33puisque nous n'avions pas la production qui nous permet d'amortir nos outils de stockage
17:40et nos outils industriels pour la transformation de ce blé.
17:43Donc, c'est une moisson qui nous a coûté très cher.
17:45Le problème que nous avons aujourd'hui dans cette production de céréales,
17:49c'est que la géopolitique, la redistribution des cartes à l'échelle internationale
17:54fait que le poids de la France aujourd'hui sur le marché international
17:58est beaucoup moins important que ce qu'il était il y a une dizaine d'années.
18:02Et que donc, le fait que nous fassions une mauvaise moisson comme l'année dernière,
18:07en 2024, ne se traduit pas systématiquement par une augmentation des prix.
18:14Parce que, justement, d'autres pays ont beaucoup produit.
18:16Ce qui veut dire que nous enregistrons deux mauvaises nouvelles la même année
18:18et que ça a énormément pesé sur les comptes des exploitations agricoles céréalières
18:22et sur les comptes des coopératives.
18:24Et cette année, même si nous faisons une moisson plus correcte,
18:28les prix restent bas.
18:30Aujourd'hui, j'allais dire, le marché mondial des céréales reste un marché très lourd.
18:36– 2025, grosso modo, là, on était sur le céréal, les céréales moissons,
18:40les récoltes, alors en revanche, les vidales et les vendanges ne sont pas finies,
18:45mais vous-même, vous l'avez dit, la filière viticole, y compris bordelaise,
18:50doit être confrontée à des difficultés très, très importantes à cause des droits de douane.
18:57Souhaiter, voler, imposer ce que vous voulez par Donald Trump.
19:012025, ça ne va pas être une très bonne année pour l'agriculture française, vous l'avez dit déjà.
19:04– Alors, spécifiquement sur la filière viticole, je voudrais faire un point.
19:08Effectivement, c'est une filière qui est en très grande difficulté,
19:12je vais même employer le mot détresse.
19:14Pourquoi ?
19:15Parce que la filière viticole est la filière qui, finalement, agglomère,
19:20cumule tous les problèmes auxquels nous devons faire face aujourd'hui.
19:23Les problèmes, évidemment, de changement climatique, avec le gel, avec la sécheresse
19:26ou les canicules qui pèsent aujourd'hui sur les récoltes, qui affaiblissent les récoltes.
19:32Les problèmes de baisse de consommation, on n'en parle pas assez,
19:34mais effectivement, la consommation de vin et d'alcool diminue,
19:38et donc, effectivement, le marché se réduit.
19:40Et puis, vous l'avez dit, la géopolitique mondiale, effectivement,
19:44les taxes Trump, le marché d'exportation vers les États-Unis
19:48pour la filière viticole française, c'est 25% de nos exportations,
19:51et c'est surtout un marché en valeur.
19:53Si nous perdons ce marché, ça va effectivement être considérable
19:57en termes d'affaiblissement pour la filière.
19:59Et puis, ça n'est pas meilleur sur la Chine,
20:01avec les conflits commerciaux que nous avons.
20:04Et aujourd'hui, cette filière viticole…
20:06– Il n'y a pas de front européen non plus.
20:07Cette filière viticole, aujourd'hui, elle est dans une situation
20:12où nous devons repenser complètement le modèle économique.
20:16Les coopératives sont très, très engagées dans les filières viticoles
20:19sur l'ensemble des territoires.
20:21Vous l'avez dit, le Bordelais, on a aujourd'hui des plans d'arrachage,
20:25un plan d'arrachage, on a globalement en perspective
20:27un plan d'arrachage qui devrait aboutir à l'arrachage de 100 000 hectares en France.
20:33Donc, c'est quelque chose de colossal,
20:35notamment dans tous les vignobles qui sont des vignobles sur les rouges,
20:39le Bordelais, le Languedoc-Roussillon et le bassin,
20:44enfin, le Côte-du-Rhône.
20:45– Madame la chargée, un dernier mot, un mot de conclusion.
20:49Vous êtes…
20:50Si on vous demandait de voter la confiance au budget de Sébastien Lecornu,
20:54qu'est-ce que vous feriez ?
20:55Il faudrait déjà connaître le budget.
20:57Mais moi, ce que je demande au Premier ministre,
21:01c'est évidemment, un, de se focaliser sur la baisse de la dépense publique.
21:06Deux, de protéger les entreprises.
21:07Vous l'avez dit, je suis aussi vice-président de la CPME,
21:10vous avez reçu mon président avant-hier,
21:12je vais y dire exactement la même chose.
21:14Il faut protéger aujourd'hui les entreprises,
21:16ce sont les entreprises qui sont créatrices de valeurs et créatrices d'emplois,
21:19et notamment nos coopératives sur les territoires.
21:23Aujourd'hui, nous avons besoin d'être rassurés
21:25sur notre capacité à investir et sur notre capacité à produire.
21:28– Eh bien, plus que quelques jours à attendre, visiblement.
21:31Le Premier ministre doit faire des annonces,
21:33je ne sais pas si vous serez rassurés.
21:34Merci beaucoup en tous les cas.
21:35– Merci à vous.
21:35– Dominique Chargé d'avoir été avec nous,
21:37le président de la coopération agricole.
21:39– Merci.
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